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	<title>WikiGargillon - Contributions [fr]</title>
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		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Ysma%C3%ABl_le_Corbeau&amp;diff=853</id>
		<title>Ysmaël le Corbeau</title>
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		<updated>2024-05-19T11:01:41Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:Personnages]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Ysmaël&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Ysmaël&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = Diplomate, gouverneur&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
== Histoire d&#039;Ysmaël (soumise par le joueur) ==&lt;br /&gt;
=== Trois nouvelles cicatrices ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! C’est le dernier ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	...Le corps de Neker gît maintenant sur le sol de la tente centrale. Le putsch pour me renverser a échoué. Je n’ose pas regarder son cadavre. Je viens de tuer celui que je considérais comme mon frère. Voilà des mois que je recherchais le traître de ma tribu. Travaillant en secret pour le clan Sil’me, il était là en permanence à mes côtés. Tapi et sournois, et me soufflant sans cesse d’être moins virulent et d’accepter de me soumettre aux Valduriens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suis le seul survivant de cette attaque, d’autres traîtres vont venir. Comment pourrai-je accepter de courber l’échine face aux assassins de mon ancêtre Ak’mar ? Le pacte de Torv-Nibtira est une vaste supercherie. Nos Terres diminuent de plus en plus à mesure que la Capitale naine s’agrandit. Un pacte de paix ? Alors pourquoi aucun d’entre nous ne fait partie du Conseil du Roi Nain ? Nous n’avons le pouvoir en rien !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dernier descendant des Tam’ir, seul et sans allié, je n’ai d’autre choix que de m’exiler...  Mais…je n’oublie pas. La rancune a les dents acérées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Tôt ou tard, ils devront payer… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Trois. C’est le nombre de scarifications que je vais devoir rajouter sur mon bras. Bien que je trouve cette vieille tradition désuète, ces cicatrices me rappellent tous les jours, les sacrifices que j’ai dû faire au nom de la Liberté.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une longue retraite ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	… Cela fait maintenant une dizaine d’année que je me suis éloigné des miens. Bien loin des miettes que daignent-nous laisser les autres peuples. La Rage a été un puissant moteur pour bâtir une hutte confortable. Si dans les premiers mois de cette retraite forcée, la Colère et l’Injustice coulaient dans mes veines, je me suis rendu vite compte que la Solitude m’a permis de me retrouver avec moi-même et de me fortifier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Sois plus réfléchi, moins prompt à la Haine. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Aucune nouvelle cicatrice n’a fait son apparition sur mon bras. Ma hache de combat est maintenant accroché au dessus de l’âtre, souvenir des combats passés. Niché à l’orée d’un bois et avec la douce musique permanente de l’écoulement d’un ruisseau, j’aspire à une vie simple et tranquille. Cette vie d’ermite a visiblement pansé mes rancunes et mes longues séances de méditation m’ont rapproché de la Nature. Je suis en Paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Le Destin aime se jouer de nous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L’Appel de Kahn-Brava ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’était la première journée ensoleillée depuis des jours. Les tempêtes semblent plus fréquentes et surtout plus violentes ces temps-ci. Alors que je faisais le point sur les dégâts que la dernière tempête avait causé, un cavalier arriva en trombe jusqu’à moi. Malgré des années de paix, instinctivement, je me tenais sur mes gardes, prêt à bondir et à me défendre à la moindre menace. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Tu n’as rien perdu de tes réflexes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’homme s’avérait être Jerald, un jeune coursier envoyé par un Général Arthonnien du nom de Témérion. Celui-ci transportait une missive.&lt;br /&gt;
Je décollais le sceau et commençais à lire le message. Le Général demande une trêve entre tous les Peuples, grâce à l’Appel de Kahn-Brava ; il y a d’après lui des étrangetés et de nombreux mystères hors de sa portée. Il craint que les hauts-rangs de la hiérarchie Arthonnienne soient infiltrés par quelque puissance obscure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Sors de ton isolement. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le moment est peut-être venu pour moi d’avancer sur l’échiquier des grands du Pouvoir. Cela tombe bien, le prochain solstice est dans deux jours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Allons-y pas à pas, un pion après l’autre ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le nouveau Gardien de Guern-Hal’i ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Première destination ; Guern Hal’i, le berceau sacré de nos ancêtres.&lt;br /&gt;
C’est ici que je trouverai l’ensemble des hommes-bêtes, se réunissant à chaque Solstice. Si je veux retrouver ma position d’antan, je ne peux pas y arriver seul, je dois faire entendre raison à l’ensemble de notre peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Le moment est venu de les surprendre ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mon arrivée a été des plus théâtrales. Je suis intervenu en toute fin de cérémonie, alors qu’une fois de plus, allait être élu un membre du Clan Sil’me ; avec toujours comme objectif de servir d’intermédiaire avec le royaume Nain. Cela en était trop, toute la Haine que j’avais enfoui ressortait dans un discours enflammé. Ces longues années de méditation ont le mérite de m’avoir enseigné la Patience. J’arrive maintenant à faire passer mes idées avec tacts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! D’un traître, le corbeau ne veut pas ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Afin de contrer le pacte de Torv-Nibtira, je propose de ne plus subir les décisions des autres races et de devenir enfin nos propres Maîtres en entérinant le pacte des sauvages : nous allons rejoindre nos frères Orcs et leurs amis qui comme nous subissent depuis trop longtemps les soi-disant races évoluées ! Personne ne nous dictera plus notre conduite ! Nous ferons valoir nos droits en tant que peuple libre !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Corbeau noir, sombre orateur ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est avec ces quelques idées simples que je suis devenu le nouveau Gardien de Guern-Hal’i.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les adorateurs de Nibtira le Rouge-gorge étaient abasourdis d’un tel changement. Aucun d’entre eux n’avait senti le vent tourner. Et à me voir sourire, mes ennemis d’hier tressaillent, car ils comprennent que je suis de retour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Les corbeaux ne vont pas avec les pies ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De sombres murmures ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà trop longtemps que nous sommes isolés... Considéré par tous comme un peuple sauvage...      L’Appel de Kahn-Brava a été entendu et je ne resterai pas cloîtré dans ces terres. Fort de ma nouvelle position, je compte bien aller écouter ce que ce maudit Général Témérion a à me dire...et découvrir de mes propres yeux cette soi-disant civilisation humaine.      &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa !  Les corbeaux volent là où est la charogne. »      &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ne craignez pas d&#039;avancer lentement, craignez seulement de rester sur place...Voilà ce que je ressasse jour après jour à ceux qui ont choisi de me suivre. Il ne reste plus qu&#039;à espérer qu’une majorité d’hommes-bêtes et de peaux-vertes se rallient à ma cause…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	…De toute façon, je ne suis jamais seul...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	...Ce maudit Corbeau est toujours dans les parages !      &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Il n’y a pas d’héroïsme sans cicatrices ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Background soumis par le joueur d&#039;Ysmaël&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== &#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[contrepartie Ulule 2021]] ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;pre style=&amp;quot;color: red&amp;quot;&amp;gt; Avertissement : langage grossier &amp;lt;/pre&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Ysmaël a été désigné porte-parole des hommes-bêtes lors du dernier [[Guern Hal’i]], rassemblement biennal des tribus de la Réserve lors du solstice. Voulant donner une portée diplomatique à son peuple, il a soutenu la déclaration de guerre de l’Empire Nain et de la Fédération de [[Bragorn]] envers l’[[Arthon]], engageant les hommes-bêtes mais aussi leurs alliés, les orcs des terres du sud. L’action se situe un peu plus d’un mois plus tard, sur le front arthonnien de l’ouest, partagé par les Nains de l’Empire et les forces unies des [[Terres Libres]].&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je marche à travers l’avant-poste, l’air préoccupé. Les corbeaux tournent au-dessus du camp, depuis ce matin. La première offensive ne s’est pas bien passée, et la réunion à venir s’annonce chargée. Un homme-bête me rattrape pour marcher à mes côtés. Il s’agit de Ralkan, l’un des chefs qui a accepté de me suivre dans la guerre. Un brave gars, Ralkan. Ma décision de rejoindre le conflit arthonnien est loin d’avoir faite l’unanimité, à la Réserve. Beaucoup se sont désengagés ; pas lui.  Son clan est l’un des plus puissants, je suis heureux qu’il soit là. Il est populaire, charismatique, fédérateur. J’ai besoin de gens comme lui pour asseoir ma légitimité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ysmaël ! Qu’est-ce que tu vas leur dire ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me retourne vers lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que tu veux que je leur dise ? C’est aux Nains d’assumer ce qui s’est passé. Nous, on est là pour aider. Ce bourbier, c’est le leur, pas le mien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Non Ysmaël. Je t’ai suivi parce que tu m’as promis une guerre facile et rapide. Si ça continue comme ce matin, on va tous mourir ici.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je lui mets la main sur l’épaule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ferais tout pour que le plus des nôtres rentrent sain et saufs, c’est mon premier objectif, crois-moi. Je ne laisserai pas le massacre de ce matin se répéter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’espère que tu dis vrai. Mes hommes ne sont pas prêts à mourir ici, certainement pas pour des Nains, et j’en ai déjà trop perdu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je décroche l’amulette que je porte autour du cou, et je la passe autour du sien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Cette amulette porte la bénédiction d’Akmar le Rouge. Je te la donne pour que tu te rappelles que son esprit est à tes côtés, comme aux miens. Nous sommes ici pour le salut de notre peuple, ne l’oublie pas. Nous serons plus forts que les Arthonniens, plus rusés que les Nains, et nous quitterons cette guerre, vivants et victorieux, dans moins d’un mois, je te le promets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pour mon salut comme pour le tien, prions que tu aies raison. Je t’ai défendu, à la Réserve, quand tu as annoncé la guerre, mais si nous ne revenons pas la tête haute, je ne pourrais plus rien faire pour toi…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je lui rends une franche accolade amicale pour le remercier, et je passe seul à l’intérieur de la tente de commandement pour m’asseoir à la table de réunion avec les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout le monde est là, assis autour de cette nappe rudimentaire, l’air grave et les yeux fuyants. Des regards en chien de faïence partout, et tous les bras sont croisés ou appuyés lourdement sur la table. Dans la tente, pas un bruit, si ce n’est ceux du dehors, ces corbeaux qui croassent toujours plus, et puis ce pan de l’entrée qui ballotte à chaque courant d’air. On fait de beaux alliés, tiens ! À croire qu’on a besoin que l’émissaire Arthonnien se pointe pour que l’atmosphère se détende.&lt;br /&gt;
Un sacré fiasco, cette offensive. On avait l’orgueil du nombre, mais les bougres étaient préparés. Deux ans qu’ils s’attendent à se faire cueillir, les Arthonniens. Deux ans que leur armée s’est rodée à la guerre. Une chaîne logistique impeccable, des soldats compétents et organisés... On avait l’air de quoi, nous autres, incapables de nous mettre d’accord. Les Nains sont têtus et trop sûr d’eux ; les tribus sous mes ordres ne m’écoutent qu’une fois sur deux... Moi, ça m’est égal. J’ai honoré ma part du marché : mes troupes sont ici, comme promis. J’ai rien de spécial contre les Arthonniens. Leur chef, le Grand Ministre, certes, c’est un sacré sale type. Ça me dérangerait pas de voir sa tête sur une pique, à ce guignol. Du reste, si je suis là, c’est pour faire bonne figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne connais pas tout le monde autour de la table. Il y a Hector, le jeune prince des De Vulqat, une grande famille de l’Empire Nain. Il tire la tronche, comme les autres. C’est à dire qu’on cherche tous un responsable. Quelqu’un doit assumer la responsabilité de la branlée qu’on s’est prise, c’est comme ça. Les chefs de guerre… Ils ont trop d’ego, trop de fierté à faire valoir, personne ne fera le premier pas. Je comprends ça bien : je sais que mes gars étaient les premiers à être aux fraises. Il faut les comprendre, la guerre comme ça : une ligne de front, des soldats en armures, des batailles rangées dans des champs dégagés, ils ont jamais vu. Chez nous, on se fout pas sur la gueule comme des barbares, à se foncer dans le gras en courant en ligne droite jusqu’à ce que l’un des côtés s’enfuie ou se fasse piétiner parce qu’il s’est trop enfoncé dans la boue pour y arriver. Putain de peuples « civilisés », je vous jure… C’est sûr que mes pauvres tribaux, ils sont perdus, ici. Je sais bien tout ça, et pourtant, jamais je ne l’admettrai. Les hommes-bêtes doivent se montrer forts et dignes de confiance. Hors de question qu’on soit le bouc émissaire de cette histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En face de moi, les petits yeux noirs et perçants de Loksir de Vulqat, un seigneur de guerre de l’Artagne venu épauler Hector, me sondent avec dédain. Une teigne, ce gars. Il lui ressemble un peu, à Hector, au détail qu’il a pas la moitié de son intelligence ni le quart de son capital sympathie. Il me soupire au visage à travers sa barbe broussailleuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Si c’était pour un cirque pareil, vous auriez mieux fait de rester dans vos taudis. C’est la guerre, ici, pas un défilé de bêtes de foire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je haussai un sourcil. Des bêtes de foire. Le petit gars aime jouer avec le feu, j’ai déjà fait rouler des têtes pour moins que ça. J’allais me lever, renverser la table de réunion et saisir le courtaud par la ridicule rondelle qui lui tenait office de cou. Je l’aurais soulevé du sol, le serrant juste assez fort, juste assez longtemps pour voir ses joues grasses s’empourprer, ses yeux s’exorbiter et l’écume venir mousser au coin de sa bouche, parce qu’on insultait pas mon peuple ainsi, certainement pas en ma présence. Mais j’ai vu Hector, du coin de l’œil, qui me faisait signe de garder mon calme. Je lui dois bien ça, il a intercédé en ma faveur pour faire reconnaître l’indépendance de la Réserve. Je me contente alors de lui sourire et de lui répondre d’un calme maîtrisé :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous avez raison, ce n’est pas un défilé de bêtes de foire, et heureusement pour vous : on y refuse les enfants de moins de quatre pieds de haut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Loksir rougit de colère, presque autant que si je l’avais réellement étranglé. Se moquer de la taille d’un Nain. C’était bas, tout autant que de comparer un homme-bête à un animal curieux. Voilà où en était réduit le niveau de nos discussions. À ce stade, ne valait-il pas mieux d’en venir directement aux poings ? Je me pose encore la question : dans ce genre de circonstances, le langage me semble être un outil de communication bien plus grossier.&lt;br /&gt;
Le nain enrage, se lève de sa chaise, les mains posées sur la table et le corps penché en avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Lève-toi un peu et répète-moi ça en face, pour voir, fulmine-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne vais pas me lever alors que vous êtes assis, ce ne serait pas correct.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À mon grand plaisir, il se montre confus par ma remarque, et se sent obligé de préciser :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mais je ne suis pas assis, je n’attends que toi ! À moins que les gens de ton espèce aient de trop grandes difficultés à se tenir sur leurs pattes arrières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me lève alors avec toute la nonchalance que je pouvais feindre, pour ajouter d’un ton désinvolte en le surplombant de toute ma taille :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Oh, mais c’est vrai que vous êtes debout. Navré, je n’avais pas vu pas la différence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends Hector soupirer de dépit. Je ne le regarde pas, trop occupé à soutenir le regard mauvais du chef de guerre Nain. Les autres autour de la table n’interviennent pas, de peur que l’altercation n’évolue en une bagarre incontrôlable. Certains dorment ici, ce soir, et nous n’avons pas de tente de commandement de rechange. Et puis : quel exemple pour les soldats, dehors, dont le moral est déjà au plus bas ! Personne n’a intérêt à mettre de l’huile sur le feu. À part peut-être moi : j’ai passé trop de temps à jouer les mielleux pour les intérêts des miens, et je ne verrais pas d’un mauvais œil une occasion de me dérouiller les poings. Dehors, encore les corbeaux. On les entend de plus en plus proches, il me semble.&lt;br /&gt;
Un soldat entre dans la tente et marque un mouvement de recul, comme heurté physiquement par le nuage orageux qui semble crépiter au-dessus de nos têtes. Il reprend cependant rapidement sa contenance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— L’émissaire Arthonnien est arrivé, nous dit-il timidement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hector répond par un signe, on laisse entrer l’Arthonnien, Loksir et moi nous rasseyons.&lt;br /&gt;
Le type a de l’allure : un chevalier, dans une belle armure qui ne brille plus. Elle a beaucoup servi, et elle est bien entretenue : c’est comme ça qu’une armure devient belle. Il avance, il tire une chaise lui-même, il s’y vautre, il souffle un coup. Il s’est faufilé dans le nuage comme si c’était rien, à l’aise. Il retire son casque, il nous regarde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Merci d’avoir accepté une entrevue d’égal à égal, entama Hector.&lt;br /&gt;
Je réprime un ricanement. D’égal à égal. Ce n’est pas comme des égaux que le chevalier nous dévisage; son regard porte toute la consternation de l’adulte qui peine à appréhender combien son môme avait dû être stupide pour lui pondre une connerie pareille. On est douze, il est seul, et c’est lui qui est en position de force. Il a beau être au beau milieu du camp ennemi, il est chez lui. Si nous sommes là, c’est seulement parce qu’il le veut bien. Il n’avait pas encore dit un mot, mais c’était déjà limpide pour presque tout le monde. Presque. Loksir avait de la vapeur qui lui sortait des oreilles. Je l’avais enragé comme un chien stupide, et il s’apprêtait à aboyer sur la mauvaise personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Dites, je vous dérange ? C’est un honneur qu’on vous fait de vous recevoir, vous pourriez montrer un peu de respect. Vous êtes chez l’ennemi, ici, vous devriez nous craindre.&lt;br /&gt;
Le chevalier lui rend une œillade curieuse et extrêmement calme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai toujours eu un grand respect pour votre peuple, sire, lui dit-il.&lt;br /&gt;
Mais ? A-t-on envie d’ajouter. Il ne poursuit pourtant pas sa déclaration, nous laissant tirer nos propres conclusions quant à l’insulte que dissimulait son compliment. Au lieu de cela, il sort son épée, il la jette sur la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Voilà. Commente-t-il. Vous savez ce que je viens de faire ?&lt;br /&gt;
Loksir tente de dissimuler sa confusion, c’est visible. S’il s’agit d’une coutume arthonnienne symbolique, il ne la connaît pas. Le chevalier le libère de sa gêne et poursuit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je suis le capitaine Jonas Elwindor, et je viens de sortir mon épée à l’est du Dragon de Pierre, pour la deuxième fois seulement en vingt ans de carrière. La première fois, c’était tout à l’heure, sur le champ de bataille, quand pour répondre à votre petite incursion on m’a appelé en renfort. Vous voyez mon épée ? Regardez mon épée !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il la pointe du doigt avec insistance. Elle est à l’image de son armure. De bonne qualité, elle a été aiguisée tant de fois que le fil en est devenu légèrement concave. On peut y voir tout du long des dents, des accrocs trop profonds pour avoir été complètement récupérés à la meule. Le pommeau était taché, à plusieurs endroits : le cuir était imbibé de sang et de sueur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’aimerais vous dire que cette épée est celle sur laquelle j’ai juré de protéger mon peuple, mais j’en ai cassé tellement depuis mes vœux qu’il faudra passer outre. Qu’importe, car cette épée, comme toutes celles que j’ai porté avant elle, n’a qu’un seul but : affronter les créatures horribles qui se terrent de l’autre côté de ce mur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il pointe derrière lui, à travers l’épaisse toile de tente, dans la direction approximative du Dragon de Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vingt ans qu’avec mes hommes on affronte l’enfer, pour la tranquillité des nôtres, mais aussi des vôtres, habitants de l’Empire. Vingt ans contre des monstres de parfois presque trois mètres de haut ; des carapaces plus dures que vos armures, des griffes plus acérées que vos meilleures lames, rusés, discrets, perfides comme personne, le tout dans un des environnements les plus hostiles du continent. Un seul de ces monstres peut mettre en pièce un régiment entraîné, et ils sont capables d’organiser des battues à plus de cinquante. Voilà ce que je crains, messire Nain, et certainement pas vous. Je devrais voir votre présence ici sur nos terres comme une offense ; ce n’est pas le cas, car vous n’êtes pas mes ennemis. Ce que je vois comme une offense, c’est que vous m’ayez contraint d’avoir depuis ce matin le sang des vôtres sur ma lame. Ce que je vois comme une offense, c’est de devoir être ici à parlementer pour des enfantillages fratricides alors que le Dragon de Pierre est déjà exsangue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous admettez que vous êtes faibles, alors, ajoute Loksir, fier de lui, qui ne comprend décidément rien à rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne confondez pas lassitude et faiblesse, messire Nain, lui répondit-il avec un regard d’acier. Oui, mes hommes sont fatigués, épuisés même, je n’ai pas peur de le dire. Oui, mes hommes n’ont pas envie de se battre, certainement pas contre vous. Sont-ils faibles pour autant ? Commettez une seconde fois l’erreur de le penser, je vous en prie. Nous sommes habitués au pire, ici. Ce serait triste d’en arriver là, mais vous ne prendrez pas un pouce de terres autour de notre muraille, dussiez-vous y investir toutes vos ressources militaires. Même au bord de l’épuisement, un de mes hommes en vaut dix des vôtres. Au regard de leur quotidien, un jour passé à vous affronter, c’est un jour de repos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’était donc ça, le secret de la farouche résistance du front de l’ouest ! L’armée Arthonnienne était allée dépêcher les vétérans du Dragon de Pierre. C’était une très mauvaise nouvelle : puisqu’ils étaient réputés pour n’avoir que des relations assez distantes avec le reste de l’armée, l’on pensait, peut-être assez naïvement, qu’ils seraient restés à l’écart du conflit pour garder leurs positions. L’Arthon était une bête sauvage acculée, et il était idiot de croire qu’elle ne sortirait pas bec, ongles, dents et griffes pour se défendre. Je dois l’admettre, j’ai un respect bien plus grand pour ce chevalier ennemi que pour les trois quarts de mes soi-disant alliés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Nous n’avons rien contre vous et votre mission, fier chevalier, tente de rattraper le Prince Hector. Restez sur le Dragon de Pierre et aucun mal ne vous sera fait. Nous pourrions même assurer votre ravitaillement et vous aider à tenir face aux Karaxxides.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous voulez qu’on se rende gentiment complice de votre marche sur notre pays ? Demanda Jonas, incrédule.&lt;br /&gt;
Hector hésita, et hocha la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Oui, c’est précisément ce que je vous demande. Comme vous l’avez dit, votre mission est trop importante pour perdre du temps à nous affronter. Laissez-nous gérer nos conflits politiques, et nous vous aiderons à gérer les vôtres. Avec les moyens et la technologie de l’Empire, les défenses du mur pourraient bien bénéficier et non pâtir de cette guerre.&lt;br /&gt;
Le capitaine Elwindor se met à ricaner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Si seulement c’était si simple. Si vous aviez des hommes et des armes à nous filer pour nous aider, il fallait y penser avant de nous déclarer la guerre. Tout d’un coup, vous vous sentez responsables ? Le mur ne s’est pas bâti en un jour ; vous étiez où, avant ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je… Faites-en ce que vous voulez, mais ma proposition est pourtant sincère, réfléchissez-y. Vous ne méritez pas de mourir pour vos dirigeants, ajoute tout de même Hector pour rester digne.&lt;br /&gt;
Une main se pose bruyamment sur le dossier de chaise du capitaine Elwindor. Un homme était entré discrètement dans la tente pendant les discussions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous entendez, Capitaine ? Il est sincère, vous devriez y réfléchir, répète l’homme d’un ton grinçant. Le prince des Nains n’a qu’une parole, c’est bien connu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’ombre, je ne pressentais que sa silhouette, mais j’aurais reconnu sa voix entre mille. Le baron Barracus de Vayn s’avance alors dans la lumière, vêtu simplement de son éternel veston porté ouvert, qui laissait apparaître son torse poilu. Il s’assoit en travers d’une chaise, étale ses jambes qu’il croise sur la table, et débouche une bouteille de vin pour se servir. Il lève son verre pour saluer les gens qu’il connaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Salut, Hector. Salut Ysmaël. Salut aussi, tous les connards.&lt;br /&gt;
Autour de la table, on s’échange des regards.&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Mais enfin, c’est qui, ce type ? Qui l’a laissé rentrer ?&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je suis le baron Barracus de Vayn, et ne posez pas de questions auxquelles vous ne voulez pas avoir de réponse, répond le baron en se relevant de sa chaise pour déambuler dans la tente, faisant mine d’en inspecter les toiles, toujours son verre à la main. C’est pas mal, ici, poursuivit-il. Ça manque de quelques filles, d’alcool et de décorations cependant, si vous voulez mon avis. Il inspire bruyamment. Pouah ! Et puis, ça renifle ! Il faut aérer de temps en temps, vous baignez dans votre jus, les gars.&lt;br /&gt;
Je me lève pour lui répondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que tu veux, Barracus ? Qu’est-ce que tu fais ici ?&lt;br /&gt;
Il fait tourner son verre dans sa main, et regarde le vin s’y agiter, l’air pensif. Les corbeaux s’en donnent à cœur joie, dehors. Je les entends se voler dans les plumes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Oh, pas grand-chose, je passais dans la région, et je me suis dit que j’allais passer rendre visite à de vieux amis. Après tout, vous qui avez fait l’effort de vous déplacer, ça aurait été dommage de ne pas vous rendre la politesse, n’est-ce pas ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu le connais, Ysmaël ? Me demande un chef de guerre Nain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il était à Kahn-Brava pour représenter les Arthonniens. C’est grâce à lui qu’on a pu récupérer le prince Jolyor sain et sauf, notamment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Barracus secoue la tête en m’écoutant, un sourire démesuré lui déforme le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ah, Ysmaël, mon cher Ysmaël. J’en ai vu, des belles putains dans ma vie, mais toi, tu es ma préférée. J’en ai vu, des salopes opportunistes, qui sucent à tous les râteliers, mais alors toi, tu en as fait un art de vivre... Alors c’est pour ces bande-froids que tu m’as trahi ? Dis-moi honnêtement, ça valait le coup ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Barracus, tu veux vraiment qu’on règle ça ici ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ta gueule. Tu me fais pitié. Je pensais que t’avais des couilles.&lt;br /&gt;
Il se tourne vers le reste de l’auditoire et me pointe du doigt en sortant un document froissé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ce torchon porte la jolie signature de votre camarade. Vous savez ce que c’est ? Un pacte de non-agression, un putain de pacte de non-agression ! Il lui a pas fallu plus que de se rendre compte qu’il était tout seul de notre côté pour aller se ranger gentiment avec les autres quelques heures après avoir signé. Tous des  gros lâches, tous autant que vous êtes ! Pour s’allier avec des Nains, en plus ! Les mêmes qui persécutent son peuple depuis des centaines d’années. Putain, vous me faites gerber.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il roule le traité que j’avais ratifié, il l’enflamme avec une bougie, et il s’en sert pour pour allumer sa pipe, puis il le jette derrière lui pour le laisser finir de brûler sur le sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai fait ce qu’il fallait pour assurer l’avenir de mon peuple, lui répondis-je.&lt;br /&gt;
J’étais prêt à accepter ses insultes. Je n’avais rien contre Barracus, et sa colère était légitime. Ce parjure, que j’avais fait en connaissance de cause, m’en avait coûté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il éclate de rire, et disparaît un instant dans les épaisses volutes de fumée de sa pipe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— T’as vendu ton peuple et ses terres aux enchères, voilà ce que t’as fait ! Pendant que t’es là, à te branler en groupe avec tes nouveaux potes Nains, qu’est-ce que tu crois qu’ils font, là-bas, maintenant que la Réserve n’est plus protégée ? Les chercheurs d’or de Valdur, la Guilde des marchands, tout le monde ! J’en entends parler jusqu’au port de Mesphota : un trésor, y’a qu’à se baisser pour se servir !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mon peuple est capable de se défendre face aux envahisseurs. Que les chercheurs d’or viennent, ils seront bien accueillis.&lt;br /&gt;
Barracus marque une pause, incrédule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est ça que tu ne comprends pas, chérie. Ils sont déjà chez toi, et tu n’es pas là pour les accueillir. Tu es ici, forcé de mener une guerre qui ne te concerne pas, pendant que tes terres se font piller. Personne ne se bougera le cul pour les défendre à ta place, t’as saisi, ça ? Tu peux tourner ça comme tu veux, tu t’es fait enculer sur toute la ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça suffit, Barracus, intercéda Hector. Je suis reconnaissant de ce que tu as fait pour Jolyor, mais le cadre de cette guerre te dépasse, n’en fais pas une affaire personnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Au contraire, mon Prince, au contraire… Contrairement à vous, j’habite ici, cette guerre semble me concerner tout à fait personnellement. Vous avez voulu baiser Barracus de Vayn, assumez, maintenant. Vous savez pourtant bien que je ne suis pas du genre à ignorer ce genre d’avances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des menaces. Cette fois, il va trop loin. Ça, je ne peux pas le laisser passer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pour ce que ça vaut, je t’apprécie, Barracus. Mais mets toi en travers de ma route et ce sera ta dernière erreur, grondé-je, les poings serrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il souffle du nez. Dehors, j’entends le bruit des corbeaux qui s’amplifie encore. Je ne les ai jamais entendu aussi excités. Il se passe quelque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors ça y est ? Ysmaël le Corbeau montre enfin son vrai visage plein de plumes ? Soit. Fais de ton mieux, vas-y, je t’en prie. Hâte de voir ce que tu me réserves, ne me déçois pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne sois pas ridicule. Tu viens ici nous insulter, seul et sans arme, au beau milieu de notre camp. Si j’étais toi, je descendrais d’un ton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Barracus prend un air offusqué et s’approche du capitaine pour lui passer un bras au-dessus de l’épaule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est pas vrai, je ne suis pas tout seul. Regarde : il y a ce brave Jonas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne me mêle pas à ça, Barracus, je t’en prie, réponds le capitaine Elwindor en se désengageant de l’étreinte du baron, qui hausse les épaules et se dirige vers l’entrée de la tente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et puis… il y a tous ceux-là !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’un coup sec, il arrache le pan de l’entrée. Tout le monde se lève d’un coup. La fumée de la pipe de Barracus avait dissimulé l’odeur de brûlé, mais le camp était en feu. Les gardes en poste gisaient dans leur sang, égorgés, et les autres soldats avaient dû être assassinés dans leurs tentes. Je reconnais certains de mes hommes, montés sur des grands pals dressés à la va-vite, le mot «TRAÎTRE» gravé en lettre de sang sur leur poitrine. Au milieu de ce chaos, des hommes en armures noires, dont le plastron était simplement orné de la couronne d’or arthonnienne, nous dévisagent avec cruauté, perchés sur leurs chevaux. Barracus penche la tête en arrière pour finir d’un trait son verre de vin et le jette pour qu’il se brise sur le sol avant de rejoindre les cavaliers et de se hisser derrière l’un d’eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bienvenue en Arthon, Ysmaël ! J’espère que tu profites bien du paysage ! Il est offert avec les compliments de l’Escadron des Cendres ! Raille-t-il d’un ton vengeur avant de disparaître dans un nuage de poussière : l’Escadron prenait la fuite au galop.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le capitaine Elwindor a l’air aussi désemparé que nous. Les flammes du camp se reflètent dans ses yeux alors qu’il balaie du regard les sinistres trophées de l’Escadron des Cendres qui jonchent ses ruines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est criminel… Ce n’est pas comme ça que l’on fait la guerre, ou alors on ne vaut pas mieux que les monstres de l’autre côté du mur, marmonne-t-il. Prince Hector ? Je vais réfléchir à votre proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je les laisse discuter. Je m’approche de l’un des malheureux empalés, les dents serrées. C’était de là que venait le bruit des corbeaux : ils lui arrachent déjà le visage, attirés par la proie facile. Ils lui picorent les yeux, ils essaient de faire passer leur bec pointu au travers des grandes lettres de sang. Sous la volée de jais, je ne le reconnais pas tout de suite, puis je vois briller un instant son amulette, au creux de son cou, juste au dessus du mot TRAÎTRE. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Ralkan&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Cyan Malherbe, 2022&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== &#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[contrepartie Ulule 2023]] ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;pre style=&amp;quot;color: red&amp;quot;&amp;gt; Avertissement : langage grossier &amp;lt;/pre&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;pre style=&amp;quot;color: red&amp;quot;&amp;gt; Cette nouvelle dévoile certains éléments de l&#039;intrigue du Grandeur Nature &amp;quot;Des Murmures au Dragon de pierre&amp;quot;. &amp;lt;/pre&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Le texte suivant constitue une transcription des notes prises par Ysmaël, relatant son passage derrière la frontière Arthonnienne pendant la guerre de 1138, alors qu’il eut décidé de répondre à l’appel du capitaine Jonas Elwindor à renforcer les effectifs de la caserne de la Goutte d’or, sur la muraille du Dragon de pierre, sans regard sur l’allégeance des volontaires (voir la première nouvelle d’Ysmaël)&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;26 mars 1138 : premier jour à la Goutte d’or : matin&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça y est : les gonds grincent, ça s’ouvre, c’est du chêne lourd, fatigué. Ça traîne par terre, ça fait des ornières. Un type marche vers nous, sergent Machin, gesticule pour nous guider. Avec moi, il y a du tout, surtout du n’importe quoi. Je vois des yeux fuyants, ils prennent des notes dans leur tête. Ils ont pas le regard vide des soudards. Il y a de l’arnaque dans l’air, c’est sûr : ces bonzes sont pas là pour la messe. Au mur, c’est le capitaine Jonas qui nous accueille. Il m’a reconnu ? Pas sûr. Un gars bien, Jonas, un peu idéaliste sur les bords, mais intègre, compétent. Un Arthonnien, pourtant. Comme quoi… Les recrues, il y a à boire et à manger (pour la cantine, par contre, on repassera). J’en ai repéré deux trois qui filent droit : pas d’embrouille, on pourrait s’entendre. Des Arthonniens, surtout. Il y a des Hommes-bêtes, viennent droit du front, mais pas de mes gars sûrs. Un duo, inséparable, un Varan et une Tortue. Une tribu isolée, du fond de la réserve. Des arriérés qui vivent dans le passé. Je sais pas ce qu’ils foutent là, je me méfie. Ils pourraient faire une connerie. J’ai pas besoin de ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout de suite, je tiens la jambe au capitaine. Je suis pas connu pour perdre mon temps, surtout quand on peut me dégager dans la seconde. Je comprends toujours pas qu’ils m’aient laissé entrer, je vais pas m’en plaindre. Il a un bureau sobre, le capitaine. C’est bon signe. Au camp Nain, je flairai les pourris rien qu’à leur literie. On voit vite qui est là pour la guerre ou pour se faire mousser. J’y vais franco, je dis ce que j’en pense, la guerre et les magouilles, ce que je trouve au gouvernement de son foutu pays. Le bagout du corbeau, mais à la charge, à coups d’épaule : j’emprunte au buffle, faut ce qu’il faut. On est pas là pour jouer aux soldats de plomb, échanger quelques fermes, faire bouger les lignes pour donner du boulot aux cartographes et rentrer chez nous. Il y a plus grave, je le sais, je l’ai vu. Faut qu’il soit avec moi. Les sacs au pouvoir veulent la faire à l’envers à tout le monde, on est dans le même bateau. Mes ennemis, c’est pas les Arthonniens. Ça l’a jamais été. Et Barracus ? Un malentendu, Barracus. Un putain de malentendu. J’ai la haine, sûr, mais de Barracus ? Pas tant. On se ressemble. Pas idiot pour deux sous, à tirer où il faut, quand il faut. Le stress me rend grossier, c’est comme s’il parlait dans ma tête, ça m’énerve. Il m’a marqué, le Barracus. Je veux pas y penser, pas maintenant. Je suis pas là pour ça. Le capitaine sait de quoi je parle, il a les gros bonnets dans le nez : je serai pas là, sinon. Il fait plus confiance à un ramassis de traîne-savates qu’à des officiels, c’est dire. Lui n’a qu’un seul ennemi : la jungle. Il me l’a déjà dit, il le répète. Je prêche un convaincu. Tant mieux, il me faut au moins ça.  Je suis pas le seul à le travailler au corps : une nana, une magotte du genre explosive, venu tout droit de la capitale arthonnienne. Thalma d’Anividriss : le nom me fait tiquer, mais elle est pas avec le Ministre. Elle aussi, elle essaie d’y voir clair, se pose des questions – les bonnes, celles que j’aime entendre. Elle a de la gueule et de la prestance, un sacré bout de femme. Elle en jette, je vais pas mentir. Elle le presse, Jonas, plus fort que moi. Elle a la niaque, elle serait prête à retourner toutes les pierres du fort pour piger ce bordel. Alors ils leur cachent des trucs même à la capitale, aux gens corrects ? Elle sait rien, c’est bon signe. C’est des gens comme elle qu’il faut, qui sont pas dans la boucle des magouilleurs. Des gens bien, quoi. De Jonas, y a pas grand-chose à tirer de plus : c’est la merde. Pas de moyens, une négligence criminelle, du sabotage même : c’est à croire que le Ministre veut qu’il tombe, ce putain de mur. Je lui ai dit, à Jonas : un gars comme lui a rien à faire au service de ces tocards. Qu’il vienne, avec ses hommes, et qu’on réfléchisse à un moyen de gérer ce bourbier entre gens sensés. Mais il bouge pas, impossible. Chevillé à sa loyauté à la con. Enfin, je vais pas jurer. Je respecte, je respecte…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;26 mars 1138 : premier jour à la Goutte d’or : début d’après-midi&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je sors. J’en ai plein la tête. Je regarde en l’air : pas un corbeau, rien. Je suis seul. Ici, pas de toit, pas de ciel non plus. La caserne est comme effondrée. On est sous éboulis, des corps dans un tertre : si Jonas reste, c’est un fantôme de plus. Sous-capitaine Gueule-fort braille un entraînement dans la cour. Il y croit, le bougre. Ça gesticule, gling gling, il pue la rouille et la sueur. On va le suivre, ben tiens. Je les vois, tous, à faire bonne figure. Ça aligne les pompes pour lui faire plaisir. C’est quelque chose, de les voir en rang d’oignon… pour se fondre parmi les soldats, pensent-ils. Y a pas un soldat au drille, les vrais sont occupés ailleurs, à porter des caisses ou à enterrer leurs potes. J’approche Thalma. Elle a fini de causer. On fait connaissance, proprement. La sœur de Mélimar : je me disais bien que son nom sonnait connu : c’est la sœur de l’autre embrouilleur qui était venu foutre en l’air le camp de Barracus, là-bas en Tamendil. Un chien du ministre, lui, de la pire espèce. Elle s’en défend, elle voit plus son frère, ses vieux non plus. La famille d’Anividriss, c’est des loyalistes jusqu’au fond du caveau, tout pour la Couronne. Elle, c’est le rayon de soleil qui chauffe la crypte, un brin chauvine aussi, ça je peux comprendre, mais aucun respect pour le Ministre et ses méthodes de dégénéré. Bref, le mouton blanc de la famille. À l’entendre parler, ça prendrait des allures de coup d’État, son histoire. Faut dire, elle a du grade, c’est pas n’importe qui. La seule à toiser Jonas sans faiblir. Elle me plaît de plus en plus. De la jugeote à en revendre, juste ce qu’il faut de finesse… sacrément jolie, par-dessus le marché. Elle revient au problème de la caserne : les grands plans oui, l’urgence d’abord : on inspecte le bâti, c’est pas beau à voir. C’est ce que je disais : rien à sauver. Ça croule sous la porte, le mortier fout le camp. Thalma se débine pas, elle prend les choses en main : les artisans bossent, les gratte-papier gâchent de l’encre. C’est éteindre un feu de forêt en crachant, pas le choix. L’Arthon s’en fout, le mur va tomber, il tombe déjà. Alors on pallie, on colmate. Faut bien que quelqu’un s’en charge. On a un gars pour ça, un type au poil, un certain Gregor, embauché comme forgeron. Il sait tout faire, il nous rassure : en quelques heures, c’est réglé. Un genre de mafieux, à mon avis. Bah, c’est encore eux qui bossent le mieux. Ça me laisse du temps. Je dois trouver des alliés. J’oublie pas le front. Si je la joue finement, je peux renverser la guerre. Y a des gars qui ont des caravanes, faut que je me renseigne. Ils laissent traîner des sacrés stocks d’armes, ici. Un soutien logistique subventionné par l’Arthon, ça serait cocasse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;26 mars 1138 : premier jour à la Goutte d’or: fin d’après-midi&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’ai fini par y croire, ça a pas duré : tout part en vrille. Le trou a percé, un bestiau est passé, un insecte taille humaine, des griffes comme des faux, perce l’armure comme du papier. Ça a foutu une raclée à la garnison. Un petit, d’après Jonas. C’est qu’il doit être jeune, le trou est pas si gros. Il s’est tiré dans les anciennes fortifications. Ça se barricade, faut défendre le fortin. Mais faut trouver l’animal, aussi. Qui va se dévouer ? Bonne question. S’il s’enfuit à l’intérieur des terres, bonjour le chaos. Et Gregor, alors ? Il est mort, Grégor, les tripes à l’air au fond d’un tunnel, son sang en fresque sur les murs. Fallait que ça tombe sur lui. Qu’est-ce qu’il foutait là, loin de sa forge ? Je retrouve Zeiss, ce bon vieux Zeiss. Qu’est-ce que je suis content qu’il soit là. Il s’est équipé, il est prêt pour la jungle : il est venu pour ça, je le vois dans ses yeux, il est là pour en faire des rondelles, de la sauterelle. Il a été blessé dans la cour, pas méchamment. Il en redemande. Pas chauffé, pour autant. C’est pas une tête brûlée, le Zeiss : une détermination froide, calculée. Le serpent lui va bien, c’est sûr. Il sait ce qu’on attaque, pas de risques inutiles.Pour moi il est comme mon bras droit. Lui, il veut rester dans la jungle. C’est les insectes, la menace, même rengaine que Jonas. La guerre, très peu pour lui. Ils ont pas tort, mais c’est pas avec de la bonne volonté et une demi-douzaine d’épées qu’on va régler le problème. Un tueur de monstre, le Zeiss. C’est qu’il est pote des Elfes noirs, c’est sa tribu, presque. Ils en ont fait rentrer trois depuis la jungle, ce matin. Ils les ont foutus en taule, ça a gueulé, maintenant ils promènent. Y a comme un motif, à croire qu’il suffit de se plaindre : c’est comme leur vague histoire de quarantaine, personne la respecte. C’est vrai, y a des gens malades, m’est avis que c’est surtout la tambouille qui passe pas. Les Elfes noirs, je sais pas ce que j’en pense. Ils ont montré patte blanche, à Tamendil, mais ça reste louche, leur histoire. Ils jouent pas franc jeu sur ce qu’ils cherchent. Je pense qu’ils sont sympas surtout parce qu’ils ont pas le choix. Leur histoire de conscience collective, de magie symbiotique, ça me parle moyen. Le Ministre trafiquait avec cette magie, on m’a prévenu à Tamendil. Ça se distille, ce truc, un liquide noir épais du genre qui inspire confiance comme il faut. Fallait bien que ça sorte de la jungle en premier lieu, m’étonnerait qu’ils aient pas trempé dans tout ça. Ça pue la contrebande dans tous les murs. Des officiels nous traînent autour, des gars de l’Escadron, ceux-là même qui ont foutu le feu à mon camp. Ils savent qui je suis, ils veulent ma peau. Heureusement, Jonas me couvre, ils ont pas la cote à la caserne. Sont forcés de jouer serré, eux aussi. Ça va ferrailler sec à coups de nerfs, on verra bien qui se débine. C’était tendu déjà, mais la mort du Gregor ça fait tout escalader. Ça cause de meurtre, je suis d’accord : pas bien net, cette histoire. Manquerait plus qu’on m’accuse, tiens. L’autopsie tranche : c’est bien la bestiole qui l’a explosé. Ouais, enfin, la médecin qu’a officié, c’est la Tortue que je surveille en coin d’œil depuis mon arrivée, et je vois le Varan qui se fait oublier dans un coin. Pas de contre-expertise, pas le temps. Je garde mes soupçons pour moi. Manquerait plus que même mes Hommes-bêtes me tombent dessus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;26 mars 1138 : premier jour à la Goutte d’or, nuit&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’ai mes contacts, enfin. Un type qui bosse pour les Deliwen, des pontes de la mafia d’Atthalos. Je vais pas mettre son nom ici, on sait jamais qui pourrait tomber dessus. Lui, il est là pour la contrebande, faire sortir de la came de la jungle. Tout est interdit, alors tout vaut cher, c’est mécanique. Un bon allié, lui : seul problème, ses caravanes touchent pas la frontière. Y a que les mecs payés par l’armée qui passent le front. Si je veux sortir des armes d’ici et les apporter à mes gars, il faut un intermédiaire qui puissent passer le blocus. Ça tombe bien, j’en ai trouvé un : Galmardo, il s’appelle, il a une patte folle, on l’entend venir, tac… tac , des bagouzes aux doigts, en serre sur un pommeau de canne en argent. L’armée lui mange dans la main. Un sale type, il fait de l’argent sur la guerre, ça le dérange pas d’un poil. Pile ce qu’il me faut : un gars honnête aurait pas trahi l’armée pour un peu d’argent. On négocie sec, c’est encourageant. Il fera le relais à la frontière, récupérera les marchandises pour passer le cordon, et il laissera tout un peu plus loin, dans une cache pour mes hommes. Un pro, ça se voit. Pas d’hésitation, rien. Il a pas peur de se faire choper, il s’inquiète pas le moins du monde, il connaît son affaire.&lt;br /&gt;
Autrement, la bête court toujours, plusieurs attaques depuis le soir, pour l’instant rien de dramatique. Zeiss tourne en rond comme un fauve en cage. Ça s’agite, au fort. Ils sont allés enfermer l’Escadron, ça j’en reviens pas. Délit de sale gueule, bien fait. C’est le protocole, qu’ils ont eu le culot de leur sortir. Cette histoire de quarantaine, encore. À croire qu’elle toucherait que les fouineurs, leur maladie. Enfin, ils ont fini par se tirer, aidés par des assassins, ils ont zigouillé les gardes au passage. J’aimerais mieux plus être dans les parages quand ils vont revenir avec la cavalerie. Ils vont mal la digérer, celle-là, et j’ai déjà donné, merci bien. En attendant, ça m’arrange, j’ai champ libre. Je furète, j’ai mis tout ce qu’il fallait de côté, du matériel, des armes. L’intendance, c’est un gruyère, ils ont trop à faire, j’en profite. Il faut pas bien plus de temps. Demain, les caravanes partent, moi avec. Tout ce qui me reste à faire, c’est convaincre ces têtes de mules de venir avec moi. Jonas, Thalma, Zeiss, pourquoi je m’entiche des pires têtus ? Un trait que j’aime bien, faut croire, comme si j’étais pareil, tiens. Ce qu’on ferait si on pouvait bosser ensemble. Je repense à Hector aussi. Le seul Nain que je peux saquer de ce côté de la frontière, si seulement il était là… Enfin, cette nuit, je dors d’un œil, main au pommeau. Ça se regarde en chien de faïence. Je suis pas le seul à me méfier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;27 mars 1138 : deuxième jour à la Goutte d’or, matin&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore des attaques, la nuit. Le monstre a tapé dans les réserves, des insurgés Perrasiens se sont fait chopés, morts en fuyant dans la jungle. Les médecins sont sur les rotules. Les stocks médicaux sont vides, ça soigne n’importe comment, ils pourraient frotter de la poussière sur leurs plaies, ça serait pareil. La fièvre monte, un peu partout. Ils commencent à se dire qu’ils vont peut-être tous crever ici. L’escadron est revenu, il a lancé un ultimatum par-dessus les barricades. Ils se sont fait envoyés chier. Mauvais plan, ça, sont capables de revenir avec de l’artillerie – Même pas ! Si je m’y attendais, ils négocient ! Ils cherchent plus la menace, ils apportent leur aide, ils avalent la couleuvre sans rechigner. Ils ont un début de solution, pour le bestiau, ils se rendent indispensables. Faut croire que même eux veulent pas qu’il tombe, ce mur. Je les laisse s’organiser. Ça parle de monter une expédition. Je retourne voir Thalma, je tente ma chance, encore. Je sens qu’il me reste plus beaucoup de temps. Elle hésite. Je suis à deux doigts, je le sais. Mais non, elle veut pas laisser tomber son pays. Le gouvernement corrompu, c’est une chose, mais hors de question qu’elle laisse ses terres aux mains grasses des Nains et son peuple au joug des Elfes. Je te jure, elle et Jonas, les mêmes. Je les comprends, c’est bien le pire, finalement c’est les mêmes soucis que par chez moi, n’empêche que ça m’emmerde, quel dommage… Ça nous empêche pas de coopérer comme il faut, heureusement qu’elle est là. Elle est pas seule, une alchimiste l’accompagne, Greta de Grisemarche. J’ai déjà fait connaissance, la veille. Une fille bien, elle aussi. Sacrément compétente. Elle bosse sur la magie de la jungle, et aussi sur cette maladie, qui se répand toujours, elle travaille sur un médium pour rendre l’antidote reproductible, un truc du genre. C’est du sérieux, finalement, ce gros rhume. La morsure d’un rongeur de la jungle qu’a dégénérée, on avait besoin de ça, tiens. Enfin, elle trouvera une solution avec les toubibs, je suis sûr. J’en apprends un peu plus sur le « sang » de Karaxx, ce truc noir qu’a l’air d’être à l’origine de tout ce bordel. Une magie comme une autre, d’après l’alchimiste. Beaucoup de potentiel, elle est à ça de la dompter. Dangereuse, oui, le feu l’est aussi – dépend ce qu’on en fait. Je me méfie tout de même. J’en ai trop vu pour baisser ma garde. On s’est rendu de solides services, en deux jours. L’urgence aidant, on en est venu à vraiment se faire confiance, ça fait du bien de pouvoir compter sur des gens. Je crois qu’elles m’aiment bien, aussi. J’ai su me montrer fiable. Je fais mes derniers préparatifs. La caravane des Deliwen est prête à partir, Galmardo a envoyé ses ordres. J’aide aux enquêtes, au fort. Je m’implique, l’air de rien. Le fantôme de l’ancien capitaine, Chavreau, est sur toutes les lèvres. Un trauma partagé, pour sûr. Sont plusieurs à le chercher, Jonas le premier, mais c’est un autre type qui retient mon attention. Encore une fois, je peux pas dire son nom, trop risqué, faudrait pas lui causer souci. Une histoire d’amulette, que le vieux capitaine aurait emportée avec lui quand on l’a perdu dans la jungle. Un truc important, du genre relique magique. Il en sait un rayon, le type. Je pose deux trois questions, je creuse un peu. Il a une théorie farfelue, mais en s’y penchant, c’est pas si bête. Les Karaxxides c’étaient des Hommes, avant. Peuvent pas se reproduire eux-mêmes, ils transforment. Il pense que celui qui s’est planqué dans le fort, c’est l’ancien capitaine. Il me dit de rien dire : faudrait pas qu’on lui barbote le collier si le monstre l’a toujours au cou. Si ce n’est que ça, il a ma parole. Je lui demande quand même pourquoi il y tient autant, à ce bibelot. Une histoire de famille, qu’il me dit. Son ancêtre dans le médaillon, rien que ça ! J’ai déjà vu ça : de la magie dans une pierre, c’est un dragon enfermé. Le type descend d’un dragon ! On leur fait la guerre depuis Tamendil, aux draconides, ils ont rien demandé, ils existent et c’est déjà trop. Que ce soit les Elfes, les Nains, les Hommes, c’est bien le seul truc sur lequel ils sont tous d’accord : on laisse pas des dragons traîner, ça fait désordre, paraît-il. Bah, Zeiss c’est bien un Homme-serpent, alors un Homme-dragon, je vois pas bien la différence. Des ailes et de la magie en plus, certes, pour ce que j’en ai à faire. Moi ce que je vois, c’est un type qui a la tête sur les épaules, de la puissance à exploiter et comme moi grand besoin d’alliés. Il peut compter sur moi, un prêté pour un rendu, son secret est bien gardé. Si je dégotte le médaillon, il est pour lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça gueule depuis la cantine, une canne en argent mord la poussière : Galmardo qui tombe à genoux, il se tient la gorge, il a les yeux qui sortent des trous. Il s’étrangle, ça mousse rose au coin des lèvres, du poison, ça saute aux yeux. C’est triste à voir : personne bouge. Détesté jusqu’au bout, Galmardo. Même les Jean-chevalier, les justiciers, les preux, les Palamède, les Tancrède, ceux que j’ai repéré, qui portent l’armure correctement, des gars bien pas comme tous ces fumistes infiltrés (je vous vois), ils mouftent pas, ils ont plus l’énergie. Ils finissent leur verre, l’air vide, ils le regardent tomber face à terre, c’est minable. Ils sont déjà avec le Karaxxide, dans leur tête. Ils savent que ça magouille dans tous les sens sur le mur, ils ont plus le contrôle (s’ils l’ont déjà eu). Ils cherchent plus à faire bonne figure. Ils se concentrent sur leur mission. Faut protéger les civils, faut arrêter le monstre. La justice, l’autorité martiale, ça attendra. « Qu’ils règlent leurs comptes et qu’ils fassent pas chier » C’est ça que le silence de mort gueule dans la cantine. Un toubib soupire, et se  lève pour aller voir : il est mort. Personne n’est surpris, loué soit Valla et tutti quanti. Heureusement, j’ai déjà passé mon contrat. Ça aurait été emmerdant, tiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Varan me chope dans un couloir du fort. C’est urgent, qu’il me dit. Ça y est, il joue franc-jeu. C’est lui qu’a refroidi Gregor, hier. J’en étais sûr. Il cherche du soutien. Il cherche à être rassuré, surtout. Il perd pied. Faut que le mur tombe, qu’il me dit. C’est la nature qui reprend ses droits, la fin de cette civilisation corrompue. Ouais, sauf que les Karaxxides, c’est pas tellement naturel, je crois qu’il commence à piger. Ils ont misé sur le mauvais cheval, mais la Tortue persévère, plus fanatique que lui, il est tout seul, il est torturé entre son bon sens et sa loyauté. Il s’est retourné vers les Elfes noirs. Il a bu du sang de Karaxx, je parie. Maintenant il sait, qu’il me dit. Il a ouvert les yeux. Tu parles, allez, dégage, t’en as assez fait. J’hésite à le dénoncer. Il reste un des miens, et ça ramènera pas Gregor. Allez, encore un truc que je garde pour moi, ça commence à faire beaucoup. Je mets pas d’huile sur le feu, mais au besoin, j’ai des hectolitres en réserve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;27 mars 1138 : deuxième jour à la Goutte d’or, après-midi&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça y est, c’est le moment. Ça a déjà trop traîné, on s’est encore fait attaquer ce matin par des bandits, ils ont bien failli tomber le fort à eux tout seul, c’est dire qu’on est fragile. Les chevaliers sont à bout, ils sont allés chercher l’animal au fond des vieux tunnels, Jonas en tête. Ils ont dû en jeter deux-trois dans ses pattes, pour que le gros rentre d’un seul morceau. Il leur a pondu un œuf le machin ! Soit j’ai pas tout compris, soit c’est pas normal du tout. Ça traîne pas : Jonas se pointe avec l’œuf, le file à un de ses hommes, il dégaine, ça crie dans les étages. Le truc est lâché dans les couloirs. Ça court dans tous les sens, je vois les grosses têtes, les alchimistes et compagnie, ils se font passer un truc sous le manteau. Ils ont monté une bombe, les futés. L’Escadron pivote vers les entrées, l’air de rien. Ils pensent déjà à la suite… Ils savent que j’ai buté leurs gars, à Tamendil. Ils vont pas me laisser filer, ils me voient venir. Je capte mon passeur, le mafieux. On va profiter du bordel, on aura pas de seconde chance. Le truc débarque dans la cour, Zeiss fait jouer de ses épées, les boucliers volent, les tabards se strient en rouge, on le pousse quand même au réfectoire. RECULEZ ! Que ça gueule. Boum ! Ça pète droit dans la cantine, ça ressort par les fenêtres, de la chitine et du sang noir en shrapnel, ça sent la mouche cuite. Un bout du casque et les bras arrachés, le bestiau retombe en fumant. Je vois un truc briller autour du cou. Le draconide sort de nulle part, l’arrache et le fourre dans sa poche, ni vu ni connu. Je croise son regard, on échange un hochement de tête, il file par-derrière. Allez bonne chance, l’ami, tu me revaudras ça plus tard. Il avait raison depuis le début, le bougre. Je ne sais pas s’ils se rendent compte qu’ils ont dynamité leur vieux chef, les chevaliers. Pas le temps de souffler, je cours aux caravanes. Je suis pas le seul à prendre le large : l’armée arrive, et il y en a un paquet qui veulent être loin quand elle fera le tri. Ça fuit de tous les côtés, pire qu’un taudis d’Atthalos. Je convaincs qui je peux, au fort. Des soldats qui veulent déserter, pas le moment de radiner, je mets les gros sous sur la table, de quoi refaire sa vie à Valdur. Je trouve preneur, la plupart en peuvent plus, ils veulent tenter leur chance. Le brave Palamède refuse. Jonas, Thalma, Greta, les meilleurs restent aussi, ils changeront plus d’avis. Des nouvelles du front sont tombés, les Elfes font le siège à Slugart, ils veulent défendre. Ils abandonneront pas les leurs. J’ai la goutte à l’œil, surtout pour Thalma. La prochaine fois que je la verrais, elle sera sûrement en face, fait chier. Ah, ça, je les chambre bien, les chevaliers et leurs valeurs à la noix, mais je dois dire, ils ont du cœur et des tripes, ils font pas semblant pour rouler des mécaniques en armure, ça force le respect. Palamède me file un carré de tissu jaune et noir, il l’a plié, quelle classe. Son tabard, rien que ça, que j’aie une chance de passer la frontière. Ça aussi, je retiendrai. Des braves, tous ces gens, des braves. Un merci, ça pèse pas lourd, je ferai mieux quand je pourrai, promis. L’Escadron rôde, Thalma leur file une œillade qui ferait reculer une statue. Zeiss me rejoint. Alors il vient, finalement ? Non. Pour l’escorte, il me dit. Il rentre à la jungle, après, il oublie pas sa mission. Lui aussi, il a vu ce qui se tramait. On est pas discret, L’Escadron est parti devant, à cheval. Ça va pas se faire en douceur, ce passage. La caravane part. On est une bonne quinzaine. Ça sert les doigts sur les armes, ça rentre les épaules. Ça va cogner dur. Derrière nous, l’armée arrive au fort, on a à peine eu le temps de prendre la route du sud. Jonas va s’en sortir, il a des arguments. Finalement, on peut dire ce qu’on veut des infiltrés, sans ses renforts de misère pris chez l’ennemi et ailleurs, le mur serait tombé, à l’heure qu’il est. Je retire ce que j’ai dit. C’est pas un idéaliste, le Jonas. Les traîtres, il les a vu venir. Cynique, le calcul : il connaît la jungle, il savait ce qu’il faisait. Ceux qui ricanaient, moi le premier, genre bonne poire, le capitaine, ils ont l’air fin, tiens. C’est lui qui se servait d’eux depuis le début. La jungle s’en fout des allégeances – prends donc cette pique et défends-toi. Faut survivre, c’est tout, le reste attendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça y est, un dernier cahot, la diligence passe une butte : Une ligne entière, derrière, l’Escadron en tête, ça nous tombe dessus – la marchandise ! Je gueule des ordres, faut pas que ça se perde, j’ai pas fait ça pour rien. C’est un bain de sang, ça se charge avec une haine, j’ai jamais vu ça. L’énergie du désespoir, tout le monde est à bout, ça se jette dessus, s’empale au bouclier, ça mange des épées, lame et phalanges en salade. Le sergent de l’Escadron fait tout pour nous tomber, il a les yeux qui brillent pâles. C’était lui, le pote des gars de Tamendil. C’est personnel, je vois bien. J’ai commis l’affront de trop, c’est lui ou moi. Ça ferraille dur, je perds pied. Je grogne, j’ai le sang qui retombe, un coup de froid sous les côtes. Un surin près du foie, dans le dos. Je prends une mornifle au gant de fer, je vois tout blanc, je remonte ma lame dans le menton du gars qui m’a pris en traître, je reviens sur le chevalier, trop tard, son coup déjà armé, je vais le prendre dans la jugulaire. Il tombe d’un genou, tout surpris. Le tendon sectionné, slash, Zeiss qui sort de nulle part. C’est un artiste, le Zeiss. Ça défend bien, en face, mais ça suffit pas. L’épée longue prise entre ses deux crocs, il le balade, deux trois échanges, c’est réglé, les deux lames en ciseau et c’est la tête qui saute, le corps retombe dans la boue, rideau. Il saigne aussi, le Zeiss, une vilaine plaie à la jambe. C’est du dos à dos, on a plus de souffle. Ils ont mis le gros des caisses sur une charrette, on couvre la suite. Ça tombe de tous les côtés. Le gars qui pousse se fait descendre, on le venge. Ça tombe encore, on se vide par cinq endroits. Le calme revient d’un coup. L’adrénaline descend et la douleur monte. On est plus que deux, avec Zeiss. Sont tous morts, un massacre. Je prends Zeiss dans mes bras. Une dette de plus, je pleure presque, mais je suis à sec. On déchire des bandages de fortune, on rafistole, faut bien que ça tienne, on se fait des adieux d’éclopés, gorge serrée. Sacré Zeiss, qui repart au nord comme de rien, boitant à peine. J’ai le tabard de Palamède, je pousse la charrette. J’ai mon texte : seul survivant de l’embuscade d’un commando ennemi, matériel en provenance du fort. Je trouve les hommes de Galmardo, et je file en douce par les champs, jusqu’à retrouver mon côté de la ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;28 mars 1138, après-midi&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis passé. Les hommes de Galmardo étaient bien là, ils ont embarqué tout le matos. Je me suis tiré à la nuit tombée, j’ai manqué de me faire descendre par des arquebuses naines, de l’autre côté. Ils ont dû faire lever Hector pour qu’on me laisse rentrer. Ils se sont pas améliorés, les Nains. Ça me regarde encore plus mal qu’à mon départ. Officiellement, j’étais en mission d’espionnage, ils se disent surtout que j’en ai profité pour pactiser avec l’ennemi. N’ont pas tellement tort, ces idiots.  Le lendemain, j’ai pris quelques hommes pour aller faire un tour à la cache convenue, à l’abri du guet arthonnien qui surveille le front. Le vieux chêne, la butte cassée, tout y est, on fait le tour, on soulève une pierre plate. J’ai mon sang qui fait un bond. Pas de caisse, un grand trou bien vide. Un petit mot et une pièce, c’est tout. Je froisse le papier et je le balance, la rage. Je serre les poings, je souffle un coup. Je vais le ramasser, je le défroisse. Faut bien le lire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;La compagnie Galmardo Briard et associés vous remercie de votre confiance et du don généreux de vos équipements, et vous prie d’accepter ce présent en guise de compensation.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel infâme pourri de merde, bouffi de vers avant la tombe ! J’aurais dû lui presser sa canne jusqu’au fond de ses naseaux, à lui faire sortir le cerveau par les oreilles ! Je l’entends à rire gras sur son oreiller de terre, les racines le chatouillent, il a rien gagné, il se marre, il m’a truandé c’est ce qui compte ! Je l’étranglerais moi-même s’il était pas déjà crevé ! À deux doigts de lancer la pièce plein ciel, ça se paie le luxe de provoquer, en plus. Je m’arrête : elle est pas commune, cette pièce. Assez grosse, tout en or je crois bien, un profil de dragon tatoué sur les deux joues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Cyan Malherbe, 2024&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
----&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Ysma%C3%ABl_le_Corbeau&amp;diff=852</id>
		<title>Ysmaël le Corbeau</title>
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		<updated>2024-05-19T10:36:48Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : /* (Nouvelle) contrepartie Ulule 2023 */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:Personnages]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Ysmaël&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Ysmaël&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = Diplomate, gouverneur&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
== Histoire d&#039;Ysmaël (soumise par le joueur) ==&lt;br /&gt;
=== Trois nouvelles cicatrices ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! C’est le dernier ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	...Le corps de Neker gît maintenant sur le sol de la tente centrale. Le putsch pour me renverser a échoué. Je n’ose pas regarder son cadavre. Je viens de tuer celui que je considérais comme mon frère. Voilà des mois que je recherchais le traître de ma tribu. Travaillant en secret pour le clan Sil’me, il était là en permanence à mes côtés. Tapi et sournois, et me soufflant sans cesse d’être moins virulent et d’accepter de me soumettre aux Valduriens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suis le seul survivant de cette attaque, d’autres traîtres vont venir. Comment pourrai-je accepter de courber l’échine face aux assassins de mon ancêtre Ak’mar ? Le pacte de Torv-Nibtira est une vaste supercherie. Nos Terres diminuent de plus en plus à mesure que la Capitale naine s’agrandit. Un pacte de paix ? Alors pourquoi aucun d’entre nous ne fait partie du Conseil du Roi Nain ? Nous n’avons le pouvoir en rien !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dernier descendant des Tam’ir, seul et sans allié, je n’ai d’autre choix que de m’exiler...  Mais…je n’oublie pas. La rancune a les dents acérées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Tôt ou tard, ils devront payer… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Trois. C’est le nombre de scarifications que je vais devoir rajouter sur mon bras. Bien que je trouve cette vieille tradition désuète, ces cicatrices me rappellent tous les jours, les sacrifices que j’ai dû faire au nom de la Liberté.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une longue retraite ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	… Cela fait maintenant une dizaine d’année que je me suis éloigné des miens. Bien loin des miettes que daignent-nous laisser les autres peuples. La Rage a été un puissant moteur pour bâtir une hutte confortable. Si dans les premiers mois de cette retraite forcée, la Colère et l’Injustice coulaient dans mes veines, je me suis rendu vite compte que la Solitude m’a permis de me retrouver avec moi-même et de me fortifier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Sois plus réfléchi, moins prompt à la Haine. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Aucune nouvelle cicatrice n’a fait son apparition sur mon bras. Ma hache de combat est maintenant accroché au dessus de l’âtre, souvenir des combats passés. Niché à l’orée d’un bois et avec la douce musique permanente de l’écoulement d’un ruisseau, j’aspire à une vie simple et tranquille. Cette vie d’ermite a visiblement pansé mes rancunes et mes longues séances de méditation m’ont rapproché de la Nature. Je suis en Paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Le Destin aime se jouer de nous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L’Appel de Kahn-Brava ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’était la première journée ensoleillée depuis des jours. Les tempêtes semblent plus fréquentes et surtout plus violentes ces temps-ci. Alors que je faisais le point sur les dégâts que la dernière tempête avait causé, un cavalier arriva en trombe jusqu’à moi. Malgré des années de paix, instinctivement, je me tenais sur mes gardes, prêt à bondir et à me défendre à la moindre menace. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Tu n’as rien perdu de tes réflexes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’homme s’avérait être Jerald, un jeune coursier envoyé par un Général Arthonnien du nom de Témérion. Celui-ci transportait une missive.&lt;br /&gt;
Je décollais le sceau et commençais à lire le message. Le Général demande une trêve entre tous les Peuples, grâce à l’Appel de Kahn-Brava ; il y a d’après lui des étrangetés et de nombreux mystères hors de sa portée. Il craint que les hauts-rangs de la hiérarchie Arthonnienne soient infiltrés par quelque puissance obscure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Sors de ton isolement. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le moment est peut-être venu pour moi d’avancer sur l’échiquier des grands du Pouvoir. Cela tombe bien, le prochain solstice est dans deux jours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Allons-y pas à pas, un pion après l’autre ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le nouveau Gardien de Guern-Hal’i ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Première destination ; Guern Hal’i, le berceau sacré de nos ancêtres.&lt;br /&gt;
C’est ici que je trouverai l’ensemble des hommes-bêtes, se réunissant à chaque Solstice. Si je veux retrouver ma position d’antan, je ne peux pas y arriver seul, je dois faire entendre raison à l’ensemble de notre peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Le moment est venu de les surprendre ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mon arrivée a été des plus théâtrales. Je suis intervenu en toute fin de cérémonie, alors qu’une fois de plus, allait être élu un membre du Clan Sil’me ; avec toujours comme objectif de servir d’intermédiaire avec le royaume Nain. Cela en était trop, toute la Haine que j’avais enfoui ressortait dans un discours enflammé. Ces longues années de méditation ont le mérite de m’avoir enseigné la Patience. J’arrive maintenant à faire passer mes idées avec tacts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! D’un traître, le corbeau ne veut pas ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Afin de contrer le pacte de Torv-Nibtira, je propose de ne plus subir les décisions des autres races et de devenir enfin nos propres Maîtres en entérinant le pacte des sauvages : nous allons rejoindre nos frères Orcs et leurs amis qui comme nous subissent depuis trop longtemps les soi-disant races évoluées ! Personne ne nous dictera plus notre conduite ! Nous ferons valoir nos droits en tant que peuple libre !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Corbeau noir, sombre orateur ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est avec ces quelques idées simples que je suis devenu le nouveau Gardien de Guern-Hal’i.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les adorateurs de Nibtira le Rouge-gorge étaient abasourdis d’un tel changement. Aucun d’entre eux n’avait senti le vent tourner. Et à me voir sourire, mes ennemis d’hier tressaillent, car ils comprennent que je suis de retour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Les corbeaux ne vont pas avec les pies ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De sombres murmures ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà trop longtemps que nous sommes isolés... Considéré par tous comme un peuple sauvage...      L’Appel de Kahn-Brava a été entendu et je ne resterai pas cloîtré dans ces terres. Fort de ma nouvelle position, je compte bien aller écouter ce que ce maudit Général Témérion a à me dire...et découvrir de mes propres yeux cette soi-disant civilisation humaine.      &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa !  Les corbeaux volent là où est la charogne. »      &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ne craignez pas d&#039;avancer lentement, craignez seulement de rester sur place...Voilà ce que je ressasse jour après jour à ceux qui ont choisi de me suivre. Il ne reste plus qu&#039;à espérer qu’une majorité d’hommes-bêtes et de peaux-vertes se rallient à ma cause…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	…De toute façon, je ne suis jamais seul...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	...Ce maudit Corbeau est toujours dans les parages !      &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Il n’y a pas d’héroïsme sans cicatrices ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Background soumis par le joueur d&#039;Ysmaël&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== &#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[contrepartie Ulule 2021]] ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;pre style=&amp;quot;color: red&amp;quot;&amp;gt; Avertissement : langage grossier &amp;lt;/pre&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Ysmaël a été désigné porte-parole des hommes-bêtes lors du dernier [[Guern Hal’i]], rassemblement biennal des tribus de la Réserve lors du solstice. Voulant donner une portée diplomatique à son peuple, il a soutenu la déclaration de guerre de l’Empire Nain et de la Fédération de [[Bragorn]] envers l’[[Arthon]], engageant les hommes-bêtes mais aussi leurs alliés, les orcs des terres du sud. L’action se situe un peu plus d’un mois plus tard, sur le front arthonnien de l’ouest, partagé par les Nains de l’Empire et les forces unies des [[Terres Libres]].&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je marche à travers l’avant-poste, l’air préoccupé. Les corbeaux tournent au-dessus du camp, depuis ce matin. La première offensive ne s’est pas bien passée, et la réunion à venir s’annonce chargée. Un homme-bête me rattrape pour marcher à mes côtés. Il s’agit de Ralkan, l’un des chefs qui a accepté de me suivre dans la guerre. Un brave gars, Ralkan. Ma décision de rejoindre le conflit arthonnien est loin d’avoir faite l’unanimité, à la Réserve. Beaucoup se sont désengagés ; pas lui.  Son clan est l’un des plus puissants, je suis heureux qu’il soit là. Il est populaire, charismatique, fédérateur. J’ai besoin de gens comme lui pour asseoir ma légitimité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ysmaël ! Qu’est-ce que tu vas leur dire ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me retourne vers lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que tu veux que je leur dise ? C’est aux Nains d’assumer ce qui s’est passé. Nous, on est là pour aider. Ce bourbier, c’est le leur, pas le mien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Non Ysmaël. Je t’ai suivi parce que tu m’as promis une guerre facile et rapide. Si ça continue comme ce matin, on va tous mourir ici.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je lui mets la main sur l’épaule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ferais tout pour que le plus des nôtres rentrent sain et saufs, c’est mon premier objectif, crois-moi. Je ne laisserai pas le massacre de ce matin se répéter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’espère que tu dis vrai. Mes hommes ne sont pas prêts à mourir ici, certainement pas pour des Nains, et j’en ai déjà trop perdu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je décroche l’amulette que je porte autour du cou, et je la passe autour du sien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Cette amulette porte la bénédiction d’Akmar le Rouge. Je te la donne pour que tu te rappelles que son esprit est à tes côtés, comme aux miens. Nous sommes ici pour le salut de notre peuple, ne l’oublie pas. Nous serons plus forts que les Arthonniens, plus rusés que les Nains, et nous quitterons cette guerre, vivants et victorieux, dans moins d’un mois, je te le promets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pour mon salut comme pour le tien, prions que tu aies raison. Je t’ai défendu, à la Réserve, quand tu as annoncé la guerre, mais si nous ne revenons pas la tête haute, je ne pourrais plus rien faire pour toi…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je lui rends une franche accolade amicale pour le remercier, et je passe seul à l’intérieur de la tente de commandement pour m’asseoir à la table de réunion avec les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout le monde est là, assis autour de cette nappe rudimentaire, l’air grave et les yeux fuyants. Des regards en chien de faïence partout, et tous les bras sont croisés ou appuyés lourdement sur la table. Dans la tente, pas un bruit, si ce n’est ceux du dehors, ces corbeaux qui croassent toujours plus, et puis ce pan de l’entrée qui ballotte à chaque courant d’air. On fait de beaux alliés, tiens ! À croire qu’on a besoin que l’émissaire Arthonnien se pointe pour que l’atmosphère se détende.&lt;br /&gt;
Un sacré fiasco, cette offensive. On avait l’orgueil du nombre, mais les bougres étaient préparés. Deux ans qu’ils s’attendent à se faire cueillir, les Arthonniens. Deux ans que leur armée s’est rodée à la guerre. Une chaîne logistique impeccable, des soldats compétents et organisés... On avait l’air de quoi, nous autres, incapables de nous mettre d’accord. Les Nains sont têtus et trop sûr d’eux ; les tribus sous mes ordres ne m’écoutent qu’une fois sur deux... Moi, ça m’est égal. J’ai honoré ma part du marché : mes troupes sont ici, comme promis. J’ai rien de spécial contre les Arthonniens. Leur chef, le Grand Ministre, certes, c’est un sacré sale type. Ça me dérangerait pas de voir sa tête sur une pique, à ce guignol. Du reste, si je suis là, c’est pour faire bonne figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne connais pas tout le monde autour de la table. Il y a Hector, le jeune prince des De Vulqat, une grande famille de l’Empire Nain. Il tire la tronche, comme les autres. C’est à dire qu’on cherche tous un responsable. Quelqu’un doit assumer la responsabilité de la branlée qu’on s’est prise, c’est comme ça. Les chefs de guerre… Ils ont trop d’ego, trop de fierté à faire valoir, personne ne fera le premier pas. Je comprends ça bien : je sais que mes gars étaient les premiers à être aux fraises. Il faut les comprendre, la guerre comme ça : une ligne de front, des soldats en armures, des batailles rangées dans des champs dégagés, ils ont jamais vu. Chez nous, on se fout pas sur la gueule comme des barbares, à se foncer dans le gras en courant en ligne droite jusqu’à ce que l’un des côtés s’enfuie ou se fasse piétiner parce qu’il s’est trop enfoncé dans la boue pour y arriver. Putain de peuples « civilisés », je vous jure… C’est sûr que mes pauvres tribaux, ils sont perdus, ici. Je sais bien tout ça, et pourtant, jamais je ne l’admettrai. Les hommes-bêtes doivent se montrer forts et dignes de confiance. Hors de question qu’on soit le bouc émissaire de cette histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En face de moi, les petits yeux noirs et perçants de Loksir de Vulqat, un seigneur de guerre de l’Artagne venu épauler Hector, me sondent avec dédain. Une teigne, ce gars. Il lui ressemble un peu, à Hector, au détail qu’il a pas la moitié de son intelligence ni le quart de son capital sympathie. Il me soupire au visage à travers sa barbe broussailleuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Si c’était pour un cirque pareil, vous auriez mieux fait de rester dans vos taudis. C’est la guerre, ici, pas un défilé de bêtes de foire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je haussai un sourcil. Des bêtes de foire. Le petit gars aime jouer avec le feu, j’ai déjà fait rouler des têtes pour moins que ça. J’allais me lever, renverser la table de réunion et saisir le courtaud par la ridicule rondelle qui lui tenait office de cou. Je l’aurais soulevé du sol, le serrant juste assez fort, juste assez longtemps pour voir ses joues grasses s’empourprer, ses yeux s’exorbiter et l’écume venir mousser au coin de sa bouche, parce qu’on insultait pas mon peuple ainsi, certainement pas en ma présence. Mais j’ai vu Hector, du coin de l’œil, qui me faisait signe de garder mon calme. Je lui dois bien ça, il a intercédé en ma faveur pour faire reconnaître l’indépendance de la Réserve. Je me contente alors de lui sourire et de lui répondre d’un calme maîtrisé :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous avez raison, ce n’est pas un défilé de bêtes de foire, et heureusement pour vous : on y refuse les enfants de moins de quatre pieds de haut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Loksir rougit de colère, presque autant que si je l’avais réellement étranglé. Se moquer de la taille d’un Nain. C’était bas, tout autant que de comparer un homme-bête à un animal curieux. Voilà où en était réduit le niveau de nos discussions. À ce stade, ne valait-il pas mieux d’en venir directement aux poings ? Je me pose encore la question : dans ce genre de circonstances, le langage me semble être un outil de communication bien plus grossier.&lt;br /&gt;
Le nain enrage, se lève de sa chaise, les mains posées sur la table et le corps penché en avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Lève-toi un peu et répète-moi ça en face, pour voir, fulmine-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne vais pas me lever alors que vous êtes assis, ce ne serait pas correct.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À mon grand plaisir, il se montre confus par ma remarque, et se sent obligé de préciser :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mais je ne suis pas assis, je n’attends que toi ! À moins que les gens de ton espèce aient de trop grandes difficultés à se tenir sur leurs pattes arrières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me lève alors avec toute la nonchalance que je pouvais feindre, pour ajouter d’un ton désinvolte en le surplombant de toute ma taille :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Oh, mais c’est vrai que vous êtes debout. Navré, je n’avais pas vu pas la différence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends Hector soupirer de dépit. Je ne le regarde pas, trop occupé à soutenir le regard mauvais du chef de guerre Nain. Les autres autour de la table n’interviennent pas, de peur que l’altercation n’évolue en une bagarre incontrôlable. Certains dorment ici, ce soir, et nous n’avons pas de tente de commandement de rechange. Et puis : quel exemple pour les soldats, dehors, dont le moral est déjà au plus bas ! Personne n’a intérêt à mettre de l’huile sur le feu. À part peut-être moi : j’ai passé trop de temps à jouer les mielleux pour les intérêts des miens, et je ne verrais pas d’un mauvais œil une occasion de me dérouiller les poings. Dehors, encore les corbeaux. On les entend de plus en plus proches, il me semble.&lt;br /&gt;
Un soldat entre dans la tente et marque un mouvement de recul, comme heurté physiquement par le nuage orageux qui semble crépiter au-dessus de nos têtes. Il reprend cependant rapidement sa contenance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— L’émissaire Arthonnien est arrivé, nous dit-il timidement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hector répond par un signe, on laisse entrer l’Arthonnien, Loksir et moi nous rasseyons.&lt;br /&gt;
Le type a de l’allure : un chevalier, dans une belle armure qui ne brille plus. Elle a beaucoup servi, et elle est bien entretenue : c’est comme ça qu’une armure devient belle. Il avance, il tire une chaise lui-même, il s’y vautre, il souffle un coup. Il s’est faufilé dans le nuage comme si c’était rien, à l’aise. Il retire son casque, il nous regarde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Merci d’avoir accepté une entrevue d’égal à égal, entama Hector.&lt;br /&gt;
Je réprime un ricanement. D’égal à égal. Ce n’est pas comme des égaux que le chevalier nous dévisage; son regard porte toute la consternation de l’adulte qui peine à appréhender combien son môme avait dû être stupide pour lui pondre une connerie pareille. On est douze, il est seul, et c’est lui qui est en position de force. Il a beau être au beau milieu du camp ennemi, il est chez lui. Si nous sommes là, c’est seulement parce qu’il le veut bien. Il n’avait pas encore dit un mot, mais c’était déjà limpide pour presque tout le monde. Presque. Loksir avait de la vapeur qui lui sortait des oreilles. Je l’avais enragé comme un chien stupide, et il s’apprêtait à aboyer sur la mauvaise personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Dites, je vous dérange ? C’est un honneur qu’on vous fait de vous recevoir, vous pourriez montrer un peu de respect. Vous êtes chez l’ennemi, ici, vous devriez nous craindre.&lt;br /&gt;
Le chevalier lui rend une œillade curieuse et extrêmement calme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai toujours eu un grand respect pour votre peuple, sire, lui dit-il.&lt;br /&gt;
Mais ? A-t-on envie d’ajouter. Il ne poursuit pourtant pas sa déclaration, nous laissant tirer nos propres conclusions quant à l’insulte que dissimulait son compliment. Au lieu de cela, il sort son épée, il la jette sur la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Voilà. Commente-t-il. Vous savez ce que je viens de faire ?&lt;br /&gt;
Loksir tente de dissimuler sa confusion, c’est visible. S’il s’agit d’une coutume arthonnienne symbolique, il ne la connaît pas. Le chevalier le libère de sa gêne et poursuit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je suis le capitaine Jonas Elwindor, et je viens de sortir mon épée à l’est du Dragon de Pierre, pour la deuxième fois seulement en vingt ans de carrière. La première fois, c’était tout à l’heure, sur le champ de bataille, quand pour répondre à votre petite incursion on m’a appelé en renfort. Vous voyez mon épée ? Regardez mon épée !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il la pointe du doigt avec insistance. Elle est à l’image de son armure. De bonne qualité, elle a été aiguisée tant de fois que le fil en est devenu légèrement concave. On peut y voir tout du long des dents, des accrocs trop profonds pour avoir été complètement récupérés à la meule. Le pommeau était taché, à plusieurs endroits : le cuir était imbibé de sang et de sueur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’aimerais vous dire que cette épée est celle sur laquelle j’ai juré de protéger mon peuple, mais j’en ai cassé tellement depuis mes vœux qu’il faudra passer outre. Qu’importe, car cette épée, comme toutes celles que j’ai porté avant elle, n’a qu’un seul but : affronter les créatures horribles qui se terrent de l’autre côté de ce mur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il pointe derrière lui, à travers l’épaisse toile de tente, dans la direction approximative du Dragon de Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vingt ans qu’avec mes hommes on affronte l’enfer, pour la tranquillité des nôtres, mais aussi des vôtres, habitants de l’Empire. Vingt ans contre des monstres de parfois presque trois mètres de haut ; des carapaces plus dures que vos armures, des griffes plus acérées que vos meilleures lames, rusés, discrets, perfides comme personne, le tout dans un des environnements les plus hostiles du continent. Un seul de ces monstres peut mettre en pièce un régiment entraîné, et ils sont capables d’organiser des battues à plus de cinquante. Voilà ce que je crains, messire Nain, et certainement pas vous. Je devrais voir votre présence ici sur nos terres comme une offense ; ce n’est pas le cas, car vous n’êtes pas mes ennemis. Ce que je vois comme une offense, c’est que vous m’ayez contraint d’avoir depuis ce matin le sang des vôtres sur ma lame. Ce que je vois comme une offense, c’est de devoir être ici à parlementer pour des enfantillages fratricides alors que le Dragon de Pierre est déjà exsangue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous admettez que vous êtes faibles, alors, ajoute Loksir, fier de lui, qui ne comprend décidément rien à rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne confondez pas lassitude et faiblesse, messire Nain, lui répondit-il avec un regard d’acier. Oui, mes hommes sont fatigués, épuisés même, je n’ai pas peur de le dire. Oui, mes hommes n’ont pas envie de se battre, certainement pas contre vous. Sont-ils faibles pour autant ? Commettez une seconde fois l’erreur de le penser, je vous en prie. Nous sommes habitués au pire, ici. Ce serait triste d’en arriver là, mais vous ne prendrez pas un pouce de terres autour de notre muraille, dussiez-vous y investir toutes vos ressources militaires. Même au bord de l’épuisement, un de mes hommes en vaut dix des vôtres. Au regard de leur quotidien, un jour passé à vous affronter, c’est un jour de repos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’était donc ça, le secret de la farouche résistance du front de l’ouest ! L’armée Arthonnienne était allée dépêcher les vétérans du Dragon de Pierre. C’était une très mauvaise nouvelle : puisqu’ils étaient réputés pour n’avoir que des relations assez distantes avec le reste de l’armée, l’on pensait, peut-être assez naïvement, qu’ils seraient restés à l’écart du conflit pour garder leurs positions. L’Arthon était une bête sauvage acculée, et il était idiot de croire qu’elle ne sortirait pas bec, ongles, dents et griffes pour se défendre. Je dois l’admettre, j’ai un respect bien plus grand pour ce chevalier ennemi que pour les trois quarts de mes soi-disant alliés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Nous n’avons rien contre vous et votre mission, fier chevalier, tente de rattraper le Prince Hector. Restez sur le Dragon de Pierre et aucun mal ne vous sera fait. Nous pourrions même assurer votre ravitaillement et vous aider à tenir face aux Karaxxides.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous voulez qu’on se rende gentiment complice de votre marche sur notre pays ? Demanda Jonas, incrédule.&lt;br /&gt;
Hector hésita, et hocha la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Oui, c’est précisément ce que je vous demande. Comme vous l’avez dit, votre mission est trop importante pour perdre du temps à nous affronter. Laissez-nous gérer nos conflits politiques, et nous vous aiderons à gérer les vôtres. Avec les moyens et la technologie de l’Empire, les défenses du mur pourraient bien bénéficier et non pâtir de cette guerre.&lt;br /&gt;
Le capitaine Elwindor se met à ricaner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Si seulement c’était si simple. Si vous aviez des hommes et des armes à nous filer pour nous aider, il fallait y penser avant de nous déclarer la guerre. Tout d’un coup, vous vous sentez responsables ? Le mur ne s’est pas bâti en un jour ; vous étiez où, avant ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je… Faites-en ce que vous voulez, mais ma proposition est pourtant sincère, réfléchissez-y. Vous ne méritez pas de mourir pour vos dirigeants, ajoute tout de même Hector pour rester digne.&lt;br /&gt;
Une main se pose bruyamment sur le dossier de chaise du capitaine Elwindor. Un homme était entré discrètement dans la tente pendant les discussions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous entendez, Capitaine ? Il est sincère, vous devriez y réfléchir, répète l’homme d’un ton grinçant. Le prince des Nains n’a qu’une parole, c’est bien connu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’ombre, je ne pressentais que sa silhouette, mais j’aurais reconnu sa voix entre mille. Le baron Barracus de Vayn s’avance alors dans la lumière, vêtu simplement de son éternel veston porté ouvert, qui laissait apparaître son torse poilu. Il s’assoit en travers d’une chaise, étale ses jambes qu’il croise sur la table, et débouche une bouteille de vin pour se servir. Il lève son verre pour saluer les gens qu’il connaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Salut, Hector. Salut Ysmaël. Salut aussi, tous les connards.&lt;br /&gt;
Autour de la table, on s’échange des regards.&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Mais enfin, c’est qui, ce type ? Qui l’a laissé rentrer ?&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je suis le baron Barracus de Vayn, et ne posez pas de questions auxquelles vous ne voulez pas avoir de réponse, répond le baron en se relevant de sa chaise pour déambuler dans la tente, faisant mine d’en inspecter les toiles, toujours son verre à la main. C’est pas mal, ici, poursuivit-il. Ça manque de quelques filles, d’alcool et de décorations cependant, si vous voulez mon avis. Il inspire bruyamment. Pouah ! Et puis, ça renifle ! Il faut aérer de temps en temps, vous baignez dans votre jus, les gars.&lt;br /&gt;
Je me lève pour lui répondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que tu veux, Barracus ? Qu’est-ce que tu fais ici ?&lt;br /&gt;
Il fait tourner son verre dans sa main, et regarde le vin s’y agiter, l’air pensif. Les corbeaux s’en donnent à cœur joie, dehors. Je les entends se voler dans les plumes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Oh, pas grand-chose, je passais dans la région, et je me suis dit que j’allais passer rendre visite à de vieux amis. Après tout, vous qui avez fait l’effort de vous déplacer, ça aurait été dommage de ne pas vous rendre la politesse, n’est-ce pas ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu le connais, Ysmaël ? Me demande un chef de guerre Nain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il était à Kahn-Brava pour représenter les Arthonniens. C’est grâce à lui qu’on a pu récupérer le prince Jolyor sain et sauf, notamment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Barracus secoue la tête en m’écoutant, un sourire démesuré lui déforme le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ah, Ysmaël, mon cher Ysmaël. J’en ai vu, des belles putains dans ma vie, mais toi, tu es ma préférée. J’en ai vu, des salopes opportunistes, qui sucent à tous les râteliers, mais alors toi, tu en as fait un art de vivre... Alors c’est pour ces bande-froids que tu m’as trahi ? Dis-moi honnêtement, ça valait le coup ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Barracus, tu veux vraiment qu’on règle ça ici ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ta gueule. Tu me fais pitié. Je pensais que t’avais des couilles.&lt;br /&gt;
Il se tourne vers le reste de l’auditoire et me pointe du doigt en sortant un document froissé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ce torchon porte la jolie signature de votre camarade. Vous savez ce que c’est ? Un pacte de non-agression, un putain de pacte de non-agression ! Il lui a pas fallu plus que de se rendre compte qu’il était tout seul de notre côté pour aller se ranger gentiment avec les autres quelques heures après avoir signé. Tous des  gros lâches, tous autant que vous êtes ! Pour s’allier avec des Nains, en plus ! Les mêmes qui persécutent son peuple depuis des centaines d’années. Putain, vous me faites gerber.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il roule le traité que j’avais ratifié, il l’enflamme avec une bougie, et il s’en sert pour pour allumer sa pipe, puis il le jette derrière lui pour le laisser finir de brûler sur le sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai fait ce qu’il fallait pour assurer l’avenir de mon peuple, lui répondis-je.&lt;br /&gt;
J’étais prêt à accepter ses insultes. Je n’avais rien contre Barracus, et sa colère était légitime. Ce parjure, que j’avais fait en connaissance de cause, m’en avait coûté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il éclate de rire, et disparaît un instant dans les épaisses volutes de fumée de sa pipe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— T’as vendu ton peuple et ses terres aux enchères, voilà ce que t’as fait ! Pendant que t’es là, à te branler en groupe avec tes nouveaux potes Nains, qu’est-ce que tu crois qu’ils font, là-bas, maintenant que la Réserve n’est plus protégée ? Les chercheurs d’or de Valdur, la Guilde des marchands, tout le monde ! J’en entends parler jusqu’au port de Mesphota : un trésor, y’a qu’à se baisser pour se servir !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mon peuple est capable de se défendre face aux envahisseurs. Que les chercheurs d’or viennent, ils seront bien accueillis.&lt;br /&gt;
Barracus marque une pause, incrédule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est ça que tu ne comprends pas, chérie. Ils sont déjà chez toi, et tu n’es pas là pour les accueillir. Tu es ici, forcé de mener une guerre qui ne te concerne pas, pendant que tes terres se font piller. Personne ne se bougera le cul pour les défendre à ta place, t’as saisi, ça ? Tu peux tourner ça comme tu veux, tu t’es fait enculer sur toute la ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça suffit, Barracus, intercéda Hector. Je suis reconnaissant de ce que tu as fait pour Jolyor, mais le cadre de cette guerre te dépasse, n’en fais pas une affaire personnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Au contraire, mon Prince, au contraire… Contrairement à vous, j’habite ici, cette guerre semble me concerner tout à fait personnellement. Vous avez voulu baiser Barracus de Vayn, assumez, maintenant. Vous savez pourtant bien que je ne suis pas du genre à ignorer ce genre d’avances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des menaces. Cette fois, il va trop loin. Ça, je ne peux pas le laisser passer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pour ce que ça vaut, je t’apprécie, Barracus. Mais mets toi en travers de ma route et ce sera ta dernière erreur, grondé-je, les poings serrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il souffle du nez. Dehors, j’entends le bruit des corbeaux qui s’amplifie encore. Je ne les ai jamais entendu aussi excités. Il se passe quelque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors ça y est ? Ysmaël le Corbeau montre enfin son vrai visage plein de plumes ? Soit. Fais de ton mieux, vas-y, je t’en prie. Hâte de voir ce que tu me réserves, ne me déçois pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne sois pas ridicule. Tu viens ici nous insulter, seul et sans arme, au beau milieu de notre camp. Si j’étais toi, je descendrais d’un ton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Barracus prend un air offusqué et s’approche du capitaine pour lui passer un bras au-dessus de l’épaule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est pas vrai, je ne suis pas tout seul. Regarde : il y a ce brave Jonas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne me mêle pas à ça, Barracus, je t’en prie, réponds le capitaine Elwindor en se désengageant de l’étreinte du baron, qui hausse les épaules et se dirige vers l’entrée de la tente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et puis… il y a tous ceux-là !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’un coup sec, il arrache le pan de l’entrée. Tout le monde se lève d’un coup. La fumée de la pipe de Barracus avait dissimulé l’odeur de brûlé, mais le camp était en feu. Les gardes en poste gisaient dans leur sang, égorgés, et les autres soldats avaient dû être assassinés dans leurs tentes. Je reconnais certains de mes hommes, montés sur des grands pals dressés à la va-vite, le mot «TRAÎTRE» gravé en lettre de sang sur leur poitrine. Au milieu de ce chaos, des hommes en armures noires, dont le plastron était simplement orné de la couronne d’or arthonnienne, nous dévisagent avec cruauté, perchés sur leurs chevaux. Barracus penche la tête en arrière pour finir d’un trait son verre de vin et le jette pour qu’il se brise sur le sol avant de rejoindre les cavaliers et de se hisser derrière l’un d’eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bienvenue en Arthon, Ysmaël ! J’espère que tu profites bien du paysage ! Il est offert avec les compliments de l’Escadron des Cendres ! Raille-t-il d’un ton vengeur avant de disparaître dans un nuage de poussière : l’Escadron prenait la fuite au galop.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le capitaine Elwindor a l’air aussi désemparé que nous. Les flammes du camp se reflètent dans ses yeux alors qu’il balaie du regard les sinistres trophées de l’Escadron des Cendres qui jonchent ses ruines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est criminel… Ce n’est pas comme ça que l’on fait la guerre, ou alors on ne vaut pas mieux que les monstres de l’autre côté du mur, marmonne-t-il. Prince Hector ? Je vais réfléchir à votre proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je les laisse discuter. Je m’approche de l’un des malheureux empalés, les dents serrées. C’était de là que venait le bruit des corbeaux : ils lui arrachent déjà le visage, attirés par la proie facile. Ils lui picorent les yeux, ils essaient de faire passer leur bec pointu au travers des grandes lettres de sang. Sous la volée de jais, je ne le reconnais pas tout de suite, puis je vois briller un instant son amulette, au creux de son cou, juste au dessus du mot TRAÎTRE. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Ralkan&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Cyan Malherbe, 2022&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== &#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[contrepartie Ulule 2023]] ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;pre style=&amp;quot;color: red&amp;quot;&amp;gt; Avertissement : langage grossier &amp;lt;/pre&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;pre style=&amp;quot;color: red&amp;quot;&amp;gt; Cette nouvelle dévoile certains éléments de l&#039;intrigue du Grandeur Nature &amp;quot;Des Murmures au Dragon de pierre&amp;quot;. &amp;lt;/pre&amp;gt;&lt;br /&gt;
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&#039;&#039;Le texte suivant constitue une transcription des notes prises par Ysmaël, relatant son passage derrière la frontière Arthonnienne pendant la guerre de 1138, alors qu’il eut décidé de répondre à l’appel du capitaine Jonas Elwindor à renforcer les effectifs de la caserne de la Goutte d’or, sur la muraille du Dragon de pierre, sans regard sur l’allégeance des volontaires (voir la première nouvelle d’Ysmaël)&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;26 mars 1138 : premier jour à la Goutte d’or : matin&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça y est : les gonds grincent, ça s’ouvre, c’est du chêne lourd, fatigué. Ça traîne par terre, ça fait des ornières. Un type marche vers nous, sergent Machin, gesticule pour nous guider. Avec moi, il y a du tout, surtout du n’importe quoi. Je vois des yeux fuyants, ils prennent des notes dans leur tête. Ils ont pas le regard vide des soudards. Il y a de l’arnaque dans l’air, c’est sûr : ces bonzes sont pas là pour la messe. Au mur, c’est le capitaine Jonas qui nous accueille. Il m’a reconnu ? Pas sûr. Un gars bien, Jonas, un peu idéaliste sur les bords, mais intègre, compétent. Un Arthonnien, pourtant. Comme quoi… Les recrues, il y a à boire et à manger (pour la cantine, par contre, on repassera). J’en ai repéré deux trois qui filent droit : pas d’embrouille, on pourrait s’entendre. Des Arthonniens, surtout. Il y a des Hommes-bêtes, viennent droit du front, mais pas de mes gars sûrs. Un duo, inséparable, un Varan et une Tortue. Une tribu isolée, du fond de la réserve. Des arriérés qui vivent dans le passé. Je sais pas ce qu’ils foutent là, je me méfie. Ils pourraient faire une connerie. J’ai pas besoin de ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout de suite, je tiens la jambe au capitaine. Je suis pas connu pour perdre mon temps, surtout quand on peut me dégager dans la seconde. Je comprends toujours pas qu’ils m’aient laissé entrer, je vais pas m’en plaindre. Il a un bureau sobre, le capitaine. C’est bon signe. Au camp Nain, je flairai les pourris rien qu’à leur literie. On voit vite qui est là pour la guerre ou pour se faire mousser. J’y vais franco, je dis ce que j’en pense, la guerre et les magouilles, ce que je trouve au gouvernement de son foutu pays. Le bagout du corbeau, mais à la charge, à coups d’épaule : j’emprunte au buffle, faut ce qu’il faut. On est pas là pour jouer aux soldats de plomb, échanger quelques fermes, faire bouger les lignes pour donner du boulot aux cartographes et rentrer chez nous. Il y a plus grave, je le sais, je l’ai vu. Faut qu’il soit avec moi. Les sacs au pouvoir veulent la faire à l’envers à tout le monde, on est dans le même bateau. Mes ennemis, c’est pas les Arthonniens. Ça l’a jamais été. Et Barracus ? Un malentendu, Barracus. Un putain de malentendu. J’ai la haine, sûr, mais de Barracus ? Pas tant. On se ressemble. Pas idiot pour deux sous, à tirer où il faut, quand il faut. Le stress me rend grossier, c’est comme s’il parlait dans ma tête, ça m’énerve. Il m’a marqué, le Barracus. Je veux pas y penser, pas maintenant. Je suis pas là pour ça. Le capitaine sait de quoi je parle, il a les gros bonnets dans le nez : je serai pas là, sinon. Il fait plus confiance à un ramassis de traîne-savates qu’à des officiels, c’est dire. Lui n’a qu’un seul ennemi : la jungle. Il me l’a déjà dit, il le répète. Je prêche un convaincu. Tant mieux, il me faut au moins ça.  Je suis pas le seul à le travailler au corps : une nana, une magotte du genre explosive, venu tout droit de la capitale arthonnienne. Thalma d’Anividriss : le nom me fait tiquer, mais elle est pas avec le Ministre. Elle aussi, elle essaie d’y voir clair, se pose des questions – les bonnes, celles que j’aime entendre. Elle a de la gueule et de la prestance, un sacré bout de femme. Elle en jette, je vais pas mentir. Elle le presse, Jonas, plus fort que moi. Elle a la niaque, elle serait prête à retourner toutes les pierres du fort pour piger ce bordel. Alors ils leur cachent des trucs même à la capitale, aux gens corrects ? Elle sait rien, c’est bon signe. C’est des gens comme elle qu’il faut, qui sont pas dans la boucle des magouilleurs. Des gens bien, quoi. De Jonas, y a pas grand-chose à tirer de plus : c’est la merde. Pas de moyens, une négligence criminelle, du sabotage même : c’est à croire que le Ministre veut qu’il tombe, ce putain de mur. Je lui ai dit, à Jonas : un gars comme lui a rien à faire au service de ces tocards. Qu’il vienne, avec ses hommes, et qu’on réfléchisse à un moyen de gérer ce bourbier entre gens sensés. Mais il bouge pas, impossible. Chevillé à sa loyauté à la con. Enfin, je vais pas jurer. Je respecte, je respecte…&lt;br /&gt;
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&#039;&#039;&#039;26 mars 1138 : premier jour à la Goutte d’or : début d’après-midi&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je sors. J’en ai plein la tête. Je regarde en l’air : pas un corbeau, rien. Je suis seul. Ici, pas de toit, pas de ciel non plus. La caserne est comme effondrée. On est sous éboulis, des corps dans un tertre : si Jonas reste, c’est un fantôme de plus. Sous-capitaine Gueule-fort braille un entraînement dans la cour. Il y croit, le bougre. Ça gesticule, gling gling, il pue la rouille et la sueur. On va le suivre, ben tiens. Je les vois, tous, à faire bonne figure. Ça aligne les pompes pour lui faire plaisir. C’est quelque chose, de les voir en rang d’oignon… pour se fondre parmi les soldats, pensent-ils. Y a pas un soldat au drille, les vrais sont occupés ailleurs, à porter des caisses ou à enterrer leurs potes. J’approche Thalma. Elle a fini de causer. On fait connaissance, proprement. La sœur de Mélimar : je me disais bien que son nom sonnait connu : c’est la sœur de l’autre embrouilleur qui était venu foutre en l’air le camp de Barracus, là-bas en Tamendil. Un chien du ministre, lui, de la pire espèce. Elle s’en défend, elle voit plus son frère, ses vieux non plus. La famille d’Anividriss, c’est des loyalistes jusqu’au fond du caveau, tout pour la Couronne. Elle, c’est le rayon de soleil qui chauffe la crypte, un brin chauvine aussi, ça je peux comprendre, mais aucun respect pour le Ministre et ses méthodes de dégénéré. Bref, le mouton blanc de la famille. À l’entendre parler, ça prendrait des allures de coup d’État, son histoire. Faut dire, elle a du grade, c’est pas n’importe qui. La seule à toiser Jonas sans faiblir. Elle me plaît de plus en plus. De la jugeote à en revendre, juste ce qu’il faut de finesse… sacrément jolie, par-dessus le marché. Elle revient au problème de la caserne : les grands plans oui, l’urgence d’abord : on inspecte le bâti, c’est pas beau à voir. C’est ce que je disais : rien à sauver. Ça croule sous la porte, le mortier fout le camp. Thalma se débine pas, elle prend les choses en main : les artisans bossent, les gratte-papier gâchent de l’encre. C’est éteindre un feu de forêt en crachant, pas le choix. L’Arthon s’en fout, le mur va tomber, il tombe déjà. Alors on pallie, on colmate. Faut bien que quelqu’un s’en charge. On a un gars pour ça, un type au poil, un certain Gregor, embauché comme forgeron. Il sait tout faire, il nous rassure : en quelques heures, c’est réglé. Un genre de mafieux, à mon avis. Bah, c’est encore eux qui bossent le mieux. Ça me laisse du temps. Je dois trouver des alliés. J’oublie pas le front. Si je la joue finement, je peux renverser la guerre. Y a des gars qui ont des caravanes, faut que je me renseigne. Ils laissent traîner des sacrés stocks d’armes, ici. Un soutien logistique subventionné par l’Arthon, ça serait cocasse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;26 mars 1138 : premier jour à la Goutte d’or: fin d’après-midi&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’ai fini par y croire, ça a pas duré : tout part en vrille. Le trou a percé, un bestiau est passé, un insecte taille humaine, des griffes comme des faux, perce l’armure comme du papier. Ça a foutu une raclée à la garnison. Un petit, d’après Jonas. C’est qu’il doit être jeune, le trou est pas si gros. Il s’est tiré dans les anciennes fortifications. Ça se barricade, faut défendre le fortin. Mais faut trouver l’animal, aussi. Qui va se dévouer ? Bonne question. S’il s’enfuit à l’intérieur des terres, bonjour le chaos. Et Gregor, alors ? Il est mort, Grégor, les tripes à l’air au fond d’un tunnel, son sang en fresque sur les murs. Fallait que ça tombe sur lui. Qu’est-ce qu’il foutait là, loin de sa forge ? Je retrouve Zeiss, ce bon vieux Zeiss. Qu’est-ce que je suis content qu’il soit là. Il s’est équipé, il est prêt pour la jungle : il est venu pour ça, je le vois dans ses yeux, il est là pour en faire des rondelles, de la sauterelle. Il a été blessé dans la cour, pas méchamment. Il en redemande. Pas chauffé, pour autant. C’est pas une tête brûlée, le Zeiss : une détermination froide, calculée. Le serpent lui va bien, c’est sûr. Il sait ce qu’on attaque, pas de risques inutiles.Pour moi il est comme mon bras droit. Lui, il veut rester dans la jungle. C’est les insectes, la menace, même rengaine que Jonas. La guerre, très peu pour lui. Ils ont pas tort, mais c’est pas avec de la bonne volonté et une demi-douzaine d’épées qu’on va régler le problème. Un tueur de monstre, le Zeiss. C’est qu’il est pote des Elfes noirs, c’est sa tribu, presque. Ils en ont fait rentrer trois depuis la jungle, ce matin. Ils les ont foutus en taule, ça a gueulé, maintenant ils promènent. Y a comme un motif, à croire qu’il suffit de se plaindre : c’est comme leur vague histoire de quarantaine, personne la respecte. C’est vrai, y a des gens malades, m’est avis que c’est surtout la tambouille qui passe pas. Les Elfes noirs, je sais pas ce que j’en pense. Ils ont montré patte blanche, à Tamendil, mais ça reste louche, leur histoire. Ils jouent pas franc jeu sur ce qu’ils cherchent. Je pense qu’ils sont sympas surtout parce qu’ils ont pas le choix. Leur histoire de conscience collective, de magie symbiotique, ça me parle moyen. Le Ministre trafiquait avec cette magie, on m’a prévenu à Tamendil. Ça se distille, ce truc, un liquide noir épais du genre qui inspire confiance comme il faut. Fallait bien que ça sorte de la jungle en premier lieu, m’étonnerait qu’ils aient pas trempé dans tout ça. Ça pue la contrebande dans tous les murs. Des officiels nous traînent autour, des gars de l’Escadron, ceux-là même qui ont foutu le feu à mon camp. Ils savent qui je suis, ils veulent ma peau. Heureusement, Jonas me couvre, ils ont pas la cote à la caserne. Sont forcés de jouer serré, eux aussi. Ça va ferrailler sec à coups de nerfs, on verra bien qui se débine. C’était tendu déjà, mais la mort du Gregor ça fait tout escalader. Ça cause de meurtre, je suis d’accord : pas bien net, cette histoire. Manquerait plus qu’on m’accuse, tiens. L’autopsie tranche : c’est bien la bestiole qui l’a explosé. Ouais, enfin, la médecin qu’a officié, c’est la Tortue que je surveille en coin d’œil depuis mon arrivée, et je vois le Varan qui se fait oublier dans un coin. Pas de contre-expertise, pas le temps. Je garde mes soupçons pour moi. Manquerait plus que même mes Hommes-bêtes me tombent dessus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;26 mars 1138 : premier jour à la Goutte d’or, nuit&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’ai mes contacts, enfin. Un type qui bosse pour les Deliwen, des pontes de la mafia d’Atthalos. Je vais pas mettre son nom ici, on sait jamais qui pourrait tomber dessus. Lui, il est là pour la contrebande, faire sortir de la came de la jungle. Tout est interdit, alors tout vaut cher, c’est mécanique. Un bon allié, lui : seul problème, ses caravanes touchent pas la frontière. Y a que les mecs payés par l’armée qui passent le front. Si je veux sortir des armes d’ici et les apporter à mes gars, il faut un intermédiaire qui puissent passer le blocus. Ça tombe bien, j’en ai trouvé un : Galmardo, il s’appelle, il a une patte folle, on l’entend venir, tac… tac , des bagouzes aux doigts, en serre sur un pommeau de canne en argent. L’armée lui mange dans la main. Un sale type, il fait de l’argent sur la guerre, ça le dérange pas d’un poil. Pile ce qu’il me faut : un gars honnête aurait pas trahi l’armée pour un peu d’argent. On négocie sec, c’est encourageant. Il fera le relais à la frontière, récupérera les marchandises pour passer le cordon, et il laissera tout un peu plus loin, dans une cache pour mes hommes. Un pro, ça se voit. Pas d’hésitation, rien. Il a pas peur de se faire choper, il s’inquiète pas le moins du monde, il connaît son affaire.&lt;br /&gt;
Autrement, la bête court toujours, plusieurs attaques depuis le soir, pour l’instant rien de dramatique. Zeiss tourne en rond comme un fauve en cage. Ça s’agite, au fort. Ils sont allés enfermer l’Escadron, ça j’en reviens pas. Délit de sale gueule, bien fait. C’est le protocole, qu’ils ont eu le culot de leur sortir. Cette histoire de quarantaine, encore. À croire qu’elle toucherait que les fouineurs, leur maladie. Enfin, ils ont fini par se tirer, aidés par des assassins, ils ont zigouillé les gardes au passage. J’aimerais mieux plus être dans les parages quand ils vont revenir avec la cavalerie. Ils vont mal la digérer, celle-là, et j’ai déjà donné, merci bien. En attendant, ça m’arrange, j’ai champ libre. Je furète, j’ai mis tout ce qu’il fallait de côté, du matériel, des armes. L’intendance, c’est un gruyère, ils ont trop à faire, j’en profite. Il faut pas bien plus de temps. Demain, les caravanes partent, moi avec. Tout ce qui me reste à faire, c’est convaincre ces têtes de mules de venir avec moi. Jonas, Thalma, Zeiss, pourquoi je m’entiche des pires têtus ? Un trait que j’aime bien, faut croire, comme si j’étais pareil, tiens. Ce qu’on ferait si on pouvait bosser ensemble. Je repense à Hector aussi. Le seul Nain que je peux saquer de ce côté de la frontière, si seulement il était là… Enfin, cette nuit, je dors d’un œil, main au pommeau. Ça se regarde en chien de faïence. Je suis pas le seul à me méfier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&#039;&#039;&#039;27 mars 1138 : deuxième jour à la Goutte d’or, matin&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore des attaques, la nuit. Le monstre a tapé dans les réserves, des insurgés Perrasiens se sont fait chopés, morts en fuyant dans la jungle. Les médecins sont sur les rotules. Les stocks médicaux sont vides, ça soigne n’importe comment, ils pourraient frotter de la poussière sur leurs plaies, ça serait pareil. La fièvre monte, un peu partout. Ils commencent à se dire qu’ils vont peut-être tous crever ici. L’escadron est revenu, il a lancé un ultimatum par-dessus les barricades. Ils se sont fait envoyés chier. Mauvais plan, ça, sont capables de revenir avec de l’artillerie – Même pas ! Si je m’y attendais, ils négocient ! Ils cherchent plus la menace, ils apportent leur aide, ils avalent la couleuvre sans rechigner. Ils ont un début de solution, pour le bestiau, ils se rendent indispensables. Faut croire que même eux veulent pas qu’il tombe, ce mur. Je les laisse s’organiser. Ça parle de monter une expédition. Je retourne voir Thalma, je tente ma chance, encore. Je sens qu’il me reste plus beaucoup de temps. Elle hésite. Je suis à deux doigts, je le sais. Mais non, elle veut pas laisser tomber son pays. Le gouvernement corrompu, c’est une chose, mais hors de question qu’elle laisse ses terres aux mains grasses des Nains et son peuple au joug des Elfes. Je te jure, elle et Jonas, les mêmes. Je les comprends, c’est bien le pire, finalement c’est les mêmes soucis que par chez moi, n’empêche que ça m’emmerde, quel dommage… Ça nous empêche pas de coopérer comme il faut, heureusement qu’elle est là. Elle est pas seule, une alchimiste l’accompagne, Greta de Grisemarche. J’ai déjà fait connaissance, la veille. Une fille bien, elle aussi. Sacrément compétente. Elle bosse sur la magie de la jungle, et aussi sur cette maladie, qui se répand toujours, elle travaille sur un médium pour rendre l’antidote reproductible, un truc du genre. C’est du sérieux, finalement, ce gros rhume. La morsure d’un rongeur de la jungle qu’a dégénérée, on avait besoin de ça, tiens. Enfin, elle trouvera une solution avec les toubibs, je suis sûr. J’en apprends un peu plus sur le « sang » de Karaxx, ce truc noir qu’a l’air d’être à l’origine de tout ce bordel. Une magie comme une autre, d’après l’alchimiste. Beaucoup de potentiel, elle est à ça de la dompter. Dangereuse, oui, le feu l’est aussi – dépend ce qu’on en fait. Je me méfie tout de même. J’en ai trop vu pour baisser ma garde. On s’est rendu de solides services, en deux jours. L’urgence aidant, on en est venu à vraiment se faire confiance, ça fait du bien de pouvoir compter sur des gens. Je crois qu’elles m’aiment bien, aussi. J’ai su me montrer fiable. Je fais mes derniers préparatifs. La caravane des Deliwen est prête à partir, Galmardo a envoyé ses ordres. J’aide aux enquêtes, au fort. Je m’implique, l’air de rien. Le fantôme de l’ancien capitaine, Chavreau, est sur toutes les lèvres. Un trauma partagé, pour sûr. Sont plusieurs à le chercher, Jonas le premier, mais c’est un autre type qui retient mon attention. Encore une fois, je peux pas dire son nom, trop risqué, faudrait pas lui causer souci. Une histoire d’amulette, que le vieux capitaine aurait emportée avec lui quand on l’a perdu dans la jungle. Un truc important, du genre relique magique. Il en sait un rayon, le type. Je pose deux trois questions, je creuse un peu. Il a une théorie farfelue, mais en s’y penchant, c’est pas si bête. Les Karaxxides c’étaient des Hommes, avant. Peuvent pas se reproduire eux-mêmes, ils transforment. Il pense que celui qui s’est planqué dans le fort, c’est l’ancien capitaine. Il me dit de rien dire : faudrait pas qu’on lui barbote le collier si le monstre l’a toujours au cou. Si ce n’est que ça, il a ma parole. Je lui demande quand même pourquoi il y tient autant, à ce bibelot. Une histoire de famille, qu’il me dit. Son ancêtre dans le médaillon, rien que ça ! J’ai déjà vu ça : de la magie dans une pierre, c’est un dragon enfermé. Le type descend d’un dragon ! On leur fait la guerre depuis Tamendil, aux draconides, ils ont rien demandé, ils existent et c’est déjà trop. Que ce soit les Elfes, les Nains, les Hommes, c’est bien le seul truc sur lequel ils sont tous d’accord : on laisse pas des dragons traîner, ça fait désordre, paraît-il. Bah, Zeiss c’est bien un Homme-serpent, alors un Homme-dragon, je vois pas bien la différence. Des ailes et de la magie en plus, certes, pour ce que j’en ai à faire. Moi ce que je vois, c’est un type qui a la tête sur les épaules, de la puissance à exploiter et comme moi grand besoin d’alliés. Il peut compter sur moi, un prêté pour un rendu, son secret est bien gardé. Si je dégotte le médaillon, il est pour lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça gueule depuis la cantine, une canne en argent mord la poussière : Galmardo qui tombe à genoux, il se tient la gorge, il a les yeux qui sortent des trous. Il s’étrangle, ça mousse rose au coin des lèvres, du poison, ça saute aux yeux. C’est triste à voir : personne bouge. Détesté jusqu’au bout, Galmardo. Même les Jean-chevalier, les justiciers, les preux, les Palamède, les Tancrède, ceux que j’ai repéré, qui portent l’armure correctement, des gars bien pas comme tous ces fumistes infiltrés (je vous vois), ils mouftent pas, ils ont plus l’énergie. Ils finissent leur verre, l’air vide, ils le regardent tomber face à terre, c’est minable. Ils sont déjà avec le Karaxxide, dans leur tête. Ils savent que ça magouille dans tous les sens sur le mur, ils ont plus le contrôle (s’ils l’ont déjà eu). Ils cherchent plus à faire bonne figure. Ils se concentrent sur leur mission. Faut protéger les civils, faut arrêter le monstre. La justice, l’autorité martiale, ça attendra. « Qu’ils règlent leurs comptes et qu’ils fassent pas chier » C’est ça que le silence de mort gueule dans la cantine. Un toubib soupire, et se  lève pour aller voir : il est mort. Personne n’est surpris, loué soit Valla et tutti quanti. Heureusement, j’ai déjà passé mon contrat. Ça aurait été emmerdant, tiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Varan me chope dans un couloir du fort. C’est urgent, qu’il me dit. Ça y est, il joue franc-jeu. C’est lui qu’a refroidi Gregor, hier. J’en étais sûr. Il cherche du soutien. Il cherche à être rassuré, surtout. Il perd pied. Faut que le mur tombe, qu’il me dit. C’est la nature qui reprend ses droits, la fin de cette civilisation corrompue. Ouais, sauf que les Karaxxides, c’est pas tellement naturel, je crois qu’il commence à piger. Ils ont misé sur le mauvais cheval, mais la Tortue persévère, plus fanatique que lui, il est tout seul, il est torturé entre son bon sens et sa loyauté. Il s’est retourné vers les Elfes noirs. Il a bu du sang de Karaxx, je parie. Maintenant il sait, qu’il me dit. Il a ouvert les yeux. Tu parles, allez, dégage, t’en as assez fait. J’hésite à le dénoncer. Il reste un des miens, et ça ramènera pas Gregor. Allez, encore un truc que je garde pour moi, ça commence à faire beaucoup. Je mets pas d’huile sur le feu, mais au besoin, j’ai des hectolitres en réserve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;27 mars 1138 : deuxième jour à la Goutte d’or, après-midi&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça y est, c’est le moment. Ça a déjà trop traîné, on s’est encore fait attaquer ce matin par des bandits, ils ont bien failli tomber le fort à eux tout seul, c’est dire qu’on est fragile. Les chevaliers sont à bout, ils sont allés chercher l’animal au fond des vieux tunnels, Jonas en tête. Ils ont dû en jeter deux-trois dans ses pattes, pour que le gros rentre d’un seul morceau. Il leur a pondu un œuf le machin ! Soit j’ai pas tout compris, soit c’est pas normal du tout. Ça traîne pas : Jonas se pointe avec l’œuf, le file à un de ses hommes, il dégaine, ça crie dans les étages. Le truc est lâché dans les couloirs. Ça court dans tous les sens, je vois les grosses têtes, les alchimistes et compagnie, ils se font passer un truc sous le manteau. Ils ont monté une bombe, les futés. L’Escadron pivote vers les entrées, l’air de rien. Ils pensent déjà à la suite… Ils savent que j’ai buté leurs gars, à Tamendil. Ils vont pas me laisser filer, ils me voient venir. Je capte mon passeur, le mafieux. On va profiter du bordel, on aura pas de seconde chance. Le truc débarque dans la cour, Zeiss fait jouer de ses épées, les boucliers volent, les tabards se strient en rouge, on le pousse quand même au réfectoire. RECULEZ ! Que ça gueule. Boum ! Ça pète droit dans la cantine, ça ressort par les fenêtres, de la chitine et du sang noir en shrapnel, ça sent la mouche cuite. Un bout du casque et les bras arrachés, le bestiau retombe en fumant. Je vois un truc briller autour du cou. Le draconide sort de nulle part, l’arrache et le fourre dans sa poche, ni vu ni connu. Je croise son regard, on échange un hochement de tête, il file par-derrière. Allez bonne chance, l’ami, tu me revaudras ça plus tard. Il avait raison depuis le début, le bougre. Je ne sais pas s’ils se rendent compte qu’ils ont dynamité leur vieux chef, les chevaliers. Pas le temps de souffler, je cours aux caravanes. Je suis pas le seul à prendre le large : l’armée arrive, et il y en a un paquet qui veulent être loin quand elle fera le tri. Ça fuit de tous les côtés, pire qu’un taudis d’Atthalos. Je convaincs qui je peux, au fort. Des soldats qui veulent déserter, pas le moment de radiner, je mets les gros sous sur la table, de quoi refaire sa vie à Valdur. Je trouve preneur, la plupart en peuvent plus, ils veulent tenter leur chance. Le brave Palamède refuse. Jonas, Thalma, Greta, les meilleurs restent aussi, ils changeront plus d’avis. Des nouvelles du front sont tombés, les Elfes font le siège à Slugart, ils veulent défendre. Ils abandonneront pas les leurs. J’ai la goutte à l’œil, surtout pour Thalma. La prochaine fois que je la verrais, elle sera sûrement en face, fait chier. Ah, ça, je les chambre bien, les chevaliers et leurs valeurs à la noix, mais je dois dire, ils ont du cœur et des tripes, ils font pas semblant pour rouler des mécaniques en armure, ça force le respect. Palamède me file un carré de tissu jaune et noir, il l’a plié, quelle classe. Son tabard, rien que ça, que j’aie une chance de passer la frontière. Ça aussi, je retiendrai. Des braves, tous ces gens, des braves. Un merci, ça pèse pas lourd, je ferai mieux quand je pourrai, promis. L’Escadron rôde, Thalma leur file une œillade qui ferait reculer une statue. Zeiss me rejoint. Alors il vient, finalement ? Non. Pour l’escorte, il me dit. Il rentre à la jungle, après, il oublie pas sa mission. Lui aussi, il a vu ce qui se tramait. On est pas discret, L’Escadron est parti devant, à cheval. Ça va pas se faire en douceur, ce passage. La caravane part. On est une bonne quinzaine. Ça sert les doigts sur les armes, ça rentre les épaules. Ça va cogner dur. Derrière nous, l’armée arrive au fort, on a à peine eu le temps de prendre la route du sud. Jonas va s’en sortir, il a des arguments. Finalement, on peut dire ce qu’on veut des infiltrés, sans ses renforts de misère pris chez l’ennemi et ailleurs, le mur serait tombé, à l’heure qu’il est. Je retire ce que j’ai dit. C’est pas un idéaliste, le Jonas. Les traîtres, il les a vu venir. Cynique, le calcul : il connaît la jungle, il savait ce qu’il faisait. Ceux qui ricanaient, moi le premier, genre bonne poire, le capitaine, ils ont l’air fin, tiens. C’est lui qui se servait d’eux depuis le début. La jungle s’en fout des allégeances – prends donc cette pique et défends-toi. Faut survivre, c’est tout, le reste attendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça y est, un dernier cahot, la diligence passe une butte : Une ligne entière, derrière, l’Escadron en tête, ça nous tombe dessus – la marchandise ! Je gueule des ordres, faut pas que ça se perde, j’ai pas fait ça pour rien. C’est un bain de sang, ça se charge avec une haine, j’ai jamais vu ça. L’énergie du désespoir, tout le monde est à bout, ça se jette dessus, s’empale au bouclier, ça mange des épées, lame et phalanges en salade. Le sergent de l’Escadron fait tout pour nous tomber, il a les yeux qui brillent pâles. C’était lui, le pote des gars de Tamendil. C’est personnel, je vois bien. J’ai commis l’affront de trop, c’est lui ou moi. Ça ferraille dur, je perds pied. Je grogne, j’ai le sang qui retombe, un coup de froid sous les côtes. Un surin près du foie, dans le dos. Je prends une mornifle au gant de fer, je vois tout blanc, je remonte ma lame dans le menton du gars qui m’a pris en traître, je reviens sur le chevalier, trop tard, son coup déjà armé, je vais le prendre dans la jugulaire. Il tombe d’un genou, tout surpris. Le tendon sectionné, slash, Zeiss qui sort de nulle part. C’est un artiste, le Zeiss. Ça défend bien, en face, mais ça suffit pas. L’épée longue prise entre ses deux crocs, il le balade, deux trois échanges, c’est réglé, les deux lames en ciseau et c’est la tête qui saute, le corps retombe dans la boue, rideau. Il saigne aussi, le Zeiss, une vilaine plaie à la jambe. C’est du dos à dos, on a plus de souffle. Ils ont mis le gros des caisses sur une charrette, on couvre la suite. Ça tombe de tous les côtés. Le gars qui pousse se fait descendre, on le venge. Ça tombe encore, on se vide par cinq endroits. Le calme revient d’un coup. L’adrénaline descend et la douleur monte. On est plus que deux, avec Zeiss. Sont tous morts, un massacre. Je prends Zeiss dans mes bras. Une dette de plus, je pleure presque, mais je suis à sec. On déchire des bandages de fortune, on rafistole, faut bien que ça tienne, on se fait des adieux d’éclopés, gorge serrée. Sacré Zeiss, qui repart au nord comme de rien, boitant à peine. J’ai le tabard de Palamède, je pousse la charrette. J’ai mon texte : seul survivant de l’embuscade d’un commando ennemi, matériel en provenance du fort. Je trouve les hommes de Galmardo, et je file en douce par les champs, jusqu’à retrouver mon côté de la ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;28 mars 1138, après-midi&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis passé. Les hommes de Galmardo étaient bien là, ils ont embarqué tout le matos. Je me suis tiré à la nuit tombée, j’ai manqué de me faire descendre par des arquebuses naines, de l’autre côté. Ils ont dû faire lever Hector pour qu’on me laisse rentrer. Ils se sont pas améliorés, les Nains. Ça me regarde encore plus mal qu’à mon départ. Officiellement, j’étais en mission d’espionnage, ils se disent surtout que j’en ai profité pour pactiser avec l’ennemi. N’ont pas tellement tort, ces idiots.  Le lendemain, j’ai pris quelques hommes pour aller faire un tour à la cache convenue, à l’abri du guet arthonnien qui surveille le front. Le vieux chêne, la butte cassée, tout y est, on fait le tour, on soulève une pierre plate. J’ai mon sang qui fait un bond. Pas de caisse, un grand trou bien vide. Un petit mot et une pièce, c’est tout. Je froisse le papier et je le balance, la rage. Je serre les poings, je souffle un coup. Je vais le ramasser, je le défroisse. Faut bien le lire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La compagnie Galmardo Briard et associés vous remercie de votre confiance et du don généreux de vos équipements, et vous prie d’accepter ce présent en guise de compensation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel infâme pourri de merde, bouffi de vers avant la tombe ! J’aurais dû lui presser sa canne jusqu’au fond de ses naseaux, à lui faire sortir le cerveau par les oreilles ! Je l’entends à rire gras sur son oreiller de terre, les racines le chatouillent, il a rien gagné, il se marre, il m’a truandé c’est ce qui compte ! Je l’étranglerais moi-même s’il était pas déjà crevé ! À deux doigts de lancer la pièce plein ciel, ça se paie le luxe de provoquer, en plus. Je m’arrête : elle est pas commune, cette pièce. Assez grosse, tout en or je crois bien, un profil de dragon tatoué sur les deux joues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Cyan Malherbe, 2024&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
----&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Ysma%C3%ABl_le_Corbeau&amp;diff=851</id>
		<title>Ysmaël le Corbeau</title>
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		<updated>2024-05-19T10:35:50Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:Personnages]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Ysmaël&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Ysmaël&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = Diplomate, gouverneur&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
== Histoire d&#039;Ysmaël (soumise par le joueur) ==&lt;br /&gt;
=== Trois nouvelles cicatrices ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! C’est le dernier ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	...Le corps de Neker gît maintenant sur le sol de la tente centrale. Le putsch pour me renverser a échoué. Je n’ose pas regarder son cadavre. Je viens de tuer celui que je considérais comme mon frère. Voilà des mois que je recherchais le traître de ma tribu. Travaillant en secret pour le clan Sil’me, il était là en permanence à mes côtés. Tapi et sournois, et me soufflant sans cesse d’être moins virulent et d’accepter de me soumettre aux Valduriens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Je suis le seul survivant de cette attaque, d’autres traîtres vont venir. Comment pourrai-je accepter de courber l’échine face aux assassins de mon ancêtre Ak’mar ? Le pacte de Torv-Nibtira est une vaste supercherie. Nos Terres diminuent de plus en plus à mesure que la Capitale naine s’agrandit. Un pacte de paix ? Alors pourquoi aucun d’entre nous ne fait partie du Conseil du Roi Nain ? Nous n’avons le pouvoir en rien !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Dernier descendant des Tam’ir, seul et sans allié, je n’ai d’autre choix que de m’exiler...  Mais…je n’oublie pas. La rancune a les dents acérées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Tôt ou tard, ils devront payer… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Trois. C’est le nombre de scarifications que je vais devoir rajouter sur mon bras. Bien que je trouve cette vieille tradition désuète, ces cicatrices me rappellent tous les jours, les sacrifices que j’ai dû faire au nom de la Liberté.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une longue retraite ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	… Cela fait maintenant une dizaine d’année que je me suis éloigné des miens. Bien loin des miettes que daignent-nous laisser les autres peuples. La Rage a été un puissant moteur pour bâtir une hutte confortable. Si dans les premiers mois de cette retraite forcée, la Colère et l’Injustice coulaient dans mes veines, je me suis rendu vite compte que la Solitude m’a permis de me retrouver avec moi-même et de me fortifier. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Sois plus réfléchi, moins prompt à la Haine. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Aucune nouvelle cicatrice n’a fait son apparition sur mon bras. Ma hache de combat est maintenant accroché au dessus de l’âtre, souvenir des combats passés. Niché à l’orée d’un bois et avec la douce musique permanente de l’écoulement d’un ruisseau, j’aspire à une vie simple et tranquille. Cette vie d’ermite a visiblement pansé mes rancunes et mes longues séances de méditation m’ont rapproché de la Nature. Je suis en Paix. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Le Destin aime se jouer de nous. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L’Appel de Kahn-Brava ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’était la première journée ensoleillée depuis des jours. Les tempêtes semblent plus fréquentes et surtout plus violentes ces temps-ci. Alors que je faisais le point sur les dégâts que la dernière tempête avait causé, un cavalier arriva en trombe jusqu’à moi. Malgré des années de paix, instinctivement, je me tenais sur mes gardes, prêt à bondir et à me défendre à la moindre menace. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Tu n’as rien perdu de tes réflexes. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	L’homme s’avérait être Jerald, un jeune coursier envoyé par un Général Arthonnien du nom de Témérion. Celui-ci transportait une missive.&lt;br /&gt;
Je décollais le sceau et commençais à lire le message. Le Général demande une trêve entre tous les Peuples, grâce à l’Appel de Kahn-Brava ; il y a d’après lui des étrangetés et de nombreux mystères hors de sa portée. Il craint que les hauts-rangs de la hiérarchie Arthonnienne soient infiltrés par quelque puissance obscure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Sors de ton isolement. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Le moment est peut-être venu pour moi d’avancer sur l’échiquier des grands du Pouvoir. Cela tombe bien, le prochain solstice est dans deux jours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Allons-y pas à pas, un pion après l’autre ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le nouveau Gardien de Guern-Hal’i ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Première destination ; Guern Hal’i, le berceau sacré de nos ancêtres.&lt;br /&gt;
C’est ici que je trouverai l’ensemble des hommes-bêtes, se réunissant à chaque Solstice. Si je veux retrouver ma position d’antan, je ne peux pas y arriver seul, je dois faire entendre raison à l’ensemble de notre peuple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Le moment est venu de les surprendre ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Mon arrivée a été des plus théâtrales. Je suis intervenu en toute fin de cérémonie, alors qu’une fois de plus, allait être élu un membre du Clan Sil’me ; avec toujours comme objectif de servir d’intermédiaire avec le royaume Nain. Cela en était trop, toute la Haine que j’avais enfoui ressortait dans un discours enflammé. Ces longues années de méditation ont le mérite de m’avoir enseigné la Patience. J’arrive maintenant à faire passer mes idées avec tacts. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! D’un traître, le corbeau ne veut pas ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Afin de contrer le pacte de Torv-Nibtira, je propose de ne plus subir les décisions des autres races et de devenir enfin nos propres Maîtres en entérinant le pacte des sauvages : nous allons rejoindre nos frères Orcs et leurs amis qui comme nous subissent depuis trop longtemps les soi-disant races évoluées ! Personne ne nous dictera plus notre conduite ! Nous ferons valoir nos droits en tant que peuple libre !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Corbeau noir, sombre orateur ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	C’est avec ces quelques idées simples que je suis devenu le nouveau Gardien de Guern-Hal’i.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Les adorateurs de Nibtira le Rouge-gorge étaient abasourdis d’un tel changement. Aucun d’entre eux n’avait senti le vent tourner. Et à me voir sourire, mes ennemis d’hier tressaillent, car ils comprennent que je suis de retour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Les corbeaux ne vont pas avec les pies ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De sombres murmures ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Voilà trop longtemps que nous sommes isolés... Considéré par tous comme un peuple sauvage...      L’Appel de Kahn-Brava a été entendu et je ne resterai pas cloîtré dans ces terres. Fort de ma nouvelle position, je compte bien aller écouter ce que ce maudit Général Témérion a à me dire...et découvrir de mes propres yeux cette soi-disant civilisation humaine.      &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa !  Les corbeaux volent là où est la charogne. »      &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	Ne craignez pas d&#039;avancer lentement, craignez seulement de rester sur place...Voilà ce que je ressasse jour après jour à ceux qui ont choisi de me suivre. Il ne reste plus qu&#039;à espérer qu’une majorité d’hommes-bêtes et de peaux-vertes se rallient à ma cause…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	…De toute façon, je ne suis jamais seul...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	...Ce maudit Corbeau est toujours dans les parages !      &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Croa ! Il n’y a pas d’héroïsme sans cicatrices ! »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Background soumis par le joueur d&#039;Ysmaël&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== &#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[contrepartie Ulule 2021]] ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;pre style=&amp;quot;color: red&amp;quot;&amp;gt; Avertissement : langage grossier &amp;lt;/pre&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Ysmaël a été désigné porte-parole des hommes-bêtes lors du dernier [[Guern Hal’i]], rassemblement biennal des tribus de la Réserve lors du solstice. Voulant donner une portée diplomatique à son peuple, il a soutenu la déclaration de guerre de l’Empire Nain et de la Fédération de [[Bragorn]] envers l’[[Arthon]], engageant les hommes-bêtes mais aussi leurs alliés, les orcs des terres du sud. L’action se situe un peu plus d’un mois plus tard, sur le front arthonnien de l’ouest, partagé par les Nains de l’Empire et les forces unies des [[Terres Libres]].&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je marche à travers l’avant-poste, l’air préoccupé. Les corbeaux tournent au-dessus du camp, depuis ce matin. La première offensive ne s’est pas bien passée, et la réunion à venir s’annonce chargée. Un homme-bête me rattrape pour marcher à mes côtés. Il s’agit de Ralkan, l’un des chefs qui a accepté de me suivre dans la guerre. Un brave gars, Ralkan. Ma décision de rejoindre le conflit arthonnien est loin d’avoir faite l’unanimité, à la Réserve. Beaucoup se sont désengagés ; pas lui.  Son clan est l’un des plus puissants, je suis heureux qu’il soit là. Il est populaire, charismatique, fédérateur. J’ai besoin de gens comme lui pour asseoir ma légitimité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ysmaël ! Qu’est-ce que tu vas leur dire ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me retourne vers lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que tu veux que je leur dise ? C’est aux Nains d’assumer ce qui s’est passé. Nous, on est là pour aider. Ce bourbier, c’est le leur, pas le mien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Non Ysmaël. Je t’ai suivi parce que tu m’as promis une guerre facile et rapide. Si ça continue comme ce matin, on va tous mourir ici.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je lui mets la main sur l’épaule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ferais tout pour que le plus des nôtres rentrent sain et saufs, c’est mon premier objectif, crois-moi. Je ne laisserai pas le massacre de ce matin se répéter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’espère que tu dis vrai. Mes hommes ne sont pas prêts à mourir ici, certainement pas pour des Nains, et j’en ai déjà trop perdu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je décroche l’amulette que je porte autour du cou, et je la passe autour du sien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Cette amulette porte la bénédiction d’Akmar le Rouge. Je te la donne pour que tu te rappelles que son esprit est à tes côtés, comme aux miens. Nous sommes ici pour le salut de notre peuple, ne l’oublie pas. Nous serons plus forts que les Arthonniens, plus rusés que les Nains, et nous quitterons cette guerre, vivants et victorieux, dans moins d’un mois, je te le promets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pour mon salut comme pour le tien, prions que tu aies raison. Je t’ai défendu, à la Réserve, quand tu as annoncé la guerre, mais si nous ne revenons pas la tête haute, je ne pourrais plus rien faire pour toi…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je lui rends une franche accolade amicale pour le remercier, et je passe seul à l’intérieur de la tente de commandement pour m’asseoir à la table de réunion avec les autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout le monde est là, assis autour de cette nappe rudimentaire, l’air grave et les yeux fuyants. Des regards en chien de faïence partout, et tous les bras sont croisés ou appuyés lourdement sur la table. Dans la tente, pas un bruit, si ce n’est ceux du dehors, ces corbeaux qui croassent toujours plus, et puis ce pan de l’entrée qui ballotte à chaque courant d’air. On fait de beaux alliés, tiens ! À croire qu’on a besoin que l’émissaire Arthonnien se pointe pour que l’atmosphère se détende.&lt;br /&gt;
Un sacré fiasco, cette offensive. On avait l’orgueil du nombre, mais les bougres étaient préparés. Deux ans qu’ils s’attendent à se faire cueillir, les Arthonniens. Deux ans que leur armée s’est rodée à la guerre. Une chaîne logistique impeccable, des soldats compétents et organisés... On avait l’air de quoi, nous autres, incapables de nous mettre d’accord. Les Nains sont têtus et trop sûr d’eux ; les tribus sous mes ordres ne m’écoutent qu’une fois sur deux... Moi, ça m’est égal. J’ai honoré ma part du marché : mes troupes sont ici, comme promis. J’ai rien de spécial contre les Arthonniens. Leur chef, le Grand Ministre, certes, c’est un sacré sale type. Ça me dérangerait pas de voir sa tête sur une pique, à ce guignol. Du reste, si je suis là, c’est pour faire bonne figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je ne connais pas tout le monde autour de la table. Il y a Hector, le jeune prince des De Vulqat, une grande famille de l’Empire Nain. Il tire la tronche, comme les autres. C’est à dire qu’on cherche tous un responsable. Quelqu’un doit assumer la responsabilité de la branlée qu’on s’est prise, c’est comme ça. Les chefs de guerre… Ils ont trop d’ego, trop de fierté à faire valoir, personne ne fera le premier pas. Je comprends ça bien : je sais que mes gars étaient les premiers à être aux fraises. Il faut les comprendre, la guerre comme ça : une ligne de front, des soldats en armures, des batailles rangées dans des champs dégagés, ils ont jamais vu. Chez nous, on se fout pas sur la gueule comme des barbares, à se foncer dans le gras en courant en ligne droite jusqu’à ce que l’un des côtés s’enfuie ou se fasse piétiner parce qu’il s’est trop enfoncé dans la boue pour y arriver. Putain de peuples « civilisés », je vous jure… C’est sûr que mes pauvres tribaux, ils sont perdus, ici. Je sais bien tout ça, et pourtant, jamais je ne l’admettrai. Les hommes-bêtes doivent se montrer forts et dignes de confiance. Hors de question qu’on soit le bouc émissaire de cette histoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En face de moi, les petits yeux noirs et perçants de Loksir de Vulqat, un seigneur de guerre de l’Artagne venu épauler Hector, me sondent avec dédain. Une teigne, ce gars. Il lui ressemble un peu, à Hector, au détail qu’il a pas la moitié de son intelligence ni le quart de son capital sympathie. Il me soupire au visage à travers sa barbe broussailleuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Si c’était pour un cirque pareil, vous auriez mieux fait de rester dans vos taudis. C’est la guerre, ici, pas un défilé de bêtes de foire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je haussai un sourcil. Des bêtes de foire. Le petit gars aime jouer avec le feu, j’ai déjà fait rouler des têtes pour moins que ça. J’allais me lever, renverser la table de réunion et saisir le courtaud par la ridicule rondelle qui lui tenait office de cou. Je l’aurais soulevé du sol, le serrant juste assez fort, juste assez longtemps pour voir ses joues grasses s’empourprer, ses yeux s’exorbiter et l’écume venir mousser au coin de sa bouche, parce qu’on insultait pas mon peuple ainsi, certainement pas en ma présence. Mais j’ai vu Hector, du coin de l’œil, qui me faisait signe de garder mon calme. Je lui dois bien ça, il a intercédé en ma faveur pour faire reconnaître l’indépendance de la Réserve. Je me contente alors de lui sourire et de lui répondre d’un calme maîtrisé :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous avez raison, ce n’est pas un défilé de bêtes de foire, et heureusement pour vous : on y refuse les enfants de moins de quatre pieds de haut.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Loksir rougit de colère, presque autant que si je l’avais réellement étranglé. Se moquer de la taille d’un Nain. C’était bas, tout autant que de comparer un homme-bête à un animal curieux. Voilà où en était réduit le niveau de nos discussions. À ce stade, ne valait-il pas mieux d’en venir directement aux poings ? Je me pose encore la question : dans ce genre de circonstances, le langage me semble être un outil de communication bien plus grossier.&lt;br /&gt;
Le nain enrage, se lève de sa chaise, les mains posées sur la table et le corps penché en avant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Lève-toi un peu et répète-moi ça en face, pour voir, fulmine-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne vais pas me lever alors que vous êtes assis, ce ne serait pas correct.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À mon grand plaisir, il se montre confus par ma remarque, et se sent obligé de préciser :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mais je ne suis pas assis, je n’attends que toi ! À moins que les gens de ton espèce aient de trop grandes difficultés à se tenir sur leurs pattes arrières.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me lève alors avec toute la nonchalance que je pouvais feindre, pour ajouter d’un ton désinvolte en le surplombant de toute ma taille :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Oh, mais c’est vrai que vous êtes debout. Navré, je n’avais pas vu pas la différence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’entends Hector soupirer de dépit. Je ne le regarde pas, trop occupé à soutenir le regard mauvais du chef de guerre Nain. Les autres autour de la table n’interviennent pas, de peur que l’altercation n’évolue en une bagarre incontrôlable. Certains dorment ici, ce soir, et nous n’avons pas de tente de commandement de rechange. Et puis : quel exemple pour les soldats, dehors, dont le moral est déjà au plus bas ! Personne n’a intérêt à mettre de l’huile sur le feu. À part peut-être moi : j’ai passé trop de temps à jouer les mielleux pour les intérêts des miens, et je ne verrais pas d’un mauvais œil une occasion de me dérouiller les poings. Dehors, encore les corbeaux. On les entend de plus en plus proches, il me semble.&lt;br /&gt;
Un soldat entre dans la tente et marque un mouvement de recul, comme heurté physiquement par le nuage orageux qui semble crépiter au-dessus de nos têtes. Il reprend cependant rapidement sa contenance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— L’émissaire Arthonnien est arrivé, nous dit-il timidement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hector répond par un signe, on laisse entrer l’Arthonnien, Loksir et moi nous rasseyons.&lt;br /&gt;
Le type a de l’allure : un chevalier, dans une belle armure qui ne brille plus. Elle a beaucoup servi, et elle est bien entretenue : c’est comme ça qu’une armure devient belle. Il avance, il tire une chaise lui-même, il s’y vautre, il souffle un coup. Il s’est faufilé dans le nuage comme si c’était rien, à l’aise. Il retire son casque, il nous regarde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Merci d’avoir accepté une entrevue d’égal à égal, entama Hector.&lt;br /&gt;
Je réprime un ricanement. D’égal à égal. Ce n’est pas comme des égaux que le chevalier nous dévisage; son regard porte toute la consternation de l’adulte qui peine à appréhender combien son môme avait dû être stupide pour lui pondre une connerie pareille. On est douze, il est seul, et c’est lui qui est en position de force. Il a beau être au beau milieu du camp ennemi, il est chez lui. Si nous sommes là, c’est seulement parce qu’il le veut bien. Il n’avait pas encore dit un mot, mais c’était déjà limpide pour presque tout le monde. Presque. Loksir avait de la vapeur qui lui sortait des oreilles. Je l’avais enragé comme un chien stupide, et il s’apprêtait à aboyer sur la mauvaise personne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Dites, je vous dérange ? C’est un honneur qu’on vous fait de vous recevoir, vous pourriez montrer un peu de respect. Vous êtes chez l’ennemi, ici, vous devriez nous craindre.&lt;br /&gt;
Le chevalier lui rend une œillade curieuse et extrêmement calme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai toujours eu un grand respect pour votre peuple, sire, lui dit-il.&lt;br /&gt;
Mais ? A-t-on envie d’ajouter. Il ne poursuit pourtant pas sa déclaration, nous laissant tirer nos propres conclusions quant à l’insulte que dissimulait son compliment. Au lieu de cela, il sort son épée, il la jette sur la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Voilà. Commente-t-il. Vous savez ce que je viens de faire ?&lt;br /&gt;
Loksir tente de dissimuler sa confusion, c’est visible. S’il s’agit d’une coutume arthonnienne symbolique, il ne la connaît pas. Le chevalier le libère de sa gêne et poursuit :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je suis le capitaine Jonas Elwindor, et je viens de sortir mon épée à l’est du Dragon de Pierre, pour la deuxième fois seulement en vingt ans de carrière. La première fois, c’était tout à l’heure, sur le champ de bataille, quand pour répondre à votre petite incursion on m’a appelé en renfort. Vous voyez mon épée ? Regardez mon épée !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il la pointe du doigt avec insistance. Elle est à l’image de son armure. De bonne qualité, elle a été aiguisée tant de fois que le fil en est devenu légèrement concave. On peut y voir tout du long des dents, des accrocs trop profonds pour avoir été complètement récupérés à la meule. Le pommeau était taché, à plusieurs endroits : le cuir était imbibé de sang et de sueur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’aimerais vous dire que cette épée est celle sur laquelle j’ai juré de protéger mon peuple, mais j’en ai cassé tellement depuis mes vœux qu’il faudra passer outre. Qu’importe, car cette épée, comme toutes celles que j’ai porté avant elle, n’a qu’un seul but : affronter les créatures horribles qui se terrent de l’autre côté de ce mur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il pointe derrière lui, à travers l’épaisse toile de tente, dans la direction approximative du Dragon de Pierre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vingt ans qu’avec mes hommes on affronte l’enfer, pour la tranquillité des nôtres, mais aussi des vôtres, habitants de l’Empire. Vingt ans contre des monstres de parfois presque trois mètres de haut ; des carapaces plus dures que vos armures, des griffes plus acérées que vos meilleures lames, rusés, discrets, perfides comme personne, le tout dans un des environnements les plus hostiles du continent. Un seul de ces monstres peut mettre en pièce un régiment entraîné, et ils sont capables d’organiser des battues à plus de cinquante. Voilà ce que je crains, messire Nain, et certainement pas vous. Je devrais voir votre présence ici sur nos terres comme une offense ; ce n’est pas le cas, car vous n’êtes pas mes ennemis. Ce que je vois comme une offense, c’est que vous m’ayez contraint d’avoir depuis ce matin le sang des vôtres sur ma lame. Ce que je vois comme une offense, c’est de devoir être ici à parlementer pour des enfantillages fratricides alors que le Dragon de Pierre est déjà exsangue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous admettez que vous êtes faibles, alors, ajoute Loksir, fier de lui, qui ne comprend décidément rien à rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne confondez pas lassitude et faiblesse, messire Nain, lui répondit-il avec un regard d’acier. Oui, mes hommes sont fatigués, épuisés même, je n’ai pas peur de le dire. Oui, mes hommes n’ont pas envie de se battre, certainement pas contre vous. Sont-ils faibles pour autant ? Commettez une seconde fois l’erreur de le penser, je vous en prie. Nous sommes habitués au pire, ici. Ce serait triste d’en arriver là, mais vous ne prendrez pas un pouce de terres autour de notre muraille, dussiez-vous y investir toutes vos ressources militaires. Même au bord de l’épuisement, un de mes hommes en vaut dix des vôtres. Au regard de leur quotidien, un jour passé à vous affronter, c’est un jour de repos.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’était donc ça, le secret de la farouche résistance du front de l’ouest ! L’armée Arthonnienne était allée dépêcher les vétérans du Dragon de Pierre. C’était une très mauvaise nouvelle : puisqu’ils étaient réputés pour n’avoir que des relations assez distantes avec le reste de l’armée, l’on pensait, peut-être assez naïvement, qu’ils seraient restés à l’écart du conflit pour garder leurs positions. L’Arthon était une bête sauvage acculée, et il était idiot de croire qu’elle ne sortirait pas bec, ongles, dents et griffes pour se défendre. Je dois l’admettre, j’ai un respect bien plus grand pour ce chevalier ennemi que pour les trois quarts de mes soi-disant alliés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Nous n’avons rien contre vous et votre mission, fier chevalier, tente de rattraper le Prince Hector. Restez sur le Dragon de Pierre et aucun mal ne vous sera fait. Nous pourrions même assurer votre ravitaillement et vous aider à tenir face aux Karaxxides.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous voulez qu’on se rende gentiment complice de votre marche sur notre pays ? Demanda Jonas, incrédule.&lt;br /&gt;
Hector hésita, et hocha la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Oui, c’est précisément ce que je vous demande. Comme vous l’avez dit, votre mission est trop importante pour perdre du temps à nous affronter. Laissez-nous gérer nos conflits politiques, et nous vous aiderons à gérer les vôtres. Avec les moyens et la technologie de l’Empire, les défenses du mur pourraient bien bénéficier et non pâtir de cette guerre.&lt;br /&gt;
Le capitaine Elwindor se met à ricaner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Si seulement c’était si simple. Si vous aviez des hommes et des armes à nous filer pour nous aider, il fallait y penser avant de nous déclarer la guerre. Tout d’un coup, vous vous sentez responsables ? Le mur ne s’est pas bâti en un jour ; vous étiez où, avant ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je… Faites-en ce que vous voulez, mais ma proposition est pourtant sincère, réfléchissez-y. Vous ne méritez pas de mourir pour vos dirigeants, ajoute tout de même Hector pour rester digne.&lt;br /&gt;
Une main se pose bruyamment sur le dossier de chaise du capitaine Elwindor. Un homme était entré discrètement dans la tente pendant les discussions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous entendez, Capitaine ? Il est sincère, vous devriez y réfléchir, répète l’homme d’un ton grinçant. Le prince des Nains n’a qu’une parole, c’est bien connu. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans l’ombre, je ne pressentais que sa silhouette, mais j’aurais reconnu sa voix entre mille. Le baron Barracus de Vayn s’avance alors dans la lumière, vêtu simplement de son éternel veston porté ouvert, qui laissait apparaître son torse poilu. Il s’assoit en travers d’une chaise, étale ses jambes qu’il croise sur la table, et débouche une bouteille de vin pour se servir. Il lève son verre pour saluer les gens qu’il connaît.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Salut, Hector. Salut Ysmaël. Salut aussi, tous les connards.&lt;br /&gt;
Autour de la table, on s’échange des regards.&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Mais enfin, c’est qui, ce type ? Qui l’a laissé rentrer ?&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je suis le baron Barracus de Vayn, et ne posez pas de questions auxquelles vous ne voulez pas avoir de réponse, répond le baron en se relevant de sa chaise pour déambuler dans la tente, faisant mine d’en inspecter les toiles, toujours son verre à la main. C’est pas mal, ici, poursuivit-il. Ça manque de quelques filles, d’alcool et de décorations cependant, si vous voulez mon avis. Il inspire bruyamment. Pouah ! Et puis, ça renifle ! Il faut aérer de temps en temps, vous baignez dans votre jus, les gars.&lt;br /&gt;
Je me lève pour lui répondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que tu veux, Barracus ? Qu’est-ce que tu fais ici ?&lt;br /&gt;
Il fait tourner son verre dans sa main, et regarde le vin s’y agiter, l’air pensif. Les corbeaux s’en donnent à cœur joie, dehors. Je les entends se voler dans les plumes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Oh, pas grand-chose, je passais dans la région, et je me suis dit que j’allais passer rendre visite à de vieux amis. Après tout, vous qui avez fait l’effort de vous déplacer, ça aurait été dommage de ne pas vous rendre la politesse, n’est-ce pas ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu le connais, Ysmaël ? Me demande un chef de guerre Nain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il était à Kahn-Brava pour représenter les Arthonniens. C’est grâce à lui qu’on a pu récupérer le prince Jolyor sain et sauf, notamment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Barracus secoue la tête en m’écoutant, un sourire démesuré lui déforme le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ah, Ysmaël, mon cher Ysmaël. J’en ai vu, des belles putains dans ma vie, mais toi, tu es ma préférée. J’en ai vu, des salopes opportunistes, qui sucent à tous les râteliers, mais alors toi, tu en as fait un art de vivre... Alors c’est pour ces bande-froids que tu m’as trahi ? Dis-moi honnêtement, ça valait le coup ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Barracus, tu veux vraiment qu’on règle ça ici ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ta gueule. Tu me fais pitié. Je pensais que t’avais des couilles.&lt;br /&gt;
Il se tourne vers le reste de l’auditoire et me pointe du doigt en sortant un document froissé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ce torchon porte la jolie signature de votre camarade. Vous savez ce que c’est ? Un pacte de non-agression, un putain de pacte de non-agression ! Il lui a pas fallu plus que de se rendre compte qu’il était tout seul de notre côté pour aller se ranger gentiment avec les autres quelques heures après avoir signé. Tous des  gros lâches, tous autant que vous êtes ! Pour s’allier avec des Nains, en plus ! Les mêmes qui persécutent son peuple depuis des centaines d’années. Putain, vous me faites gerber.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il roule le traité que j’avais ratifié, il l’enflamme avec une bougie, et il s’en sert pour pour allumer sa pipe, puis il le jette derrière lui pour le laisser finir de brûler sur le sol.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai fait ce qu’il fallait pour assurer l’avenir de mon peuple, lui répondis-je.&lt;br /&gt;
J’étais prêt à accepter ses insultes. Je n’avais rien contre Barracus, et sa colère était légitime. Ce parjure, que j’avais fait en connaissance de cause, m’en avait coûté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il éclate de rire, et disparaît un instant dans les épaisses volutes de fumée de sa pipe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— T’as vendu ton peuple et ses terres aux enchères, voilà ce que t’as fait ! Pendant que t’es là, à te branler en groupe avec tes nouveaux potes Nains, qu’est-ce que tu crois qu’ils font, là-bas, maintenant que la Réserve n’est plus protégée ? Les chercheurs d’or de Valdur, la Guilde des marchands, tout le monde ! J’en entends parler jusqu’au port de Mesphota : un trésor, y’a qu’à se baisser pour se servir !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mon peuple est capable de se défendre face aux envahisseurs. Que les chercheurs d’or viennent, ils seront bien accueillis.&lt;br /&gt;
Barracus marque une pause, incrédule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est ça que tu ne comprends pas, chérie. Ils sont déjà chez toi, et tu n’es pas là pour les accueillir. Tu es ici, forcé de mener une guerre qui ne te concerne pas, pendant que tes terres se font piller. Personne ne se bougera le cul pour les défendre à ta place, t’as saisi, ça ? Tu peux tourner ça comme tu veux, tu t’es fait enculer sur toute la ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça suffit, Barracus, intercéda Hector. Je suis reconnaissant de ce que tu as fait pour Jolyor, mais le cadre de cette guerre te dépasse, n’en fais pas une affaire personnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Au contraire, mon Prince, au contraire… Contrairement à vous, j’habite ici, cette guerre semble me concerner tout à fait personnellement. Vous avez voulu baiser Barracus de Vayn, assumez, maintenant. Vous savez pourtant bien que je ne suis pas du genre à ignorer ce genre d’avances.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des menaces. Cette fois, il va trop loin. Ça, je ne peux pas le laisser passer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pour ce que ça vaut, je t’apprécie, Barracus. Mais mets toi en travers de ma route et ce sera ta dernière erreur, grondé-je, les poings serrés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il souffle du nez. Dehors, j’entends le bruit des corbeaux qui s’amplifie encore. Je ne les ai jamais entendu aussi excités. Il se passe quelque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors ça y est ? Ysmaël le Corbeau montre enfin son vrai visage plein de plumes ? Soit. Fais de ton mieux, vas-y, je t’en prie. Hâte de voir ce que tu me réserves, ne me déçois pas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne sois pas ridicule. Tu viens ici nous insulter, seul et sans arme, au beau milieu de notre camp. Si j’étais toi, je descendrais d’un ton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Barracus prend un air offusqué et s’approche du capitaine pour lui passer un bras au-dessus de l’épaule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est pas vrai, je ne suis pas tout seul. Regarde : il y a ce brave Jonas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne me mêle pas à ça, Barracus, je t’en prie, réponds le capitaine Elwindor en se désengageant de l’étreinte du baron, qui hausse les épaules et se dirige vers l’entrée de la tente.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et puis… il y a tous ceux-là !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D’un coup sec, il arrache le pan de l’entrée. Tout le monde se lève d’un coup. La fumée de la pipe de Barracus avait dissimulé l’odeur de brûlé, mais le camp était en feu. Les gardes en poste gisaient dans leur sang, égorgés, et les autres soldats avaient dû être assassinés dans leurs tentes. Je reconnais certains de mes hommes, montés sur des grands pals dressés à la va-vite, le mot «TRAÎTRE» gravé en lettre de sang sur leur poitrine. Au milieu de ce chaos, des hommes en armures noires, dont le plastron était simplement orné de la couronne d’or arthonnienne, nous dévisagent avec cruauté, perchés sur leurs chevaux. Barracus penche la tête en arrière pour finir d’un trait son verre de vin et le jette pour qu’il se brise sur le sol avant de rejoindre les cavaliers et de se hisser derrière l’un d’eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bienvenue en Arthon, Ysmaël ! J’espère que tu profites bien du paysage ! Il est offert avec les compliments de l’Escadron des Cendres ! Raille-t-il d’un ton vengeur avant de disparaître dans un nuage de poussière : l’Escadron prenait la fuite au galop.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le capitaine Elwindor a l’air aussi désemparé que nous. Les flammes du camp se reflètent dans ses yeux alors qu’il balaie du regard les sinistres trophées de l’Escadron des Cendres qui jonchent ses ruines.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est criminel… Ce n’est pas comme ça que l’on fait la guerre, ou alors on ne vaut pas mieux que les monstres de l’autre côté du mur, marmonne-t-il. Prince Hector ? Je vais réfléchir à votre proposition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je les laisse discuter. Je m’approche de l’un des malheureux empalés, les dents serrées. C’était de là que venait le bruit des corbeaux : ils lui arrachent déjà le visage, attirés par la proie facile. Ils lui picorent les yeux, ils essaient de faire passer leur bec pointu au travers des grandes lettres de sang. Sous la volée de jais, je ne le reconnais pas tout de suite, puis je vois briller un instant son amulette, au creux de son cou, juste au dessus du mot TRAÎTRE. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Ralkan&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Cyan Malherbe, 2022&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== &#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[contrepartie Ulule 2023]] ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;pre style=&amp;quot;color: red&amp;quot;&amp;gt; Avertissement : langage grossier &amp;lt;/pre&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;pre style=&amp;quot;color: red&amp;quot;&amp;gt; Cette nouvelle dévoile certains éléments de l&#039;intrigue du Grandeur Nature &amp;quot;Des Murmures au Dragon de pierre&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Le texte suivant constitue une transcription des notes prises par Ysmaël, relatant son passage derrière la frontière Arthonnienne pendant la guerre de 1138, alors qu’il eut décidé de répondre à l’appel du capitaine Jonas Elwindor à renforcer les effectifs de la caserne de la Goutte d’or, sur la muraille du Dragon de pierre, sans regard sur l’allégeance des volontaires (voir la première nouvelle d’Ysmaël)&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;26 mars 1138 : premier jour à la Goutte d’or : matin&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça y est : les gonds grincent, ça s’ouvre, c’est du chêne lourd, fatigué. Ça traîne par terre, ça fait des ornières. Un type marche vers nous, sergent Machin, gesticule pour nous guider. Avec moi, il y a du tout, surtout du n’importe quoi. Je vois des yeux fuyants, ils prennent des notes dans leur tête. Ils ont pas le regard vide des soudards. Il y a de l’arnaque dans l’air, c’est sûr : ces bonzes sont pas là pour la messe. Au mur, c’est le capitaine Jonas qui nous accueille. Il m’a reconnu ? Pas sûr. Un gars bien, Jonas, un peu idéaliste sur les bords, mais intègre, compétent. Un Arthonnien, pourtant. Comme quoi… Les recrues, il y a à boire et à manger (pour la cantine, par contre, on repassera). J’en ai repéré deux trois qui filent droit : pas d’embrouille, on pourrait s’entendre. Des Arthonniens, surtout. Il y a des Hommes-bêtes, viennent droit du front, mais pas de mes gars sûrs. Un duo, inséparable, un Varan et une Tortue. Une tribu isolée, du fond de la réserve. Des arriérés qui vivent dans le passé. Je sais pas ce qu’ils foutent là, je me méfie. Ils pourraient faire une connerie. J’ai pas besoin de ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout de suite, je tiens la jambe au capitaine. Je suis pas connu pour perdre mon temps, surtout quand on peut me dégager dans la seconde. Je comprends toujours pas qu’ils m’aient laissé entrer, je vais pas m’en plaindre. Il a un bureau sobre, le capitaine. C’est bon signe. Au camp Nain, je flairai les pourris rien qu’à leur literie. On voit vite qui est là pour la guerre ou pour se faire mousser. J’y vais franco, je dis ce que j’en pense, la guerre et les magouilles, ce que je trouve au gouvernement de son foutu pays. Le bagout du corbeau, mais à la charge, à coups d’épaule : j’emprunte au buffle, faut ce qu’il faut. On est pas là pour jouer aux soldats de plomb, échanger quelques fermes, faire bouger les lignes pour donner du boulot aux cartographes et rentrer chez nous. Il y a plus grave, je le sais, je l’ai vu. Faut qu’il soit avec moi. Les sacs au pouvoir veulent la faire à l’envers à tout le monde, on est dans le même bateau. Mes ennemis, c’est pas les Arthonniens. Ça l’a jamais été. Et Barracus ? Un malentendu, Barracus. Un putain de malentendu. J’ai la haine, sûr, mais de Barracus ? Pas tant. On se ressemble. Pas idiot pour deux sous, à tirer où il faut, quand il faut. Le stress me rend grossier, c’est comme s’il parlait dans ma tête, ça m’énerve. Il m’a marqué, le Barracus. Je veux pas y penser, pas maintenant. Je suis pas là pour ça. Le capitaine sait de quoi je parle, il a les gros bonnets dans le nez : je serai pas là, sinon. Il fait plus confiance à un ramassis de traîne-savates qu’à des officiels, c’est dire. Lui n’a qu’un seul ennemi : la jungle. Il me l’a déjà dit, il le répète. Je prêche un convaincu. Tant mieux, il me faut au moins ça.  Je suis pas le seul à le travailler au corps : une nana, une magotte du genre explosive, venu tout droit de la capitale arthonnienne. Thalma d’Anividriss : le nom me fait tiquer, mais elle est pas avec le Ministre. Elle aussi, elle essaie d’y voir clair, se pose des questions – les bonnes, celles que j’aime entendre. Elle a de la gueule et de la prestance, un sacré bout de femme. Elle en jette, je vais pas mentir. Elle le presse, Jonas, plus fort que moi. Elle a la niaque, elle serait prête à retourner toutes les pierres du fort pour piger ce bordel. Alors ils leur cachent des trucs même à la capitale, aux gens corrects ? Elle sait rien, c’est bon signe. C’est des gens comme elle qu’il faut, qui sont pas dans la boucle des magouilleurs. Des gens bien, quoi. De Jonas, y a pas grand-chose à tirer de plus : c’est la merde. Pas de moyens, une négligence criminelle, du sabotage même : c’est à croire que le Ministre veut qu’il tombe, ce putain de mur. Je lui ai dit, à Jonas : un gars comme lui a rien à faire au service de ces tocards. Qu’il vienne, avec ses hommes, et qu’on réfléchisse à un moyen de gérer ce bourbier entre gens sensés. Mais il bouge pas, impossible. Chevillé à sa loyauté à la con. Enfin, je vais pas jurer. Je respecte, je respecte…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;26 mars 1138 : premier jour à la Goutte d’or : début d’après-midi&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je sors. J’en ai plein la tête. Je regarde en l’air : pas un corbeau, rien. Je suis seul. Ici, pas de toit, pas de ciel non plus. La caserne est comme effondrée. On est sous éboulis, des corps dans un tertre : si Jonas reste, c’est un fantôme de plus. Sous-capitaine Gueule-fort braille un entraînement dans la cour. Il y croit, le bougre. Ça gesticule, gling gling, il pue la rouille et la sueur. On va le suivre, ben tiens. Je les vois, tous, à faire bonne figure. Ça aligne les pompes pour lui faire plaisir. C’est quelque chose, de les voir en rang d’oignon… pour se fondre parmi les soldats, pensent-ils. Y a pas un soldat au drille, les vrais sont occupés ailleurs, à porter des caisses ou à enterrer leurs potes. J’approche Thalma. Elle a fini de causer. On fait connaissance, proprement. La sœur de Mélimar : je me disais bien que son nom sonnait connu : c’est la sœur de l’autre embrouilleur qui était venu foutre en l’air le camp de Barracus, là-bas en Tamendil. Un chien du ministre, lui, de la pire espèce. Elle s’en défend, elle voit plus son frère, ses vieux non plus. La famille d’Anividriss, c’est des loyalistes jusqu’au fond du caveau, tout pour la Couronne. Elle, c’est le rayon de soleil qui chauffe la crypte, un brin chauvine aussi, ça je peux comprendre, mais aucun respect pour le Ministre et ses méthodes de dégénéré. Bref, le mouton blanc de la famille. À l’entendre parler, ça prendrait des allures de coup d’État, son histoire. Faut dire, elle a du grade, c’est pas n’importe qui. La seule à toiser Jonas sans faiblir. Elle me plaît de plus en plus. De la jugeote à en revendre, juste ce qu’il faut de finesse… sacrément jolie, par-dessus le marché. Elle revient au problème de la caserne : les grands plans oui, l’urgence d’abord : on inspecte le bâti, c’est pas beau à voir. C’est ce que je disais : rien à sauver. Ça croule sous la porte, le mortier fout le camp. Thalma se débine pas, elle prend les choses en main : les artisans bossent, les gratte-papier gâchent de l’encre. C’est éteindre un feu de forêt en crachant, pas le choix. L’Arthon s’en fout, le mur va tomber, il tombe déjà. Alors on pallie, on colmate. Faut bien que quelqu’un s’en charge. On a un gars pour ça, un type au poil, un certain Gregor, embauché comme forgeron. Il sait tout faire, il nous rassure : en quelques heures, c’est réglé. Un genre de mafieux, à mon avis. Bah, c’est encore eux qui bossent le mieux. Ça me laisse du temps. Je dois trouver des alliés. J’oublie pas le front. Si je la joue finement, je peux renverser la guerre. Y a des gars qui ont des caravanes, faut que je me renseigne. Ils laissent traîner des sacrés stocks d’armes, ici. Un soutien logistique subventionné par l’Arthon, ça serait cocasse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;26 mars 1138 : premier jour à la Goutte d’or: fin d’après-midi&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’ai fini par y croire, ça a pas duré : tout part en vrille. Le trou a percé, un bestiau est passé, un insecte taille humaine, des griffes comme des faux, perce l’armure comme du papier. Ça a foutu une raclée à la garnison. Un petit, d’après Jonas. C’est qu’il doit être jeune, le trou est pas si gros. Il s’est tiré dans les anciennes fortifications. Ça se barricade, faut défendre le fortin. Mais faut trouver l’animal, aussi. Qui va se dévouer ? Bonne question. S’il s’enfuit à l’intérieur des terres, bonjour le chaos. Et Gregor, alors ? Il est mort, Grégor, les tripes à l’air au fond d’un tunnel, son sang en fresque sur les murs. Fallait que ça tombe sur lui. Qu’est-ce qu’il foutait là, loin de sa forge ? Je retrouve Zeiss, ce bon vieux Zeiss. Qu’est-ce que je suis content qu’il soit là. Il s’est équipé, il est prêt pour la jungle : il est venu pour ça, je le vois dans ses yeux, il est là pour en faire des rondelles, de la sauterelle. Il a été blessé dans la cour, pas méchamment. Il en redemande. Pas chauffé, pour autant. C’est pas une tête brûlée, le Zeiss : une détermination froide, calculée. Le serpent lui va bien, c’est sûr. Il sait ce qu’on attaque, pas de risques inutiles.Pour moi il est comme mon bras droit. Lui, il veut rester dans la jungle. C’est les insectes, la menace, même rengaine que Jonas. La guerre, très peu pour lui. Ils ont pas tort, mais c’est pas avec de la bonne volonté et une demi-douzaine d’épées qu’on va régler le problème. Un tueur de monstre, le Zeiss. C’est qu’il est pote des Elfes noirs, c’est sa tribu, presque. Ils en ont fait rentrer trois depuis la jungle, ce matin. Ils les ont foutus en taule, ça a gueulé, maintenant ils promènent. Y a comme un motif, à croire qu’il suffit de se plaindre : c’est comme leur vague histoire de quarantaine, personne la respecte. C’est vrai, y a des gens malades, m’est avis que c’est surtout la tambouille qui passe pas. Les Elfes noirs, je sais pas ce que j’en pense. Ils ont montré patte blanche, à Tamendil, mais ça reste louche, leur histoire. Ils jouent pas franc jeu sur ce qu’ils cherchent. Je pense qu’ils sont sympas surtout parce qu’ils ont pas le choix. Leur histoire de conscience collective, de magie symbiotique, ça me parle moyen. Le Ministre trafiquait avec cette magie, on m’a prévenu à Tamendil. Ça se distille, ce truc, un liquide noir épais du genre qui inspire confiance comme il faut. Fallait bien que ça sorte de la jungle en premier lieu, m’étonnerait qu’ils aient pas trempé dans tout ça. Ça pue la contrebande dans tous les murs. Des officiels nous traînent autour, des gars de l’Escadron, ceux-là même qui ont foutu le feu à mon camp. Ils savent qui je suis, ils veulent ma peau. Heureusement, Jonas me couvre, ils ont pas la cote à la caserne. Sont forcés de jouer serré, eux aussi. Ça va ferrailler sec à coups de nerfs, on verra bien qui se débine. C’était tendu déjà, mais la mort du Gregor ça fait tout escalader. Ça cause de meurtre, je suis d’accord : pas bien net, cette histoire. Manquerait plus qu’on m’accuse, tiens. L’autopsie tranche : c’est bien la bestiole qui l’a explosé. Ouais, enfin, la médecin qu’a officié, c’est la Tortue que je surveille en coin d’œil depuis mon arrivée, et je vois le Varan qui se fait oublier dans un coin. Pas de contre-expertise, pas le temps. Je garde mes soupçons pour moi. Manquerait plus que même mes Hommes-bêtes me tombent dessus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;26 mars 1138 : premier jour à la Goutte d’or, nuit&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’ai mes contacts, enfin. Un type qui bosse pour les Deliwen, des pontes de la mafia d’Atthalos. Je vais pas mettre son nom ici, on sait jamais qui pourrait tomber dessus. Lui, il est là pour la contrebande, faire sortir de la came de la jungle. Tout est interdit, alors tout vaut cher, c’est mécanique. Un bon allié, lui : seul problème, ses caravanes touchent pas la frontière. Y a que les mecs payés par l’armée qui passent le front. Si je veux sortir des armes d’ici et les apporter à mes gars, il faut un intermédiaire qui puissent passer le blocus. Ça tombe bien, j’en ai trouvé un : Galmardo, il s’appelle, il a une patte folle, on l’entend venir, tac… tac , des bagouzes aux doigts, en serre sur un pommeau de canne en argent. L’armée lui mange dans la main. Un sale type, il fait de l’argent sur la guerre, ça le dérange pas d’un poil. Pile ce qu’il me faut : un gars honnête aurait pas trahi l’armée pour un peu d’argent. On négocie sec, c’est encourageant. Il fera le relais à la frontière, récupérera les marchandises pour passer le cordon, et il laissera tout un peu plus loin, dans une cache pour mes hommes. Un pro, ça se voit. Pas d’hésitation, rien. Il a pas peur de se faire choper, il s’inquiète pas le moins du monde, il connaît son affaire.&lt;br /&gt;
Autrement, la bête court toujours, plusieurs attaques depuis le soir, pour l’instant rien de dramatique. Zeiss tourne en rond comme un fauve en cage. Ça s’agite, au fort. Ils sont allés enfermer l’Escadron, ça j’en reviens pas. Délit de sale gueule, bien fait. C’est le protocole, qu’ils ont eu le culot de leur sortir. Cette histoire de quarantaine, encore. À croire qu’elle toucherait que les fouineurs, leur maladie. Enfin, ils ont fini par se tirer, aidés par des assassins, ils ont zigouillé les gardes au passage. J’aimerais mieux plus être dans les parages quand ils vont revenir avec la cavalerie. Ils vont mal la digérer, celle-là, et j’ai déjà donné, merci bien. En attendant, ça m’arrange, j’ai champ libre. Je furète, j’ai mis tout ce qu’il fallait de côté, du matériel, des armes. L’intendance, c’est un gruyère, ils ont trop à faire, j’en profite. Il faut pas bien plus de temps. Demain, les caravanes partent, moi avec. Tout ce qui me reste à faire, c’est convaincre ces têtes de mules de venir avec moi. Jonas, Thalma, Zeiss, pourquoi je m’entiche des pires têtus ? Un trait que j’aime bien, faut croire, comme si j’étais pareil, tiens. Ce qu’on ferait si on pouvait bosser ensemble. Je repense à Hector aussi. Le seul Nain que je peux saquer de ce côté de la frontière, si seulement il était là… Enfin, cette nuit, je dors d’un œil, main au pommeau. Ça se regarde en chien de faïence. Je suis pas le seul à me méfier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;27 mars 1138 : deuxième jour à la Goutte d’or, matin&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore des attaques, la nuit. Le monstre a tapé dans les réserves, des insurgés Perrasiens se sont fait chopés, morts en fuyant dans la jungle. Les médecins sont sur les rotules. Les stocks médicaux sont vides, ça soigne n’importe comment, ils pourraient frotter de la poussière sur leurs plaies, ça serait pareil. La fièvre monte, un peu partout. Ils commencent à se dire qu’ils vont peut-être tous crever ici. L’escadron est revenu, il a lancé un ultimatum par-dessus les barricades. Ils se sont fait envoyés chier. Mauvais plan, ça, sont capables de revenir avec de l’artillerie – Même pas ! Si je m’y attendais, ils négocient ! Ils cherchent plus la menace, ils apportent leur aide, ils avalent la couleuvre sans rechigner. Ils ont un début de solution, pour le bestiau, ils se rendent indispensables. Faut croire que même eux veulent pas qu’il tombe, ce mur. Je les laisse s’organiser. Ça parle de monter une expédition. Je retourne voir Thalma, je tente ma chance, encore. Je sens qu’il me reste plus beaucoup de temps. Elle hésite. Je suis à deux doigts, je le sais. Mais non, elle veut pas laisser tomber son pays. Le gouvernement corrompu, c’est une chose, mais hors de question qu’elle laisse ses terres aux mains grasses des Nains et son peuple au joug des Elfes. Je te jure, elle et Jonas, les mêmes. Je les comprends, c’est bien le pire, finalement c’est les mêmes soucis que par chez moi, n’empêche que ça m’emmerde, quel dommage… Ça nous empêche pas de coopérer comme il faut, heureusement qu’elle est là. Elle est pas seule, une alchimiste l’accompagne, Greta de Grisemarche. J’ai déjà fait connaissance, la veille. Une fille bien, elle aussi. Sacrément compétente. Elle bosse sur la magie de la jungle, et aussi sur cette maladie, qui se répand toujours, elle travaille sur un médium pour rendre l’antidote reproductible, un truc du genre. C’est du sérieux, finalement, ce gros rhume. La morsure d’un rongeur de la jungle qu’a dégénérée, on avait besoin de ça, tiens. Enfin, elle trouvera une solution avec les toubibs, je suis sûr. J’en apprends un peu plus sur le « sang » de Karaxx, ce truc noir qu’a l’air d’être à l’origine de tout ce bordel. Une magie comme une autre, d’après l’alchimiste. Beaucoup de potentiel, elle est à ça de la dompter. Dangereuse, oui, le feu l’est aussi – dépend ce qu’on en fait. Je me méfie tout de même. J’en ai trop vu pour baisser ma garde. On s’est rendu de solides services, en deux jours. L’urgence aidant, on en est venu à vraiment se faire confiance, ça fait du bien de pouvoir compter sur des gens. Je crois qu’elles m’aiment bien, aussi. J’ai su me montrer fiable. Je fais mes derniers préparatifs. La caravane des Deliwen est prête à partir, Galmardo a envoyé ses ordres. J’aide aux enquêtes, au fort. Je m’implique, l’air de rien. Le fantôme de l’ancien capitaine, Chavreau, est sur toutes les lèvres. Un trauma partagé, pour sûr. Sont plusieurs à le chercher, Jonas le premier, mais c’est un autre type qui retient mon attention. Encore une fois, je peux pas dire son nom, trop risqué, faudrait pas lui causer souci. Une histoire d’amulette, que le vieux capitaine aurait emportée avec lui quand on l’a perdu dans la jungle. Un truc important, du genre relique magique. Il en sait un rayon, le type. Je pose deux trois questions, je creuse un peu. Il a une théorie farfelue, mais en s’y penchant, c’est pas si bête. Les Karaxxides c’étaient des Hommes, avant. Peuvent pas se reproduire eux-mêmes, ils transforment. Il pense que celui qui s’est planqué dans le fort, c’est l’ancien capitaine. Il me dit de rien dire : faudrait pas qu’on lui barbote le collier si le monstre l’a toujours au cou. Si ce n’est que ça, il a ma parole. Je lui demande quand même pourquoi il y tient autant, à ce bibelot. Une histoire de famille, qu’il me dit. Son ancêtre dans le médaillon, rien que ça ! J’ai déjà vu ça : de la magie dans une pierre, c’est un dragon enfermé. Le type descend d’un dragon ! On leur fait la guerre depuis Tamendil, aux draconides, ils ont rien demandé, ils existent et c’est déjà trop. Que ce soit les Elfes, les Nains, les Hommes, c’est bien le seul truc sur lequel ils sont tous d’accord : on laisse pas des dragons traîner, ça fait désordre, paraît-il. Bah, Zeiss c’est bien un Homme-serpent, alors un Homme-dragon, je vois pas bien la différence. Des ailes et de la magie en plus, certes, pour ce que j’en ai à faire. Moi ce que je vois, c’est un type qui a la tête sur les épaules, de la puissance à exploiter et comme moi grand besoin d’alliés. Il peut compter sur moi, un prêté pour un rendu, son secret est bien gardé. Si je dégotte le médaillon, il est pour lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça gueule depuis la cantine, une canne en argent mord la poussière : Galmardo qui tombe à genoux, il se tient la gorge, il a les yeux qui sortent des trous. Il s’étrangle, ça mousse rose au coin des lèvres, du poison, ça saute aux yeux. C’est triste à voir : personne bouge. Détesté jusqu’au bout, Galmardo. Même les Jean-chevalier, les justiciers, les preux, les Palamède, les Tancrède, ceux que j’ai repéré, qui portent l’armure correctement, des gars bien pas comme tous ces fumistes infiltrés (je vous vois), ils mouftent pas, ils ont plus l’énergie. Ils finissent leur verre, l’air vide, ils le regardent tomber face à terre, c’est minable. Ils sont déjà avec le Karaxxide, dans leur tête. Ils savent que ça magouille dans tous les sens sur le mur, ils ont plus le contrôle (s’ils l’ont déjà eu). Ils cherchent plus à faire bonne figure. Ils se concentrent sur leur mission. Faut protéger les civils, faut arrêter le monstre. La justice, l’autorité martiale, ça attendra. « Qu’ils règlent leurs comptes et qu’ils fassent pas chier » C’est ça que le silence de mort gueule dans la cantine. Un toubib soupire, et se  lève pour aller voir : il est mort. Personne n’est surpris, loué soit Valla et tutti quanti. Heureusement, j’ai déjà passé mon contrat. Ça aurait été emmerdant, tiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Varan me chope dans un couloir du fort. C’est urgent, qu’il me dit. Ça y est, il joue franc-jeu. C’est lui qu’a refroidi Gregor, hier. J’en étais sûr. Il cherche du soutien. Il cherche à être rassuré, surtout. Il perd pied. Faut que le mur tombe, qu’il me dit. C’est la nature qui reprend ses droits, la fin de cette civilisation corrompue. Ouais, sauf que les Karaxxides, c’est pas tellement naturel, je crois qu’il commence à piger. Ils ont misé sur le mauvais cheval, mais la Tortue persévère, plus fanatique que lui, il est tout seul, il est torturé entre son bon sens et sa loyauté. Il s’est retourné vers les Elfes noirs. Il a bu du sang de Karaxx, je parie. Maintenant il sait, qu’il me dit. Il a ouvert les yeux. Tu parles, allez, dégage, t’en as assez fait. J’hésite à le dénoncer. Il reste un des miens, et ça ramènera pas Gregor. Allez, encore un truc que je garde pour moi, ça commence à faire beaucoup. Je mets pas d’huile sur le feu, mais au besoin, j’ai des hectolitres en réserve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;27 mars 1138 : deuxième jour à la Goutte d’or, après-midi&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça y est, c’est le moment. Ça a déjà trop traîné, on s’est encore fait attaquer ce matin par des bandits, ils ont bien failli tomber le fort à eux tout seul, c’est dire qu’on est fragile. Les chevaliers sont à bout, ils sont allés chercher l’animal au fond des vieux tunnels, Jonas en tête. Ils ont dû en jeter deux-trois dans ses pattes, pour que le gros rentre d’un seul morceau. Il leur a pondu un œuf le machin ! Soit j’ai pas tout compris, soit c’est pas normal du tout. Ça traîne pas : Jonas se pointe avec l’œuf, le file à un de ses hommes, il dégaine, ça crie dans les étages. Le truc est lâché dans les couloirs. Ça court dans tous les sens, je vois les grosses têtes, les alchimistes et compagnie, ils se font passer un truc sous le manteau. Ils ont monté une bombe, les futés. L’Escadron pivote vers les entrées, l’air de rien. Ils pensent déjà à la suite… Ils savent que j’ai buté leurs gars, à Tamendil. Ils vont pas me laisser filer, ils me voient venir. Je capte mon passeur, le mafieux. On va profiter du bordel, on aura pas de seconde chance. Le truc débarque dans la cour, Zeiss fait jouer de ses épées, les boucliers volent, les tabards se strient en rouge, on le pousse quand même au réfectoire. RECULEZ ! Que ça gueule. Boum ! Ça pète droit dans la cantine, ça ressort par les fenêtres, de la chitine et du sang noir en shrapnel, ça sent la mouche cuite. Un bout du casque et les bras arrachés, le bestiau retombe en fumant. Je vois un truc briller autour du cou. Le draconide sort de nulle part, l’arrache et le fourre dans sa poche, ni vu ni connu. Je croise son regard, on échange un hochement de tête, il file par-derrière. Allez bonne chance, l’ami, tu me revaudras ça plus tard. Il avait raison depuis le début, le bougre. Je ne sais pas s’ils se rendent compte qu’ils ont dynamité leur vieux chef, les chevaliers. Pas le temps de souffler, je cours aux caravanes. Je suis pas le seul à prendre le large : l’armée arrive, et il y en a un paquet qui veulent être loin quand elle fera le tri. Ça fuit de tous les côtés, pire qu’un taudis d’Atthalos. Je convaincs qui je peux, au fort. Des soldats qui veulent déserter, pas le moment de radiner, je mets les gros sous sur la table, de quoi refaire sa vie à Valdur. Je trouve preneur, la plupart en peuvent plus, ils veulent tenter leur chance. Le brave Palamède refuse. Jonas, Thalma, Greta, les meilleurs restent aussi, ils changeront plus d’avis. Des nouvelles du front sont tombés, les Elfes font le siège à Slugart, ils veulent défendre. Ils abandonneront pas les leurs. J’ai la goutte à l’œil, surtout pour Thalma. La prochaine fois que je la verrais, elle sera sûrement en face, fait chier. Ah, ça, je les chambre bien, les chevaliers et leurs valeurs à la noix, mais je dois dire, ils ont du cœur et des tripes, ils font pas semblant pour rouler des mécaniques en armure, ça force le respect. Palamède me file un carré de tissu jaune et noir, il l’a plié, quelle classe. Son tabard, rien que ça, que j’aie une chance de passer la frontière. Ça aussi, je retiendrai. Des braves, tous ces gens, des braves. Un merci, ça pèse pas lourd, je ferai mieux quand je pourrai, promis. L’Escadron rôde, Thalma leur file une œillade qui ferait reculer une statue. Zeiss me rejoint. Alors il vient, finalement ? Non. Pour l’escorte, il me dit. Il rentre à la jungle, après, il oublie pas sa mission. Lui aussi, il a vu ce qui se tramait. On est pas discret, L’Escadron est parti devant, à cheval. Ça va pas se faire en douceur, ce passage. La caravane part. On est une bonne quinzaine. Ça sert les doigts sur les armes, ça rentre les épaules. Ça va cogner dur. Derrière nous, l’armée arrive au fort, on a à peine eu le temps de prendre la route du sud. Jonas va s’en sortir, il a des arguments. Finalement, on peut dire ce qu’on veut des infiltrés, sans ses renforts de misère pris chez l’ennemi et ailleurs, le mur serait tombé, à l’heure qu’il est. Je retire ce que j’ai dit. C’est pas un idéaliste, le Jonas. Les traîtres, il les a vu venir. Cynique, le calcul : il connaît la jungle, il savait ce qu’il faisait. Ceux qui ricanaient, moi le premier, genre bonne poire, le capitaine, ils ont l’air fin, tiens. C’est lui qui se servait d’eux depuis le début. La jungle s’en fout des allégeances – prends donc cette pique et défends-toi. Faut survivre, c’est tout, le reste attendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça y est, un dernier cahot, la diligence passe une butte : Une ligne entière, derrière, l’Escadron en tête, ça nous tombe dessus – la marchandise ! Je gueule des ordres, faut pas que ça se perde, j’ai pas fait ça pour rien. C’est un bain de sang, ça se charge avec une haine, j’ai jamais vu ça. L’énergie du désespoir, tout le monde est à bout, ça se jette dessus, s’empale au bouclier, ça mange des épées, lame et phalanges en salade. Le sergent de l’Escadron fait tout pour nous tomber, il a les yeux qui brillent pâles. C’était lui, le pote des gars de Tamendil. C’est personnel, je vois bien. J’ai commis l’affront de trop, c’est lui ou moi. Ça ferraille dur, je perds pied. Je grogne, j’ai le sang qui retombe, un coup de froid sous les côtes. Un surin près du foie, dans le dos. Je prends une mornifle au gant de fer, je vois tout blanc, je remonte ma lame dans le menton du gars qui m’a pris en traître, je reviens sur le chevalier, trop tard, son coup déjà armé, je vais le prendre dans la jugulaire. Il tombe d’un genou, tout surpris. Le tendon sectionné, slash, Zeiss qui sort de nulle part. C’est un artiste, le Zeiss. Ça défend bien, en face, mais ça suffit pas. L’épée longue prise entre ses deux crocs, il le balade, deux trois échanges, c’est réglé, les deux lames en ciseau et c’est la tête qui saute, le corps retombe dans la boue, rideau. Il saigne aussi, le Zeiss, une vilaine plaie à la jambe. C’est du dos à dos, on a plus de souffle. Ils ont mis le gros des caisses sur une charrette, on couvre la suite. Ça tombe de tous les côtés. Le gars qui pousse se fait descendre, on le venge. Ça tombe encore, on se vide par cinq endroits. Le calme revient d’un coup. L’adrénaline descend et la douleur monte. On est plus que deux, avec Zeiss. Sont tous morts, un massacre. Je prends Zeiss dans mes bras. Une dette de plus, je pleure presque, mais je suis à sec. On déchire des bandages de fortune, on rafistole, faut bien que ça tienne, on se fait des adieux d’éclopés, gorge serrée. Sacré Zeiss, qui repart au nord comme de rien, boitant à peine. J’ai le tabard de Palamède, je pousse la charrette. J’ai mon texte : seul survivant de l’embuscade d’un commando ennemi, matériel en provenance du fort. Je trouve les hommes de Galmardo, et je file en douce par les champs, jusqu’à retrouver mon côté de la ligne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;28 mars 1138, après-midi&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis passé. Les hommes de Galmardo étaient bien là, ils ont embarqué tout le matos. Je me suis tiré à la nuit tombée, j’ai manqué de me faire descendre par des arquebuses naines, de l’autre côté. Ils ont dû faire lever Hector pour qu’on me laisse rentrer. Ils se sont pas améliorés, les Nains. Ça me regarde encore plus mal qu’à mon départ. Officiellement, j’étais en mission d’espionnage, ils se disent surtout que j’en ai profité pour pactiser avec l’ennemi. N’ont pas tellement tort, ces idiots.  Le lendemain, j’ai pris quelques hommes pour aller faire un tour à la cache convenue, à l’abri du guet arthonnien qui surveille le front. Le vieux chêne, la butte cassée, tout y est, on fait le tour, on soulève une pierre plate. J’ai mon sang qui fait un bond. Pas de caisse, un grand trou bien vide. Un petit mot et une pièce, c’est tout. Je froisse le papier et je le balance, la rage. Je serre les poings, je souffle un coup. Je vais le ramasser, je le défroisse. Faut bien le lire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La compagnie Galmardo Briard et associés vous remercie de votre confiance et du don généreux de vos équipements, et vous prie d’accepter ce présent en guise de compensation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quel infâme pourri de merde, bouffi de vers avant la tombe ! J’aurais dû lui presser sa canne jusqu’au fond de ses naseaux, à lui faire sortir le cerveau par les oreilles ! Je l’entends à rire gras sur son oreiller de terre, les racines le chatouillent, il a rien gagné, il se marre, il m’a truandé c’est ce qui compte ! Je l’étranglerais moi-même s’il était pas déjà crevé ! À deux doigts de lancer la pièce plein ciel, ça se paie le luxe de provoquer, en plus. Je m’arrête : elle est pas commune, cette pièce. Assez grosse, tout en or je crois bien, un profil de dragon tatoué sur les deux joues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Cyan Malherbe, 2024&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<title>Giléon Aenar</title>
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		<updated>2023-10-17T14:56:00Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : /* (Nouvelle) contrepartie Ulule 2021 */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:Personnages]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Giléon Aenar&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance =&lt;br /&gt;
|Alias = Gil, Giléan&lt;br /&gt;
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|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = Chronomancien&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Généralités ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giléon, souvent appelé Gil dans la trame des jeux de rôle, est un chronomancien Perrasien ayant joué un rôle important dans les événements de la guerre de 1136. C&#039;est le meilleur ami de [[Salmir Saladjinn]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mentions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Enguérôme de Tourmol]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== &#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[contrepartie Ulule 2021]] ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Cette histoire se déroule dans la ligne temporelle des romans, qui diverge de celle des jeux de rôle et des événements Grandeur Nature. Néanmoins, elle se déroule à une époque où cette divergence n&#039;est pas encore notable. On peut donc considérer les événements qu&#039;elle décrit comme similaires à ceux qu&#039;aurait vécu le Gil présent dans la trame des jeux de rôles et événements Grandeur Nature.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;pre style=&amp;quot;color: red&amp;quot;&amp;gt; Attention : bien que n’étant volontairement pas contextualisée ou datée, cette nouvelle contient des informations qui pourraient divulguer certains éléments de l’intrigue du cycle Chroniques d’une famille de héros, étant donné qu’elle partage la même ligne temporelle. &amp;lt;/pre&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Giléon est un jeune Perrasien qui a grandi à Trost, dans une famille d’artisan. S’il sera connu plus tard pour ses prouesses en chronomancie, il a pourtant connu des débuts assez humbles.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Giléon, n’oublie pas de me rapporter la cire, cette fois !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giléon répondit à la volée et claqua la porte derrière lui. Comme toutes les semaines, ses parents cordonniers étaient débordés et c’était à lui que revenait la lourde tâche de faire le marché. Ce n’était pas pour lui déplaire : les rues de Trost étaient agréables à cette époque de l’année et cela lui donnait une excuse pour passer du temps avec ses amis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le marché s’étendait sur les rives du lac Seuth et les reflets des étals colorés donnaient aux vaguelettes qui se jetaient sur la rive de belles teintes irisées. Malgré le matin encore jeune, il y avait déjà de nombreuses voiles qui papillonnaient sur le grand disque azur, et l’on entendait d’ici les cris exotiques des animaux du grand parc des îles d’Orielle, qui foisonnaient comme toujours de leur gerbe de verdure, comme un bouquet au milieu des flots. Il en dardait un élégant stolon de pierre : l’unique pont qui menait à la tour du conseil, sur l’île suivante, et qui toisait tout le lac de sa hauteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giléon salua l’aimable apiculteur qui fournissait son père, et lui acheta un tonnelet de cire en lui donnant les nouvelles de sa famille que la politesse exigeait. Il eut un petit pot de miel en cadeau : « sur un bon pain de seigle, tu verras, y’a pas mieux ! », lui avait-il conseillé avec un clin d’œil complice. C’était un autre des avantages à faire les courses pour ses parents.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Hé, Gil !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il tourna la tête. Kurt et Johann, ses amis d’enfance, lui faisaient de grands signes un peu plus loin. Il fourra le tonnelet dans son sac de toile et courut les rejoindre. Ils avaient pris l’habitude de se retrouver ici, au pied de la fontaine Davert, les jours où ils n’étaient pas en cours. Pièce centrale d’une coquette petite place, elle marquait la jonction entre le quartier marchand des quais et la vieille ville, que l’on appelait aussi le quartier des mages. Il n’y avait rien qui ressemblait à ce quartier sur tout l’île du Garg. C’était le fief des mages créationnistes qui s’étaient succédés des générations durant. Voulant chaque fois marquer leur passage avec plus de mégalomanie, ils avaient utilisé la magie pour défier les lois de l’architecture. On y trouvait des centaines de tours bigarrées, boursoufflées, tarabiscotées : plus elles semblaient impossibles, plus elles étaient réussies. S’efforçant de trouver leur chemin en se faufilant entre toutes ces créations loufoques et monumentales, les ruelles étaient en comparaison bien étriquées, formant un dédale de ponts et de passages sinueux. Elles étaient encombrées en permanence par des universitaires pressés, des libraires aux bras chargés et de savants plongés dans leurs pensées. Si l’on suivait les déplacements de tous ces gens, on se rendait compte de l’attraction magnétique qu’exerçait le centre névralgique du quartier, la tête du calamar où prenait source tout ce tentaculaire réseau : l’immense académie de Trost, véritable temple du savoir et de la magie, où étaient formés parmi les plus grands mages de l’île. Les concours d’entrées étaient ouverts à tous, mais extrêmement sélectifs, et, dans la ville où la concentration de mages était la plus élevée du monde, la concurrence était rude.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Cette fois, j’le sens, c’est la bonne !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Kurt était le plus vieux de la bande. Il était rentré à l’académie des artilleurs il y avait deux ans, mais retentait chaque semestre le concours pour entrer en magie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça ne te plaît plus, artilleur ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Si, si, c’est super, mais ça vend pas du rêve, tu vois ? Les mages, ils ont la côte, c’est eux qui chopent les filles ! Pas vrai, Gil ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giléon ne répondit pas. Son attention avait été captée ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Kurt comprit vite que son ami ne l’écoutait plus, et suivit son regard pour identifier ce qui lui avait volé la vedette. Une jeune fille au visage doux et aux cheveux roux et bouclés venait de traverser une passerelle un peu plus loin. Elle portait l’uniforme de l’académie de magie : une robe bleue nuit doublée d’un jaune chaud. Johann et Kurt s’échangèrent un regard entendu. Alors c’était elle, la rouquine avec laquelle ils leur rabâchaient les oreilles depuis des semaines ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bah alors, qu’est-ce que t’attends ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Que j’attends quoi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est pas vrai ! Vas-y, va la voir ! Pour une fois que tu la croises !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giléon s’empourpra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Dans la rue, comme ça ? Tu es fou ! Je vais lui faire peur, c’est tout !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Si t’avais le sourire moins crispé, aussi ! Comme veux-tu t’y prendre, autrement ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne sais pas, mais pas comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu n’as qu’à tenter ta chance à l’académie de magie ! Elle a l’air d’être en première année, avec seulement un semestre d’écart, vous pourriez avoir des cours en commun. T’es balèze en classe, toi, tu pourrais avoir tes chances ! Proposa Johann.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giléon s’assit sur un rebord de fenêtre en faisant la moue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Non, les mages n’ont pas le droit de posséder de commerces, et l’affaire de mes parents marche bien. Il faut bien que je puisse prendre leur succession.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— T’as pas l’air super motivé ! Ironisa Johann.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est pas une question de motivation, mais de responsabilité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Kurt croisa les bras.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— De toute façon, même pour un semestre d’écart, une étudiante ne sortira jamais avec un gars plus bleu qu’elle dans son cursus. C’est la dure loi tacite des relations à l’académie… Mais alors…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son visage s’était illuminé, ce qui, quand on connaissait un peu Kurt, était rarement bon signe. Il commença à déambuler lentement, levant l’index en le secouant légèrement comme s’il animait une conférence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— S’il ne peut être un vrai étudiant… Alors il n’a qu’a faire semblant d’en être un ! Et quitte à mentir, il a aucune raison de dire qu’il débute ! Ça fait une pierre deux coups !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne pense pas que…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Kurt saisit Giléon par les épaules.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Quoi ? Que ce soit une bonne idée ? Qu’est-ce que tu risques ? Te faire virer de l’académie ? C’est pas comme si tu comptais y mettre les pieds un jour de toute manière. Tu voulais avoir l’occasion de l’aborder, je te l’offre sur un plateau ! C’est nous qui prenons des risques, ici, pas toi !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Johann haussa un sourcil, mécontent de se faire ainsi inclure dans l’équation sans avoir eu son mot à dire, mais n’ajouta rien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giléon était d’abord hésitant, mais Kurt savait se montrer persuasif. De plus, il avait toujours voulu voir l’intérieur de l’académie. Ils s’appliquèrent alors à voler trois uniformes laissés à sécher sur le rebord d’une fenêtre, puis, une fois changés, ils se dirigèrent vers l’entrée de l’académie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le portail en imposait : construit sur une base de pierre blanche, il se voyait cerclé d’un métal bleuté qui s’enroulait autour de ses piliers comme du lierre, jusqu’à soutenir la grande arche, entièrement vitrée, qui servait également de passerelle entre les deux ailes qui encadraient l’entrée. L’assurance de Kurt suffit à les faire passer : en ce début de semestre, les gardiens étaient loin de connaître encore toutes les nouvelles têtes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une fois le premier portail traversé, l’on arrivait dans la cour : un grand octogone de verdure qui donnait l’accès aux différents bâtiments de l’académie. Au centre des jardins, une haute tour dont la base, penchée à quarante-cinq degrés, était soutenue à bout de bras par une immense statue de bronze qui représentait un homme voûté, grimaçant sous l’effort. Au-dessus d’elle, la tour devenait droite et sa flèche surplombait le reste de l’académie : on trouvait à son sommet le bureau du directeur. Johann pointa du doigt la statue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est Stenham, l’assistant du fondateur de l’académie, expliqua-t-il, connaissant un peu l’académie de par son père qui était mage. Il ne savait pas faire de magie, mais il était très organisé, paraît-il. Le fondateur construit sa tour comme ça en son hommage. Regardez, on peut lire sur la plaque : « Pour Stenham, sans qui je ne pourrais garder les idées droites ». On a jamais su s’il était sérieux ou si c’était pour se moquer de lui, mais une chose est sûre : ça l’a rendu plus connu que lui !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Kurt n’était pas très sensible à ce genre de trivialité. Son regard balayait la zone, entièrement concentré sur son objectif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Là-bas ! Murmura-t-il en essayant de guider leur regard : la jeune fille rousse sortait tout juste d’un bâtiment, un gros livre plaqué contre la poitrine. Kurt poussa Gil en avant et s’éloigna avec Johann pour lui laisser le champ libre. Le cœur du jeune Giléon battait fort. Il n’était pas aussi à l’aise que Kurt pour ce genre de chose, et réticent à l’idée que sa première discussion avec elle soit basée sur un mensonge. Mais maintenant qu’il était là, cela ne rimait à rien de faire demi tour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il rassembla son courage et avança vers la jeune fille. Un autre garçon, un peu plus âgé que lui (il devait avoir entre seize et dix-huit ans), surgit de l’autre côté et l’aborda avant lui, lui passant un bras autour de l’épaule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bah alors, on passe sans dire bonjour ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La jeune fille lui retira le bras, agacée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je t’ai déjà dit de me laisser tranquille, Franker.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il siffla en regardant en loin avec insolence, plus amusé que décontenancé par sa réaction.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mauvaise réponse, encore une fois ! Allez, juste une bise, je t’en demande pas beaucoup !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La fille qui lui avait tourné le dos pour s’éloigner s’arrêta brusquement, comme retenue par des fils. Les jambes tremblantes, elle se retourna vers lui, le visage tendu. On pouvait y lire du dégoût, de la peur et de la douleur. Elle marcha vers lui lentement et erratiquement, comme si elle essayait de résister à ses propres pas. Giléon mit quelques secondes à réaliser ce qui se passait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Ce salaud utilise sa magie pour la contraindre !&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sans réfléchir, il fonça vers lui, le pas décidé, et le poussa avec véhémence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Laisse-là tranquille, t’entends ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Surpris, Franker tomba sur ses fesses et se releva, l’œil noir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— De quoi tu te mêles, toi ? T’es nouveau ? J’ai jamais vu ta sale tête dans le coin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je suis discret.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bah t’aurais dû le rester ! Ici, il faut apprendre à rester à ça place ! À genoux !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant qu’il n’ait eu le temps de réagir, il sentit une force impérieuse le ramener au sol. Ses genoux heurtèrent les graviers, et il était forcé de rester droit malgré la douleur. Du coin de l’œil, Giléon vit la jeune fille hésiter un instant, puis s’éloigner en courant. Il ne pouvait pas lui en vouloir, mais eut un petit pincement au cœur, sans savoir si sa déception venait de son occasion manquée ou du fait qu’elle n’avait pas essayé d’intervenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Franker la regarda partir en soupirant, contrarié, puis s’approcha de sa nouvelle victime, les mains dans les poches. Il frotta son pied contre le sol jusqu’à recouvrir sa chaussure de poussière et l’avança devant Giléon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ici, on me doit le respect, t’entends ? Alors maintenant, tu vas être gentil, tu vas dire « pardon, Franker », et tu vas me lécher les bottes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giléon le regarda droit dans les yeux, les lèvres serrées. Il sentait cette même force le pousser en avant et essayer de lui faire tirer la langue. Il rassemblait toutes ses forces mentales pour y résister, au point où il voyait apparaître des flashs blancs devant ses yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Franker se pencha vers lui pour lui répéter d’une voix insupportablement infantilisante :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— « Pardon… Franker. » Allez, je t’écoute.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giléon pencha légèrement en avant, presque au point de toucher du visage la botte souillée, puis se redressa.&lt;br /&gt;
Franker fronça les sourcils, et son regard trahit qu’il tentait de se concentrer davantage. Giléon avait d’abord été pris de court par cette force étrangère, mais plus la pression sur son esprit durait, et plus il arrivait à en cerner les contours, jusqu’à trouver un point de levier. Giléon se concentra toujours plus, jusqu’à ce que tout devienne noir autour de lui. Il posa lentement un pied sur le sol, puis l’autre, et se releva silencieusement en dépit de l’injonction, toisant Franker du regard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que… C’est impossible ! Bafouilla le télékinésiste, pris au dépourvu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À défaut de savoir faire de la magie pour répliquer, Giléon serra le poing et cogna la brute en plein dans le nez, le faisant tomber à la renverse une seconde fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— T’approche plus d’elle, t’entends ? Le menaça-t-il, galvanisé par sa réussite alors que la brute se tenait le nez, qui commençait à dégouliner de sang.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Son court moment de gloire fut interrompu par un raclement de gorge. Un homme portant une élégante barbiche et un long costume noir les dévisageait d’un œil sévère.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Dans mon bureau, tout de suite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Eh merde ! Grognèrent en cœur Kurt et Johann qui s’étaient cachés derrière une statue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après un sermon de circonstances, Franker fut autorisé à partir. Giléon tenta de se lever à suite, mais le professeur qui les avait convoqués l’en dissuada froidement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Non, pas toi. Nous n’en avons pas encore fini.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giléon se rassit, peu rassuré, maudissant intérieurement Kurt et ses bonnes idées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu n’as aucune idée de qui je suis, n’est-ce pas ? Demanda le professeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giléon baissa les yeux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Non, monsieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est que tu n’es pas vraiment étudiant, n’est-ce pas ? Tu le saurais, sinon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Oui, monsieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je m’appelle Selifer Kalgeronne. Je suis maître conférencier ici à l’académie, et je siège également au conseil de Trost. Entre autres choses, c’est moi qui m’occupe des admissions et je me souviens de tous les étudiants que j’accepte. Tu n’es de toute évidence pas l’un d’entre eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je suis désolé, monsieur. Je vous assure, je voulais rien faire de mal, j’étais curieux, c’est tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça, ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment un non-mage a pu tenir tête à Franker, le deuxième meilleur télékinésiste de premier cycle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne sais pas, j’ai juste…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Viens avec moi, ordonna-t-il en se levant brusquement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il l’amena dans les tréfonds des couloirs jusqu’à une grande salle ronde. Un siège trônait seul en son centre, entouré d’un dôme de verre et de métal. Des cadrans aux inscriptions cryptiques et des aiguilles entouraient la structure, vraisemblablement des outils de mesure. Selifer le fit s’asseoir et lui expliqua :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ce dispositif est un dôme à résonance magique. Cela permet d’évaluer le potentiel d’un individu, à savoir la puissance magique que son esprit est capable de supporter. Ce n’est pas fiable à cent pour cent, mais c’est un bon indicateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selifer poussa un levier et la structure se nimba de lumière et se mit à vibrer, doucement tout d’abord, puis de plus en plus intensément. Giléon sentait des radiations chaudes entrer et sortir de son corps par pulsations. Presque agréables dans un premier temps, ces pulsations se faisaient de plus en plus rapprochées et puissantes, et ils lui parurent rapidement lui cogner contre le crâne aussi fort que si elles avaient étés des coups de marteau. Les lumières autour de lui se faisaient changeantes et gagnaient en texture, devenant épaisses au point qu’il s’en sentait étouffé. Il avait l’impression que son crâne explosait en boucle. Il était sur le point de s’évanouir lorsque Selifer arrêta la machine. Il regardait avec de grands yeux l’aiguille osciller sur le cadran de laiton, incrédule.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il faut absolument que j’aie une discussion avec tes parents, souffla-t-il.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi qu’avec son pot de cire et beaucoup de retard, Giléon ramena à la cordonnerie Selifer, professeur émérite de l’académie et membre du conseil de Trost.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Votre fils est né pour faire de la magie, avait-il annoncé sans détour. Il s’attendait à ce que les consciencieux artisans aient recourt à leur habituelle rhétorique petite bourgeoise de la prévalence de l’affaire familiale, il avait connu cette scène mille fois. Il continua alors sans leur laisser le temps de répondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Si votre fils préfère passer sa vie à faire des chaussures, alors qu’il en soit ainsi, mais ne pensez-vous pas que ce soit à lui d’en décider ? Je ne vais pas entrer dans des technicités inutiles, mais sachez que nous ne voyons un mage avec son potentiel qu’une fois toute les décennies. Il serait dommage de laisser ce don se gâcher, ne pensez-vous pas ? Si ce n’est que la peur de mettre le futur économique de votre famille en difficulté, vous n’avez pas à vous en faire : avec l’éducation qu’il s’apprête à recevoir, il sera davantage à l’abri du besoin que le plus florissant des cordonniers. Je ne me serais pas déplacé si je ne pensais pas qu’il avait les capacités pour devenir un mage de premier ordre !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il était vrai que les mages les plus compétents gagnaient très bien leur vie, le problème était que la plupart n’atteignait jamais ce niveau, et que les lois de Trost leur interdisaient de se mettre au commerce pour des raisons évidentes de concurrence déloyale, les condamnant à vivre chichement. Pour les parents de Giléon, si ce grand monsieur garantissait la réussite de leur fils, alors l’affaire était différente ! Quelle fierté pour une famille que de compter un mage de talent parmi ses enfants !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Du côté de Giléon, la nouvelle tombait comme un coup de massue. D’un naturel curieux, la magie l’avait toujours fasciné, mais en raison de ses obligations, il n’avait jamais osé considérer le fait de la pratiquer. Maintenant que l’opportunité se présentait à lui, il en avait la tête qui tournait.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un mois plus tard, il retrouvait Kurt et Johann sur le bord de la fontaine Davert, son uniforme bleu nuit sur le dos. Les admissions tardives du second semestre étaient terminées : Johann avait fini par être accepté sur liste d’attente, et soupçonnait son père d’y être pour quelque chose. Kurt, lui, s’était malheureusement fait refusé pour la troisième fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« C’est mes profs en artillerie qui sabotent mon dossier, j’en suis sûr ! » avait-il commenté, résigné. « Je suis trop bon, ils ne veulent pas me laisser partir. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Kurt les accompagna jusqu’au portail de l’académie, les salua et continua sa route vers l’école des artilleurs, plus haut dans la rue. Giléon et Johann le traversèrent avec révérence, officiellement, cette fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Johann donna un coup de coude à son ami. La jeune fille rousse passait près d’eux et leur avait adressé un bref regard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Huh ? Marmonna Giléon, l’air absent. Ah, oui, elle ! Heu, peut-être plus tard, là, je n’ai vraiment pas le temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Officiellement, sa rentrée était aujourd’hui, mais il devait d’abord retrouver Selifer à la salle d’entraînement, comme tous les jours depuis un mois. Il abandonna là Johann, décontenancé, et courut à son rendez-vous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bien ! S’exclama Selifer aussitôt que son élève avait poussé la lourde porte de la salle. Tu es prêt pour réessayer ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giléon acquiesça. Il avait dû, comme tous les apprentis mages, choisir sa spécialité. Trost formait principalement en magie matérialiste, et, avec ses prédispositions, on aurait pu lui conseiller de devenir télékinésiste, qui en était la spécialité où excellaient les hauts potentiels. Cependant Selifer, qui l’avait pris sous son aile, lui avait soufflé une idée encore plus ambitieuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Tu sais, le potentiel ne fait pas tout », lui avait-il dit. « Il y eu dans l’histoire de très grands mages qui avaient un potentiel assez faible. Non, le véritable intérêt d’un potentiel comme le tien, c’est qu’il permet d’ouvrir les portes de certaines magies trop gourmandes pour le mage moyen. Ces magies sont ingrates, difficiles, mais si tu en maîtrises une un jour alors là… le monde sera à tes pieds.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce que Selifer évoquait étaient les magies transcendantales, qui permettaient de plier la réalité à la volonté du mage. Bien connues des théoriciens, on en avait que peu d’exemples concrets : séduisantes sur le papier, elles se révélaient souvent peu pratiques et moins efficaces que d’autres magies plus simples. Les mettre en œuvre n’était pas aisé : il s’agissait ni plus ni moins de tordre à la simple force de son esprit des grandeurs physiques telles que l’espace, la gravité, ou encore…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selifer avait piqué l’orgueil de Giléon, qui avait ce goût déraisonnable pour le défi. Il avait donc  décidé de chercher à maîtriser la grandeur la plus indomptable de toutes : le temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’était un pari risqué : le cursus de Trost était axé autour d’épreuves pratiques, et avec une discipline aussi complexe, il se condamnait à avoir de très mauvais résultats pendant un certain temps. C’est pourquoi Selifer lui avait dispensé pendant tout le mois dernier un cours théorique très dense, de sorte à ce qu’il prenne de l’avance et ait les bases pour comprendre le fonctionnement ardu de son art. Giléon s’était montré très assidu, apprenait très vite, mais n’avait pour le moment réussi à infléchir quoi que ce soit, et encore moins le cours du temps. Il connaissait pourtant par cœur et sur le bout des doigts toutes ses équations, y compris le complexe rapport de Furgénie sur lequel il s’était échiné des semaines durant, mais rien n’y faisait. Cependant, il ne désespérait pas : Selifer l’avait prévenu que la route serait longue et difficile, et le sujet le passionnait tant qu’il y passait volontiers ses journées sans se soucier de ses résultats.&lt;br /&gt;
Selifer commença alors l’exercice pour lequel il l’avait convié dans la longue salle d’entraînement, qui servait d’ordinaire aux duels : il lui jetait de toutes ses forces une balle de cuir fourrée et Giléon devait ralentir sa course de sorte à ce qu’il puisse marcher vers elle, la contourner, et l’attraper depuis l’arrière sans effort. Si la balle le touchait avant, il avait perdu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il se fit toucher une fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux fois. Trois fois.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selifer vérifiait à chaque fois sa montre de précision, mais la balle ne ralentissait pas d’un iota, et ce jusqu’à la fin de l’exercice. Giléon était en nage et ses oreilles sifflaient, symptôme de son mal de crâne carabiné. Comment pouvait-il dépenser autant d’énergie et avoir aussi peu de résultats, même pas le commencement de quelque chose ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il faut que tu y ailles, ton cours commence dans cinq minutes,lui rappela Selifer, qui ne pouvait cacher la pointe de déception qui ombrageait sa voix. Demain matin, même heure, même endroit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giléon sortit et traversa à la hâte la cours octogonale, prenant le temps de saluer au passage ce brave Stenham comme il était coutume de le faire. Il pila devant la tour de la grande horloge : d’après ses aiguilles, ses classes avaient déjà commencées depuis dix minutes : il était en effet étrange que la cour soit aussi vide. Il entendit Selifer courir derrière lui pour le rattraper : il avait dû se rendre compte de son erreur et était venu le prévenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il sortit sa montre et la plaça devant lui, de sorte à ce qu’elle paraisse à côté de l’horloge de la tour pour les comparer en prenant son élève à témoin. La montre de précision de Selifer avait plus de dix minutes de retard.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je l’avais remontée ce matin, s’expliqua-t-il, légèrement hors d’haleine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le maître et l’élève croisèrent leur regard, réalisant quelque chose. Ils firent demi-tour précipitamment vers la salle d’entraînement pour vérifier l’horloge fixée sur son mur du fond. Elle affichait  le même retard que la montre de Selifer. Giléon avait bien réussi à faire ralentir la balle, seulement, elle n’avait pas ralentie seule : c’était toute la salle d’entraînement et ses occupants qui avaient subi son influence, et qui n’avaient par conséquent pu constater la moindre différence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu m’étonnes que j’ai mal au crâne, bredouilla Giléon, à la fois confus et fier de sa prouesse involontaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Nous voulions un résultat, en voici un d’impressionnant. D’utile, ça par contre, ça reste à voir… Commenta Selifer, qui avait retrouvé de sa malice habituelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giléon acquiesça, conscient qu’il devait rester humble. Si le mage était un sculpteur, et ses sortilèges des sculptures complexes et raffinées, il n’en était encore qu’au stade où il scrutait son bloc de marbre sans savoir comment l’entamer ni ce qu’il voulait en faire. Pour lui, cela n’en était pas moins un pas de géant : là où auparavant il n’y avait rien, il venait tout de même de faire apparaître son bloc de marbre.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<title>Richard de Walburge</title>
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		<updated>2023-10-17T14:48:25Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : /* (Nouvelle) Contrepartie Ulule 2021 */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Richard de walburge.jpg|vignette|Richard de Walburge à l&#039;appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Richard de Walburge&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Richard de Walburge&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===&#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[Contrepartie Ulule 2021]]===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Retour au pays&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Richard de Walburge, ancien chevalier arthonnien ayant participé à la guerre de Perrasie, déserta lorsque les ordres de son capitaine, Hadré Shiels, devinrent trop inhumains. Il joua par la suite le rôle de conseiller et de guerrier auprès des éminences de la Fédération de Bragorn, leur rendant de nombreux services héroïques. L’action se déroule à la suite des événements de Kahn-Brava, en Tamendil, à l’automne 1137, auquel Richard a participé.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au bout du vallon, le soleil se renfrognait de ses dernières œillades rougies, qui venaient encore appesantir l’atmosphère chargée du soir. Le vent chaud qui se laissait mollement couler ne parvenait qu’à faire remonter cette odeur de suie et de braise éteinte que l’on commençait à peine à ne plus sentir brûler au fond des gorges. En contrebas, les flancs éventrés et noircis de Tamendil s’étaient découverts de leurs tentes et de leurs bannières, et ne gardaient que des échardes irrégulières partout où les délégations avaient abandonné piquets tordus ou toiles arrachées. Sur les hauteurs, à l’écart de la caravane de la délégation de Bragorn qui reprenait péniblement sa route, une femme dissimulée sous une grande capuche s’entretenait avec un homme en armure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Que vais-je faire, Richard ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— La même chose que nous tous en ce bas-monde : survivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Quelle sotte je fais… Toutes ces années à m’être battue pour obtenir un statut, un avenir, pour que d’un revers de main…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Croyez-moi, c’est sûrement ce qui pouvait vous arriver de mieux. Il vaut mieux être un vagabond libre qu’un duc au service des pontes actuels de l’Arthon – ou de votre mari, pour ce que ça vaut…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Comment avez-vous donc fait, vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’ai-je donc fait ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— La chevalerie, vos valeurs, votre éducation : toute votre vie ; décider ainsi, en un instant, de tout jeter au feu. Il ne s’agit pas seulement de déserter, mais de renoncer à tout ce qui vous a construit… Où avez-vous trouvé cette force ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est que j’ai justement plus d’allégeance à mes valeurs qu’à mes supérieurs. La réflexion est inverse, madame : rester, c’était tout renier, partir, c’était rester entier. Je me serais fait violence bien davantage à devenir un chien de l’Arthon. Je n’ai jamais cessé d’être un chevalier, contrairement à eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et vous n’avez jamais regardé derrière vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je regarde tout le temps derrière moi, mais ce n’est pas par regret. Si je suis convaincu de mon choix, l’Arthon est mon pays, et il le restera. Mais la meilleure façon de l’aider à redevenir un pays dont je serai fier, c’est d’être ici. Vous n’avez rien perdu, madame. Vous êtes toujours la comtesse d’Agaménée. Partez à Bragorn et faites-vous traiter comme telle. Votre voix a du poids,  les Elfes ne comprennent rien aux affaires des Humains. Je suis un militaire, alors ils ne me feront jamais pleinement confiance, et je ne suis pas si doué pour les affaires de cour, tandis que vous… Nous avons besoin de quelqu’un comme vous, qui donne une voix au peuple arthonnien autre que celle de l’ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’aimerais de tout cœur, mais je ne peux pas me défaire de cette terreur… Si je fuis l’Arthon...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous craignez pour votre aimé, qui est resté à Atthalos ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ils vont le massacrer. Ils trouveront nos correspondances, à mon domaine. Ils vont le trouver et lui faire payer au centuple toute l’amertume qu’ils auront gardée de ma fuite. Je ne peux pas lui infliger ça, ce pauvre Georges n’a rien demandé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Madame, si ce n’est que ça ! Partez tranquille à Rinnedel faire votre travail, et laissez-moi faire le mien. Si en ces circonstances je peux me permettre d’être cavalier et de déroger au protocole, concédez, comtesse, à me laisser mettre humblement mon écu et mon épée à votre service. Je vous ramènerai votre aimé sain et sauf, soyez sans crainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La comtesse protesta d’abord, soucieuse de faire courir au chevalier un risque trop grand, mais le brave Richard de Walburge resta ferme. Il avait beau être un déserteur, cela faisait un moment qu’il pensait à retourner au pays voir de vieux amis. Il avait une idée bien déraisonnable derrière la tête qu’il ne parvenait à chasser, et avoir la charge d’y retourner pour rendre service à une noble dame lui permettrait enfin d’avoir l’occasion suffisante pour tenter de la mettre en œuvre. Alors ils firent leurs adieux, Richard échangea quelques mots à ses amis de la Fédération, et son chemin se sépara du leur. Il ne rentrerait pas à Bragorn : il lui fallait agir vite s’il voulait arriver à temps. Il ne disposait que de quelques maigres semaines avant que les enquêteurs ne fouillent dans les affaires de la comtesse et ne remontent jusqu’à Georges Demusete, le jeune musicien de la Ville basse qui avait pris son cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non loin de la frontière arthonnienne, une auberge pleine à craquer s’agitait, secouée de soldats en transit anxieux à la perspective imminente de la guerre. La frontière se verrouillait, heure après heure, et Richard était arrivé juste à temps pour profiter de sa porosité avant que l’armée n’achève de prendre ses positions. Sur un coin de table, il terminait sa soupe en observant tenanciers et militaires se répondre à la volée, sur un ton également crispé : personne n’avait envie d’être ici ce soir. Les troupes de la Fédération allaient lancer l’offensive le lendemain, disait-on.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard du chevalier s’était attardé avec une pointe de tristesse sur la seule personne de la salle bondée qui semblait tout à fait indifférente au climat électrique, avachie seule sur sa table, entourée de godets vides. Elle ronflait par intermittence, comme si elle avait du mal à décider elle-même si elle dormait ou non. De Walburge ne doutait pas des informations qu’il avait obtenues : c’était bien la personne qu’il cherchait, mais il ne se résolvait pas à l’accepter. Il soupira et se leva finalement, se frayant un chemin avec sa chaise à travers la foule pour la poser et s’asseoir en face d’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Le Goff !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La masse inerte bougea à peine en grognant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— SERGENT LE GOFF !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La masse se releva brusquement, repoussant du ventre la table qui racla bruyamment contre le sol pavé. C’était une femme à la carrure imposante, large de taille et d’épaule, au visage si carré que même aussi bouffi par l’alcool qu’il était, il ne parvenait à s’arrondir. Ses cheveux étaient sales et négligés, raides comme de la paille et tailladés inégalement pour ne pas lui retomber devant le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— AU RAPPORT CAPI- oh. Vous êtes qui ? Comment vous connaissez mon nom ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Qu’ont-ils fait de toi, ma pauvre Maria… J’en étais venu à espérer que je t’avais prise pour quelqu’un d’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maria le Goff se frotta les yeux pour tenter identifier cette silhouette qui lui parlait d’un ton si familier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est pas vrai, Vadrouille ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça fait bien longtemps qu’on ne m’avait pas appelé comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Goff changea brusquement d’attitude. Elle essaya de se réajuster sur sa chaise et de se tenir droite, saisie d’une subite honte quant au spectacle qu’elle offrait. Puis elle regarda à gauche et à droite, pour s’assurer que personne ne les écoutait, avant de se pencher vers lui pour lui dire à voix basse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce qui te prend de revenir ici ? On m’a dit que tu avais déserté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne suis que de passage, mais je me suis dit que c’était l’occasion de visiter de vieux amis. J’ai discuté avec quelques soldats. Alors comme ça, tu rempiles ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pas le choix. On quitte pas l’armée comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et pourquoi pas ? Je ne m’en porte pas si mal. À en voir ton état, tu t’es rabattue sur d’autres moyens de t’évader autrement moins efficaces. De Walburge pointa du menton les godets vides qui jonchaient la table. Dire qu’ils ont réussi à briser même Le Goff... Je te croyais plus dure que ton armure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Goff s’accouda à en faire plier la table et le pointa d’un doigt menaçant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est du jugement que j’entends ? On est pas fait pareil, Vadrouille. Pour toi, la guerre, c’est de l’intérim. Tu sais mouiller ton camail quand il faut, je le concède, mais t’es plus à l’aise en civil. L’armée, c’est tout ce que je suis. J’ai la tronche et la délicatesse d’un glissement de terrain. Où veux-tu que j’aille me foutre ? Ce que je sais faire de mieux, c’est encaisser des roustes et en rendre des plus grosses. Mes sup’ l’ont bien pigé, dès que l’info est tombée, on m’a balancé ici au front. Je suis arrivée parmi les premiers. « Envoyez Casse-Brique », qu’ils ont dit. « ça va leur faire tout drôle, aux longues-oreilles ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard sourit en coin. Du temps où ils étaient à la caserne ensemble, elle avait forgé une solide réputation lors des entraînements au combat à mains nues : personne n’avait jamais réussi à la coucher. Elle avait la tête si dure qu’un défi s’était lancé au sein de la compagnie : trouver quelque chose capable de l’assommer. Ils en avaient brisé, des gourdins, et éclaté bien des briques sur son crâne sans même qu’elle ne soit sonnée (ce qui lui avait d’ailleurs valu le surnom de Casse-brique). Le défi avait finalement été remporté par Val Ardan, un de leurs amis communs, qui avait démontré par l’expérience que ce qu’il fallait pour assommer Casse-brique, ce n’était ni plus ni moins qu’une barrique entière d’eau-de-vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme si elle savait où les pensées de Richard s’étaient égarées, Le Goff fit remarquer :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu vois, rien n’a changé. Ils tapent toujours comme des fillettes, alors je suis obligée de repasser derrière pour me foutre proprement à l’envers. C’est pénible d’avoir la tête dure, tu sais. Ce que je donnerais pas pour m’abrutir plus facilement. C’est pas bon d’avoir un cerveau fonctionnel, ici-bas. Ça rend malheureux. Regarde-les tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle balaya d’un œil vitreux l’assemblée. Des soldats rongés par le stress, la tête vissée dans les épaules, mangeaient sans appétit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Que du sang neuf. Les vieux – moi mise à part, on les garde à l’arrière pour l’instant, pour la contre-attaque. Comme on sait pas à quoi s’attendre, on n’envoie pas les bons éléments au casse-pipe tout de suite. Ils vont se faire bouffer tout cru, et ils le savent. La plupart vont pas réussir à dormir, et vont mourir demain comme des cons en ayant passé la dernière soirée de leur vie minables, à bouffer des fèves froides en tremblant. Ils feraient mieux de picoler, si tu veux mon avis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je n’ai pas l’impression que tu passes une bien meilleure soirée qu’eux pour autant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai pas leur pression. Moi je vais pas mourir demain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Comment tu peux en être aussi sûre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Allons, les gens comme moi ne meurent pas au front, c’est bien connu. Un jour j’avalerais une arête de travers, ou je choperais la gangrène en marchant sur un clou, la vie a ce sens de l’humour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai mieux à te proposer qu’aller t’enterrer dans la boue du front. Je compte rester en Arthon un certain temps. On ne sait pas comment va évoluer la guerre, pour le meilleur ou pour le pire. Je souhaite voir ce gouvernement tomber, mais je ne souhaite pas non plus voir mon pays détruit par la guerre. À frapper de l’intérieur, stratégiquement, on pourrait faire tomber les têtes de mules qui ont monté tout le continent contre nous et désescalader la situation avant qu’il ne reste plus rien à sauver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu m’en demandes beaucoup. J’ai pas la finesse de faire de la résistance politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu n’en auras pas besoin, je m’occupe des subtilités. Retrouve-moi à Atthalos, à l’auberge de Granchesne, dans une semaine, nous y discuterons plus calmement. Fais-toi porter pâle, pose une permission, débrouille-toi. Évite de déserter tout de suite, tes bons rapports avec l’armée vous nous être utile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  « Nous » ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge, qui s’était déjà levé, marqua un arrêt pour lui adresser un sourire complice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne penses pas qu’on allait se taper tout le boulot à deux. Je me suis dit qu’il était plus que temps de réunir la fine équipe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une lueur s’illumina au fond des yeux de Le Goff, si vive qu’elle brillait malgré le voile opaque que l’alcool avait jeté dessus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je vais voir ce que je peux faire, Vadrouille, se contenta-t-elle de répondre sans le regarder s’éloigner en vidant le fond de son dernier verre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques jours plus tard, Richard marqua une pose sur la route d’Atthalos, au petit village d’Ibère-la-Sainte, posté à l’entrée du Val de Galaad. Surplombé de sa belle église, il était un point de passage important pour les pèlerins de Valla qui se rendaient au Monastère de Slugart, plus au sud. Il passa les portes du village, interloqué par le vieux panneau qui indiquait la frontière du village. Le pieu qui soutenait le panneau, large d’une dizaine de centimètres, voyait son sommet surplombé d’un bouquet de flèches parfaitement plantées à la verticale. Il n’était pas rare d’observer ce genre de coutume locale dans les petits villages. Par chance, il n’avait pas été contrôlé jusqu’ici. Il se disait qu’en ces temps troublés, les gardes montés avaient mieux à faire que d’arrêter des voyageurs solitaires sur des routes de campagne. Il leva les yeux vers le clocher de l’église, à quelques centaines de mètres de là, une pointe d’incrédulité dans le regard. Encore une fois, il n’avait pas de raison de douter des informations qui l’avaient conduit jusqu’ici, et pourtant… Il fallait croire que tous ces anciens compagnons d’armes avaient à leur manière fait un rejet de l’armée aussi violent que le sien, bien à leur manière. C’était rassurant, en un sens. Il les avait bien choisis : c’était la preuve qu’ils avaient cherché à préserver leur humanité avant tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est bien ici que je peux trouver frère Laval ? Demanda-t-il à la sœur de Valla qu’il croisa à l’entrée de l’église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sœur pointa le chœur de l’église, où un homme en bure l’observait depuis l’autel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je t’ai vu arriver, Richard. Qu’est-ce qui t’amène après tout ce temps ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux hommes s’engagèrent dans les escaliers en colimaçon du clocher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors, tu as rejoint les ordres. Tu voulais t’acheter une rédemption ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Un moine qui devient moine pour se racheter n’a rien compris. Il n’y a pas plus damné qu’un moine. On ne se sauve pas nous-même, on sauve les autres. Quand on a tué autant que j’ai tué, il n’y a que deux issues : comprendre mieux que quiconque la valeur de la vie, et tenter de la faire comprendre aux innocents qui ne se rendent pas compte de leur chance, ou bien…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ou bien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ou bien devenir une coquille vide. Un vaisseau de la mort, un émissaire noir. J’ai rencontré la mort. Je l’ai vue, ce jour-là, où elle m’a tendue la main pour me féliciter. Me dire « bravo, il ne te reste plus qu’une âme à faucher, et tu seras mon égal : la tienne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux compagnons étaient arrivés en haut de la tour, où trônait une grosse cloche en bronze. Ils s’approchèrent de la balustrade pour contempler la campagne vallonnée qui s’étendaient sous leurs yeux. Au loin, on pouvait apercevoir Slugart, et quelques colonnes de fumées le long de l’horizon, à l’endroit où le front s’était établi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors tu as définitivement raccroché ton arc ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne m’as-tu pas écouté ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu as raccroché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai compris la valeur de la vie, Richard. Tout comme toi, je sais ce qu’il en coûte de la protéger.&lt;br /&gt;
Laval passa la main sur la poutre qui les surplombait, et en sortit un arc long et un carquois. Il inspira longuement en laissant le vent passer sur son visage, banda son arc sans effort et décocha en plein vers le ciel. La flèche disparut un instant dans le soleil avant de retomber droit vers le sol, et se ficher avec les autres, en plein sur le dessus du poteau qui marquait l’entrée du village.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard se retourna et vint frapper pensivement la lourde cloche en bronze de ses phalanges pour la faire doucement résonner. Il aurait dû reconnaître le tir signature de Laval dès son arrivée au village. L’archer d’élite avait toujours eu un penchant pour la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu es venu ici pour qu’on te retrouve, la Cloche. Tu savais que ta petite retraite serait provisoire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Quand j’ai appris pour ta désertion, j’ai compris que je n’avais pas fini d’entendre parler de toi, Vadrouille. Tu as déjà retrouvé les autres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai vu Casse-brique à la frontière. C’est une épave, mais elle en a toujours autant dans le ventre. Elle viendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne peux pas couler quelqu’un qui vit déjà au fond de l’eau ; elle nous enterrera tous, marmonna Laval. Tu n’as pas vu Ardan ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Non, justement. Je n’ai aucune piste à son sujet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je sais où il est, mais le faire sortir de son trou ne sera pas facile. Je vais t’amener à lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne m’attendais pas à ce que tu me suives aussi facilement. Tu ne veux pas savoir ce qui m’amène, d’abord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu me raconteras sur la route. Si tu es là, c’est que tu as besoin de moi. Ai-je besoin d’en savoir plus ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux jours plus tard, deux moines de Valla en bure entraient par la porte sud-est d’Atthalos. Au bout de quelques heures d’errance dans les bas-quartiers, l’un deux s’arrêta devant un bâtiment à la façade décrépie et retira sa capuche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est là, déclara simplement Laval.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge retira à son tour sa capuche pour scruter l’endroit dans toute sa hauteur. Aucune enseigne, et de lourds rideaux qui occultaient les quelques étroites fenêtres. Pourtant, l’endroit ne semblait pas abandonné. Si la façade était défraîchie, le pas de l’entrée était convenablement balayé. Il se retourna vers son ami.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est un bordel ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu crois ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est un bordel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le chevalier soupira, résigné, et s’avança pour pousser la porte. Rien de très étonnant, ils parlaient après tout de Val Ardan, celui qu’ils avaient surnommé Joli-cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fronça les yeux et le nez, attaqué par les lourdes effluves qui encombraient l’endroit. Laval, qui avait la meilleure vue, pointa immédiatement un divan perdu dans la fumée, au fond du grand salon commun. Ils coupèrent la route à la tenancière qui venait pour les accueillir, perplexe devant leurs habits de moine, et ils se dirigèrent sans un mot vers le fond de la salle. Un homme au teint pâle était avachi sur la vieille banquette et riait si fort qu’il en soulevait son jabot défait, deux jeunes femmes lascivement pendues à son cou. De Walburge le saisit par une épaule, Laval par une cheville, et Joli-cœur fut traîné sans cérémonie jusqu’à l’entrée pour être jeté sur le pavé sale par-dessus la volée de marche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je vais payer, je vous jure ! articula-t-il dans la douleur, les yeux plissés et la main en visière pour essayer de dévisager ses agresseurs, incommodé par la lueur vive et soudaine de la lune blafarde qui éclairait la ruelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ah, c’est vous, réalisa-t-il en les reconnaissant finalement, du ton cryptique de celui qui n’était pas bien sûr s’il devait s’en rassurer ou s’en inquiéter davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi ils se retrouvèrent non loin, à l’auberge de Granchesne, en bordure d’Atthalos. Le Goff les attendait déjà, un bandage sur l’œil qui peinait à camoufler une mauvaise blessure. Richard et Laval arrivèrent ensuite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et Joli-cœur ? s’enquit Casse-brique en saluant ses vieux amis qui prenaient place autour d’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il est censé venir. Je lui ai demandé de chercher quelque chose avant de nous rejoindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu es sûr qu’il viendra ? Il nous dévisageait comme des fantômes revenus le hanter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il viendra. Ardan a des mœurs légères, mais il a le sens des responsabilités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ce bon vieux Joli-cœur. Je me demandais ce qu’il était devenu, commenta Casse-brique en rêvassant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Joli-cœur passa en effet la porte peu de temps après, les cheveux coiffés à la hâte et l’air inquiet. Le Goff s’exclama joyeusement à sa vue et se leva pour le serrer dans ses bras avec force, ruinant ses quelques efforts de paraître présentable en lui frottant vigoureusement le poing contre la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors tu as vraiment retrouvé tout le monde ! Il fallait que je le voie pour y croire !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Certains ont été plus difficiles à convaincre que d’autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous m’auriez demandé gentiment, j’aurais dit oui de suite, souffla Ardan en s’asseyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne dis jamais oui de suite, Ardan. Si on ne te force pas un peu la main, tu tergiverses à n’en plus finir et tu fais perdre du temps à tout le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ardan croisa un bras, et s’inspecta les ongles de son autre main, vexé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Toute décision importante doit être mûrement réfléchie. Il faut bien un type prudent, dans cette équipe de casse-cous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge ne prit pas la peine de répondre et poursuivit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bien. Avant toute chose, sachez que je suis ravi de vous revoir tous. De tous mes anciens collègues de l’armée, vous êtes parmi les rares à qui j’ai choisi d’accorder ma pleine confiance, et constate que j’ai bien choisi. Au vu de vos situations respectives, j’en déduis que vous avez tiré de les mêmes conclusions que moi quant à l’état de l’armée de ce pays. J’ai rencontré beaucoup de gens puissants lors de mes séjours à l’étranger, qui sont prêts à nous aider, et je pense aujourd’hui avoir accumulé suffisamment d’entre-gens et d’astuce pour avoir le maigre espoir de pouvoir faire quelque chose. Ardan, tu as fait ce que je t’ai demandé ?&lt;br /&gt;
L’intéressé sortit de sa veste un carnet qu’il lança ouvert sur la table. Il y figurait le croquis d’un visage et plusieurs notes qui indiquait des noms et des adresses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Georges Demusete, musicien itinérant, connu pour jouer les dimanches au marché de la place Favert, et les soirs en semaine dans les tavernes environnantes. A cessé de jouer à l’auberge du Héron à deux becs il y a peu suite à un conflit territorial avec les Saltimbanques. Cherche depuis à se relocaliser, et a récemment accepté un contrat pour les Deliwen afin d’animer un salon privé dans la salle arrière des bains publics de Grand-canal, deux quartiers plus loin. Ça sent la recherche de protection à plein nez, le coup de pression de Foster devait être plus sérieux que ce qu’on a bien voulu m’en dire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bien. C’est donc là-bas qu’on a le plus de chance de le trouver, d’après toi ? Tu pourrais aller y jeter un œil et…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Penses-tu, déjà fait ! Et je connais les établissements des Deliwen comme ma poche, pas besoin de m’y déplacer en personne, quelle perte de temps. Non, j’ai fait jouer mes contacts, il ne devrait plus tarder.&lt;br /&gt;
Pour lui répondre, la porte de l’auberge s’ouvrit et un jeune homme au visage tendre balaya l’intérieur du regard. Joli-cœur lui fit un signe de main précis et discret, et il vint s’asseoir avec les autres, intimidé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ardan le toisa un instant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Faut manger, mon garçon. Tu avais les joues moins creuses sur mon dessin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Laisse le pauvre garçon tranquille, Val. Tu vois bien qu’il est terrifié, le réprimanda Le Goff.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Merci Ardan, beau travail. Tu nous a fait gagner un temps précieux, fit tourner court De Walburge. Bienvenue, Georges. Je ne sais pas ce qu’on t’a dit pour te faire venir ici, alors je préfère mettre les choses au clair tout de suite. Je suis envoyé par la comtesse d’Agaménée, qui est, je te rassure, saine et sauve. Toi par contre, tu cours un grand danger, et ce bien au-delà de tes ennuis avec la pègre locale. La comtesse s’est mise le gouvernement à dos, et nous avons de fortes raisons de penser qu’ils feront le lien avec toi d’un jour à l’autre. Si tu acceptes de nous suivre, nous avons un plan pour te faire quitter le pays au plus vite. Le voyage ne sera ni rapide, ni facile, mais si tout se passe comme prévu, tu pourras retrouver la comtesse et faire librement ta vie avec elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Demusete se concentrait, l’air grave, pour intégrer toutes les informations qu’on lui lançait à la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce qui me dit que vous ne cherchez pas à me duper ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ton bon sens, mon garçon. Libre à toi de nous suivre ou non. J’avoue ne pas avoir pris le temps de demander à la comtesse une mèche de ses cheveux ou une lettre parfumée signée d’un baiser. Nous avons dû agir au plus vite pour précéder tes ennuis, et à ton air circonspect, j’en déduis que nous avons réussi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’en fallut pas beaucoup plus pour le convaincre. Comme Joli-cœur le fit remarquer aux autres après qu’il prit congé pour la nuit, il avait l’attitude fébrile de celui prêt à attraper la première bouée de sauvetage venue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque Foster obtint des Deliwen l’autorisation de fouiller les bains de Grand-canal, le jeune Georges Demusete avait déjà disparu. Pourquoi des Fides Magus du Grand Ministre étaient-ils venus en personne lui demander de mettre la main ce musicien de pacotille, il ne le saura jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au grand port de Mesphota, le soleil se levait à peine à travers la brume et le général Hadré Shiels supervisait le chargement d’une caravelle, censée approvisionner Port-Clérus. Promu depuis la guerre de Perrasie, il avait désormais la charge de la ligne maritime de la côte est, et avait fort à faire avec toutes les attaques des pirates Perrasiens qui pullulaient, embusqués derrière le moindre des rochers qui constellaient le large des côtes. Sur le quai, devant les mousses qui s’affairaient à charger le bâtiment, était alignée une ribambelle de marins au visage fermé, les pieds et les mains entravés par des fers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Une belle bande de pendards. Vous les avez récupérés où, ceux-là ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Des Perrasiens qui traînaient près du navire, mon général. Ils n’avaient rien sur eux, ni armes, ni papiers, ni contrebande. On pense qu’ils ont passé la frontière en barque, illégalement. Leurs motivations sont inconnues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Shiels défila devant les prisonniers, les toisant avec mépris. Il s’arrêta devant une femme grande et trapue, au visage bovin et rougi qui le dévisageait d’un œil mauvais, son second œil dissimulé derrière un cache-œil. Il soutint son regard, un sourire insolent aux lèvres. Il aimait les effrontés. Ils étaient les plus intéressants à humilier. Elle lui cracha au visage. Shiels ne recula même pas. Impassible, il sortit un mouchoir brodé de sa poche pour s’essuyer, et le jeta négligemment sur la prisonnière. Il siffla un de ses hommes, qui lui apporta une trique, et l’abattit de toutes ses forces sur son crâne. Elle ne bougea pas d’un iota, ne réagissant que d’un grognement agacé. C’était comme si un éclair avait traversé le bras du général. La trique s&#039;était brisée comme du verre sous la force du choc, et Shiels resta un instant secoué par la force du retour, se demandant si les os de son bras n’avaient pas éclaté en même temps que son bâton. Dans le même instant, la prisonnière fit un pas en avant et leva ses bras épais pour passer la chaîne de ses menottes autour de son cou. Aussitôt des arbalètes se braquèrent sur elle. Shiels, la tête rouge et les yeux exorbités par la surprise, compta ses hommes qui tenaient en joue son agresseuse. Seule la moitié avait réagi, où étaient les autres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De nouveau, des bruits d’arbalètes. Le reste de ses hommes avait formé une ligne à l’arrière et se retournait contre eux, forçant ses propres arbalétriers à jeter leurs armes. Parmi eux, deux chevaliers, la tête dissimulée sous un heaume, s’avancèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Nous prenons le contrôle des opérations, capitaine Shiels. Vous êtes relevé de vos fonctions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Capitai- ? s’interloqua Shiels avant de se couper lui-même au moment où les deux hommes retirèrent leur heaume. Il s’agissait de Richard de Walburge et de Val Ardan, deux anciens de ses hommes de l’époque de la conquête de la Perrasie. Le premier avait trahi et déserté, et le second s’était fait passé pour mort. La menace était sérieuse : à y bien regarder, la plupart des hommes derrière eux étaient des vétérans de sa compagnie. Ardan était alors très populaire, et avait une intelligence sociale comme il en avait rarement vue : il le savait très capable de les convaincre d’à peu près n’importe quoi. Malgré la chaîne qui lui pressait sur la trachée, il se força à rire. Il fallait qu’il regagne contrôle de la situation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que vous essayez de faire ? Vous êtes seuls dans ce port, ce n’est qu’une question de secondes avant que l’endroit ne soit noir de gardes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En réalité, aussi tôt le matin, il n’y avait pas grand monde pour venir les seconder. Il y avait même de fortes chances pour que personne n’assiste à l’incident. Il ne cherchait qu’à gagner du temps. Il savait que l’équipage de la caravelle derrière lui armait les harpons du pont pour se préparer à riposter. S’ils ouvraient le feu sur le quai, ce n’est pas la douzaine d’hommes dissidents qui les menaçaient qui pourraient faire quelque chose. Pourtant, De Walburge le regardait droit dans les yeux avec un aplomb déconcertant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Nous réquisitionnons cette caravelle, capitaine Shiels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Derrière lui, il entendit les fers des prisonniers tomber au sol, défaits. Il eut un horrible pressentiment. Un éclat lumineux attira son attention, en périphérie de sa vision, du haut du phare non loin, perdu dans les brumes, suivit par un sinistre sifflement qui traversait le ciel. Sur la caravelle, l’homme qui ajustait discrètement le lance-harpon de proue s’effondra, la tête percée d’une longue flèche. Immédiatement après, les sifflements se multiplièrent : chaque seconde, c’était une flèche qui s’abattait de nouveau sur le pont, tombant droit depuis le ciel et fauchant autant de tireurs qui tentaient de prendre position. En quelques instants, les prisonniers perrasiens avaient désarmé ses hommes et pris contrôle de l’embarcation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous ne vous en sortirez pas comme ça ! La marine vous retrouvera ! Vous ne rejoindrez jamais la Perrasie sains et saufs, vous entendez ? Vous…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard fit un bref signe de main. Casse-brique tordit le cou de Shiels qui tomba au sol comme une poupée de chiffon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Soldats, la suite va être très simple. Je ne souhaite pas de victime inutile, et je ne cherche que le meilleur pour l’Arthon. Si vous avez servi Shiels pendant aussi longtemps que moi, vous savez  que ce qui vient de se produire est dans l’intérêt de nous tous. Alors ceux qui n’ont rien vu, mise à part une audacieuse attaque de pirates perrasiens, vous pouvez rejoindre vos amis derrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les hommes qui étaient restés fidèles à Shiels, une bonne moitié recula derrière les arbalétriers qui les tenaient en joue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pour les autres, j’admire votre loyauté, et déplore que vous ayez choisi de la placer aussi mal. Vos familles seront prévenues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les arbalètes décochèrent en même temps, et les derniers hommes qui se tenaient au milieu du quai s’effondrèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard fit signe au pont de la caravelle, et les passerelles furent levées pour se préparer à un départ immédiat. L’un des prisonniers perrasiens, qui n’était autre que Demusete, se pencha au-dessus du bastingage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous ne venez pas avec nous, Richard ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai encore à faire ici, mon jeune ami ! Nous nous reverrons peut-être, je l’espère ! Passez le bonjour à la comtesse de ma part ! Ne craignez rien, vous êtes entre de bonnes mains ! L’équipage de la Seiche d’argent sont les meilleurs marins que je connaisse ! Ils vous amèneront à bon port à n’en pas douter !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un Perrasien lui fit signe depuis le pont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous passerez le bonjour au capitaine Dreemur ! lui cria Richard en réponse à son geste amical.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la caravelle quitta le port dans le silence, et Richard et Ardan disparurent dans la brume. Lorsque les gardes arrivèrent enfin, ils trouvèrent les survivants de l’escadron de Shiels traumatisés par une brutale attaque pirate, dont le récit fut corroboré par la sergente Le Goff, décorée de multiples fois pour ses nombreux hauts-faits d’arme, prise dans l’attaque alors qu’elle visitait la ville à l’occasion d’une permission exceptionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Discrètement, l’un des hommes de Shiels, qui avait servi sous ses ordres à l’époque où Richard était encore parmi eux, et qui se faisait une joie de le revoir, demanda à la sergente s’il allait revenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qui sait, soldat, qui sait, tant que sa vadrouille n’est pas terminée…&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Sigmund_de_Nostraville&amp;diff=847</id>
		<title>Sigmund de Nostraville</title>
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		<updated>2023-10-17T14:23:15Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : /* (Nouvelle) contrepartie Ulule 2021 */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:Personnages]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Sigmund de Nostraville&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Sigmund de Nostraville&lt;br /&gt;
|Alias = Regor d&#039;Aulan, Archibald Mc Irsund, autres alias inconnus.&lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = Maître espion&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== &#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[contrepartie Ulule 2021]] ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Sigmund de Nostraville est un maître espion au service de la couronne arthonnienne. Durant la guerre de Perrasie, il a causé de nombreux torts à la résistance perrasienne en prenant habilement la place d’un de leurs généraux lors d’un rassemblement. Finalement démasqué, il a dû faire profil bas pendant un temps, mais la couronne a d’autres projets pour lui, et il est désormais temps qu’il reprenne du service.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Olaf soupesait son sac d’or encore une fois. Les Perrasiens lui avaient confié la tâche de leur ramener le meilleur bois, et c’est bien ce qu’il comptait faire. Il avait traversé tout le Boquéron pour rencontrer le clan Mc Irsund, mais cela valait le coup : cette exploitation familiale était réputée pour fournir ce qu’on trouvait de meilleur de ce côté-ci de la forêt en termes de matériaux de construction navale. Il poussa la porte de la taverne dans laquelle il avait rendez-vous. Le jour déclinant avait plongé la grand-salle dans la pénombre, et seules quelques bougies avaient été allumées. Comme prévu, l’endroit était presque désert, à l’exception du vieux Mc Irsund, assis à une table avec son fils. Rien d’anormal : on lui avait expliqué qu’ils venaient toujours à deux pour signer les gros contrats. Il s’avança et recula une chaise pour s’asseoir face à eux. Il tendit la main, mais le vieux ne la lui serra pas. Le visage mangé par une épaisse barbe et assombri d’un grand chapeau, il fumait sa pipe et le dévisageait en silence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Le vieux Mc Irsund ne serre des mains que pour conclure des affaires, expliqua son fils d’une voix sans appel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Olaf ramena sa main vers lui et posa le sac d’or sur la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— voici la moitié du prix convenu, vous pouvez recompter si cela vous chante. Je l’ai amenée en gage de bonne foi, mais vous ne repartirez pas avec ce soir : je la rapporterai demain matin, en même temps que votre chargement. L’autre moitié vous sera délivrée à Erassius, une fois la livraison effectuée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vieux Mc Irsund traîna la bourse à lui, compta d’une main, pipe à bouche, grogna de satisfaction et la jeta sur la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il est d’accord, traduisit son fils.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Moi, pas encore, répondit Olaf. J’ai besoin de précisions, de garanties : je n’ai pas vu votre cargaison. Vous pouvez m’assurer qu’il s’agisse bien d’un bois de première qualité ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous ne trouverez pas mieux ailleurs, s’engagea le fils. Le seul bois qui rivalise avec le nôtre est celui des grands pins de Bragorn, et les Elfes ne laissent rien sortir de leur forêt. Si vous avez le moindre problème avec notre bois, nous sommes prêts à vous le rembourser le double. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Olaf acquiesça. Cela concordait avec les informations qu’on lui avait donné. Il tendit de nouveau la main. Le vieux Mc Irsund le laissa en suspens ainsi un instant, souffla une nouvelle bouffée de sa pipe, et consentit finalement à la lui serrer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce soir là, Olaf repartit satisfait et confiant de la petite auberge. Dès que la porte se referma derrière lui, le fils se retourna vers son père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est bon, j’ai dit ce que vous vouliez que je dise. Vous allez me laisser partir, maintenant ?&lt;br /&gt;
Sigmund abaissa légèrement sa fausse barbe, releva le bord de son chapeau et appuya davantage la pointe de sa dague contre le flanc du fils Mc Irsund.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je te rappelle que la vie de ton père dépend de ta coopération, alors j’attends de toi un peu plus de bonne volonté… Tu vas devoir me supporter encore un peu, je le crains. Il faut bien que nous amenions à bon port le chargement de ce brave homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fils Mc Irsund déglutit et acquiesça, le teint pâle. Cet homme avait emmené son père il ne savait où, enfermé sans nourriture, et il était contraint de se plier à tous ses ordres s’il voulait espérer le revoir un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund réprima un sourire en coin. Cette fois encore, il avait eu le nez creux. Si l’Escadron des cendres n’avait pas réussi à mettre la main sur les plans du &#039;&#039;Faucon des mers&#039;&#039;, il comptait bien rattraper leur erreur. Il ne savait pas où ils avaient emporté les plans, mais les Perrasiens allaient avoir besoin de bois s’ils voulaient construire une nouvelle flotte. Il avait comparé toutes les offres du moment et les Mc Irsund proposaient les meilleures, aussi il avait devancé les acheteurs pour s’infiltrer dans la boucle. Maintenant à la tête de la livraison, il avait son laisser-passer pour le chantier naval. Une fois sur place et les employés de la livraison renvoyés chez eux, il n’aurait plus qu’à se débarrasser du fils Mc Irsund pour couvrir ses traces : avec ces lourds chargements de bois, un accident était vite arrivé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain, à l’aube, sous les ordres du fils Mc Irsund, les employés de l’entreprise familiale acheminaient les troncs d’arbre jusqu’à la côte, où des grandes grues les faisaient descendre la falaise jusqu’aux embarcations en contrebas, qui allaient ensuite remonter la côte vers Erassius, leur destination. Sigmund, sous son costume, observait les opérations à distance pour éviter d’être reconnu, laissant le jeune Mc Irsund piloter les opérations. Il fronça les sourcils : un peu plus loin, une autre équipe acheminait d’immenses troncs noirs. Même de là où il était, il entendait les contremaîtres hurler des ordres aggressifs : l’équipe se montrait désordonnée, laissant échapper ou dévier de leurs rails des troncs, manquant de provoquer un incident d’ampleur à plusieurs reprises : elle irradiait d’amateurisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelque chose n’était pas normal : les Mc Irsund étaient supposés être seuls sur cette plateforme de chargement aujourd’hui. À leurs devants, il vit Olaf, le responsable de leur commande, qui discutait avec un petit homme bossu. Sigmund s’approcha pour entendre la discussion, et Olaf lui fit signe lorsqu’il le vit. D’ici, il voyait en détails son interlocuteur : ce n’était pas un homme bossu, mais un Gobelin, comme en témoignait sa peau verdâtre et son nez crochu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ah ! Seigneur Mc Irsund, j’allais envoyer vous quérir, il y a eu du changement à nos affaires. Je suis vraiment navré, je sais que nous nous étions engagé, mais ce gentilhomme ici présent m’a proposé une affaire que je ne pouvais pas refuser. Vous pouvez demander à vos hommes de rappeler votre marchandise, nous n’en avons plus besoin. Je suis prêt à vous dédommager pour le désagrément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund était surpris, mais n’en laissa rien paraître. Il balaya du regard le Gobelin, Olaf, ainsi que les grands troncs noirs traînés maladroitement jusqu’aux flancs de falaise. Qu’est-ce que ce Gobelin au professionnalisme douteux avait bien pu proposer pour damer le pion à la compagnie bûcheronne la plus fiable du Boquéron ? Il saisit le Gobelin par le col pour l’emmener à l’écart et le plaquer contre une caisse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que ça veut dire ? Tu crois vraiment que tu peux sortir de nulle part et marcher sur les plates-bandes de ma compagnie ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin couina et se confondit en excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je suis vraiment navré, mon bon seigneur, mais vous comprenez, j’ai une famille à nourrir, et les affaires sont les affaires… Je vous en prie, ne me faites pas de mal !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça dépendra si tu me dis ce que j’ai envie d’entendre. Mon affaire était en or, quel prix tu lui as proposé pour qu’il retourne sa veste ? C’est impossible de proposer un meilleur tarif que moi pour un bois de qualité similaire, et Olaf n’aurait pas baissé ses exigences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Monseigneur, je vous assure, je respecte la concurrence et…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund le secoua brutalement contre la caisse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Aaah ! Geignit le Gobelin. La première commande est gratuite, le client ne paye que le déplacement, c’est notre politique commerciale et…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il le secoua plus fort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Aaah ! C’est une démarche fidélité du Syndicat des Gobelins, les clients sont des bonnes connaissances et….&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il le gifla sans ménagement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Aïe ! Pas mon visage ! Mon sourire c’est mon outil de travail, enfin !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le revers de la gifle arriva aussitôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Aïe ! D’accord, d’accord, je vais parler, mais lâchez-moi !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund laissa le Gobelin glisser contre la caisse lamentablement et attendit sa réponse sans piper mot.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il faut absolument qu’on se débarrasse de ce chargement, tu vois ? On est allé abattre quelques arbres à Bragorn, on pensait que ça se remarquerait pas, que c’était de l’argent facile, mais les Elfes, ils ont pas apprécié du tout. Le Syndicat commence à peine à être installé, là-bas, on ne peut pas se permettre de se faire dégager. Alors je dois faire disparaître la marchandise avant qu’ils remontent à nous, tu piges ? Un chargement aussi gros, qui en voudrait à part les Perrasiens ? Ils tombaient à pic, et puis comme ça, si les Elfes ont des questions, ils iront s’adresser à eux !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des pins de Bragorn ! Voilà qui expliquait la couleur noire des troncs et l’enthousiasme d’Olaf. L’essence interdite, solide et légère, gardée farouchement par les Elfes : il faudrait être fou pour en extraire illégalement ! Et pourtant, ce Gobelin l’avait fait et venait en quelques instants de piétiner son plan minutieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu’à cela ne tienne, il allait improviser. Il regarda à gauche et à droite, s’assura que personne ne les écoutait, et planta son regard dans celui du Gobelin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Écoute-moi bien. Tu veux te débarrasser de ce chargement, je veux conclure cette affaire à tout prix : on peut s’arranger. J’ai à disposition des hommes plus compétents  que les tiens ainsi qu’une meilleure chaîne logistique : confie-moi ton chargement, et tu pourras garder l’argent de la vente : c’est gagnant-gagnant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin fit mine de réfléchir. L’affaire était arrangeante pour lui, mais il ne voulait en laisser rien paraître : ses bateaux de transport étaient des épaves et leurs équipages constitués de traîne-savates qu’il avait recruté au hasard, acceptant quiconque était prêt à travailler sans acompte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mmh, vous êtes dur en affaire, vous… Vous me demandez d’ôter le pain de la bouche à mes employés, juste comme ça ? Je suis un patron respectable, monsieur, le Syndicat des Gobelins a une… un… Comment on dit, déjà... déontologie ! Vous voyez..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund lui rendit un regard noir, et le Gobelin changea brusquement de discours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ou alors, on peut faire comme vous dites, oui oui, très bien. C’est d’accord alors, très bien, mais à une seule condition : vous me laissez embarquer avec vous à Erassius, je n’ai aucune envie d’être dans les parages quand les Elfes vont débarquer pour enquêter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund lâcha le Gobelin et lui tendit la main.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Parfait, faisons comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin la lui serra et retourna d’un pas vif vers ses employés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Eh ! Vous ! Oui, vous tous ! Vous êtes virés ! Oui, vous m’avez bien entendu, oui, dégagez-moi le plancher ! Si vous avez des réclamations, adressez-les au baron Pouxlard !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Observant la scène, Olaf, qui était resté en retrait pour laisser les deux « patrons » discuter, s’avança vers le Gobelin en même temps que Sigmund, à l’opposé, qui avait repris ses manières de vieil homme, pour s’enquérir de la situation, affolé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Enfin, qu’est-ce que ça signifie ? Je croyais que nous avions un accord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Nous en avons un, brave homme, ne vous inquiétez pas, nous nous occupons de tout !J’ai simplement décidé de sous-traiter la main d’œuvre non qualifiée à mon concurrent, geste commercial, voyez-vous. Il va sans dire que cela ne change rien à notre affaire, nous tiendrons nos engagements sur les prix, oui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Olaf restait interdit devant la tournure bizarre de l’affaire, mais quelques poignées de main plus tard, l’accord fut passé et les navires chargés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s’agissait, pour Sigmund, de passer le trajet sans que les employés ne le démasquent, aussi avait-il prévu de se porter malade aussitôt à bord, de s’enfermer dans sa cabine et de laisser encore son prétendu fils, toujours sous la menace, s’occuper de donner les ordres. Il avait dû justifier la présence d’un Gobelin sur son embarcation, ainsi que le changement soudain de cargaison, mais rien d’insurmontable : son plan était retourné sur ses rails et rien ne l’empêcherait de mettre son nez dans les affaires de la résistance perrasienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le moment, c’était bien parti : les trois navires qui transportaient le bois voguaient paisiblement depuis quelques heures déjà et rien n’était venu troubler sa quiétude. Il en avait profité pour écrire un rapport qu’il enverrait dès son arrivée à Erassius.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des voix se levèrent, sur le pont, et il reconnut celle du fils Mc Irsund. Au ton de sa voix, il devait rabrouer l’un de ses employés. Il fronça les sourcils lorsqu’il entendit le bruit d’un objet lourd jeté à l’eau. Il hésita à aller voir : ce n’était pas normal, surtout que la dispute avait cessée avec le bruit. Il n’en eu pas le temps : on frappa agressivement à sa porte. Il eu un mouvement de recul en l’entrebâillant : tout l’équipage était là, brandissant épieux et couteaux dans sa direction, et le Gobelin était à leur devants, le menaçant du doigt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Jormund Mc Irsund, ceci est une mutinerie ! C’est une honte, la façon dont vous traitez vos employés, ils m’ont tout raconté ! Des tortionnaires, voilà ce que vous êtes! Vous avez oublié que ce sont vos hommes qui font la valeur de votre entreprise, vous les avez maltraités et vous vous êtes gavés sur leur dos, eh bien, voilà ! Nous reprenons le contrôle de ce navire : la compagnie Mc Irsund et fils vient d’être rachetée par le Syndicat des Gobelins, et c’est une offre que vous ne pouvez pas refuser ! Quant aux anciens propriétaires, ils ont eu le malheur d’être emportés par une vague scélérate, paix à leur âme, pas vrai, les gars ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’équipage éructa en cœur. Sigmund pâlit. Il ne pensait pas que les Mc Irsund étaient aussi détestés par leurs employés. C’était donc ça, le bruit un peu plus tôt : ils avaient balancé le fils par-dessus bord et s’apprêtaient à faire de même avec lui. Le Gobelin s’approcha de lui pour lui glisser quelques mots.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Sans rancune, hein, les affaires sont les affaires… Trois navires de transport tout équipés et leur main d’œuvre, j’allais pas cracher dessus, non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Gobelin était un lunatique, il en était désormais convaincu. Non content de voler des arbres à Bragorn, il était prêt à détourner une compagnie entière aussitôt le pied posé en Boquéron, et il fallait que cela tombe sur celle qu’il s’était déjà lui-même soigneusement occupé de détourner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin lui tendit un papier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Voilà, on a rédigé un testament pour toi, tu as juste à signer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— « Je soussigné Jormund Mc Irsund consent à céder mon entreprise ainsi que ma fortune à Persiffleur du Syndicat des Gobelins en cas de décès. » Et pourquoi devrais-je signer un truc pareil ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Si tu signes pas, mes gars t’ouvrent le bide ici, oui. Si tu signes, on te jette par-dessus bord et tu as une petite chance de t’en sortir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est ridicule : tu veux me faire croire que vous prendriez le risque que je rejoigne la côte et que je vous dénonce tous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin se gratta le menton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  J’avais pas pensé à ça, non… Si tu signes pas, on zigouille ta femme !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’aimerais bien vous y voir, elle est restée à Stérus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors, on te zigouille toi, oui !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça ne règle pas le problème : vous avez besoin de ma mort ET de ma signature pour donner une quelconque valeur à ce torchon. Je vois mal mon intérêt à vous aider dans ce processus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’assemblée soupira et le Gobelin tourna la tête vers l’équipage pour chercher leur approbation. Sigmund les entendit parler à voix basse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce qu’on fait, du coup ? On le torture ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ouais, on le torture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund ne savait pas ce que le Gobelin leur avait promis, mais tout l’équipage semblait prêt à le suivre sans l’ombre d’un doute ou d’un remord. Il jeta un œil par-dessus leur épaule pour tenter d’apercevoir les deux autres navires du convoi : ils étaient trop loin pour qu’il puisse quérir leur aide. Il ne pensait pas en arriver là si vite, mais ils ne lui laissaient pas le choix. C’était un miracle qu’il n’ait pas été démasqué jusqu’ici, mais ce n’était qu’une question de secondes avant que l’équipage ne comprenne qu’il n’était pas le vrai Mc Irsund. Jusqu’ici caché derrière la porte entrouverte, il fit un pas dans la lumière. Il se redressa et cessa d’imiter le grain de la voix d’un vieil homme, et sortit un document de sa veste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— N’approchez pas, ce n’est pas la peine, ma signature vous serait bien inutile : je ne suis pas celui que vous croyez. Je m’appelle Rufus Bergton, et j’ai été envoyé par la guilde des marchands pour inspecter ce commerce à la demande de Jormund Mc Irsund, qui voulait faire évaluer par un tiers les capacités de son fils à gérer son affaire et ainsi rassurer ses investisseurs quant à sa succession. C’est avec son accord que j’ai pris sa place pour jouer le rôle d’observateur incognito.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le document qu’il brandissait, surmonté du sceau de la guilde des marchands, était bien évidemment un faux qu’il avait préparé au cas où, aussi il le rangea avant que les yeux curieux ne le scrutent avec trop d’attention, attention qu’il détourna vers son visage en retirant sa fausse barbe pour amplifier l’effet théâtral de sa révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin avait fait un pas en arrière à la vue du sceau, un air de dégoût et d’horreur au visage comparable à celui de l’enfant à qui l’on aurait proposé des épinards.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je doute que la Guilde des marchands ne laisse ma disparition sans conséquences, il y aura une enquête, surtout au sujet de ce Syndicat des Gobelins qui semble évidemment « tout à fait en règle » avec ses affaires, n’est-ce pas ? Nous ne pouvons que mutuellement nous causer du tort, ici, alors pourquoi ne pas agir en adulte et trouver un compromis ? Je passe l’éponge sur vos machinations, libre à vous de les poursuivre auprès du véritable propriétaire, cela ne me regarde pas. D’un autre côté, vous finissez bien tranquillement cette livraison et vous me déposez à bon port. Qu’en dites vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin avait changé de regard. On aurait dit qu’il avait redoublé d’envie de jeter Sigmund par-dessus la balustrade, mais qu’il avait compris que ce n’était pas une bonne idée. &#039;&#039;Alors, il y a des limites à son inconscience&#039;&#039;, nota le maître espion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fit signe à l’équipage et l’assemblée se dispersa, déçue. Persiffleur lui tendit la main pour la lui serrer à contrecœur, et repartit sur le pont. Sigmund le suivit des yeux un instant et claqua la porte de sa cabine. Il avait gagné du temps, mais cette couverture ne tiendrait pas : aussitôt arrivé à Erassius, les officiels de la Guilde des marchands présents sur place allaient le confondre sans peine. Heureusement, les deux autres navires de transport ne savaient rien de ce qui se tramait ici : il avait peut-être une chance de rétablir la situation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soir venu, le cuisinier ramenait un sac de pommes de terres de la réserve pour préparer le repas. Il fronça les sourcils : le sac était rempli de navets. Il fit demi-tour vers la réserve pour s’assurer s’il s’était trompé de sac ou si l’erreur venait de l’intendance. Sigmund se faufila à sa suite dans la cuisine et dévissa sa bague pour verser dans la grande marmite la poudre qu’elle contenait, un poison fulgurant composé d’extraits de plantes de Karaxx. La dose de sa bague était assez forte pour tuer cent hommes. Son méfait accompli, il s’éclipsa avant le retour du chef.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit s’abattit, brumeuse, et un silence de mort régnait sur le navire. L’équipage était parti se coucher sans se douter de rien : le poison avait agi dans leur sommeil, et il ne se réveilleraient plus. Sigmund traversa les dortoirs en prenant le pouls de quelques personnes pour s’assurer qu’il ne battait plus. Il vit le Gobelin qui gisait par terre, les yeux révulsés et la langue pendante, et laissa échapper un rictus satisfait. Il fouilla les affaires d’un employé et en sortit en papier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Bingo !&#039;&#039; jubila-t-il : il s’agissait d’un contrat de travail au nom d’un certain Edmund Millbur. C’était un nouveau : il avait entendu les autres lui demander son nom pendant le repas. Il prenait ainsi peu de risques que ses collègues des autres embarcations le reconnaissent. Il lui subtilisa également des vêtements et se changea : cela allait lui être utile pour la suite, puis il retourna sur le pont, qui était perdu dans les brumes, et se dirigea vers la barre. Il poussa du pied le cadavre du timonier que le poison avait foudroyé en poste, se saisit de la barre et dévia à bâbord : le navire allait ainsi se fracasser contre la côte, et il pourrait faire passer toutes ces morts pour un accident. Ainsi, il n’y aurait plus personne pour remettre sa parole en cause. Tout ce qu’il avait à faire, c’était sauter à l’eau un peu avant le naufrage, nager jusqu’à la côte et se faire passer pour un ouvrier rescapé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entendit des bruits de pas remonter l’escalier depuis la cale, et se cacha derrière la barre. Le Gobelin en surgit, la main sur l’estomac. &#039;&#039;Impossible, je l’ai pourtant vu mort !&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ouah ! Je ne sais pas ce qu’il y avait dans cette soupe, mais elle était sacrément lourde !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin s’étira, regarda à gauche et à droite pour s’assurer qu’il n’y avait personne, et trottina vers la barre en se frottant les mains, ayant visiblement une idée derrière la tête. Il s’arrêta brusquement lorsqu’il aperçut Sigmund et le pointa du doigt de stupeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Toi ! J’aurais dû me douter que la Guilde des marchands chercherait à me barboter mon stock de bois !&lt;br /&gt;
Le Gobelin se précipita sur la barre et se mit à la faire tourner furieusement dans l’autre sens. Le navire pencha et grinça sous le supplice infligé par la manœuvre brutale, et Sigmund attrapa l’une des poignées pour la bloquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mais qu’est-ce qu’il te prend ? Tu es fou, tu veux qu’on coule ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est mon bois ! Il est à moi ! À moi !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’en avait pas l’air, mais le Gobelin avait de la force. Les deux luttèrent un moment pour le contrôle du navire, jusqu’à ce qu’une corne retentisse à travers la nuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le navire à tribord venait de percer la brume et ils voguaient droit sur lui. Le Gobelin horrifié lâcha prise et la barre sous tension tournoya dans l’autre sens à toute vitesse. Le navire vira de bord, mais le mal était fait : dans un fracas épouvantable ils raclèrent coque contre coque avant que leur navire ne s’éloigne. Un bruit de mauvais augure remonta de la cale et la barre leur resta entre les mains : l’axe du gouvernail avait rompu. L’autre navire ne s’en tirait pas à si bon compte, le choc avait ouvert une brèche béante qui le condamnait à couler dans les prochaines minutes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund lâcha la barre désormais inutilisable et se précipita contre la balustrade à bâbord. Comme il le craignait, leur brusque revirement les avaient placé droit dans la trajectoire du troisième navire : ce Gobelin allait réussir à faire couler le convoi entier à lui tout seul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela ne manqua pas : le dernier navire de transport de la compagnie Mc Irsund et fils n’eut guère le temps de réagir quand l’esquif fou surgit de la nuit toutes voiles dehors et proue en avant pour les percuter. Quelques minutes plus tard, les quelques débris qui flottaient encore à la surface, restes des trois bâtiments, furent balayés par les flots, et la quiétude de la nuit reprit ses droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le matin suivant, au port Erassius, le ressac était chargé : depuis plusieurs heures déjà on s’affairait à récupérer les débris, les grumes et les corps que la mer ramenait du large. Une partie de la cargaison avait été sauvée, et les quelques rescapés avaient expliqué l’incident : un malheureux carambolage dû au manque de visibilité ainsi qu’à des problèmes de communication. S’il y avait des responsables, ils étaient morts, alors on ne chercha pas plus loin. Parmi les disparus : les Mc Irsund père et fils ainsi qu’un Gobelin du Syndicat qui avait embarqué à leurs côtés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines plus tard, sur le chantier naval, la construction de bâtiments sur le modèle du &#039;&#039;Faucon des mers&#039;&#039;, conçus pour résister à la haute mer, avait commencé sous la supervision de la Flotte libre de Perrasie. Parmi leurs employés : Edmund Millbur, un charpentier de talent qui avait été récemment embauché par la compagnie Mc Irsund avant qu’elle ne connaisse une fin funeste et prématurée. Rescapé du naufrage et n’ayant nulle part où aller, il avait grossi les rangs de l’équipe de construction qui ne crachait pas sur de la main d’œuvre supplémentaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund sifflotait, tout autant pour rester dans le personnage que pour célébrer sa réussite. D’ici, il avait pu envoyer toutes les informations qu’il voulait. Il avait d’abord pensé saboter la construction des nouveaux navires, mais il avait trouvé un meilleur plan : la &#039;&#039;Seiche d’argent&#039;&#039;, le navire amiral de la flotte perrasienne libre, et le seul actuellement capable de traverser la mer, allait partir en avance pour construire un port sur les îles vierges de l’est, destiné à accueillir les futurs navires de la flotte. La Seiche d’argent allait partir chargée à bloc avec artisans et matériaux, tout ce qu’il fallait pour construire une petite colonie, et il avait réussi à obtenir une place sur le navire. Il y avait repéré une petite trappe dissimulée au fond de la cale qui menait à une ancienne cache de contrebande, et tout ce qu’il avait à faire, c’était d’y percer un trou avant le départ : L’Arthon était prévenu et se préparait à intercepter le navire et à le réquisitionner ainsi que sa cargaison. Navire qui, à ce moment là, serait sens dessus dessous à chercher l’origine de la fuite, observant impuissant l’eau remonter à travers le plancher de la cale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jour du départ arriva, et Sigmund avait le champ libre : l’équipage de la Seiche d’argent avait festoyé toute la nuit durant et, au petit matin, tout le monde dormait encore à poings fermés.&lt;br /&gt;
Il se faufila dans le fond de cale pour y percer un trou. Il irait ensuite trafiquer légèrement le gouvernail de sorte à handicaper davantage le navire lorsque la flotte arthonnienne surgirait. Il passa un doigt sur le trou : le filet d’eau était faible et régulier, pile ce qu’il fallait pour la fuite ne soit remarquée que quelques heures après le départ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s’apprêtait à remonter lorsque derrière lui, la trappe de la cache s’ouvrit. Une silhouette trapue sauta à l’intérieur avant de la refermer derrière elle et de toquer deux fois dessus. Au-dessus, des bruits de pas et des lourds bruits de frottements indiquèrent que deux complices avaient répondu aux deux coups en faisant glisser sur l’ouverture une lourde caisse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Persiffleur sourit, satisfait. Il était allé de déboires en déboires depuis le naufrage, devant se cacher des Elfes qui cherchaient toujours le responsable du prélèvement sauvage de pins de Bragorn, et avait finalement déniché la cachette idéale pour quitter le continent incognito. Maintenant que ses hommes avaient scellé l’entrée, il était sûr de ne pas se faire découvrir avant destination, au moment où la cargaison serait déchargée. L’enjeu était grand : en arrivant parmi les premiers sur les îles de l’est, il s’assurait la création du premier comptoir commercial en pleine mer et damait ainsi le pion de la Guilde des marchands. Il n’avait plus qu’à attendre patiemment la traversée en subsistant grâce aux réserves d’eau et de viandes séchées qu’il avait prises avec lui. Il se retourna vers le fond de la cache et son regard croisa celui de Sigmund. Les deux restèrent quelques secondes ainsi, tétanisés, accompagnés seulement du bruit régulier de l’eau qui emplissait peu à eu le fond de cale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Toi !&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Lui !&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’en suivit une scène de confusion et de panique où Sigmund incendiait le Gobelin d’avoir ainsi condamné leur seule sortie, où le Gobelin trépignait en retour, sidéré de voir un membre de la Guilde des marchands le suivre jusqu’ici pour creuser des trous dans la sous-cale d’un navire. Contraints de devoir coopérer sous peine de se noyer bêtement, ils parvinrent à boucher la fuite en taillant du liège dans le bouchon de l’une des bouteilles emmenée par le Gobelin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques heures plus tard, la Seiche d’argent avait pris la mer, et, dans le fond de cale, sur le sol encore humide, Sigmund et Persiffleur, assis face à face, se dévisageaient, l’air sombre.&lt;br /&gt;
Sigmund soupira. Il entendait des cris et des coups de canon. La &#039;&#039;Seiche d’argent&#039;&#039; avait rencontré les Arthonniens. Faute d’avoir mieux à faire, il cala sa veste derrière sa nuque et se pencha en arrière pour dormir un peu. Il ne pouvait que prier pour que les siens parviennent à prendre contrôle du navire, mais, sans son sabotage, la &#039;&#039;Seiche d’argent&#039;&#039; était plus rapide que les bâtiments arthonniens, et une fois en pleine mer ils ne pourraient plus la suivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Eh, le Gobelin !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mmh ? Répondit l’intéressé, bougon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il y a quelque chose qui me chiffonne depuis notre dernière rencontre. Comment as-tu fait pour retourner tout l’équipage contre moi en si peu de temps ? Même moi, j’avoue que j’aurais douté en avoir été capable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin ricana avant d’imiter Sigmund et de se tourner sur le côté pour dormir. Au-dessus, sur le pont, les cris et les combats s’intensifiaient. Il daigna toutefois répondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je leur ai proposé des congés payés.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Sigmund_de_Nostraville&amp;diff=846</id>
		<title>Sigmund de Nostraville</title>
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		<updated>2023-10-17T14:01:11Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : /* (Nouvelle) contrepartie Ulule 2021 */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:Personnages]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Sigmund de Nostraville&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Sigmund de Nostraville&lt;br /&gt;
|Alias = Regor d&#039;Aulan, Archibald Mc Irsund, autres alias inconnus.&lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = Maître espion&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== &#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[contrepartie Ulule 2021]] ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Sigmund de Nostraville est un maître espion au service de la couronne arthonnienne. Durant la guerre de Perrasie, il a causé de nombreux torts à la résistance perrasienne en prenant habilement la place d’un de leurs généraux lors d’un rassemblement. Finalement démasqué, il a dû faire profil bas pendant un temps, mais la couronne a d’autres projets pour lui, et il est désormais temps qu’il reprenne du service.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Olaf soupesait son sac d’or encore une fois. Les Perrasiens lui avaient confié la tâche de leur ramener le meilleur bois, et c’est bien ce qu’il comptait faire. Il avait traversé tout le Boquéron pour rencontrer le clan Mc Irsund, mais cela valait le coup : cette exploitation familiale était réputée pour fournir ce qu’on trouvait de meilleur de ce côté-ci de la forêt en termes de matériaux de construction navale. Il poussa la porte de la taverne dans laquelle il avait rendez-vous. Le jour déclinant avait plongé la grand-salle dans la pénombre, et seules quelques bougies avaient été allumées. Comme prévu, l’endroit était presque désert, à l’exception du vieux Mc Irsund, assis à une table avec son fils. Rien d’anormal : on lui avait expliqué qu’ils venaient toujours à deux pour signer les gros contrats. Il s’avança et recula une chaise pour s’asseoir face à eux. Il tendit la main, mais le vieux ne la lui serra pas. Le visage mangé par une épaisse barbe et assombri d’un grand chapeau, il fumait sa pipe et le dévisageait en silence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Le vieux Mc Irsund ne serre des mains que pour conclure des affaires, expliqua son fils d’une voix sans appel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Olaf ramena sa main vers lui et posa le sac d’or sur la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— voici la moitié du prix convenu, vous pouvez recompter si cela vous chante. Je l’ai amenée en gage de bonne foi, mais vous ne repartirez pas avec ce soir : je la rapporterai demain matin, en même temps que votre chargement. L’autre moitié vous sera délivrée à Erassius, une fois la livraison effectuée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vieux Mc Irsund traîna la bourse à lui, compta d’une main, pipe à bouche, grogna de satisfaction et la jeta sur la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il est d’accord, traduisit son fils.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Moi, pas encore, répondit Olaf. J’ai besoin de précisions, de garanties : je n’ai pas vu votre cargaison. Vous pouvez m’assurer qu’il s’agisse bien d’un bois de première qualité ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous ne trouverez pas mieux ailleurs, s’engagea le fils. Le seul bois qui rivalise avec le nôtre est celui des grands pins de Bragorn, et les Elfes ne laissent rien sortir de leur forêt. Si vous avez le moindre problème avec notre bois, nous sommes prêts à vous le rembourser le double. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Olaf acquiesça. Cela concordait avec les informations qu’on lui avait donné. Il tendit de nouveau la main. Le vieux Mc Irsund le laissa en suspens ainsi un instant, souffla une nouvelle bouffée de sa pipe, et consentit finalement à la lui serrer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce soir là, Olaf repartit satisfait et confiant de la petite auberge. Dès que la porte se referma derrière lui, le fils se retourna vers son père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est bon, j’ai dit ce que vous vouliez que je dise. Vous allez me laisser partir, maintenant ?&lt;br /&gt;
Sigmund abaissa légèrement sa fausse barbe, releva le bord de son chapeau et appuya davantage la pointe de sa dague contre le flanc du fils Mc Irsund.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je te rappelle que la vie de ton père dépend de ta coopération, alors j’attends de toi un peu plus de bonne volonté… Tu vas devoir me supporter encore un peu, je le crains. Il faut bien que nous amenions à bon port le chargement de ce brave homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fils Mc Irsund déglutit et acquiesça, le teint pâle. Cet homme avait emmené son père il ne savait où, enfermé sans nourriture, et il était contraint de se plier à tous ses ordres s’il voulait espérer le revoir un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund réprima un sourire en coin. Cette fois encore, il avait eu le nez creux. Si l’Escadron des cendres n’avait pas réussi à mettre la main sur les plans du &#039;&#039;Faucon des mers&#039;&#039;, il comptait bien rattraper leur erreur. Il ne savait pas où ils avaient emporté les plans, mais les Perrasiens allaient avoir besoin de bois s’ils voulaient construire une nouvelle flotte. Il avait comparé toutes les offres du moment et les Mc Irsund proposaient les meilleures, aussi il avait devancé les acheteurs pour s’infiltrer dans la boucle. Maintenant à la tête de la livraison, il avait son laisser-passer pour le chantier naval. Une fois sur place et les employés de la livraison renvoyés chez eux, il n’aurait plus qu’à se débarrasser du fils Mc Irsund pour couvrir ses traces : avec ces lourds chargements de bois, un accident était vite arrivé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain, à l’aube, sous les ordres du fils Mc Irsund, les employés de l’entreprise familiale acheminaient les troncs d’arbre jusqu’à la côte, où des grandes grues les faisaient descendre la falaise jusqu’aux embarcations en contrebas, qui allaient ensuite remonter la côte vers Erassius, leur destination. Sigmund, sous son costume, observait les opérations à distance pour éviter d’être reconnu, laissant le jeune Mc Irsund piloter les opérations. Il fronça les sourcils : un peu plus loin, une autre équipe acheminait d’immenses troncs noirs. Même de là où il était, il entendait les contremaîtres hurler des ordres aggressifs : l’équipe se montrait désordonnée, laissant échapper ou dévier de leurs rails des troncs, manquant de provoquer un incident d’ampleur à plusieurs reprises : elle irradiait d’amateurisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelque chose n’était pas normal : les Mc Irsund étaient supposés être seuls sur cette plateforme de chargement aujourd’hui. À leurs devants, il vit Olaf, le responsable de leur commande, qui discutait avec un petit homme bossu. Sigmund s’approcha pour entendre la discussion, et Olaf lui fit signe lorsqu’il le vit. D’ici, il voyait en détails son interlocuteur : ce n’était pas un homme bossu, mais un Gobelin, comme en témoignait sa peau verdâtre et son nez crochu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ah ! Seigneur Mc Irsund, j’allais envoyer vous quérir, il y a eu du changement à nos affaires. Je suis vraiment navré, je sais que nous nous étions engagé, mais ce gentilhomme ici présent m’a proposé une affaire que je ne pouvais pas refuser. Vous pouvez demander à vos hommes de rappeler votre marchandise, nous n’en avons plus besoin. Je suis prêt à vous dédommager pour le désagrément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund était surpris, mais n’en laissa rien paraître. Il balaya du regard le Gobelin, Olaf, ainsi que les grands troncs noirs traînés maladroitement jusqu’aux flancs de falaise. Qu’est-ce que ce Gobelin au professionnalisme douteux avait bien pu proposer pour damer le pion à la compagnie bûcheronne la plus fiable du Boquéron ? Il saisit le Gobelin par le col pour l’emmener à l’écart et le plaquer contre une caisse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que ça veut dire ? Tu crois vraiment que tu peux sortir de nulle part et marcher sur les plates-bandes de ma compagnie ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin couina et se confondit en excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je suis vraiment navré, mon bon seigneur, mais vous comprenez, j’ai une famille à nourrir, et les affaires sont les affaires… Je vous en prie, ne me faites pas de mal !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça dépendra si tu me dis ce que j’ai envie d’entendre. Mon affaire était en or, quel prix tu lui as proposé pour qu’il retourne sa veste ? C’est impossible de proposer un meilleur tarif que moi pour un bois de qualité similaire, et Olaf n’aurait pas baissé ses exigences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Monseigneur, je vous assure, je respecte la concurrence et…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund le secoua brutalement contre la caisse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Aaah ! Geignit le Gobelin. La première commande est gratuite, le client ne paye que le déplacement, c’est notre politique commerciale et…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il le secoua plus fort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Aaah ! C’est une démarche fidélité du Syndicat des Gobelins, les clients sont des bonnes connaissances et….&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il le gifla sans ménagement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Aïe ! Pas mon visage ! Mon sourire c’est mon outil de travail, enfin !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le revers de la gifle arriva aussitôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Aïe ! D’accord, d’accord, je vais parler, mais lâchez-moi !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund laissa le Gobelin glisser contre la caisse lamentablement et attendit sa réponse sans piper mot.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il faut absolument qu’on se débarrasse de ce chargement, tu vois ? On est allé abattre quelques arbres à Bragorn, on pensait que ça se remarquerait pas, que c’était de l’argent facile, mais les Elfes, ils ont pas apprécié du tout. Le Syndicat commence à peine à être installé, là-bas, on ne peut pas se permettre de se faire dégager. Alors je dois faire disparaître la marchandise avant qu’ils remontent à nous, tu piges ? Un chargement aussi gros, qui en voudrait à part les Perrasiens ? Ils tombaient à pic, et puis comme ça, si les Elfes ont des questions, ils iront s’adresser à eux !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des pins de Bragorn ! Voilà qui expliquait la couleur noire des troncs et l’enthousiasme d’Olaf. L’essence interdite, solide et légère, gardée farouchement par les Elfes : il faudrait être fou pour en extraire illégalement ! Et pourtant, ce Gobelin l’avait fait et venait en quelques instants de piétiner son plan minutieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu’à cela ne tienne, il allait improviser. Il regarda à gauche et à droite, s’assura que personne ne les écoutait, et planta son regard dans celui du Gobelin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Écoute-moi bien. Tu veux te débarrasser de ce chargement, je veux conclure cette affaire à tout prix : on peut s’arranger. J’ai à disposition des hommes plus compétents  que les tiens ainsi qu’une meilleure chaîne logistique : confie-moi ton chargement, et tu pourras garder l’argent de la vente : c’est gagnant-gagnant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin fit mine de réfléchir. L’affaire était arrangeante pour lui, mais il ne voulait en laisser rien paraître : ses bateaux de transport étaient des épaves et leurs équipages constitués de traîne-savates qu’il avait recruté au hasard, acceptant quiconque était prêt à travailler sans acompte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mmh, vous êtes dur en affaire, vous… Vous me demandez d’ôter le pain de la bouche à mes employés, juste comme ça ? Je suis un patron respectable, monsieur, le Syndicat des Gobelins a une… un… Comment on dit, déjà... déontologie ! Vous voyez..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund lui rendit un regard noir, et le Gobelin changea brusquement de discours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ou alors, on peut faire comme vous dites, oui oui, très bien. C’est d’accord alors, très bien, mais à une seule condition : vous me laissez embarquer avec vous à Erassius, je n’ai aucune envie d’être dans les parages quand les Elfes vont débarquer pour enquêter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund lâcha le Gobelin et lui tendit la main.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Parfait, faisons comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin la lui serra et retourna d’un pas vif vers ses employés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Eh ! Vous ! Oui, vous tous ! Vous êtes virés ! Oui, vous m’avez bien entendu, oui, dégagez-moi le plancher ! Si vous avez des réclamations, adressez-les au baron Pouxlard !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Observant la scène, Olaf, qui était resté en retrait pour laisser les deux « patrons » discuter, s’avança vers le Gobelin en même temps que Sigmund, à l’opposé, qui avait repris ses manières de vieil homme, pour s’enquérir de la situation, affolé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Enfin, qu’est-ce que ça signifie ? Je croyais que nous avions un accord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Nous en avons un, brave homme, ne vous inquiétez pas, nous nous occupons de tout !J’ai simplement décidé de sous-traiter la main d’œuvre non qualifiée à mon concurrent, geste commercial, voyez-vous. Il va sans dire que cela ne change rien à notre affaire, nous tiendrons nos engagements sur les prix, oui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Olaf restait interdit devant la tournure bizarre de l’affaire, mais quelques poignées de main plus tard, l’accord fut passé et les navires chargés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s’agissait, pour Sigmund, de passer le trajet sans que les employés ne le démasquent, aussi avait-il prévu de se porter malade aussitôt à bord, de s’enfermer dans sa cabine et de laisser encore son prétendu fils, toujours sous la menace, s’occuper de donner les ordres. Il avait dû justifier la présence d’un Gobelin sur son embarcation, ainsi que le changement soudain de cargaison, mais rien d’insurmontable : son plan était retourné sur ses rails et rien ne l’empêcherait de mettre son nez dans les affaires de la résistance perrasienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le moment, c’était bien parti : les trois navires qui transportaient le bois voguaient paisiblement depuis quelques heures déjà et rien n’était venu troubler sa quiétude. Il en avait profité pour écrire un rapport qu’il enverrait dès son arrivée à Erassius.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des voix se levèrent, sur le pont, et il reconnut celle du fils Mc Irsund. Au ton de sa voix, il devait rabrouer l’un de ses employés. Il fronça les sourcils lorsqu’il entendit le bruit d’un objet lourd jeté à l’eau. Il hésita à aller voir : ce n’était pas normal, surtout que la dispute avait cessée avec le bruit. Il n’en eu pas le temps : on frappa agressivement à sa porte. Il eu un mouvement de recul en l’entrebâillant : tout l’équipage était là, brandissant épieux et couteaux dans sa direction, et le Gobelin était à leur devants, le menaçant du doigt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Jormund Mc Irsund, ceci est une mutinerie ! C’est une honte, la façon dont vous traitez vos employés, ils m’ont tout raconté ! Des tortionnaires, voilà ce que vous êtes! Vous avez oublié que ce sont vos hommes qui font la valeur de votre entreprise, vous les avez maltraités et vous vous êtes gavés sur leur dos, eh bien, voilà ! Nous reprenons le contrôle de ce navire : la compagnie Mc Irsund et fils vient d’être rachetée par le Syndicat des Gobelins, et c’est une offre que vous ne pouvez pas refuser ! Quant aux anciens propriétaires, ils ont eu le malheur d’être emportés par une vague scélérate, paix à leur âme, pas vrai, les gars ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’équipage éructa en cœur. Sigmund pâlit. Il ne pensait pas que les Mc Irsund étaient aussi détestés par leurs employés. C’était donc ça, le bruit un peu plus tôt : ils avaient balancé le fils par-dessus bord et s’apprêtaient à faire de même avec lui. Le Gobelin s’approcha de lui pour lui glisser quelques mots.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Sans rancune, hein, les affaires sont les affaires… Trois navires de transport tout équipés et leur main d’œuvre, j’allais pas cracher dessus, non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Gobelin était un lunatique, il en était désormais convaincu. Non content de voler des arbres à Bragorn, il était prêt à détourner une compagnie entière aussitôt le pied posé en Boquéron, et il fallait que cela tombe sur celle qu’il s’était déjà lui-même soigneusement occupé de détourner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin lui tendit un papier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Voilà, on a rédigé un testament pour toi, tu as juste à signer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— « Je soussigné Jormund Mc Irsund consent à céder mon entreprise ainsi que ma fortune à Persiffleur du Syndicat des Gobelins en cas de décès. » Et pourquoi devrais-je signer un truc pareil ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Si tu signes pas, mes gars t’ouvrent le bide ici, oui. Si tu signes, on te jette par-dessus bord et tu as une petite chance de t’en sortir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est ridicule : tu veux me faire croire que vous prendriez le risque que je rejoigne la côte et que je vous dénonce tous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin se gratta le menton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  J’avais pas pensé à ça, non… Si tu signes pas, on zigouille ta femme !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’aimerais bien vous y voir, elle est restée à Stérus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors, on te zigouille toi, oui !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça ne règle pas le problème : vous avez besoin de ma mort ET de ma signature pour donner une quelconque valeur à ce torchon. Je vois mal mon intérêt à vous aider dans ce processus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’assemblée soupira et le Gobelin tourna la tête vers l’équipage pour chercher leur approbation. Sigmund les entendit parler à voix basse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce qu’on fait, du coup ? On le torture ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ouais, on le torture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund ne savait pas ce que le Gobelin leur avait promis, mais tout l’équipage semblait prêt à le suivre sans l’ombre d’un doute ou d’un remord. Il jeta un œil par-dessus leur épaule pour tenter d’apercevoir les deux autres navires du convoi : ils étaient trop loin pour qu’il puisse quérir leur aide. Il ne pensait pas en arriver là si vite, mais ils ne lui laissaient pas le choix. C’était un miracle qu’il n’ait pas été démasqué jusqu’ici, mais ce n’était qu’une question de secondes avant que l’équipage ne comprenne qu’il n’était pas le vrai Mc Irsund. Jusqu’ici caché derrière la porte entrouverte, il fit un pas dans la lumière. Il se redressa et cessa d’imiter le grain de la voix d’un vieil homme, et sortit un document de sa veste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— N’approchez pas, ce n’est pas la peine, ma signature vous serait bien inutile : je ne suis pas celui que vous croyez. Je m’appelle Rufus Bergton, et j’ai été envoyé par la guilde des marchands pour inspecter ce commerce à la demande de Jormund Mc Irsund, qui voulait faire évaluer par un tiers les capacités de son fils à gérer son affaire et ainsi rassurer ses investisseurs quant à sa succession. C’est avec son accord que j’ai pris sa place pour jouer le rôle d’observateur incognito.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le document qu’il brandissait, surmonté du sceau de la guilde des marchands, était bien évidemment un faux qu’il avait préparé au cas où, aussi il le rangea avant que les yeux curieux ne le scrutent avec trop d’attention, attention qu’il détourna vers son visage en retirant sa fausse barbe pour amplifier l’effet théâtral de sa révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin avait fait un pas en arrière à la vue du sceau, un air de dégoût et d’horreur au visage comparable à celui de l’enfant à qui l’on aurait proposé des épinards.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je doute que la Guilde des marchands ne laisse ma disparition sans conséquences, il y aura une enquête, surtout au sujet de ce Syndicat des Gobelins qui semble évidemment « tout à fait en règle » avec ses affaires, n’est-ce pas ? Nous ne pouvons que mutuellement nous causer du tort, ici, alors pourquoi ne pas agir en adulte et trouver un compromis ? Je passe l’éponge sur vos machinations, libre à vous de les poursuivre auprès du véritable propriétaire, cela ne me regarde pas. D’un autre côté, vous finissez bien tranquillement cette livraison et vous me déposez à bon port. Qu’en dites vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin avait changé de regard. On aurait dit qu’il avait redoublé d’envie de jeter Sigmund par-dessus la balustrade, mais qu’il avait compris que ce n’était pas une bonne idée. &#039;&#039;Alors, il y a des limites à son inconscience&#039;&#039;, nota le maître espion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fit signe à l’équipage et l’assemblée se dispersa, déçue. Persiffleur lui tendit la main pour la lui serrer à contrecœur, et repartit sur le pont. Sigmund le suivit des yeux un instant et claqua la porte de sa cabine. Il avait gagné du temps, mais cette couverture ne tiendrait qu’un temps : aussitôt arrivé à Erassius, les officiels de la Guilde des marchands présents sur place allaient le confondre sans peine. Heureusement, les deux autres navires de transport ne savaient rien de ce qui se tramait ici : il avait peut-être une chance de rétablir la situation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soir venu, le cuisinier ramenait un sac de pommes de terres de la réserve pour préparer le repas. Il fronça les sourcils : le sac était rempli de navets. Il fit demi-tour vers la réserve pour s’assurer s’il s’était trompé de sac ou si l’erreur venait de l’intendance. Sigmund se faufila à sa suite dans la cuisine et dévissa sa bague pour verser dans la grande marmite contenant le le repas du soir la poudre qu’elle contenait, un poison fulgurant composé d’extraits de plantes de Karaxx. La dose de sa bague était assez forte pour tuer cent hommes. Son méfait accompli, il s’éclipsa avant le retour du chef.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit s’abattit, brumeuse, et un silence de mort régnait sur le navire. L’équipage était parti se coucher sans se douter de rien : le poison avait agi dans leur sommeil, et il ne se réveilleraient plus. Sigmund traversa les dortoirs en prenant le pouls de quelques personnes pour s’assurer qu’il ne battait plus. Il vit notamment le Gobelin qui gisait par terre, les yeux révulsés et la langue pendante, et laissa échapper un rictus satisfait. Il fouilla les affaires d’un employé et en sortit en papier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Bingo !&#039;&#039; Jubila-t-il : il s’agissait d’un contrat de travail au nom d’un certain Edmund Millbur. C’était un nouveau : il avait entendu les autres lui demander son nom pendant le repas. Il prenait ainsi peu de risques que ses collègues des autres embarcations le reconnaissent. Il lui subtilisa également des vêtements et se changea : cela allait lui être utile pour la suite, puis il retourna sur le pont, qui était perdu dans les brumes, et se dirigea vers la barre. Il poussa du pied le cadavre du timonier que le poison avait foudroyé en poste, se saisit de la barre et dévia à bâbord : le navire allait ainsi se fracasser contre la côte, et il pourrait faire passer toutes ces morts pour un accident. Ainsi, il n’y aurait plus personne pour remettre sa parole en cause. Tout ce qu’il avait à faire, c’était sauter à l’eau un peu avant le naufrage, nager jusqu’à la côte et se faire passer pour un ouvrier rescapé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entendit des bruits de pas remonter l’escalier depuis la cale, et se cacha derrière la barre. Le Gobelin en surgit, la main sur l’estomac. &#039;&#039;Impossible, je l’ai pourtant vu mort !&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ouah ! Je ne sais pas ce qu’il y avait dans cette soupe, mais elle était sacrément lourde !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin s’étira, regarda à gauche et à droite pour s’assurer qu’il n’y avait personne, et trottina vers la barre en se frottant les mains, ayant visiblement une idée derrière la tête. Il s’arrêta brusquement lorsqu’il aperçut Sigmund et le pointa du doigt de stupeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Toi ! J’aurais dû me douter que la Guilde des marchands chercherait à me barboter mon stock de bois !&lt;br /&gt;
Le Gobelin se précipita sur la barre et se mit à la faire tourner furieusement dans l’autre sens. Le navire pencha et grinça sous le supplice infligé par la manœuvre brutale, et Sigmund attrapa l’une des poignées pour la bloquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mais qu’est-ce qu’il te prend ? Tu es fou, tu veux qu’on coule ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est mon bois ! Il est à moi ! À moi !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’en avait pas l’air, mais le Gobelin avait de la force. Les deux luttèrent un moment pour le contrôle du navire, jusqu’à ce qu’une corne retentisse à travers la nuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le navire à tribord venait de percer la brume et ils voguaient droit sur lui. Le Gobelin horrifié lâcha prise et la barre sous tension tournoya dans l’autre sens à toute vitesse. Le navire vira de bord, mais le mal était fait : dans un fracas épouvantable ils raclèrent coque contre coque avant que leur navire ne s’éloigne. Un bruit de mauvais augure remonta de la cale et la barre leur resta entre les mains : l’axe du gouvernail avait rompu. L’autre navire ne s’en tirait pas à si bon compte, le choc avait ouvert une brèche béante qui le condamnait à couler dans les prochaines minutes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund lâcha la barre désormais inutilisable et se précipita contre la balustrade à bâbord. Comme il le craignait, leur brusque revirement les avaient placé droit dans la trajectoire du troisième navire : ce Gobelin allait réussir à faire couler le convoi entier à lui tout seul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela ne manqua pas : le dernier navire de transport de la compagnie Mc Irsund et fils n’eut guère le temps de réagir quand l’esquif fou surgit de la nuit toutes voiles dehors et proue en avant pour les percuter. Quelques minutes plus tard, les quelques débris qui flottaient encore à la surface, restes des trois bâtiments, furent balayés par les flots, et la quiétude de la nuit reprit ses droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le matin suivant, au port Erassius, le ressac était chargé : depuis plusieurs heures déjà on s’affairait à récupérer les débris, les grumes et les corps que la mer ramenait du large. Une partie de la cargaison avait été sauvée, et les quelques rescapés avaient expliqué l’incident : un malheureux carambolage dû au manque de visibilité ainsi qu’à des problèmes de communication. S’il y avait des responsables, ils étaient morts, alors on ne chercha pas plus loin. Parmi les disparus : les Mc Irsund père et fils ainsi qu’un Gobelin du Syndicat qui avait embarqué à leurs côtés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines plus tard, sur le chantier naval, la construction de bâtiments sur le modèle du &#039;&#039;Faucon des mers&#039;&#039;, conçus pour résister à la haute mer, avait commencé sous la supervision de la Flotte libre de Perrasie. Parmi leurs employés : Edmund Millbur, un charpentier de talent qui avait été récemment embauché par la compagnie Mc Irsund avant qu’elle ne connaisse une fin funeste et prématurée. Rescapé du naufrage et n’ayant nulle part où aller, il avait grossi les rangs de l’équipe de construction qui ne crachait pas sur de la main d’œuvre supplémentaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund sifflotait, tout autant pour rester dans le personnage que pour célébrer sa réussite. D’ici, il avait pu envoyer toutes les informations qu’il voulait. Il avait d’abord pensé saboter la construction des nouveaux navires, mais il avait trouvé un meilleur plan : la &#039;&#039;Seiche d’argent&#039;&#039;, le navire amiral de la flotte perrasienne libre, et le seul actuellement capable de traverser la mer, allait partir en avance pour construire un port sur les îles vierges de l’est, destiné à accueillir les futurs navires de la flotte. La Seiche d’argent allait partir chargée à bloc avec artisans et matériaux, tout ce qu’il fallait pour construire une petite colonie, et il avait réussi à obtenir une place sur le navire. Il y avait repéré une petite trappe dissimulée au fond de la cale qui menait à une ancienne cache de contrebande, et tout ce qu’il avait à faire, c’était d’y percer un trou avant le départ : L’Arthon était prévenu et se préparait à intercepter le navire et à le réquisitionner ainsi que sa cargaison. Navire qui, à ce moment là, serait sens dessus dessous à chercher l’origine de la fuite, observant impuissant l’eau remonter à travers le plancher de la cale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jour du départ arriva, et Sigmund avait le champ libre : l’équipage de la Seiche d’argent avait festoyé toute la nuit durant et, au petit matin, tout le monde dormait encore à poings fermés.&lt;br /&gt;
Il se faufila dans le fond de cale pour y percer un trou. Il irait ensuite trafiquer légèrement le gouvernail de sorte à handicaper davantage le navire lorsque la flotte arthonnienne surgirait. Il passa un doigt sur le trou : le filet d’eau était faible et régulier, pile ce qu’il fallait pour la fuite ne soit remarquée que quelques heures après le départ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s’apprêtait à remonter lorsque derrière lui, la trappe de la cache s’ouvrit. Une silhouette trapue sauta à l’intérieur avant de la refermer derrière elle et de toquer deux fois dessus. Au-dessus, des bruits de pas et des lourds bruits de frottements indiquèrent que deux complices avaient répondu aux deux coups en faisant glisser sur l’ouverture une lourde caisse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Persiffleur sourit, satisfait. Il était allé de déboires en déboires depuis le naufrage, devant se cacher des Elfes qui cherchaient toujours le responsable du prélèvement sauvage de pins de Bragorn, et avait finalement déniché la cachette idéale pour quitter le continent incognito. Maintenant que ses hommes avaient scellé l’entrée, il était sûr de ne pas se faire découvrir avant destination, au moment où la cargaison serait déchargée. L’enjeu était grand : en arrivant parmi les premiers sur les îles de l’est, il s’assurait la création du premier comptoir commercial en pleine mer et damait ainsi le pion de la Guilde des marchands. Il n’avait plus qu’à attendre patiemment la traversée en subsistant grâce aux réserves d’eau et de viandes séchées qu’il avait prises avec lui. Il se retourna vers le fond de la cache et son regard croisa celui de Sigmund. Les deux restèrent quelques secondes ainsi, tétanisés, accompagnés seulement du bruit régulier de l’eau qui emplissait peu à eu le fond de cale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Toi !&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Lui !&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’en suivit une scène de confusion et de panique où Sigmund incendiait le Gobelin d’avoir ainsi condamné leur seule sortie, où le Gobelin trépignait en retour, sidéré de voir un membre de la Guilde des marchands le suivre jusqu’ici pour creuser des trous dans la sous-cale d’un navire. Contraints de devoir coopérer sous peine de se noyer bêtement, ils parvinrent à boucher la fuite en taillant du liège dans le bouchon de l’une des bouteilles emmenée par le Gobelin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques heures plus tard, la Seiche d’argent avait pris la mer, et, dans le fond de cale, sur le sol encore humide, Sigmund et Persiffleur, assis face à face, se dévisageaient, l’air sombre.&lt;br /&gt;
Sigmund soupira. Il entendait des cris et des coups de canon. La &#039;&#039;Seiche d’argent&#039;&#039; avait rencontré les Arthonniens. Faute d’avoir mieux à faire, il cala sa veste derrière sa nuque et se pencha en arrière pour dormir un peu. Il ne pouvait que prier pour que les siens parviennent à prendre contrôle du navire, mais, sans son sabotage, la &#039;&#039;Seiche d’argent&#039;&#039; était plus rapide que les bâtiments arthonniens, et une fois en pleine mer ils ne pourraient plus la suivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Eh, le Gobelin !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mmh ? Répondit l’intéressé, bougon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il y a quelque chose qui me chiffonne depuis notre dernière rencontre. Comment as-tu fait pour retourner tout l’équipage contre moi en si peu de temps ? Même moi, j’avoue que j’aurais douté en avoir été capable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin ricana avant d’imiter Sigmund et de se tourner sur le côté pour dormir. Au-dessus, sur le pont, les cris et les combats s’intensifiaient. Il daigna toutefois répondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je leur ai proposé des congés payés.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<title>Contrepartie Ulule 2021</title>
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		<updated>2023-06-25T09:18:35Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : /* Liste des nouvelles écrites en contrepartie */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Les contreparties Ulule pour l&#039;auto-édition du tome 1 de [[Chroniques d&#039;une famille de héros]] fin 2021 comprenaient à partir d&#039;un certain palier des histoires courtes centrées sur un personnage au choix du contributeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==Liste des &#039;&#039;&#039;nouvelles&#039;&#039;&#039; écrites en contrepartie==&lt;br /&gt;
*[[Björn Björnsson]]&lt;br /&gt;
*[[Felonariel de Lostalon]]&lt;br /&gt;
*[[Giléon Aenar]]&lt;br /&gt;
*[[Liberté Dreemur]]&lt;br /&gt;
*[[Sigmund de Nostraville]]&lt;br /&gt;
*[[Teleri Malthenas]]&lt;br /&gt;
*[[Val Kender]]&lt;br /&gt;
*[[Ysmaël le Corbeau]]&lt;br /&gt;
*[[Karmeric III]]&lt;br /&gt;
*[[Enguérôme de Tourmol]]&lt;br /&gt;
*[[Richard de Walburge]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Richard_de_Walburge&amp;diff=834</id>
		<title>Richard de Walburge</title>
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		<updated>2023-06-25T09:15:22Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Richard de walburge.jpg|vignette|Richard de Walburge à l&#039;appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Richard de Walburge&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Richard de Walburge&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===&#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[Contrepartie Ulule 2021]]===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Retour au pays&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Richard de Walburge, ancien chevalier arthonnien ayant participé à la guerre de Perrasie, déserta lorsque les ordres de son capitaine, Hadré Shiels, devinrent trop inhumains. Il joua par la suite le rôle de conseiller et de guerrier auprès des éminences de la Fédération de Bragorn, leur rendant de nombreux services héroïques. L’action se déroule à la suite des événements de Kahn-Brava, en Tamendil, à l’automne 1137, auquel Richard a participé.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au bout du vallon, le soleil se renfrognait de ses dernières œillades rougies, qui venaient encore appesantir l’atmosphère chargée du soir. Le vent chaud qui se laissait mollement couler ne parvenait qu’à faire remonter cette odeur de suie et de braise éteinte que l’on commençait à peine à ne plus sentir brûler au fond des gorges. En contrebas, les flancs éventrés et noircis de Tamendil s’étaient découverts de leurs tentes et de leurs bannières, et ne gardaient que des échardes irrégulières partout où les délégations avaient abandonné piquets tordus ou toiles arrachées. Sur les hauteurs, à l’écart de la caravane de la délégation de Bragorn qui reprenait péniblement sa route, une femme dissimulée sous une grande capuche s’entretenait avec un homme en armure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Que vais-je faire, Richard ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— La même chose que nous tous en ce bas-monde : survivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Quelle sotte je fais… Toutes ces années à m’être battue pour obtenir un statut, un avenir, pour que d’un revers de main…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Croyez-moi, c’est sûrement ce qui pouvait vous arriver de mieux. Il vaut mieux être un vagabond libre qu’un duc au service des pontes actuels de l’Arthon – ou de votre mari, pour ce que ça vaut…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Comment avez-vous donc fait, vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’ai-je donc fait ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— La chevalerie, vos valeurs, votre éducation : toute votre vie ; décider ainsi, en un instant, de tout jeter au feu. Il ne s’agit pas seulement de déserter, mais de renoncer à tout ce qui vous a construit… Où avez-vous trouvé cette force ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est que j’ai justement plus d’allégeance à mes valeurs qu’à mes supérieurs. La réflexion est inverse, madame : rester, c’était tout renier, partir, c’était rester entier. Je me serais fait violence bien davantage à devenir un chien de l’Arthon. Je n’ai jamais cessé d’être un chevalier, contrairement à eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et vous n’avez jamais regardé derrière vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je regarde tout le temps derrière moi, mais ce n’est pas par regret. Si je suis convaincu de mon choix, l’Arthon est mon pays, et il le restera. Mais la meilleure façon de l’aider à redevenir un pays dont je serai fier, c’est d’être ici. Vous n’avez rien perdu, madame. Vous êtes toujours la comtesse d’Agaménée. Partez à Bragorn et faites-vous traiter comme telle. Votre voix a du poids,  les Elfes ne comprennent rien aux affaires des Humains. Je suis un militaire, alors ils ne me feront jamais pleinement confiance, et je ne suis pas si doué pour les affaires de cour, tandis que vous… Nous avons besoin de quelqu’un comme vous, qui donne une voix au peuple arthonnien autre que celle de l’ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’aimerais de tout cœur, mais je ne peux pas me défaire de cette terreur… Si je fuis l’Arthon...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous craignez pour votre aimé, qui est resté à Atthalos ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ils vont le massacrer. Ils trouveront nos correspondances, à mon domaine. Ils vont le trouver et lui faire payer au centuple toute l’amertume qu’ils auront gardée de ma fuite. Je ne peux pas lui infliger ça, ce pauvre Georges n’a rien demandé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Madame, si ce n’est que ça ! Partez tranquille à Rinnedel faire votre travail, et laissez-moi faire le mien. Si en ces circonstances je peux me permettre d’être cavalier et de déroger au protocole, concédez, comtesse, à me laisser mettre humblement mon écu et mon épée à votre service. Je vous ramènerai votre aimé sain et sauf, soyez sans crainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La comtesse protesta d’abord, soucieuse de faire courir au chevalier un risque trop grand, mais le brave Richard de Walburge resta ferme. Il avait beau être un déserteur, cela faisait un moment qu’il pensait à retourner au pays voir de vieux amis. Il avait une idée bien déraisonnable derrière la tête qu’il ne parvenait à chasser, et avoir la charge d’y retourner pour rendre service à une noble dame lui permettrait enfin d’avoir l’occasion suffisante pour tenter de la mettre en œuvre. Alors ils firent leurs adieux, Richard échangea quelques mots à ses amis de la Fédération, et son chemin se sépara du leur. Il ne rentrerait pas à Bragorn : il lui fallait agir vite s’il voulait arriver à temps. Il ne disposait que de quelques maigres semaines avant que les enquêteurs ne fouillent dans les affaires de la comtesse et ne remontent jusqu’à Georges Demusete, le jeune musicien de la Ville basse qui avait pris son cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non loin de la frontière arthonnienne, une auberge pleine à craquer s’agitait, secouée de soldats en transit anxieux à la perspective imminente de la guerre. La frontière se verrouillait, heure après heure, et Richard était arrivé juste à temps pour profiter de sa porosité avant que l’armée n’achève de prendre ses positions. Sur un coin de table, il terminait sa soupe en observant tenanciers et militaires se répondre à la volée, sur un ton également crispé : personne n’avait envie d’être ici ce soir. Les troupes de la Fédération allaient lancer l’offensive le lendemain, disait-on.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard du chevalier s’était attardé avec une pointe de tristesse sur la seule personne de la salle bondée qui semblait tout à fait indifférente au climat électrique, avachie seule sur sa table, entourée de godets vides. Elle ronflait par intermittence, comme si elle avait du mal à décider elle-même si elle dormait ou non. De Walburge ne doutait pas des informations qu’il avait obtenues : c’était bien la personne qu’il cherchait, mais il ne se résolvait pas à l’accepter. Il soupira et se leva finalement, se frayant un chemin avec sa chaise à travers la foule pour la poser et s’asseoir en face d’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Le Goff !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La masse inerte bougea à peine en grognant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— SERGENT LE GOFF !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La masse se releva brusquement, repoussant du ventre la table qui racla bruyamment contre le sol pavé. C’était une femme à la carrure imposante, large de taille et d’épaule, au visage si carré que même aussi bouffi par l’alcool qu’il était, il ne parvenait à s’arrondir. Ses cheveux étaient sales et négligés, raides comme de la paille et tailladés inégalement pour ne pas lui retomber devant le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— AU RAPPORT CAPI- oh. Vous êtes qui ? Comment vous connaissez mon nom ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Qu’ont-ils fait de toi, ma pauvre Maria… J’en étais venu à espérer que je t’avais prise pour quelqu’un d’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maria le Goff se frotta les yeux pour tenter identifier cette silhouette qui lui parlait d’un ton si familier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est pas vrai, Vadrouille ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça fait bien longtemps qu’on ne m’avait pas appelé comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Goff changea brusquement d’attitude. Elle essaya de se réajuster sur sa chaise et de se tenir droite, saisie d’une subite honte quant au spectacle qu’elle offrait. Puis elle regarda à gauche et à droite, pour s’assurer que personne ne les écoutait, avant de se pencher vers lui pour lui dire à voix basse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce qui te prend de revenir ici ? On m’a dit que tu avais déserté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne suis que de passage, mais je me suis dit que c’était l’occasion de visiter de vieux amis. J’ai discuté avec quelques soldats. Alors comme ça, tu rempiles ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pas le choix. On quitte pas l’armée comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et pourquoi pas ? Je ne m’en porte pas si mal. À en voir ton état, tu t’es rabattue sur d’autres moyens de t’évader autrement moins efficaces. De Walburge pointa du menton les godets vides qui jonchaient la table. Dire qu’ils ont réussi à briser même Le Goff... Je te croyais plus dure que ton armure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Goff s’accouda à en faire plier la table et le pointa d’un doigt menaçant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est du jugement que j’entends ? On est pas fait pareil, Vadrouille. Pour toi, la guerre, c’est de l’intérim. Tu sais mouiller ton camail quand il faut, je le concède, mais t’es plus à l’aise en civil. L’armée, c’est tout ce que je suis. J’ai la tronche et la délicatesse d’un glissement de terrain. Où veux-tu que j’aille me foutre ? Ce que je sais faire de mieux, c’est encaisser des roustes et en rendre des plus grosses. Mes sup’ l’ont bien pigé, dès que l’info est tombée, on m’a balancé ici au front. Je suis arrivée parmi les premiers. « Envoyez Casse-Brique », qu’ils ont dit. « ça va leur faire tout drôle, aux longues-oreilles ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard sourit en coin. Du temps où ils étaient à la caserne ensemble, elle avait forgé une solide réputation lors des entraînements au combat à mains nues : personne n’avait jamais réussi à la coucher. Elle avait la tête si dure qu’un défi s’était lancé au sein de la compagnie : trouver quelque chose capable de l’assommer. Ils en avaient brisé, des gourdins, et éclaté bien des briques sur son crâne sans même qu’elle ne soit sonnée (ce qui lui avait d’ailleurs valu le surnom de Casse-brique). Le défi avait finalement été remporté par Val Ardan, un de leurs amis communs, qui avait démontré par l’expérience que ce qu’il fallait pour assommer Casse-brique, ce n’était ni plus ni moins qu’une barrique entière d’eau-de-vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme si elle savait où les pensées de Richard s’étaient égarées, Le Goff fit remarquer :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu vois, rien n’a changé. Ils tapent toujours comme des fillettes, alors je suis obligée de repasser derrière pour me foutre proprement à l’envers. C’est pénible d’avoir la tête dure, tu sais. Ce que je donnerais pas pour m’abrutir plus facilement. C’est pas bon d’avoir un cerveau fonctionnel, ici-bas. Ça rend malheureux. Regarde-les tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle balaya d’un œil vitreux l’assemblée. Des soldats rongés par le stress, la tête vissée dans les épaules, mangeaient sans appétit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Que du sang neuf. Les vieux – moi mise à part, on les garde à l’arrière pour l’instant, pour la contre-attaque. Comme on sait pas à quoi s’attendre, on n’envoie pas les bons éléments au casse-pipe tout de suite. Ils vont se faire bouffer tout cru, et ils le savent. La plupart vont pas réussir à dormir, et vont mourir demain comme des cons en ayant passé la dernière soirée de leur vie minables, à bouffer des fèves froides en tremblant. Ils feraient mieux de picoler, si tu veux mon avis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je n’ai pas l’impression que tu passes une bien meilleure soirée qu’eux pour autant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai pas leur pression. Moi je vais pas mourir demain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Comment tu peux en être aussi sûre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Allons, les gens comme moi ne meurent pas au front, c’est bien connu. Un jour j’avalerais une arête de travers, ou je choperais la gangrène en marchant sur un clou, la vie a ce sens de l’humour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai mieux à te proposer qu’aller t’enterrer dans la boue du front. Je compte rester en Arthon un certain temps. On ne sait pas comment va évoluer la guerre, pour le meilleur ou pour le pire. Je souhaite voir ce gouvernement tomber, mais je ne souhaite pas non plus voir mon pays détruit par la guerre. À frapper de l’intérieur, stratégiquement, on pourrait faire tomber les têtes de mules qui ont monté tout le continent contre nous et désescalader la situation avant qu’il ne reste plus rien à sauver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu m’en demandes beaucoup. J’ai pas la finesse de faire de la résistance politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu n’en auras pas besoin, je m’occupe des subtilités. Retrouve-moi à Atthalos, à l’auberge de Granchesne, dans une semaine, nous y discuterons plus calmement. Fais-toi porter pâle, pose une permission, débrouille-toi. Évite de déserter tout de suite, tes bons rapports avec l’armée vous nous être utile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  « Nous » ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge, qui s’était déjà levé, marqua un arrêt pour lui adresser un sourire complice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne penses pas qu’on allait se taper tout le boulot à deux. Je me suis dit qu’il était plus que temps de réunir la fine équipe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une lueur s’illumina au fond des yeux de Le Goff, si vive qu’elle brillait malgré le voile opaque que l’alcool avait jeté dessus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je vais voir ce que je peux faire, Vadrouille, se contenta-t-elle de répondre sans le regarder s’éloigner en vidant le fond de son dernier verre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques jours plus tard, Richard marqua une pose sur la route d’Atthalos, au petit village d’Ibère-la-Sainte, posté à l’entrée du Val de Galaad. Surplombé de sa belle église, il était un point de passage important pour les pèlerins de Valla qui se rendaient au Monastère de Slugart, plus au sud. Il passa les portes du village, interloqué par le vieux panneau qui indiquait la frontière du village. Le pieu qui soutenait le panneau, large d’une dizaine de centimètres, voyait son sommet surplombé d’un bouquet de flèches parfaitement plantées à la verticale. Il n’était pas rare d’observer ce genre de coutume locale dans les petits villages. Par chance, il n’avait pas été contrôlé jusqu’ici. Il se disait qu’en ces temps troublés, les gardes montés avaient mieux à faire que d’arrêter des voyageurs solitaires sur des routes de campagne. Il leva les yeux vers le clocher de l’église, à quelques centaines de mètres de là, une pointe d’incrédulité dans le regard. Encore une fois, il n’avait pas de raison de douter des informations qui l’avaient conduit jusqu’ici, et pourtant… Il fallait croire que tous ces anciens compagnons d’armes avaient à leur manière fait un rejet de l’armée aussi violent que le sien, bien à leur manière. C’était rassurant, en un sens. Il les avait bien choisis : c’était la preuve qu’ils avaient cherché à préserver leur humanité avant tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est bien ici que je peux trouver frère Laval ? Demanda-t-il à la sœur de Valla qu’il croisa à l’entrée de l’église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sœur pointa le chœur de l’église, où un homme en bure l’observait depuis l’autel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je t’ai vu arriver, Richard. Qu’est-ce qui t’amène après tout ce temps ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux hommes s’engagèrent dans les escaliers en colimaçon du clocher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors, tu as rejoint les ordres. Tu voulais t’acheter une rédemption ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Un moine qui devient moine pour se racheter n’a rien compris. Il n’y a pas plus damné qu’un moine. On ne se sauve pas nous-même, on sauve les autres. Quand on a tué autant que j’ai tué, il n’y a que deux issues : comprendre mieux que quiconque la valeur de la vie, et tenter de la faire comprendre aux innocents qui ne se rendent pas compte de leur chance, ou bien…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ou bien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ou bien devenir une coquille vide. Un vaisseau de la mort, un émissaire noir. J’ai rencontré la mort. Je l’ai vue, ce jour-là, où elle m’a tendue la main pour me féliciter. Me dire « bravo, il ne te reste plus qu’une âme à faucher, et tu seras mon égal : la tienne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux compagnons étaient arrivés en haut de la tour, où trônait une grosse cloche en bronze. Ils s’approchèrent de la balustrade pour contempler la campagne vallonnée qui s’étendaient sous leurs yeux. Au loin, on pouvait apercevoir Slugart, et quelques colonnes de fumées le long de l’horizon, à l’endroit où le front s’était établi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors tu as définitivement raccroché ton arc ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne m’as-tu pas écouté ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu as raccroché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai compris la valeur de la vie, Richard. Tout comme toi, je sais ce qu’il en coûte de la protéger.&lt;br /&gt;
Laval passa la main sur la poutre qui les surplombait, et en sortit un arc long et un carquois. Il inspira longuement en laissant le vent passer sur son visage, banda son arc sans effort et décocha en plein vers le ciel. La flèche disparut un instant dans le soleil avant de retomber droit vers le sol, et se ficher avec les autres, en plein sur le dessus du poteau qui marquait l’entrée du village.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard se retourna et vint frapper pensivement la lourde cloche en bronze de ses phalanges pour la faire doucement résonner. Il aurait dû reconnaître le tir signature de Laval dès son arrivée au village. L’archer d’élite avait toujours eu un penchant pour la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu es venu ici pour qu’on te retrouve, la Cloche. Tu savais que ta petite retraite serait provisoire.&lt;br /&gt;
— Quand j’ai appris pour ta désertion, j’ai compris que je n’avais pas fini d’entendre parler de toi, Vadrouille. Tu as déjà retrouvé les autres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai vu Casse-brique à la frontière. C’est une épave, mais elle en a toujours autant dans le ventre. Elle viendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne peux pas couler quelqu’un qui vit déjà au fond de l’eau ; elle nous enterrera tous, marmonna Laval. Tu n’as pas vu Ardan ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Non, justement. Je n’ai aucune piste à son sujet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je sais où il est, mais le faire sortir de son trou ne sera pas facile. Je vais t’amener à lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne m’attendais pas à ce que tu me suives aussi facilement. Tu ne veux pas savoir ce qui m’amène, d’abord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu me raconteras sur la route. Si tu es là, c’est que tu as besoin de moi. Ai-je besoin d’en savoir plus ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux jours plus tard, deux moines de Valla en bure entraient par la porte sud-est d’Atthalos. Au bout de quelques heures d’errance dans les bas-quartiers, l’un deux s’arrêta devant un bâtiment à la façade décrépie et retira sa capuche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est là, déclara simplement Laval.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge retira à son tour sa capuche pour scruter l’endroit dans toute sa hauteur. Aucune enseigne, et de lourds rideaux qui occultaient les quelques étroites fenêtres. Pourtant, l’endroit ne semblait pas abandonné. Si la façade était défraîchie, le pas de l’entrée était convenablement balayé. Il se retourna vers son ami.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est un bordel ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu crois ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est un bordel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le chevalier soupira, résigné, et s’avança pour pousser la porte. Rien de très étonnant, ils parlaient après tout de Val Ardan, celui qu’ils avaient surnommé Joli-cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fronça les yeux et le nez, attaqué par les lourdes effluves qui encombraient l’endroit. Laval, qui avait la meilleure vue, pointa immédiatement un divan perdu dans la fumée, au fond du grand salon commun. Ils coupèrent la route à la tenancière qui venait pour les accueillir, perplexe devant leurs habits de moine, et ils se dirigèrent sans un mot vers le fond de la salle. Un homme au teint pâle était avachi sur la vieille banquette et riait si fort qu’il en soulevait son jabot défait, deux jeunes femmes lascivement pendues à son cou. De Walburge le saisit par une épaule, Laval par une cheville, et Joli-cœur fut traîné sans cérémonie jusqu’à l’entrée pour être jeté sur le pavé sale par-dessus la volée de marche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je vais payer, je vous jure ! Articula-t-il dans la douleur, les yeux plissés et la main en visière pour essayer de dévisager ses agresseurs, incommodé par la lueur vive et soudaine de la lune blafarde qui éclairait la ruelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ah, c’est vous, réalisa-t-il en les reconnaissant finalement, du ton cryptique de celui qui n’était pas bien sûr s’il devait s’en rassurer ou s’en inquiéter davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi ils se retrouvèrent non loin, à l’auberge de Granchesne, en bordure d’Atthalos. Le Goff les attendait déjà, un bandage sur l’œil qui peinait à camoufler une mauvaise blessure. Richard et Laval arrivèrent ensuite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et Joli-cœur ? S’enquit Casse-brique en saluant ses vieux amis qui prenaient place autour d’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il est censé venir. Je lui ai demandé de chercher quelque chose avant de nous rejoindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu es sûr qu’il viendra ? Il nous dévisageait comme des fantômes revenus le hanter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il viendra. Ardan a des mœurs légères, mais il a le sens des responsabilités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ce bon vieux Joli-cœur. Je me demandais ce qu’il était devenu, commenta Casse-brique en rêvassant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Joli-cœur passa en effet la porte peu de temps après, les cheveux coiffés à la hâte et l’air inquiet. Le Goff s’exclama joyeusement à sa vue et se leva pour le serrer dans ses bras avec force, ruinant ses quelques efforts de paraître présentable en lui frottant vigoureusement le poing contre la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors tu as vraiment retrouvé tout le monde ! Il fallait que je le voie pour y croire !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Certains ont été plus difficiles à convaincre que d’autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous m’auriez demandé gentiment, j’aurais dit oui de suite, souffla Ardan en s’asseyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne dis jamais oui de suite, Ardan. Si on ne te force pas un peu la main, tu tergiverses à n’en plus finir et tu fais perdre du temps à tout le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ardan croisa un bras, et s’inspecta les ongles de son autre main, vexé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Toute décision importante doit être mûrement réfléchie. Il faut bien un type prudent, dans cette équipe de casse-cous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge ne prit pas la peine de répondre et poursuivit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bien. Avant toute chose, sachez que je suis ravi de vous revoir tous. De tous mes anciens collègues de l’armée, vous êtes parmi les rares à qui j’ai choisi d’accorder ma pleine confiance, et constate que j’ai bien choisi. Au vu de vos situations respectives, j’en déduis que vous avez tiré de les mêmes conclusions que moi quant à l’état de l’armée de ce pays. J’ai rencontré beaucoup de gens puissants lors de mes séjours à l’étranger, qui sont prêts à nous aider, et je pense aujourd’hui avoir accumulé suffisamment d’entre-gens et d’astuce pour avoir le maigre espoir de pouvoir faire quelque chose. Ardan, tu as fait ce que je t’ai demandé ?&lt;br /&gt;
L’intéressé sortit de sa veste un carnet qu’il lança ouvert sur la table. Il y figurait le croquis d’un visage et plusieurs notes qui indiquait des noms et des adresses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Georges Demusete, musicien itinérant, connu pour jouer les dimanches au marché de la place Favert, et les soirs en semaine dans les tavernes environnantes. A cessé de jouer à l’auberge du Héron à deux becs il y a peu suite à un conflit territorial avec les Saltimbanques. Cherche depuis à se relocaliser, et a récemment accepté un contrat pour les Deliwen afin d’animer un salon privé dans la salle arrière des bains publics de Grand-canal, deux quartiers plus loin. Ça sent la recherche de protection à plein nez, le coup de pression de Foster devait être plus sérieux que ce qu’on a bien voulu m’en dire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bien. C’est donc là-bas qu’on a le plus de chance de le trouver, d’après toi ? Tu pourrais aller y jeter un œil et…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Penses-tu, déjà fait ! Et je connais les établissements des Deliwen comme ma poche, pas besoin de m’y déplacer en personne, quelle perte de temps. Non, j’ai fait jouer mes contacts, il ne devrait plus tarder.&lt;br /&gt;
Pour lui répondre, la porte de l’auberge s’ouvrit et un jeune homme au visage tendre balaya l’intérieur du regard. Joli-cœur lui fit un signe de main précis et discret, et il vint s’asseoir avec les autres, intimidé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ardan le toisa un instant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Faut manger, mon garçon. Tu avais les joues moins creuses sur mon dessin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Laisse le pauvre garçon tranquille, Val. Tu vois bien qu’il est terrifié, le réprimanda Le Goff.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Merci Ardan, beau travail. Tu nous a fait gagner un temps précieux, fit tourner court De Walburge. Bienvenue, Georges. Je ne sais pas ce qu’on t’a dit pour te faire venir ici, alors je préfère mettre les choses au clair tout de suite. Je suis envoyé par la comtesse d’Agaménée, qui est, je te rassure, saine et sauve. Toi par contre, tu cours un grand danger, et ce bien au-delà de tes ennuis avec la pègre locale. La comtesse s’est mise le gouvernement à dos, et nous avons de fortes raisons de penser qu’ils feront le lien avec toi d’un jour à l’autre. Si tu acceptes de nous suivre, nous avons un plan pour te faire quitter le pays au plus vite. Le voyage ne sera ni rapide, ni facile, mais si tout se passe comme prévu, tu pourras retrouver la comtesse et faire librement ta vie avec elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Demusete se concentrait, l’air grave, pour intégrer toutes les informations qu’on lui lançait à la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce qui me dit que vous ne cherchez pas à me duper ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ton bon sens, mon garçon. Libre à toi de nous suivre ou non. J’avoue ne pas avoir pris le temps de demander à la comtesse une mèche de ses cheveux ou une lettre parfumée signée d’un baiser. Nous avons dû agir au plus vite pour précéder tes ennuis, et à ton air circonspect, j’en déduis que nous avons réussi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’en fallut pas beaucoup plus pour le convaincre. Comme Joli-cœur le fit remarquer aux autres après qu’il prit congé pour la nuit, il avait l’attitude fébrile de celui prêt à attraper la première bouée de sauvetage venue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque Foster obtint des Deliwen l’autorisation de fouiller les bains de Grand-canal, le jeune Georges Demusete avait déjà disparu. Pourquoi des Fides Magus du Grand Ministre étaient-ils venus en personne lui demander de mettre la main ce musicien de pacotille, il ne le saura jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au grand port de Mesphota, le soleil se levait à peine à travers la brume et le général Hadré Shiels supervisait le chargement d’une caravelle, censée approvisionner Port-Clérus. Promu depuis la guerre de Perrasie, il avait désormais la charge de la ligne maritime de la côte est, et avait fort à faire avec toutes les attaques des pirates Perrasiens qui pullulaient, embusqués derrière le moindre des rochers qui constellaient le large des côtes. Sur le quai, devant les mousses qui s’affairaient à charger le bâtiment, était aligné une ribambelle de marins au visage fermé, les pieds et les mains entravés par des fers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Une belle bande de pendards. Vous les avez récupérés où, ceux-là ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Des Perrasiens qui traînaient près du navire, mon général. Ils n’avaient rien sur eux, ni armes, ni papiers, ni contrebande. On pense qu’ils ont passé la frontière en barque, illégalement. Leurs motivations sont inconnues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Shiels défila devant les prisonniers, les toisant avec mépris. Il s’arrêta devant une femme grande et trapue, au visage bovin et rougi qui le dévisageait d’un œil mauvais, son second œil dissimulé derrière un cache-œil. Il soutint son regard, un sourire insolent aux lèvres. Il aimait les effrontés. Ils étaient les plus intéressants à humilier. Elle lui cracha au visage. Shiels ne recula même pas. Impassible, il sortit un mouchoir brodé de sa poche pour s’essuyer, et le jeta négligemment sur la prisonnière. Il siffla un de ses hommes, qui lui apporta une trique, et l’abattit de toutes ses forces sur son crâne. Elle ne bougea pas d’un iota, ne réagissant que d’un grognement agacé. C’était comme si un éclair avait traversé le bras du général. La trique se brisa comme du verre sous la force du choc, et Shiels resta un instant secoué par la force du retour, se demandant si les os de son bras n’avaient pas éclaté en même temps que son bâton. Dans le même instant, la prisonnière fit un pas en avant et leva ses bras épais pour passer la chaîne de ses menottes autour de son cou. Aussitôt des arbalètes se braquèrent sur elle. Shiels, la tête rouge et les yeux exorbités par la surprise, compta ses hommes qui tenaient en joue son agresseuse. Seule la moitié avait réagi, où étaient les autres ?&lt;br /&gt;
De nouveau, des bruits d’arbalètes. Le reste de ses hommes avait formé une ligne à l’arrière et se retournait contre eux, forçant ses propres arbalétriers à jeter leurs armes. Parmi eux, deux chevaliers, la tête dissimulée sous un heaume, s’avancèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Nous prenons le contrôle des opérations, capitaine Shiels. Vous êtes relevé de vos fonctions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Capitai- ? S’interloqua Shiels avant de se couper lui-même au moment où les deux hommes retirèrent leur heaume. Il s’agissait de Richard de Walburge et de Val Ardan, deux anciens de ses hommes de l’époque de la conquête de la Perrasie. Le premier avait trahi et déserté, et le second s’était fait passé pour mort. La menace était sérieuse : à y bien regarder, la plupart des hommes derrière eux étaient des vétérans de sa compagnie. Ardan était alors très populaire, et avait une intelligence sociale comme il en avait rarement vue : il le savait très capable de les convaincre d’à peu près n’importe quoi. Malgré la chaîne qui lui pressait sur la trachée, il se força à rire. Il fallait qu’il regagne contrôle de la situation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que vous essayez de faire ? Vous êtes seuls dans ce port, ce n’est qu’une question de secondes avant que l’endroit ne soit noir de gardes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En réalité, aussi tôt le matin, il n’y avait pas grand monde pour venir les seconder. Il y avait même de fortes chances pour que personne n’assiste à l’incident. Il ne cherchait qu’à gagner du temps. Il savait que l’équipage de la caravelle derrière lui armait les harpons du pont pour se préparer à riposter. S’ils ouvraient le feu sur le quai, ce n’est pas la douzaine d’hommes dissidents qui les menaçaient qui pourraient faire quelque chose. Pourtant, De Walburge le regardait droit dans les yeux avec un aplomb déconcertant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Nous réquisitionnons cette caravelle, capitaine Shiels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Derrière lui, il entendit les fers des prisonniers tomber au sol, défaits. Il eut un horrible pressentiment. Un éclat lumineux attira son attention, en périphérie de sa vision, du haut du phare non loin, perdu dans les brumes, suivit par un sinistre sifflement qui traversait le ciel. Sur la caravelle, l’homme qui ajustait discrètement le lance-harpon de proue s’effondra, la tête percée d’une longue flèche. Immédiatement après, les sifflements se multiplièrent : chaque seconde, c’était une flèche qui s’abattait de nouveau sur le pont, tombant droit depuis le ciel et fauchant autant de tireurs qui tentaient de prendre position. En quelques instants, les prisonniers perrasiens avaient désarmé ses hommes et pris contrôle de l’embarcation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous ne vous en sortirez pas comme ça ! La marine vous retrouvera ! Vous ne rejoindrez jamais la Perrasie sains et saufs, vous entendez ? Vous…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard fit un bref signe de main. Casse-brique tordit le cou de Shiels qui tomba au sol comme une poupée de chiffon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Soldats, la suite va être très simple. Je ne souhaite pas de victime inutile, et je ne cherche que le meilleur pour l’Arthon. Si vous avez servi Shiels pendant aussi longtemps que moi, vous savez  que ce qui vient de se produire est dans l’intérêt de nous tous. Alors ceux qui n’ont rien vu, mise à part une audacieuse attaque de pirates perrasiens, vous pouvez rejoindre vos amis derrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les hommes qui étaient restés fidèles à Shiels, une bonne moitié recula derrière les arbalétriers qui les tenaient en joue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pour les autres, j’admire votre loyauté, et déplore que vous ayez choisi de la placer aussi mal. Vos familles seront prévenues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les arbalètes décochèrent en même temps, et les derniers hommes qui se tenaient au milieu du quai s’effondrèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard fit signe au pont de la caravelle, et les passerelles furent levées pour se préparer à un départ immédiat. L’un des prisonniers perrasiens, qui n’était autre que Demusete, se pencha au-dessus du bastingage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous ne venez pas avec nous, Richard ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai encore à faire ici, mon jeune ami ! Nous nous reverrons peut-être, je l’espère ! Passez le bonjour à la comtesse de ma part ! Ne craignez rien, vous êtes entre de bonnes mains ! L’équipage de la Seiche d’argent sont les meilleurs marins que je connaisse ! Ils vous amèneront à bon port à n’en pas douter !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un perrasien lui fit signe depuis le pont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous passerez le bonjour au capitaine Dreemur ! Lui cria Richard en réponse à son geste amical.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la caravelle quitta le port dans le silence, et Richard et Ardan disparurent dans la brume. Lorsque les gardes arrivèrent enfin, ils trouvèrent les survivants de l’escadron de Shiels traumatisés par une brutale attaque pirate, dont le récit fut corroboré par la sergente Le Goff, décorée de multiples fois pour ses nombreux hauts-faits d’arme, prise dans l’attaque alors qu’elle visitait la ville à l’occasion d’une permission exceptionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Discrètement, l’un des hommes de Shiels, qui avait servi sous ses ordres à l’époque où Richard était encore parmi eux, et qui se faisait une joie de le revoir, demanda à la sergente s’il allait revenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qui sait, soldat, qui sait, tant que sa vadrouille n’est pas encore terminée…&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Richard_de_Walburge&amp;diff=833</id>
		<title>Richard de Walburge</title>
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		<updated>2023-06-25T09:14:51Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : /* (Nouvelle) Contrepartie Ulule 2021 */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Richard de walburge.jpg|vignette|Richard de Walburge à l&#039;appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Richard de Walburge&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Richard de Walburge&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===&#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[Contrepartie Ulule 2021]]===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Retour au pays&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Richard de Walburge, ancien chevalier arthonnien ayant participé à la guerre de Perrasie, déserta lorsque les ordres de son capitaine, Hadré Shiels, devinrent trop inhumains. Il joua par la suite le rôle de conseiller et de guerrier auprès des éminences de la Fédération de Bragorn, leur rendant de nombreux services héroïques. L’action se déroule à la suite des événements de Kahn-Brava, en Tamendil, à l’automne 1137, auquel Richard a participé.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au bout du vallon, le soleil se renfrognait de ses dernières œillades rougies, qui venaient encore appesantir l’atmosphère chargée du soir. Le vent chaud qui se laissait mollement couler ne parvenait qu’à faire remonter cette odeur de suie et de braise éteinte que l’on commençait à peine à ne plus sentir brûler au fond des gorges. En contrebas, les flancs éventrés et noircis de Tamendil s’étaient découverts de leurs tentes et de leurs bannières, et ne gardaient que des échardes irrégulières partout où les délégations avaient abandonné piquets tordus ou toiles arrachées. Sur les hauteurs, à l’écart de la caravane de la délégation de Bragorn qui reprenait péniblement sa route, une femme dissimulée sous une grande capuche s’entretenait avec un homme en armure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Que vais-je faire, Richard ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— La même chose que nous tous en ce bas-monde : survivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Quelle sotte je fais… Toutes ces années à m’être battue pour obtenir un statut, un avenir, pour que d’un revers de main…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Croyez-moi, c’est sûrement ce qui pouvait vous arriver de mieux. Il vaut mieux être un vagabond libre qu’un duc au service des pontes actuels de l’Arthon – ou de votre mari, pour ce que ça vaut…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Comment avez-vous donc fait, vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’ai-je donc fait ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— La chevalerie, vos valeurs, votre éducation : toute votre vie ; décider ainsi, en un instant, de tout jeter au feu. Il ne s’agit pas seulement de déserter, mais de renoncer à tout ce qui vous a construit… Où avez-vous trouvé cette force ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est que j’ai justement plus d’allégeance à mes valeurs qu’à mes supérieurs. La réflexion est inverse, madame : rester, c’était tout renier, partir, c’était rester entier. Je me serais fait violence bien davantage à devenir un chien de l’Arthon. Je n’ai jamais cessé d’être un chevalier, contrairement à eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et vous n’avez jamais regardé derrière vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je regarde tout le temps derrière moi, mais ce n’est pas par regret. Si je suis convaincu de mon choix, l’Arthon est mon pays, et il le restera. Mais la meilleure façon de l’aider à redevenir un pays dont je serai fier, c’est d’être ici. Vous n’avez rien perdu, madame. Vous êtes toujours la comtesse d’Agaménée. Partez à Bragorn et faites-vous traiter comme telle. Votre voix a du poids,  les Elfes ne comprennent rien aux affaires des Humains. Je suis un militaire, alors ils ne me feront jamais pleinement confiance, et je ne suis pas si doué pour les affaires de cour, tandis que vous… Nous avons besoin de quelqu’un comme vous, qui donne une voix au peuple arthonnien autre que celle de l’ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’aimerais de tout cœur, mais je ne peux pas me défaire de cette terreur… Si je fuis l’Arthon...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous craignez pour votre aimé, qui est resté à Atthalos ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ils vont le massacrer. Ils trouveront nos correspondances, à mon domaine. Ils vont le trouver et lui faire payer au centuple toute l’amertume qu’ils auront gardée de ma fuite. Je ne peux pas lui infliger ça, ce pauvre Georges n’a rien demandé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Madame, si ce n’est que ça ! Partez tranquille à Rinnedel faire votre travail, et laissez-moi faire le mien. Si en ces circonstances je peux me permettre d’être cavalier et de déroger au protocole, concédez, comtesse, à me laisser mettre humblement mon écu et mon épée à votre service. Je vous ramènerai votre aimé sain et sauf, soyez sans crainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La comtesse protesta d’abord, soucieuse de faire courir au chevalier un risque trop grand, mais le brave Richard de Walburge resta ferme. Il avait beau être un déserteur, cela faisait un moment qu’il pensait à retourner au pays voir de vieux amis. Il avait une idée bien déraisonnable derrière la tête qu’il ne parvenait à chasser, et avoir la charge d’y retourner pour rendre service à une noble dame lui permettrait enfin d’avoir l’occasion suffisante pour tenter de la mettre en œuvre. Alors ils firent leurs adieux, Richard échangea quelques mots à ses amis de la Fédération, et son chemin se sépara du leur. Il ne rentrerait pas à Bragorn : il lui fallait agir vite s’il voulait arriver à temps. Il ne disposait que de quelques maigres semaines avant que les enquêteurs ne fouillent dans les affaires de la comtesse et ne remontent jusqu’à Georges Demusete, le jeune musicien de la Ville basse qui avait pris son cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non loin de la frontière arthonnienne, une auberge pleine à craquer s’agitait, secouée de soldats en transit anxieux à la perspective imminente de la guerre. La frontière se verrouillait, heure après heure, et Richard était arrivé juste à temps pour profiter de sa porosité avant que l’armée n’achève de prendre ses positions. Sur un coin de table, il terminait sa soupe en observant tenanciers et militaires se répondre à la volée, sur un ton également crispé : personne n’avait envie d’être ici ce soir. Les troupes de la Fédération allaient lancer l’offensive le lendemain, disait-on.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard du chevalier s’était attardé avec une pointe de tristesse sur la seule personne de la salle bondée qui semblait tout à fait indifférente au climat électrique, avachie seule sur sa table, entourée de godets vides. Elle ronflait par intermittence, comme si elle avait du mal à décider elle-même si elle dormait ou non. De Walburge ne doutait pas des informations qu’il avait obtenues : c’était bien la personne qu’il cherchait, mais il ne se résolvait pas à l’accepter. Il soupira et se leva finalement, se frayant un chemin avec sa chaise à travers la foule pour la poser et s’asseoir en face d’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Le Goff !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La masse inerte bougea à peine en grognant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— SERGENT LE GOFF !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La masse se releva brusquement, repoussant du ventre la table qui racla bruyamment contre le sol pavé. C’était une femme à la carrure imposante, large de taille et d’épaule, au visage si carré que même aussi bouffi par l’alcool qu’il était, il ne parvenait à s’arrondir. Ses cheveux étaient sales et négligés, raides comme de la paille et tailladés inégalement pour ne pas lui retomber devant le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— AU RAPPORT CAPI- oh. Vous êtes qui ? Comment vous connaissez mon nom ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Qu’ont-ils fait de toi, ma pauvre Maria… J’en étais venu à espérer que je t’avais prise pour quelqu’un d’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maria le Goff se frotta les yeux pour tenter identifier cette silhouette qui lui parlait d’un ton si familier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est pas vrai, Vadrouille ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça fait bien longtemps qu’on ne m’avait pas appelé comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Goff changea brusquement d’attitude. Elle essaya de se réajuster sur sa chaise et de se tenir droite, saisie d’une subite honte quant au spectacle qu’elle offrait. Puis elle regarda à gauche et à droite, pour s’assurer que personne ne les écoutait, avant de se pencher vers lui pour lui dire à voix basse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce qui te prend de revenir ici ? On m’a dit que tu avais déserté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne suis que de passage, mais je me suis dit que c’était l’occasion de visiter de vieux amis. J’ai discuté avec quelques soldats. Alors comme ça, tu rempiles ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pas le choix. On quitte pas l’armée comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et pourquoi pas ? Je ne m’en porte pas si mal. À en voir ton état, tu t’es rabattue sur d’autres moyens de t’évader autrement moins efficaces. De Walburge pointa du menton les godets vides qui jonchaient la table. Dire qu’ils ont réussi à briser même Le Goff... Je te croyais plus dure que ton armure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Goff s’accouda à en faire plier la table et le pointa d’un doigt menaçant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est du jugement que j’entends ? On est pas fait pareil, Vadrouille. Pour toi, la guerre, c’est de l’intérim. Tu sais mouiller ton camail quand il faut, je le concède, mais t’es plus à l’aise en civil. L’armée, c’est tout ce que je suis. J’ai la tronche et la délicatesse d’un glissement de terrain. Où veux-tu que j’aille me foutre ? Ce que je sais faire de mieux, c’est encaisser des roustes et en rendre des plus grosses. Mes sup’ l’ont bien pigé, dès que l’info est tombée, on m’a balancé ici au front. Je suis arrivée parmi les premiers. « Envoyez Casse-Brique », qu’ils ont dit. « ça va leur faire tout drôle, aux longues-oreilles ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard sourit en coin. Du temps où ils étaient à la caserne ensemble, elle avait forgé une solide réputation lors des entraînements au combat à mains nues : personne n’avait jamais réussi à la coucher. Elle avait la tête si dure qu’un défi s’était lancé au sein de la compagnie : trouver quelque chose capable de l’assommer. Ils en avaient brisé, des gourdins, et éclaté bien des briques sur son crâne sans même qu’elle ne soit sonnée (ce qui lui avait d’ailleurs valu le surnom de Casse-brique). Le défi avait finalement été remporté par Val Ardan, un de leurs amis communs, qui avait démontré par l’expérience que ce qu’il fallait pour assommer Casse-brique, ce n’était ni plus ni moins qu’une barrique entière d’eau-de-vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme si elle savait où les pensées de Richard s’étaient égarées, Le Goff fit remarquer :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu vois, rien n’a changé. Ils tapent toujours comme des fillettes, alors je suis obligée de repasser derrière pour me foutre proprement à l’envers. C’est pénible d’avoir la tête dure, tu sais. Ce que je donnerais pas pour m’abrutir plus facilement. C’est pas bon d’avoir un cerveau fonctionnel, ici-bas. Ça rend malheureux. Regarde-les tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle balaya d’un œil vitreux l’assemblée. Des soldats rongés par le stress, la tête vissée dans les épaules, mangeaient sans appétit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Que du sang neuf. Les vieux – moi mise à part, on les garde à l’arrière pour l’instant, pour la contre-attaque. Comme on sait pas à quoi s’attendre, on n’envoie pas les bons éléments au casse-pipe tout de suite. Ils vont se faire bouffer tout cru, et ils le savent. La plupart vont pas réussir à dormir, et vont mourir demain comme des cons en ayant passé la dernière soirée de leur vie minables, à bouffer des fèves froides en tremblant. Ils feraient mieux de picoler, si tu veux mon avis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je n’ai pas l’impression que tu passes une bien meilleure soirée qu’eux pour autant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai pas leur pression. Moi je vais pas mourir demain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Comment tu peux en être aussi sûre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Allons, les gens comme moi ne meurent pas au front, c’est bien connu. Un jour j’avalerais une arête de travers, ou je choperais la gangrène en marchant sur un clou, la vie a ce sens de l’humour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai mieux à te proposer qu’aller t’enterrer dans la boue du front. Je compte rester en Arthon un certain temps. On ne sait pas comment va évoluer la guerre, pour le meilleur ou pour le pire. Je souhaite voir ce gouvernement tomber, mais je ne souhaite pas non plus voir mon pays détruit par la guerre. À frapper de l’intérieur, stratégiquement, on pourrait faire tomber les têtes de mules qui ont monté tout le continent contre nous et désescalader la situation avant qu’il ne reste plus rien à sauver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu m’en demandes beaucoup. J’ai pas la finesse de faire de la résistance politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu n’en auras pas besoin, je m’occupe des subtilités. Retrouve-moi à Atthalos, à l’auberge de Granchesne, dans une semaine, nous y discuterons plus calmement. Fais-toi porter pâle, pose une permission, débrouille-toi. Évite de déserter tout de suite, tes bons rapports avec l’armée vous nous être utile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  « Nous » ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge, qui s’était déjà levé, marqua un arrêt pour lui adresser un sourire complice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne penses pas qu’on allait se taper tout le boulot à deux. Je me suis dit qu’il était plus que temps de réunir la fine équipe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une lueur s’illumina au fond des yeux de Le Goff, si vive qu’elle brillait malgré le voile opaque que l’alcool avait jeté dessus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je vais voir ce que je peux faire, Vadrouille, se contenta-t-elle de répondre sans le regarder s’éloigner en vidant le fond de son dernier verre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
***&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques jours plus tard, Richard marqua une pose sur la route d’Atthalos, au petit village d’Ibère-la-Sainte, posté à l’entrée du Val de Galaad. Surplombé de sa belle église, il était un point de passage important pour les pèlerins de Valla qui se rendaient au Monastère de Slugart, plus au sud. Il passa les portes du village, interloqué par le vieux panneau qui indiquait la frontière du village. Le pieu qui soutenait le panneau, large d’une dizaine de centimètres, voyait son sommet surplombé d’un bouquet de flèches parfaitement plantées à la verticale. Il n’était pas rare d’observer ce genre de coutume locale dans les petits villages. Par chance, il n’avait pas été contrôlé jusqu’ici. Il se disait qu’en ces temps troublés, les gardes montés avaient mieux à faire que d’arrêter des voyageurs solitaires sur des routes de campagne. Il leva les yeux vers le clocher de l’église, à quelques centaines de mètres de là, une pointe d’incrédulité dans le regard. Encore une fois, il n’avait pas de raison de douter des informations qui l’avaient conduit jusqu’ici, et pourtant… Il fallait croire que tous ces anciens compagnons d’armes avaient à leur manière fait un rejet de l’armée aussi violent que le sien, bien à leur manière. C’était rassurant, en un sens. Il les avait bien choisis : c’était la preuve qu’ils avaient cherché à préserver leur humanité avant tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est bien ici que je peux trouver frère Laval ? Demanda-t-il à la sœur de Valla qu’il croisa à l’entrée de l’église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sœur pointa le chœur de l’église, où un homme en bure l’observait depuis l’autel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je t’ai vu arriver, Richard. Qu’est-ce qui t’amène après tout ce temps ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux hommes s’engagèrent dans les escaliers en colimaçon du clocher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors, tu as rejoint les ordres. Tu voulais t’acheter une rédemption ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Un moine qui devient moine pour se racheter n’a rien compris. Il n’y a pas plus damné qu’un moine. On ne se sauve pas nous-même, on sauve les autres. Quand on a tué autant que j’ai tué, il n’y a que deux issues : comprendre mieux que quiconque la valeur de la vie, et tenter de la faire comprendre aux innocents qui ne se rendent pas compte de leur chance, ou bien…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ou bien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ou bien devenir une coquille vide. Un vaisseau de la mort, un émissaire noir. J’ai rencontré la mort. Je l’ai vue, ce jour-là, où elle m’a tendue la main pour me féliciter. Me dire « bravo, il ne te reste plus qu’une âme à faucher, et tu seras mon égal : la tienne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux compagnons étaient arrivés en haut de la tour, où trônait une grosse cloche en bronze. Ils s’approchèrent de la balustrade pour contempler la campagne vallonnée qui s’étendaient sous leurs yeux. Au loin, on pouvait apercevoir Slugart, et quelques colonnes de fumées le long de l’horizon, à l’endroit où le front s’était établi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors tu as définitivement raccroché ton arc ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne m’as-tu pas écouté ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu as raccroché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai compris la valeur de la vie, Richard. Tout comme toi, je sais ce qu’il en coûte de la protéger.&lt;br /&gt;
Laval passa la main sur la poutre qui les surplombait, et en sortit un arc long et un carquois. Il inspira longuement en laissant le vent passer sur son visage, banda son arc sans effort et décocha en plein vers le ciel. La flèche disparut un instant dans le soleil avant de retomber droit vers le sol, et se ficher avec les autres, en plein sur le dessus du poteau qui marquait l’entrée du village.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard se retourna et vint frapper pensivement la lourde cloche en bronze de ses phalanges pour la faire doucement résonner. Il aurait dû reconnaître le tir signature de Laval dès son arrivée au village. L’archer d’élite avait toujours eu un penchant pour la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu es venu ici pour qu’on te retrouve, la Cloche. Tu savais que ta petite retraite serait provisoire.&lt;br /&gt;
— Quand j’ai appris pour ta désertion, j’ai compris que je n’avais pas fini d’entendre parler de toi, Vadrouille. Tu as déjà retrouvé les autres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai vu Casse-brique à la frontière. C’est une épave, mais elle en a toujours autant dans le ventre. Elle viendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne peux pas couler quelqu’un qui vit déjà au fond de l’eau ; elle nous enterrera tous, marmonna Laval. Tu n’as pas vu Ardan ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Non, justement. Je n’ai aucune piste à son sujet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je sais où il est, mais le faire sortir de son trou ne sera pas facile. Je vais t’amener à lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne m’attendais pas à ce que tu me suives aussi facilement. Tu ne veux pas savoir ce qui m’amène, d’abord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu me raconteras sur la route. Si tu es là, c’est que tu as besoin de moi. Ai-je besoin d’en savoir plus ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux jours plus tard, deux moines de Valla en bure entraient par la porte sud-est d’Atthalos. Au bout de quelques heures d’errance dans les bas-quartiers, l’un deux s’arrêta devant un bâtiment à la façade décrépie et retira sa capuche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est là, déclara simplement Laval.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge retira à son tour sa capuche pour scruter l’endroit dans toute sa hauteur. Aucune enseigne, et de lourds rideaux qui occultaient les quelques étroites fenêtres. Pourtant, l’endroit ne semblait pas abandonné. Si la façade était défraîchie, le pas de l’entrée était convenablement balayé. Il se retourna vers son ami.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est un bordel ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu crois ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est un bordel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le chevalier soupira, résigné, et s’avança pour pousser la porte. Rien de très étonnant, ils parlaient après tout de Val Ardan, celui qu’ils avaient surnommé Joli-cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fronça les yeux et le nez, attaqué par les lourdes effluves qui encombraient l’endroit. Laval, qui avait la meilleure vue, pointa immédiatement un divan perdu dans la fumée, au fond du grand salon commun. Ils coupèrent la route à la tenancière qui venait pour les accueillir, perplexe devant leurs habits de moine, et ils se dirigèrent sans un mot vers le fond de la salle. Un homme au teint pâle était avachi sur la vieille banquette et riait si fort qu’il en soulevait son jabot défait, deux jeunes femmes lascivement pendues à son cou. De Walburge le saisit par une épaule, Laval par une cheville, et Joli-cœur fut traîné sans cérémonie jusqu’à l’entrée pour être jeté sur le pavé sale par-dessus la volée de marche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je vais payer, je vous jure ! Articula-t-il dans la douleur, les yeux plissés et la main en visière pour essayer de dévisager ses agresseurs, incommodé par la lueur vive et soudaine de la lune blafarde qui éclairait la ruelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ah, c’est vous, réalisa-t-il en les reconnaissant finalement, du ton cryptique de celui qui n’était pas bien sûr s’il devait s’en rassurer ou s’en inquiéter davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi ils se retrouvèrent non loin, à l’auberge de Granchesne, en bordure d’Atthalos. Le Goff les attendait déjà, un bandage sur l’œil qui peinait à camoufler une mauvaise blessure. Richard et Laval arrivèrent ensuite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et Joli-cœur ? S’enquit Casse-brique en saluant ses vieux amis qui prenaient place autour d’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il est censé venir. Je lui ai demandé de chercher quelque chose avant de nous rejoindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu es sûr qu’il viendra ? Il nous dévisageait comme des fantômes revenus le hanter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il viendra. Ardan a des mœurs légères, mais il a le sens des responsabilités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ce bon vieux Joli-cœur. Je me demandais ce qu’il était devenu, commenta Casse-brique en rêvassant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Joli-cœur passa en effet la porte peu de temps après, les cheveux coiffés à la hâte et l’air inquiet. Le Goff s’exclama joyeusement à sa vue et se leva pour le serrer dans ses bras avec force, ruinant ses quelques efforts de paraître présentable en lui frottant vigoureusement le poing contre la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors tu as vraiment retrouvé tout le monde ! Il fallait que je le voie pour y croire !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Certains ont été plus difficiles à convaincre que d’autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous m’auriez demandé gentiment, j’aurais dit oui de suite, souffla Ardan en s’asseyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne dis jamais oui de suite, Ardan. Si on ne te force pas un peu la main, tu tergiverses à n’en plus finir et tu fais perdre du temps à tout le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ardan croisa un bras, et s’inspecta les ongles de son autre main, vexé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Toute décision importante doit être mûrement réfléchie. Il faut bien un type prudent, dans cette équipe de casse-cous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge ne prit pas la peine de répondre et poursuivit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bien. Avant toute chose, sachez que je suis ravi de vous revoir tous. De tous mes anciens collègues de l’armée, vous êtes parmi les rares à qui j’ai choisi d’accorder ma pleine confiance, et constate que j’ai bien choisi. Au vu de vos situations respectives, j’en déduis que vous avez tiré de les mêmes conclusions que moi quant à l’état de l’armée de ce pays. J’ai rencontré beaucoup de gens puissants lors de mes séjours à l’étranger, qui sont prêts à nous aider, et je pense aujourd’hui avoir accumulé suffisamment d’entre-gens et d’astuce pour avoir le maigre espoir de pouvoir faire quelque chose. Ardan, tu as fait ce que je t’ai demandé ?&lt;br /&gt;
L’intéressé sortit de sa veste un carnet qu’il lança ouvert sur la table. Il y figurait le croquis d’un visage et plusieurs notes qui indiquait des noms et des adresses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Georges Demusete, musicien itinérant, connu pour jouer les dimanches au marché de la place Favert, et les soirs en semaine dans les tavernes environnantes. A cessé de jouer à l’auberge du Héron à deux becs il y a peu suite à un conflit territorial avec les Saltimbanques. Cherche depuis à se relocaliser, et a récemment accepté un contrat pour les Deliwen afin d’animer un salon privé dans la salle arrière des bains publics de Grand-canal, deux quartiers plus loin. Ça sent la recherche de protection à plein nez, le coup de pression de Foster devait être plus sérieux que ce qu’on a bien voulu m’en dire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bien. C’est donc là-bas qu’on a le plus de chance de le trouver, d’après toi ? Tu pourrais aller y jeter un œil et…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Penses-tu, déjà fait ! Et je connais les établissements des Deliwen comme ma poche, pas besoin de m’y déplacer en personne, quelle perte de temps. Non, j’ai fait jouer mes contacts, il ne devrait plus tarder.&lt;br /&gt;
Pour lui répondre, la porte de l’auberge s’ouvrit et un jeune homme au visage tendre balaya l’intérieur du regard. Joli-cœur lui fit un signe de main précis et discret, et il vint s’asseoir avec les autres, intimidé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ardan le toisa un instant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Faut manger, mon garçon. Tu avais les joues moins creuses sur mon dessin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Laisse le pauvre garçon tranquille, Val. Tu vois bien qu’il est terrifié, le réprimanda Le Goff.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Merci Ardan, beau travail. Tu nous a fait gagner un temps précieux, fit tourner court De Walburge. Bienvenue, Georges. Je ne sais pas ce qu’on t’a dit pour te faire venir ici, alors je préfère mettre les choses au clair tout de suite. Je suis envoyé par la comtesse d’Agaménée, qui est, je te rassure, saine et sauve. Toi par contre, tu cours un grand danger, et ce bien au-delà de tes ennuis avec la pègre locale. La comtesse s’est mise le gouvernement à dos, et nous avons de fortes raisons de penser qu’ils feront le lien avec toi d’un jour à l’autre. Si tu acceptes de nous suivre, nous avons un plan pour te faire quitter le pays au plus vite. Le voyage ne sera ni rapide, ni facile, mais si tout se passe comme prévu, tu pourras retrouver la comtesse et faire librement ta vie avec elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Demusete se concentrait, l’air grave, pour intégrer toutes les informations qu’on lui lançait à la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce qui me dit que vous ne cherchez pas à me duper ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ton bon sens, mon garçon. Libre à toi de nous suivre ou non. J’avoue ne pas avoir pris le temps de demander à la comtesse une mèche de ses cheveux ou une lettre parfumée signée d’un baiser. Nous avons dû agir au plus vite pour précéder tes ennuis, et à ton air circonspect, j’en déduis que nous avons réussi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’en fallut pas beaucoup plus pour le convaincre. Comme Joli-cœur le fit remarquer aux autres après qu’il prit congé pour la nuit, il avait l’attitude fébrile de celui prêt à attraper la première bouée de sauvetage venue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque Foster obtint des Deliwen l’autorisation de fouiller les bains de Grand-canal, le jeune Georges Demusete avait déjà disparu. Pourquoi des Fides Magus du Grand Ministre étaient-ils venus en personne lui demander de mettre la main ce musicien de pacotille, il ne le saura jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au grand port de Mesphota, le soleil se levait à peine à travers la brume et le général Hadré Shiels supervisait le chargement d’une caravelle, censée approvisionner Port-Clérus. Promu depuis la guerre de Perrasie, il avait désormais la charge de la ligne maritime de la côte est, et avait fort à faire avec toutes les attaques des pirates Perrasiens qui pullulaient, embusqués derrière le moindre des rochers qui constellaient le large des côtes. Sur le quai, devant les mousses qui s’affairaient à charger le bâtiment, était aligné une ribambelle de marins au visage fermé, les pieds et les mains entravés par des fers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Une belle bande de pendards. Vous les avez récupérés où, ceux-là ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Des Perrasiens qui traînaient près du navire, mon général. Ils n’avaient rien sur eux, ni armes, ni papiers, ni contrebande. On pense qu’ils ont passé la frontière en barque, illégalement. Leurs motivations sont inconnues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Shiels défila devant les prisonniers, les toisant avec mépris. Il s’arrêta devant une femme grande et trapue, au visage bovin et rougi qui le dévisageait d’un œil mauvais, son second œil dissimulé derrière un cache-œil. Il soutint son regard, un sourire insolent aux lèvres. Il aimait les effrontés. Ils étaient les plus intéressants à humilier. Elle lui cracha au visage. Shiels ne recula même pas. Impassible, il sortit un mouchoir brodé de sa poche pour s’essuyer, et le jeta négligemment sur la prisonnière. Il siffla un de ses hommes, qui lui apporta une trique, et l’abattit de toutes ses forces sur son crâne. Elle ne bougea pas d’un iota, ne réagissant que d’un grognement agacé. C’était comme si un éclair avait traversé le bras du général. La trique se brisa comme du verre sous la force du choc, et Shiels resta un instant secoué par la force du retour, se demandant si les os de son bras n’avaient pas éclaté en même temps que son bâton. Dans le même instant, la prisonnière fit un pas en avant et leva ses bras épais pour passer la chaîne de ses menottes autour de son cou. Aussitôt des arbalètes se braquèrent sur elle. Shiels, la tête rouge et les yeux exorbités par la surprise, compta ses hommes qui tenaient en joue son agresseuse. Seule la moitié avait réagi, où étaient les autres ?&lt;br /&gt;
De nouveau, des bruits d’arbalètes. Le reste de ses hommes avait formé une ligne à l’arrière et se retournait contre eux, forçant ses propres arbalétriers à jeter leurs armes. Parmi eux, deux chevaliers, la tête dissimulée sous un heaume, s’avancèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Nous prenons le contrôle des opérations, capitaine Shiels. Vous êtes relevé de vos fonctions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Capitai- ? S’interloqua Shiels avant de se couper lui-même au moment où les deux hommes retirèrent leur heaume. Il s’agissait de Richard de Walburge et de Val Ardan, deux anciens de ses hommes de l’époque de la conquête de la Perrasie. Le premier avait trahi et déserté, et le second s’était fait passé pour mort. La menace était sérieuse : à y bien regarder, la plupart des hommes derrière eux étaient des vétérans de sa compagnie. Ardan était alors très populaire, et avait une intelligence sociale comme il en avait rarement vue : il le savait très capable de les convaincre d’à peu près n’importe quoi. Malgré la chaîne qui lui pressait sur la trachée, il se força à rire. Il fallait qu’il regagne contrôle de la situation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que vous essayez de faire ? Vous êtes seuls dans ce port, ce n’est qu’une question de secondes avant que l’endroit ne soit noir de gardes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En réalité, aussi tôt le matin, il n’y avait pas grand monde pour venir les seconder. Il y avait même de fortes chances pour que personne n’assiste à l’incident. Il ne cherchait qu’à gagner du temps. Il savait que l’équipage de la caravelle derrière lui armait les harpons du pont pour se préparer à riposter. S’ils ouvraient le feu sur le quai, ce n’est pas la douzaine d’hommes dissidents qui les menaçaient qui pourraient faire quelque chose. Pourtant, De Walburge le regardait droit dans les yeux avec un aplomb déconcertant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Nous réquisitionnons cette caravelle, capitaine Shiels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Derrière lui, il entendit les fers des prisonniers tomber au sol, défaits. Il eut un horrible pressentiment. Un éclat lumineux attira son attention, en périphérie de sa vision, du haut du phare non loin, perdu dans les brumes, suivit par un sinistre sifflement qui traversait le ciel. Sur la caravelle, l’homme qui ajustait discrètement le lance-harpon de proue s’effondra, la tête percée d’une longue flèche. Immédiatement après, les sifflements se multiplièrent : chaque seconde, c’était une flèche qui s’abattait de nouveau sur le pont, tombant droit depuis le ciel et fauchant autant de tireurs qui tentaient de prendre position. En quelques instants, les prisonniers perrasiens avaient désarmé ses hommes et pris contrôle de l’embarcation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous ne vous en sortirez pas comme ça ! La marine vous retrouvera ! Vous ne rejoindrez jamais la Perrasie sains et saufs, vous entendez ? Vous…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard fit un bref signe de main. Casse-brique tordit le cou de Shiels qui tomba au sol comme une poupée de chiffon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Soldats, la suite va être très simple. Je ne souhaite pas de victime inutile, et je ne cherche que le meilleur pour l’Arthon. Si vous avez servi Shiels pendant aussi longtemps que moi, vous savez  que ce qui vient de se produire est dans l’intérêt de nous tous. Alors ceux qui n’ont rien vu, mise à part une audacieuse attaque de pirates perrasiens, vous pouvez rejoindre vos amis derrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les hommes qui étaient restés fidèles à Shiels, une bonne moitié recula derrière les arbalétriers qui les tenaient en joue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pour les autres, j’admire votre loyauté, et déplore que vous ayez choisi de la placer aussi mal. Vos familles seront prévenues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les arbalètes décochèrent en même temps, et les derniers hommes qui se tenaient au milieu du quai s’effondrèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard fit signe au pont de la caravelle, et les passerelles furent levées pour se préparer à un départ immédiat. L’un des prisonniers perrasiens, qui n’était autre que Demusete, se pencha au-dessus du bastingage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous ne venez pas avec nous, Richard ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai encore à faire ici, mon jeune ami ! Nous nous reverrons peut-être, je l’espère ! Passez le bonjour à la comtesse de ma part ! Ne craignez rien, vous êtes entre de bonnes mains ! L’équipage de la Seiche d’argent sont les meilleurs marins que je connaisse ! Ils vous amèneront à bon port à n’en pas douter !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un perrasien lui fit signe depuis le pont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous passerez le bonjour au capitaine Dreemur ! Lui cria Richard en réponse à son geste amical.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la caravelle quitta le port dans le silence, et Richard et Ardan disparurent dans la brume. Lorsque les gardes arrivèrent enfin, ils trouvèrent les survivants de l’escadron de Shiels traumatisés par une brutale attaque pirate, dont le récit fut corroboré par la sergente Le Goff, décorée de multiples fois pour ses nombreux hauts-faits d’arme, prise dans l’attaque alors qu’elle visitait la ville à l’occasion d’une permission exceptionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Discrètement, l’un des hommes de Shiels, qui avait servi sous ses ordres à l’époque où Richard était encore parmi eux, et qui se faisait une joie de le revoir, demanda à la sergente s’il allait revenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qui sait, soldat, qui sait, tant que sa vadrouille n’est pas encore terminée…&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
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		<title>Richard de Walburge</title>
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		<updated>2023-06-25T09:14:33Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : /* (Nouvelle) Contrepartie Ulule 2021 */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Richard de walburge.jpg|vignette|Richard de Walburge à l&#039;appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Richard de Walburge&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Richard de Walburge&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===&#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[Contrepartie Ulule 2021]]===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;Retour au pays&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Richard de Walburge, ancien chevalier arthonnien ayant participé à la guerre de Perrasie, déserta lorsque les ordres de son capitaine, Hadré Shiels, devinrent trop inhumains. Il joua par la suite le rôle de conseiller et de guerrier auprès des éminences de la Fédération de Bragorn, leur rendant de nombreux services héroïques. L’action se déroule à la suite des événements de Kahn-Brava, en Tamendil, à l’automne 1137, auquel Richard a participé.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au bout du vallon, le soleil se renfrognait de ses dernières œillades rougies, qui venaient encore appesantir l’atmosphère chargée du soir. Le vent chaud qui se laissait mollement couler ne parvenait qu’à faire remonter cette odeur de suie et de braise éteinte que l’on commençait à peine à ne plus sentir brûler au fond des gorges. En contrebas, les flancs éventrés et noircis de Tamendil s’étaient découverts de leurs tentes et de leurs bannières, et ne gardaient que des échardes irrégulières partout où les délégations avaient abandonné piquets tordus ou toiles arrachées. Sur les hauteurs, à l’écart de la caravane de la délégation de Bragorn qui reprenait péniblement sa route, une femme dissimulée sous une grande capuche s’entretenait avec un homme en armure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Que vais-je faire, Richard ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— La même chose que nous tous en ce bas-monde : survivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Quelle sotte je fais… Toutes ces années à m’être battue pour obtenir un statut, un avenir, pour que d’un revers de main…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Croyez-moi, c’est sûrement ce qui pouvait vous arriver de mieux. Il vaut mieux être un vagabond libre qu’un duc au service des pontes actuels de l’Arthon – ou de votre mari, pour ce que ça vaut…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Comment avez-vous donc fait, vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’ai-je donc fait ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— La chevalerie, vos valeurs, votre éducation : toute votre vie ; décider ainsi, en un instant, de tout jeter au feu. Il ne s’agit pas seulement de déserter, mais de renoncer à tout ce qui vous a construit… Où avez-vous trouvé cette force ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est que j’ai justement plus d’allégeance à mes valeurs qu’à mes supérieurs. La réflexion est inverse, madame : rester, c’était tout renier, partir, c’était rester entier. Je me serais fait violence bien davantage à devenir un chien de l’Arthon. Je n’ai jamais cessé d’être un chevalier, contrairement à eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et vous n’avez jamais regardé derrière vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je regarde tout le temps derrière moi, mais ce n’est pas par regret. Si je suis convaincu de mon choix, l’Arthon est mon pays, et il le restera. Mais la meilleure façon de l’aider à redevenir un pays dont je serai fier, c’est d’être ici. Vous n’avez rien perdu, madame. Vous êtes toujours la comtesse d’Agaménée. Partez à Bragorn et faites-vous traiter comme telle. Votre voix a du poids,  les Elfes ne comprennent rien aux affaires des Humains. Je suis un militaire, alors ils ne me feront jamais pleinement confiance, et je ne suis pas si doué pour les affaires de cour, tandis que vous… Nous avons besoin de quelqu’un comme vous, qui donne une voix au peuple arthonnien autre que celle de l’ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’aimerais de tout cœur, mais je ne peux pas me défaire de cette terreur… Si je fuis l’Arthon...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous craignez pour votre aimé, qui est resté à Atthalos ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ils vont le massacrer. Ils trouveront nos correspondances, à mon domaine. Ils vont le trouver et lui faire payer au centuple toute l’amertume qu’ils auront gardée de ma fuite. Je ne peux pas lui infliger ça, ce pauvre Georges n’a rien demandé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Madame, si ce n’est que ça ! Partez tranquille à Rinnedel faire votre travail, et laissez-moi faire le mien. Si en ces circonstances je peux me permettre d’être cavalier et de déroger au protocole, concédez, comtesse, à me laisser mettre humblement mon écu et mon épée à votre service. Je vous ramènerai votre aimé sain et sauf, soyez sans crainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La comtesse protesta d’abord, soucieuse de faire courir au chevalier un risque trop grand, mais le brave Richard de Walburge resta ferme. Il avait beau être un déserteur, cela faisait un moment qu’il pensait à retourner au pays voir de vieux amis. Il avait une idée bien déraisonnable derrière la tête qu’il ne parvenait à chasser, et avoir la charge d’y retourner pour rendre service à une noble dame lui permettrait enfin d’avoir l’occasion suffisante pour tenter de la mettre en œuvre. Alors ils firent leurs adieux, Richard échangea quelques mots à ses amis de la Fédération, et son chemin se sépara du leur. Il ne rentrerait pas à Bragorn : il lui fallait agir vite s’il voulait arriver à temps. Il ne disposait que de quelques maigres semaines avant que les enquêteurs ne fouillent dans les affaires de la comtesse et ne remontent jusqu’à Georges Demusete, le jeune musicien de la Ville basse qui avait pris son cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non loin de la frontière arthonnienne, une auberge pleine à craquer s’agitait, secouée de soldats en transit anxieux à la perspective imminente de la guerre. La frontière se verrouillait, heure après heure, et Richard était arrivé juste à temps pour profiter de sa porosité avant que l’armée n’achève de prendre ses positions. Sur un coin de table, il terminait sa soupe en observant tenanciers et militaires se répondre à la volée, sur un ton également crispé : personne n’avait envie d’être ici ce soir. Les troupes de la Fédération allaient lancer l’offensive le lendemain, disait-on.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard du chevalier s’était attardé avec une pointe de tristesse sur la seule personne de la salle bondée qui semblait tout à fait indifférente au climat électrique, avachie seule sur sa table, entourée de godets vides. Elle ronflait par intermittence, comme si elle avait du mal à décider elle-même si elle dormait ou non. De Walburge ne doutait pas des informations qu’il avait obtenues : c’était bien la personne qu’il cherchait, mais il ne se résolvait pas à l’accepter. Il soupira et se leva finalement, se frayant un chemin avec sa chaise à travers la foule pour la poser et s’asseoir en face d’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Le Goff !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La masse inerte bougea à peine en grognant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— SERGENT LE GOFF !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La masse se releva brusquement, repoussant du ventre la table qui racla bruyamment contre le sol pavé. C’était une femme à la carrure imposante, large de taille et d’épaule, au visage si carré que même aussi bouffi par l’alcool qu’il était, il ne parvenait à s’arrondir. Ses cheveux étaient sales et négligés, raides comme de la paille et tailladés inégalement pour ne pas lui retomber devant le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— AU RAPPORT CAPI- oh. Vous êtes qui ? Comment vous connaissez mon nom ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Qu’ont-ils fait de toi, ma pauvre Maria… J’en étais venu à espérer que je t’avais prise pour quelqu’un d’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maria le Goff se frotta les yeux pour tenter identifier cette silhouette qui lui parlait d’un ton si familier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est pas vrai, Vadrouille ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça fait bien longtemps qu’on ne m’avait pas appelé comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Goff changea brusquement d’attitude. Elle essaya de se réajuster sur sa chaise et de se tenir droite, saisie d’une subite honte quant au spectacle qu’elle offrait. Puis elle regarda à gauche et à droite, pour s’assurer que personne ne les écoutait, avant de se pencher vers lui pour lui dire à voix basse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce qui te prend de revenir ici ? On m’a dit que tu avais déserté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne suis que de passage, mais je me suis dit que c’était l’occasion de visiter de vieux amis. J’ai discuté avec quelques soldats. Alors comme ça, tu rempiles ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pas le choix. On quitte pas l’armée comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et pourquoi pas ? Je ne m’en porte pas si mal. À en voir ton état, tu t’es rabattue sur d’autres moyens de t’évader autrement moins efficaces. De Walburge pointa du menton les godets vides qui jonchaient la table. Dire qu’ils ont réussi à briser même Le Goff... Je te croyais plus dure que ton armure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Goff s’accouda à en faire plier la table et le pointa d’un doigt menaçant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est du jugement que j’entends ? On est pas fait pareil, Vadrouille. Pour toi, la guerre, c’est de l’intérim. Tu sais mouiller ton camail quand il faut, je le concède, mais t’es plus à l’aise en civil. L’armée, c’est tout ce que je suis. J’ai la tronche et la délicatesse d’un glissement de terrain. Où veux-tu que j’aille me foutre ? Ce que je sais faire de mieux, c’est encaisser des roustes et en rendre des plus grosses. Mes sup’ l’ont bien pigé, dès que l’info est tombée, on m’a balancé ici au front. Je suis arrivée parmi les premiers. « Envoyez Casse-Brique », qu’ils ont dit. « ça va leur faire tout drôle, aux longues-oreilles ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard sourit en coin. Du temps où ils étaient à la caserne ensemble, elle avait forgé une solide réputation lors des entraînements au combat à mains nues : personne n’avait jamais réussi à la coucher. Elle avait la tête si dure qu’un défi s’était lancé au sein de la compagnie : trouver quelque chose capable de l’assommer. Ils en avaient brisé, des gourdins, et éclaté bien des briques sur son crâne sans même qu’elle ne soit sonnée (ce qui lui avait d’ailleurs valu le surnom de Casse-brique). Le défi avait finalement été remporté par Val Ardan, un de leurs amis communs, qui avait démontré par l’expérience que ce qu’il fallait pour assommer Casse-brique, ce n’était ni plus ni moins qu’une barrique entière d’eau-de-vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme si elle savait où les pensées de Richard s’étaient égarées, Le Goff fit remarquer :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu vois, rien n’a changé. Ils tapent toujours comme des fillettes, alors je suis obligée de repasser derrière pour me foutre proprement à l’envers. C’est pénible d’avoir la tête dure, tu sais. Ce que je donnerais pas pour m’abrutir plus facilement. C’est pas bon d’avoir un cerveau fonctionnel, ici-bas. Ça rend malheureux. Regarde-les tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle balaya d’un œil vitreux l’assemblée. Des soldats rongés par le stress, la tête vissée dans les épaules, mangeaient sans appétit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Que du sang neuf. Les vieux – moi mise à part, on les garde à l’arrière pour l’instant, pour la contre-attaque. Comme on sait pas à quoi s’attendre, on n’envoie pas les bons éléments au casse-pipe tout de suite. Ils vont se faire bouffer tout cru, et ils le savent. La plupart vont pas réussir à dormir, et vont mourir demain comme des cons en ayant passé la dernière soirée de leur vie minables, à bouffer des fèves froides en tremblant. Ils feraient mieux de picoler, si tu veux mon avis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je n’ai pas l’impression que tu passes une bien meilleure soirée qu’eux pour autant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai pas leur pression. Moi je vais pas mourir demain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Comment tu peux en être aussi sûre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Allons, les gens comme moi ne meurent pas au front, c’est bien connu. Un jour j’avalerais une arête de travers, ou je choperais la gangrène en marchant sur un clou, la vie a ce sens de l’humour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai mieux à te proposer qu’aller t’enterrer dans la boue du front. Je compte rester en Arthon un certain temps. On ne sait pas comment va évoluer la guerre, pour le meilleur ou pour le pire. Je souhaite voir ce gouvernement tomber, mais je ne souhaite pas non plus voir mon pays détruit par la guerre. À frapper de l’intérieur, stratégiquement, on pourrait faire tomber les têtes de mules qui ont monté tout le continent contre nous et désescalader la situation avant qu’il ne reste plus rien à sauver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu m’en demandes beaucoup. J’ai pas la finesse de faire de la résistance politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu n’en auras pas besoin, je m’occupe des subtilités. Retrouve-moi à Atthalos, à l’auberge de Granchesne, dans une semaine, nous y discuterons plus calmement. Fais-toi porter pâle, pose une permission, débrouille-toi. Évite de déserter tout de suite, tes bons rapports avec l’armée vous nous être utile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  « Nous » ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge, qui s’était déjà levé, marqua un arrêt pour lui adresser un sourire complice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne penses pas qu’on allait se taper tout le boulot à deux. Je me suis dit qu’il était plus que temps de réunir la fine équipe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une lueur s’illumina au fond des yeux de Le Goff, si vive qu’elle brillait malgré le voile opaque que l’alcool avait jeté dessus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je vais voir ce que je peux faire, Vadrouille, se contenta-t-elle de répondre sans le regarder s’éloigner en vidant le fond de son dernier verre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
***&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques jours plus tard, Richard marqua une pose sur la route d’Atthalos, au petit village d’Ibère-la-Sainte, posté à l’entrée du Val de Galaad. Surplombé de sa belle église, il était un point de passage important pour les pèlerins de Valla qui se rendaient au Monastère de Slugart, plus au sud. Il passa les portes du village, interloqué par le vieux panneau qui indiquait la frontière du village. Le pieu qui soutenait le panneau, large d’une dizaine de centimètres, voyait son sommet surplombé d’un bouquet de flèches parfaitement plantées à la verticale. Il n’était pas rare d’observer ce genre de coutume locale dans les petits villages. Par chance, il n’avait pas été contrôlé jusqu’ici. Il se disait qu’en ces temps troublés, les gardes montés avaient mieux à faire que d’arrêter des voyageurs solitaires sur des routes de campagne. Il leva les yeux vers le clocher de l’église, à quelques centaines de mètres de là, une pointe d’incrédulité dans le regard. Encore une fois, il n’avait pas de raison de douter des informations qui l’avaient conduit jusqu’ici, et pourtant… Il fallait croire que tous ces anciens compagnons d’armes avaient à leur manière fait un rejet de l’armée aussi violent que le sien, bien à leur manière. C’était rassurant, en un sens. Il les avait bien choisis : c’était la preuve qu’ils avaient cherché à préserver leur humanité avant tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est bien ici que je peux trouver frère Laval ? Demanda-t-il à la sœur de Valla qu’il croisa à l’entrée de l’église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sœur pointa le chœur de l’église, où un homme en bure l’observait depuis l’autel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je t’ai vu arriver, Richard. Qu’est-ce qui t’amène après tout ce temps ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux hommes s’engagèrent dans les escaliers en colimaçon du clocher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors, tu as rejoint les ordres. Tu voulais t’acheter une rédemption ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Un moine qui devient moine pour se racheter n’a rien compris. Il n’y a pas plus damné qu’un moine. On ne se sauve pas nous-même, on sauve les autres. Quand on a tué autant que j’ai tué, il n’y a que deux issues : comprendre mieux que quiconque la valeur de la vie, et tenter de la faire comprendre aux innocents qui ne se rendent pas compte de leur chance, ou bien…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ou bien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ou bien devenir une coquille vide. Un vaisseau de la mort, un émissaire noir. J’ai rencontré la mort. Je l’ai vue, ce jour-là, où elle m’a tendue la main pour me féliciter. Me dire « bravo, il ne te reste plus qu’une âme à faucher, et tu seras mon égal : la tienne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux compagnons étaient arrivés en haut de la tour, où trônait une grosse cloche en bronze. Ils s’approchèrent de la balustrade pour contempler la campagne vallonnée qui s’étendaient sous leurs yeux. Au loin, on pouvait apercevoir Slugart, et quelques colonnes de fumées le long de l’horizon, à l’endroit où le front s’était établi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors tu as définitivement raccroché ton arc ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne m’as-tu pas écouté ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu as raccroché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai compris la valeur de la vie, Richard. Tout comme toi, je sais ce qu’il en coûte de la protéger.&lt;br /&gt;
Laval passa la main sur la poutre qui les surplombait, et en sortit un arc long et un carquois. Il inspira longuement en laissant le vent passer sur son visage, banda son arc sans effort et décocha en plein vers le ciel. La flèche disparut un instant dans le soleil avant de retomber droit vers le sol, et se ficher avec les autres, en plein sur le dessus du poteau qui marquait l’entrée du village.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard se retourna et vint frapper pensivement la lourde cloche en bronze de ses phalanges pour la faire doucement résonner. Il aurait dû reconnaître le tir signature de Laval dès son arrivée au village. L’archer d’élite avait toujours eu un penchant pour la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu es venu ici pour qu’on te retrouve, la Cloche. Tu savais que ta petite retraite serait provisoire.&lt;br /&gt;
— Quand j’ai appris pour ta désertion, j’ai compris que je n’avais pas fini d’entendre parler de toi, Vadrouille. Tu as déjà retrouvé les autres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai vu Casse-brique à la frontière. C’est une épave, mais elle en a toujours autant dans le ventre. Elle viendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne peux pas couler quelqu’un qui vit déjà au fond de l’eau ; elle nous enterrera tous, marmonna Laval. Tu n’as pas vu Ardan ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Non, justement. Je n’ai aucune piste à son sujet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je sais où il est, mais le faire sortir de son trou ne sera pas facile. Je vais t’amener à lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne m’attendais pas à ce que tu me suives aussi facilement. Tu ne veux pas savoir ce qui m’amène, d’abord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu me raconteras sur la route. Si tu es là, c’est que tu as besoin de moi. Ai-je besoin d’en savoir plus ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux jours plus tard, deux moines de Valla en bure entraient par la porte sud-est d’Atthalos. Au bout de quelques heures d’errance dans les bas-quartiers, l’un deux s’arrêta devant un bâtiment à la façade décrépie et retira sa capuche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est là, déclara simplement Laval.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge retira à son tour sa capuche pour scruter l’endroit dans toute sa hauteur. Aucune enseigne, et de lourds rideaux qui occultaient les quelques étroites fenêtres. Pourtant, l’endroit ne semblait pas abandonné. Si la façade était défraîchie, le pas de l’entrée était convenablement balayé. Il se retourna vers son ami.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est un bordel ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu crois ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est un bordel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le chevalier soupira, résigné, et s’avança pour pousser la porte. Rien de très étonnant, ils parlaient après tout de Val Ardan, celui qu’ils avaient surnommé Joli-cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fronça les yeux et le nez, attaqué par les lourdes effluves qui encombraient l’endroit. Laval, qui avait la meilleure vue, pointa immédiatement un divan perdu dans la fumée, au fond du grand salon commun. Ils coupèrent la route à la tenancière qui venait pour les accueillir, perplexe devant leurs habits de moine, et ils se dirigèrent sans un mot vers le fond de la salle. Un homme au teint pâle était avachi sur la vieille banquette et riait si fort qu’il en soulevait son jabot défait, deux jeunes femmes lascivement pendues à son cou. De Walburge le saisit par une épaule, Laval par une cheville, et Joli-cœur fut traîné sans cérémonie jusqu’à l’entrée pour être jeté sur le pavé sale par-dessus la volée de marche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je vais payer, je vous jure ! Articula-t-il dans la douleur, les yeux plissés et la main en visière pour essayer de dévisager ses agresseurs, incommodé par la lueur vive et soudaine de la lune blafarde qui éclairait la ruelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ah, c’est vous, réalisa-t-il en les reconnaissant finalement, du ton cryptique de celui qui n’était pas bien sûr s’il devait s’en rassurer ou s’en inquiéter davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi ils se retrouvèrent non loin, à l’auberge de Granchesne, en bordure d’Atthalos. Le Goff les attendait déjà, un bandage sur l’œil qui peinait à camoufler une mauvaise blessure. Richard et Laval arrivèrent ensuite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et Joli-cœur ? S’enquit Casse-brique en saluant ses vieux amis qui prenaient place autour d’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il est censé venir. Je lui ai demandé de chercher quelque chose avant de nous rejoindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu es sûr qu’il viendra ? Il nous dévisageait comme des fantômes revenus le hanter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il viendra. Ardan a des mœurs légères, mais il a le sens des responsabilités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ce bon vieux Joli-cœur. Je me demandais ce qu’il était devenu, commenta Casse-brique en rêvassant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Joli-cœur passa en effet la porte peu de temps après, les cheveux coiffés à la hâte et l’air inquiet. Le Goff s’exclama joyeusement à sa vue et se leva pour le serrer dans ses bras avec force, ruinant ses quelques efforts de paraître présentable en lui frottant vigoureusement le poing contre la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors tu as vraiment retrouvé tout le monde ! Il fallait que je le voie pour y croire !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Certains ont été plus difficiles à convaincre que d’autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous m’auriez demandé gentiment, j’aurais dit oui de suite, souffla Ardan en s’asseyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne dis jamais oui de suite, Ardan. Si on ne te force pas un peu la main, tu tergiverses à n’en plus finir et tu fais perdre du temps à tout le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ardan croisa un bras, et s’inspecta les ongles de son autre main, vexé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Toute décision importante doit être mûrement réfléchie. Il faut bien un type prudent, dans cette équipe de casse-cous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge ne prit pas la peine de répondre et poursuivit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bien. Avant toute chose, sachez que je suis ravi de vous revoir tous. De tous mes anciens collègues de l’armée, vous êtes parmi les rares à qui j’ai choisi d’accorder ma pleine confiance, et constate que j’ai bien choisi. Au vu de vos situations respectives, j’en déduis que vous avez tiré de les mêmes conclusions que moi quant à l’état de l’armée de ce pays. J’ai rencontré beaucoup de gens puissants lors de mes séjours à l’étranger, qui sont prêts à nous aider, et je pense aujourd’hui avoir accumulé suffisamment d’entre-gens et d’astuce pour avoir le maigre espoir de pouvoir faire quelque chose. Ardan, tu as fait ce que je t’ai demandé ?&lt;br /&gt;
L’intéressé sortit de sa veste un carnet qu’il lança ouvert sur la table. Il y figurait le croquis d’un visage et plusieurs notes qui indiquait des noms et des adresses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Georges Demusete, musicien itinérant, connu pour jouer les dimanches au marché de la place Favert, et les soirs en semaine dans les tavernes environnantes. A cessé de jouer à l’auberge du Héron à deux becs il y a peu suite à un conflit territorial avec les Saltimbanques. Cherche depuis à se relocaliser, et a récemment accepté un contrat pour les Deliwen afin d’animer un salon privé dans la salle arrière des bains publics de Grand-canal, deux quartiers plus loin. Ça sent la recherche de protection à plein nez, le coup de pression de Foster devait être plus sérieux que ce qu’on a bien voulu m’en dire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bien. C’est donc là-bas qu’on a le plus de chance de le trouver, d’après toi ? Tu pourrais aller y jeter un œil et…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Penses-tu, déjà fait ! Et je connais les établissements des Deliwen comme ma poche, pas besoin de m’y déplacer en personne, quelle perte de temps. Non, j’ai fait jouer mes contacts, il ne devrait plus tarder.&lt;br /&gt;
Pour lui répondre, la porte de l’auberge s’ouvrit et un jeune homme au visage tendre balaya l’intérieur du regard. Joli-cœur lui fit un signe de main précis et discret, et il vint s’asseoir avec les autres, intimidé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ardan le toisa un instant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Faut manger, mon garçon. Tu avais les joues moins creuses sur mon dessin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Laisse le pauvre garçon tranquille, Val. Tu vois bien qu’il est terrifié, le réprimanda Le Goff.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Merci Ardan, beau travail. Tu nous a fait gagner un temps précieux, fit tourner court De Walburge. Bienvenue, Georges. Je ne sais pas ce qu’on t’a dit pour te faire venir ici, alors je préfère mettre les choses au clair tout de suite. Je suis envoyé par la comtesse d’Agaménée, qui est, je te rassure, saine et sauve. Toi par contre, tu cours un grand danger, et ce bien au-delà de tes ennuis avec la pègre locale. La comtesse s’est mise le gouvernement à dos, et nous avons de fortes raisons de penser qu’ils feront le lien avec toi d’un jour à l’autre. Si tu acceptes de nous suivre, nous avons un plan pour te faire quitter le pays au plus vite. Le voyage ne sera ni rapide, ni facile, mais si tout se passe comme prévu, tu pourras retrouver la comtesse et faire librement ta vie avec elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Demusete se concentrait, l’air grave, pour intégrer toutes les informations qu’on lui lançait à la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce qui me dit que vous ne cherchez pas à me duper ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ton bon sens, mon garçon. Libre à toi de nous suivre ou non. J’avoue ne pas avoir pris le temps de demander à la comtesse une mèche de ses cheveux ou une lettre parfumée signée d’un baiser. Nous avons dû agir au plus vite pour précéder tes ennuis, et à ton air circonspect, j’en déduis que nous avons réussi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’en fallut pas beaucoup plus pour le convaincre. Comme Joli-cœur le fit remarquer aux autres après qu’il prit congé pour la nuit, il avait l’attitude fébrile de celui prêt à attraper la première bouée de sauvetage venue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque Foster obtint des Deliwen l’autorisation de fouiller les bains de Grand-canal, le jeune Georges Demusete avait déjà disparu. Pourquoi des Fides Magus du Grand Ministre étaient-ils venus en personne lui demander de mettre la main ce musicien de pacotille, il ne le saura jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au grand port de Mesphota, le soleil se levait à peine à travers la brume et le général Hadré Shiels supervisait le chargement d’une caravelle, censée approvisionner Port-Clérus. Promu depuis la guerre de Perrasie, il avait désormais la charge de la ligne maritime de la côte est, et avait fort à faire avec toutes les attaques des pirates Perrasiens qui pullulaient, embusqués derrière le moindre des rochers qui constellaient le large des côtes. Sur le quai, devant les mousses qui s’affairaient à charger le bâtiment, était aligné une ribambelle de marins au visage fermé, les pieds et les mains entravés par des fers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Une belle bande de pendards. Vous les avez récupérés où, ceux-là ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Des Perrasiens qui traînaient près du navire, mon général. Ils n’avaient rien sur eux, ni armes, ni papiers, ni contrebande. On pense qu’ils ont passé la frontière en barque, illégalement. Leurs motivations sont inconnues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Shiels défila devant les prisonniers, les toisant avec mépris. Il s’arrêta devant une femme grande et trapue, au visage bovin et rougi qui le dévisageait d’un œil mauvais, son second œil dissimulé derrière un cache-œil. Il soutint son regard, un sourire insolent aux lèvres. Il aimait les effrontés. Ils étaient les plus intéressants à humilier. Elle lui cracha au visage. Shiels ne recula même pas. Impassible, il sortit un mouchoir brodé de sa poche pour s’essuyer, et le jeta négligemment sur la prisonnière. Il siffla un de ses hommes, qui lui apporta une trique, et l’abattit de toutes ses forces sur son crâne. Elle ne bougea pas d’un iota, ne réagissant que d’un grognement agacé. C’était comme si un éclair avait traversé le bras du général. La trique se brisa comme du verre sous la force du choc, et Shiels resta un instant secoué par la force du retour, se demandant si les os de son bras n’avaient pas éclaté en même temps que son bâton. Dans le même instant, la prisonnière fit un pas en avant et leva ses bras épais pour passer la chaîne de ses menottes autour de son cou. Aussitôt des arbalètes se braquèrent sur elle. Shiels, la tête rouge et les yeux exorbités par la surprise, compta ses hommes qui tenaient en joue son agresseuse. Seule la moitié avait réagi, où étaient les autres ?&lt;br /&gt;
De nouveau, des bruits d’arbalètes. Le reste de ses hommes avait formé une ligne à l’arrière et se retournait contre eux, forçant ses propres arbalétriers à jeter leurs armes. Parmi eux, deux chevaliers, la tête dissimulée sous un heaume, s’avancèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Nous prenons le contrôle des opérations, capitaine Shiels. Vous êtes relevé de vos fonctions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Capitai- ? S’interloqua Shiels avant de se couper lui-même au moment où les deux hommes retirèrent leur heaume. Il s’agissait de Richard de Walburge et de Val Ardan, deux anciens de ses hommes de l’époque de la conquête de la Perrasie. Le premier avait trahi et déserté, et le second s’était fait passé pour mort. La menace était sérieuse : à y bien regarder, la plupart des hommes derrière eux étaient des vétérans de sa compagnie. Ardan était alors très populaire, et avait une intelligence sociale comme il en avait rarement vue : il le savait très capable de les convaincre d’à peu près n’importe quoi. Malgré la chaîne qui lui pressait sur la trachée, il se força à rire. Il fallait qu’il regagne contrôle de la situation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que vous essayez de faire ? Vous êtes seuls dans ce port, ce n’est qu’une question de secondes avant que l’endroit ne soit noir de gardes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En réalité, aussi tôt le matin, il n’y avait pas grand monde pour venir les seconder. Il y avait même de fortes chances pour que personne n’assiste à l’incident. Il ne cherchait qu’à gagner du temps. Il savait que l’équipage de la caravelle derrière lui armait les harpons du pont pour se préparer à riposter. S’ils ouvraient le feu sur le quai, ce n’est pas la douzaine d’hommes dissidents qui les menaçaient qui pourraient faire quelque chose. Pourtant, De Walburge le regardait droit dans les yeux avec un aplomb déconcertant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Nous réquisitionnons cette caravelle, capitaine Shiels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Derrière lui, il entendit les fers des prisonniers tomber au sol, défaits. Il eut un horrible pressentiment. Un éclat lumineux attira son attention, en périphérie de sa vision, du haut du phare non loin, perdu dans les brumes, suivit par un sinistre sifflement qui traversait le ciel. Sur la caravelle, l’homme qui ajustait discrètement le lance-harpon de proue s’effondra, la tête percée d’une longue flèche. Immédiatement après, les sifflements se multiplièrent : chaque seconde, c’était une flèche qui s’abattait de nouveau sur le pont, tombant droit depuis le ciel et fauchant autant de tireurs qui tentaient de prendre position. En quelques instants, les prisonniers perrasiens avaient désarmé ses hommes et pris contrôle de l’embarcation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous ne vous en sortirez pas comme ça ! La marine vous retrouvera ! Vous ne rejoindrez jamais la Perrasie sains et saufs, vous entendez ? Vous…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard fit un bref signe de main. Casse-brique tordit le cou de Shiels qui tomba au sol comme une poupée de chiffon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Soldats, la suite va être très simple. Je ne souhaite pas de victime inutile, et je ne cherche que le meilleur pour l’Arthon. Si vous avez servi Shiels pendant aussi longtemps que moi, vous savez  que ce qui vient de se produire est dans l’intérêt de nous tous. Alors ceux qui n’ont rien vu, mise à part une audacieuse attaque de pirates perrasiens, vous pouvez rejoindre vos amis derrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les hommes qui étaient restés fidèles à Shiels, une bonne moitié recula derrière les arbalétriers qui les tenaient en joue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pour les autres, j’admire votre loyauté, et déplore que vous ayez choisi de la placer aussi mal. Vos familles seront prévenues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les arbalètes décochèrent en même temps, et les derniers hommes qui se tenaient au milieu du quai s’effondrèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard fit signe au pont de la caravelle, et les passerelles furent levées pour se préparer à un départ immédiat. L’un des prisonniers perrasiens, qui n’était autre que Demusete, se pencha au-dessus du bastingage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous ne venez pas avec nous, Richard ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai encore à faire ici, mon jeune ami ! Nous nous reverrons peut-être, je l’espère ! Passez le bonjour à la comtesse de ma part ! Ne craignez rien, vous êtes entre de bonnes mains ! L’équipage de la Seiche d’argent sont les meilleurs marins que je connaisse ! Ils vous amèneront à bon port à n’en pas douter !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un perrasien lui fit signe depuis le pont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous passerez le bonjour au capitaine Dreemur ! Lui cria Richard en réponse à son geste amical.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la caravelle quitta le port dans le silence, et Richard et Ardan disparurent dans la brume. Lorsque les gardes arrivèrent enfin, ils trouvèrent les survivants de l’escadron de Shiels traumatisés par une brutale attaque pirate, dont le récit fut corroboré par la sergente Le Goff, décorée de multiples fois pour ses nombreux hauts-faits d’arme, prise dans l’attaque alors qu’elle visitait la ville à l’occasion d’une permission exceptionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Discrètement, l’un des hommes de Shiels, qui avait servi sous ses ordres à l’époque où Richard était encore parmi eux, et qui se faisait une joie de le revoir, demanda à la sergente s’il allait revenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qui sait, soldat, qui sait, tant que sa vadrouille n’est pas encore terminée…&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Richard_de_Walburge&amp;diff=831</id>
		<title>Richard de Walburge</title>
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		<updated>2023-06-25T09:14:00Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Richard de walburge.jpg|vignette|Richard de Walburge à l&#039;appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Richard de Walburge&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Richard de Walburge&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===&#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[Contrepartie Ulule 2021]]===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard de Walburge : nouvelle 1&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Retour au pays&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Richard de Walburge, ancien chevalier arthonnien ayant participé à la guerre de Perrasie, déserta lorsque les ordres de son capitaine, Hadré Shiels, devinrent trop inhumains. Il joua par la suite le rôle de conseiller et de guerrier auprès des éminences de la Fédération de Bragorn, leur rendant de nombreux services héroïques. L’action se déroule à la suite des événements de Kahn-Brava, en Tamendil, à l’automne 1137, auquel Richard a participé.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au bout du vallon, le soleil se renfrognait de ses dernières œillades rougies, qui venaient encore appesantir l’atmosphère chargée du soir. Le vent chaud qui se laissait mollement couler ne parvenait qu’à faire remonter cette odeur de suie et de braise éteinte que l’on commençait à peine à ne plus sentir brûler au fond des gorges. En contrebas, les flancs éventrés et noircis de Tamendil s’étaient découverts de leurs tentes et de leurs bannières, et ne gardaient que des échardes irrégulières partout où les délégations avaient abandonné piquets tordus ou toiles arrachées. Sur les hauteurs, à l’écart de la caravane de la délégation de Bragorn qui reprenait péniblement sa route, une femme dissimulée sous une grande capuche s’entretenait avec un homme en armure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Que vais-je faire, Richard ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— La même chose que nous tous en ce bas-monde : survivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Quelle sotte je fais… Toutes ces années à m’être battue pour obtenir un statut, un avenir, pour que d’un revers de main…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Croyez-moi, c’est sûrement ce qui pouvait vous arriver de mieux. Il vaut mieux être un vagabond libre qu’un duc au service des pontes actuels de l’Arthon – ou de votre mari, pour ce que ça vaut…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Comment avez-vous donc fait, vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’ai-je donc fait ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— La chevalerie, vos valeurs, votre éducation : toute votre vie ; décider ainsi, en un instant, de tout jeter au feu. Il ne s’agit pas seulement de déserter, mais de renoncer à tout ce qui vous a construit… Où avez-vous trouvé cette force ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est que j’ai justement plus d’allégeance à mes valeurs qu’à mes supérieurs. La réflexion est inverse, madame : rester, c’était tout renier, partir, c’était rester entier. Je me serais fait violence bien davantage à devenir un chien de l’Arthon. Je n’ai jamais cessé d’être un chevalier, contrairement à eux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et vous n’avez jamais regardé derrière vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je regarde tout le temps derrière moi, mais ce n’est pas par regret. Si je suis convaincu de mon choix, l’Arthon est mon pays, et il le restera. Mais la meilleure façon de l’aider à redevenir un pays dont je serai fier, c’est d’être ici. Vous n’avez rien perdu, madame. Vous êtes toujours la comtesse d’Agaménée. Partez à Bragorn et faites-vous traiter comme telle. Votre voix a du poids,  les Elfes ne comprennent rien aux affaires des Humains. Je suis un militaire, alors ils ne me feront jamais pleinement confiance, et je ne suis pas si doué pour les affaires de cour, tandis que vous… Nous avons besoin de quelqu’un comme vous, qui donne une voix au peuple arthonnien autre que celle de l’ennemi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’aimerais de tout cœur, mais je ne peux pas me défaire de cette terreur… Si je fuis l’Arthon...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous craignez pour votre aimé, qui est resté à Atthalos ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ils vont le massacrer. Ils trouveront nos correspondances, à mon domaine. Ils vont le trouver et lui faire payer au centuple toute l’amertume qu’ils auront gardée de ma fuite. Je ne peux pas lui infliger ça, ce pauvre Georges n’a rien demandé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Madame, si ce n’est que ça ! Partez tranquille à Rinnedel faire votre travail, et laissez-moi faire le mien. Si en ces circonstances je peux me permettre d’être cavalier et de déroger au protocole, concédez, comtesse, à me laisser mettre humblement mon écu et mon épée à votre service. Je vous ramènerai votre aimé sain et sauf, soyez sans crainte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La comtesse protesta d’abord, soucieuse de faire courir au chevalier un risque trop grand, mais le brave Richard de Walburge resta ferme. Il avait beau être un déserteur, cela faisait un moment qu’il pensait à retourner au pays voir de vieux amis. Il avait une idée bien déraisonnable derrière la tête qu’il ne parvenait à chasser, et avoir la charge d’y retourner pour rendre service à une noble dame lui permettrait enfin d’avoir l’occasion suffisante pour tenter de la mettre en œuvre. Alors ils firent leurs adieux, Richard échangea quelques mots à ses amis de la Fédération, et son chemin se sépara du leur. Il ne rentrerait pas à Bragorn : il lui fallait agir vite s’il voulait arriver à temps. Il ne disposait que de quelques maigres semaines avant que les enquêteurs ne fouillent dans les affaires de la comtesse et ne remontent jusqu’à Georges Demusete, le jeune musicien de la Ville basse qui avait pris son cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Non loin de la frontière arthonnienne, une auberge pleine à craquer s’agitait, secouée de soldats en transit anxieux à la perspective imminente de la guerre. La frontière se verrouillait, heure après heure, et Richard était arrivé juste à temps pour profiter de sa porosité avant que l’armée n’achève de prendre ses positions. Sur un coin de table, il terminait sa soupe en observant tenanciers et militaires se répondre à la volée, sur un ton également crispé : personne n’avait envie d’être ici ce soir. Les troupes de la Fédération allaient lancer l’offensive le lendemain, disait-on.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le regard du chevalier s’était attardé avec une pointe de tristesse sur la seule personne de la salle bondée qui semblait tout à fait indifférente au climat électrique, avachie seule sur sa table, entourée de godets vides. Elle ronflait par intermittence, comme si elle avait du mal à décider elle-même si elle dormait ou non. De Walburge ne doutait pas des informations qu’il avait obtenues : c’était bien la personne qu’il cherchait, mais il ne se résolvait pas à l’accepter. Il soupira et se leva finalement, se frayant un chemin avec sa chaise à travers la foule pour la poser et s’asseoir en face d’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Le Goff !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La masse inerte bougea à peine en grognant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— SERGENT LE GOFF !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La masse se releva brusquement, repoussant du ventre la table qui racla bruyamment contre le sol pavé. C’était une femme à la carrure imposante, large de taille et d’épaule, au visage si carré que même aussi bouffi par l’alcool qu’il était, il ne parvenait à s’arrondir. Ses cheveux étaient sales et négligés, raides comme de la paille et tailladés inégalement pour ne pas lui retomber devant le visage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— AU RAPPORT CAPI- oh. Vous êtes qui ? Comment vous connaissez mon nom ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Qu’ont-ils fait de toi, ma pauvre Maria… J’en étais venu à espérer que je t’avais prise pour quelqu’un d’autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maria le Goff se frotta les yeux pour tenter identifier cette silhouette qui lui parlait d’un ton si familier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est pas vrai, Vadrouille ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça fait bien longtemps qu’on ne m’avait pas appelé comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Goff changea brusquement d’attitude. Elle essaya de se réajuster sur sa chaise et de se tenir droite, saisie d’une subite honte quant au spectacle qu’elle offrait. Puis elle regarda à gauche et à droite, pour s’assurer que personne ne les écoutait, avant de se pencher vers lui pour lui dire à voix basse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce qui te prend de revenir ici ? On m’a dit que tu avais déserté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne suis que de passage, mais je me suis dit que c’était l’occasion de visiter de vieux amis. J’ai discuté avec quelques soldats. Alors comme ça, tu rempiles ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pas le choix. On quitte pas l’armée comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et pourquoi pas ? Je ne m’en porte pas si mal. À en voir ton état, tu t’es rabattue sur d’autres moyens de t’évader autrement moins efficaces. De Walburge pointa du menton les godets vides qui jonchaient la table. Dire qu’ils ont réussi à briser même Le Goff... Je te croyais plus dure que ton armure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Goff s’accouda à en faire plier la table et le pointa d’un doigt menaçant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est du jugement que j’entends ? On est pas fait pareil, Vadrouille. Pour toi, la guerre, c’est de l’intérim. Tu sais mouiller ton camail quand il faut, je le concède, mais t’es plus à l’aise en civil. L’armée, c’est tout ce que je suis. J’ai la tronche et la délicatesse d’un glissement de terrain. Où veux-tu que j’aille me foutre ? Ce que je sais faire de mieux, c’est encaisser des roustes et en rendre des plus grosses. Mes sup’ l’ont bien pigé, dès que l’info est tombée, on m’a balancé ici au front. Je suis arrivée parmi les premiers. « Envoyez Casse-Brique », qu’ils ont dit. « ça va leur faire tout drôle, aux longues-oreilles ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard sourit en coin. Du temps où ils étaient à la caserne ensemble, elle avait forgé une solide réputation lors des entraînements au combat à mains nues : personne n’avait jamais réussi à la coucher. Elle avait la tête si dure qu’un défi s’était lancé au sein de la compagnie : trouver quelque chose capable de l’assommer. Ils en avaient brisé, des gourdins, et éclaté bien des briques sur son crâne sans même qu’elle ne soit sonnée (ce qui lui avait d’ailleurs valu le surnom de Casse-brique). Le défi avait finalement été remporté par Val Ardan, un de leurs amis communs, qui avait démontré par l’expérience que ce qu’il fallait pour assommer Casse-brique, ce n’était ni plus ni moins qu’une barrique entière d’eau-de-vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comme si elle savait où les pensées de Richard s’étaient égarées, Le Goff fit remarquer :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu vois, rien n’a changé. Ils tapent toujours comme des fillettes, alors je suis obligée de repasser derrière pour me foutre proprement à l’envers. C’est pénible d’avoir la tête dure, tu sais. Ce que je donnerais pas pour m’abrutir plus facilement. C’est pas bon d’avoir un cerveau fonctionnel, ici-bas. Ça rend malheureux. Regarde-les tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elle balaya d’un œil vitreux l’assemblée. Des soldats rongés par le stress, la tête vissée dans les épaules, mangeaient sans appétit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Que du sang neuf. Les vieux – moi mise à part, on les garde à l’arrière pour l’instant, pour la contre-attaque. Comme on sait pas à quoi s’attendre, on n’envoie pas les bons éléments au casse-pipe tout de suite. Ils vont se faire bouffer tout cru, et ils le savent. La plupart vont pas réussir à dormir, et vont mourir demain comme des cons en ayant passé la dernière soirée de leur vie minables, à bouffer des fèves froides en tremblant. Ils feraient mieux de picoler, si tu veux mon avis.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je n’ai pas l’impression que tu passes une bien meilleure soirée qu’eux pour autant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai pas leur pression. Moi je vais pas mourir demain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Comment tu peux en être aussi sûre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Allons, les gens comme moi ne meurent pas au front, c’est bien connu. Un jour j’avalerais une arête de travers, ou je choperais la gangrène en marchant sur un clou, la vie a ce sens de l’humour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai mieux à te proposer qu’aller t’enterrer dans la boue du front. Je compte rester en Arthon un certain temps. On ne sait pas comment va évoluer la guerre, pour le meilleur ou pour le pire. Je souhaite voir ce gouvernement tomber, mais je ne souhaite pas non plus voir mon pays détruit par la guerre. À frapper de l’intérieur, stratégiquement, on pourrait faire tomber les têtes de mules qui ont monté tout le continent contre nous et désescalader la situation avant qu’il ne reste plus rien à sauver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu m’en demandes beaucoup. J’ai pas la finesse de faire de la résistance politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu n’en auras pas besoin, je m’occupe des subtilités. Retrouve-moi à Atthalos, à l’auberge de Granchesne, dans une semaine, nous y discuterons plus calmement. Fais-toi porter pâle, pose une permission, débrouille-toi. Évite de déserter tout de suite, tes bons rapports avec l’armée vous nous être utile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  « Nous » ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge, qui s’était déjà levé, marqua un arrêt pour lui adresser un sourire complice.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne penses pas qu’on allait se taper tout le boulot à deux. Je me suis dit qu’il était plus que temps de réunir la fine équipe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une lueur s’illumina au fond des yeux de Le Goff, si vive qu’elle brillait malgré le voile opaque que l’alcool avait jeté dessus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je vais voir ce que je peux faire, Vadrouille, se contenta-t-elle de répondre sans le regarder s’éloigner en vidant le fond de son dernier verre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
***&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques jours plus tard, Richard marqua une pose sur la route d’Atthalos, au petit village d’Ibère-la-Sainte, posté à l’entrée du Val de Galaad. Surplombé de sa belle église, il était un point de passage important pour les pèlerins de Valla qui se rendaient au Monastère de Slugart, plus au sud. Il passa les portes du village, interloqué par le vieux panneau qui indiquait la frontière du village. Le pieu qui soutenait le panneau, large d’une dizaine de centimètres, voyait son sommet surplombé d’un bouquet de flèches parfaitement plantées à la verticale. Il n’était pas rare d’observer ce genre de coutume locale dans les petits villages. Par chance, il n’avait pas été contrôlé jusqu’ici. Il se disait qu’en ces temps troublés, les gardes montés avaient mieux à faire que d’arrêter des voyageurs solitaires sur des routes de campagne. Il leva les yeux vers le clocher de l’église, à quelques centaines de mètres de là, une pointe d’incrédulité dans le regard. Encore une fois, il n’avait pas de raison de douter des informations qui l’avaient conduit jusqu’ici, et pourtant… Il fallait croire que tous ces anciens compagnons d’armes avaient à leur manière fait un rejet de l’armée aussi violent que le sien, bien à leur manière. C’était rassurant, en un sens. Il les avait bien choisis : c’était la preuve qu’ils avaient cherché à préserver leur humanité avant tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est bien ici que je peux trouver frère Laval ? Demanda-t-il à la sœur de Valla qu’il croisa à l’entrée de l’église.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La sœur pointa le chœur de l’église, où un homme en bure l’observait depuis l’autel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je t’ai vu arriver, Richard. Qu’est-ce qui t’amène après tout ce temps ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux hommes s’engagèrent dans les escaliers en colimaçon du clocher.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors, tu as rejoint les ordres. Tu voulais t’acheter une rédemption ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Un moine qui devient moine pour se racheter n’a rien compris. Il n’y a pas plus damné qu’un moine. On ne se sauve pas nous-même, on sauve les autres. Quand on a tué autant que j’ai tué, il n’y a que deux issues : comprendre mieux que quiconque la valeur de la vie, et tenter de la faire comprendre aux innocents qui ne se rendent pas compte de leur chance, ou bien…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ou bien ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ou bien devenir une coquille vide. Un vaisseau de la mort, un émissaire noir. J’ai rencontré la mort. Je l’ai vue, ce jour-là, où elle m’a tendue la main pour me féliciter. Me dire « bravo, il ne te reste plus qu’une âme à faucher, et tu seras mon égal : la tienne. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les deux compagnons étaient arrivés en haut de la tour, où trônait une grosse cloche en bronze. Ils s’approchèrent de la balustrade pour contempler la campagne vallonnée qui s’étendaient sous leurs yeux. Au loin, on pouvait apercevoir Slugart, et quelques colonnes de fumées le long de l’horizon, à l’endroit où le front s’était établi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors tu as définitivement raccroché ton arc ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ne m’as-tu pas écouté ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu as raccroché.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai compris la valeur de la vie, Richard. Tout comme toi, je sais ce qu’il en coûte de la protéger.&lt;br /&gt;
Laval passa la main sur la poutre qui les surplombait, et en sortit un arc long et un carquois. Il inspira longuement en laissant le vent passer sur son visage, banda son arc sans effort et décocha en plein vers le ciel. La flèche disparut un instant dans le soleil avant de retomber droit vers le sol, et se ficher avec les autres, en plein sur le dessus du poteau qui marquait l’entrée du village.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard se retourna et vint frapper pensivement la lourde cloche en bronze de ses phalanges pour la faire doucement résonner. Il aurait dû reconnaître le tir signature de Laval dès son arrivée au village. L’archer d’élite avait toujours eu un penchant pour la mise en scène.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu es venu ici pour qu’on te retrouve, la Cloche. Tu savais que ta petite retraite serait provisoire.&lt;br /&gt;
— Quand j’ai appris pour ta désertion, j’ai compris que je n’avais pas fini d’entendre parler de toi, Vadrouille. Tu as déjà retrouvé les autres ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai vu Casse-brique à la frontière. C’est une épave, mais elle en a toujours autant dans le ventre. Elle viendra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne peux pas couler quelqu’un qui vit déjà au fond de l’eau ; elle nous enterrera tous, marmonna Laval. Tu n’as pas vu Ardan ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Non, justement. Je n’ai aucune piste à son sujet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je sais où il est, mais le faire sortir de son trou ne sera pas facile. Je vais t’amener à lui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je ne m’attendais pas à ce que tu me suives aussi facilement. Tu ne veux pas savoir ce qui m’amène, d’abord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu me raconteras sur la route. Si tu es là, c’est que tu as besoin de moi. Ai-je besoin d’en savoir plus ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux jours plus tard, deux moines de Valla en bure entraient par la porte sud-est d’Atthalos. Au bout de quelques heures d’errance dans les bas-quartiers, l’un deux s’arrêta devant un bâtiment à la façade décrépie et retira sa capuche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est là, déclara simplement Laval.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge retira à son tour sa capuche pour scruter l’endroit dans toute sa hauteur. Aucune enseigne, et de lourds rideaux qui occultaient les quelques étroites fenêtres. Pourtant, l’endroit ne semblait pas abandonné. Si la façade était défraîchie, le pas de l’entrée était convenablement balayé. Il se retourna vers son ami.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est un bordel ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu crois ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est un bordel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le chevalier soupira, résigné, et s’avança pour pousser la porte. Rien de très étonnant, ils parlaient après tout de Val Ardan, celui qu’ils avaient surnommé Joli-cœur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fronça les yeux et le nez, attaqué par les lourdes effluves qui encombraient l’endroit. Laval, qui avait la meilleure vue, pointa immédiatement un divan perdu dans la fumée, au fond du grand salon commun. Ils coupèrent la route à la tenancière qui venait pour les accueillir, perplexe devant leurs habits de moine, et ils se dirigèrent sans un mot vers le fond de la salle. Un homme au teint pâle était avachi sur la vieille banquette et riait si fort qu’il en soulevait son jabot défait, deux jeunes femmes lascivement pendues à son cou. De Walburge le saisit par une épaule, Laval par une cheville, et Joli-cœur fut traîné sans cérémonie jusqu’à l’entrée pour être jeté sur le pavé sale par-dessus la volée de marche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je vais payer, je vous jure ! Articula-t-il dans la douleur, les yeux plissés et la main en visière pour essayer de dévisager ses agresseurs, incommodé par la lueur vive et soudaine de la lune blafarde qui éclairait la ruelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ah, c’est vous, réalisa-t-il en les reconnaissant finalement, du ton cryptique de celui qui n’était pas bien sûr s’il devait s’en rassurer ou s’en inquiéter davantage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi ils se retrouvèrent non loin, à l’auberge de Granchesne, en bordure d’Atthalos. Le Goff les attendait déjà, un bandage sur l’œil qui peinait à camoufler une mauvaise blessure. Richard et Laval arrivèrent ensuite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Et Joli-cœur ? S’enquit Casse-brique en saluant ses vieux amis qui prenaient place autour d’elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il est censé venir. Je lui ai demandé de chercher quelque chose avant de nous rejoindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu es sûr qu’il viendra ? Il nous dévisageait comme des fantômes revenus le hanter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il viendra. Ardan a des mœurs légères, mais il a le sens des responsabilités.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ce bon vieux Joli-cœur. Je me demandais ce qu’il était devenu, commenta Casse-brique en rêvassant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Joli-cœur passa en effet la porte peu de temps après, les cheveux coiffés à la hâte et l’air inquiet. Le Goff s’exclama joyeusement à sa vue et se leva pour le serrer dans ses bras avec force, ruinant ses quelques efforts de paraître présentable en lui frottant vigoureusement le poing contre la tête.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors tu as vraiment retrouvé tout le monde ! Il fallait que je le voie pour y croire !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Certains ont été plus difficiles à convaincre que d’autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous m’auriez demandé gentiment, j’aurais dit oui de suite, souffla Ardan en s’asseyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Tu ne dis jamais oui de suite, Ardan. Si on ne te force pas un peu la main, tu tergiverses à n’en plus finir et tu fais perdre du temps à tout le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ardan croisa un bras, et s’inspecta les ongles de son autre main, vexé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Toute décision importante doit être mûrement réfléchie. Il faut bien un type prudent, dans cette équipe de casse-cous. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De Walburge ne prit pas la peine de répondre et poursuivit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bien. Avant toute chose, sachez que je suis ravi de vous revoir tous. De tous mes anciens collègues de l’armée, vous êtes parmi les rares à qui j’ai choisi d’accorder ma pleine confiance, et constate que j’ai bien choisi. Au vu de vos situations respectives, j’en déduis que vous avez tiré de les mêmes conclusions que moi quant à l’état de l’armée de ce pays. J’ai rencontré beaucoup de gens puissants lors de mes séjours à l’étranger, qui sont prêts à nous aider, et je pense aujourd’hui avoir accumulé suffisamment d’entre-gens et d’astuce pour avoir le maigre espoir de pouvoir faire quelque chose. Ardan, tu as fait ce que je t’ai demandé ?&lt;br /&gt;
L’intéressé sortit de sa veste un carnet qu’il lança ouvert sur la table. Il y figurait le croquis d’un visage et plusieurs notes qui indiquait des noms et des adresses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Georges Demusete, musicien itinérant, connu pour jouer les dimanches au marché de la place Favert, et les soirs en semaine dans les tavernes environnantes. A cessé de jouer à l’auberge du Héron à deux becs il y a peu suite à un conflit territorial avec les Saltimbanques. Cherche depuis à se relocaliser, et a récemment accepté un contrat pour les Deliwen afin d’animer un salon privé dans la salle arrière des bains publics de Grand-canal, deux quartiers plus loin. Ça sent la recherche de protection à plein nez, le coup de pression de Foster devait être plus sérieux que ce qu’on a bien voulu m’en dire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Bien. C’est donc là-bas qu’on a le plus de chance de le trouver, d’après toi ? Tu pourrais aller y jeter un œil et…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Penses-tu, déjà fait ! Et je connais les établissements des Deliwen comme ma poche, pas besoin de m’y déplacer en personne, quelle perte de temps. Non, j’ai fait jouer mes contacts, il ne devrait plus tarder.&lt;br /&gt;
Pour lui répondre, la porte de l’auberge s’ouvrit et un jeune homme au visage tendre balaya l’intérieur du regard. Joli-cœur lui fit un signe de main précis et discret, et il vint s’asseoir avec les autres, intimidé. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ardan le toisa un instant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Faut manger, mon garçon. Tu avais les joues moins creuses sur mon dessin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Laisse le pauvre garçon tranquille, Val. Tu vois bien qu’il est terrifié, le réprimanda Le Goff.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Merci Ardan, beau travail. Tu nous a fait gagner un temps précieux, fit tourner court De Walburge. Bienvenue, Georges. Je ne sais pas ce qu’on t’a dit pour te faire venir ici, alors je préfère mettre les choses au clair tout de suite. Je suis envoyé par la comtesse d’Agaménée, qui est, je te rassure, saine et sauve. Toi par contre, tu cours un grand danger, et ce bien au-delà de tes ennuis avec la pègre locale. La comtesse s’est mise le gouvernement à dos, et nous avons de fortes raisons de penser qu’ils feront le lien avec toi d’un jour à l’autre. Si tu acceptes de nous suivre, nous avons un plan pour te faire quitter le pays au plus vite. Le voyage ne sera ni rapide, ni facile, mais si tout se passe comme prévu, tu pourras retrouver la comtesse et faire librement ta vie avec elle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Demusete se concentrait, l’air grave, pour intégrer toutes les informations qu’on lui lançait à la figure.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce qui me dit que vous ne cherchez pas à me duper ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ton bon sens, mon garçon. Libre à toi de nous suivre ou non. J’avoue ne pas avoir pris le temps de demander à la comtesse une mèche de ses cheveux ou une lettre parfumée signée d’un baiser. Nous avons dû agir au plus vite pour précéder tes ennuis, et à ton air circonspect, j’en déduis que nous avons réussi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’en fallut pas beaucoup plus pour le convaincre. Comme Joli-cœur le fit remarquer aux autres après qu’il prit congé pour la nuit, il avait l’attitude fébrile de celui prêt à attraper la première bouée de sauvetage venue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque Foster obtint des Deliwen l’autorisation de fouiller les bains de Grand-canal, le jeune Georges Demusete avait déjà disparu. Pourquoi des Fides Magus du Grand Ministre étaient-ils venus en personne lui demander de mettre la main ce musicien de pacotille, il ne le saura jamais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au grand port de Mesphota, le soleil se levait à peine à travers la brume et le général Hadré Shiels supervisait le chargement d’une caravelle, censée approvisionner Port-Clérus. Promu depuis la guerre de Perrasie, il avait désormais la charge de la ligne maritime de la côte est, et avait fort à faire avec toutes les attaques des pirates Perrasiens qui pullulaient, embusqués derrière le moindre des rochers qui constellaient le large des côtes. Sur le quai, devant les mousses qui s’affairaient à charger le bâtiment, était aligné une ribambelle de marins au visage fermé, les pieds et les mains entravés par des fers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Une belle bande de pendards. Vous les avez récupérés où, ceux-là ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Des Perrasiens qui traînaient près du navire, mon général. Ils n’avaient rien sur eux, ni armes, ni papiers, ni contrebande. On pense qu’ils ont passé la frontière en barque, illégalement. Leurs motivations sont inconnues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Shiels défila devant les prisonniers, les toisant avec mépris. Il s’arrêta devant une femme grande et trapue, au visage bovin et rougi qui le dévisageait d’un œil mauvais, son second œil dissimulé derrière un cache-œil. Il soutint son regard, un sourire insolent aux lèvres. Il aimait les effrontés. Ils étaient les plus intéressants à humilier. Elle lui cracha au visage. Shiels ne recula même pas. Impassible, il sortit un mouchoir brodé de sa poche pour s’essuyer, et le jeta négligemment sur la prisonnière. Il siffla un de ses hommes, qui lui apporta une trique, et l’abattit de toutes ses forces sur son crâne. Elle ne bougea pas d’un iota, ne réagissant que d’un grognement agacé. C’était comme si un éclair avait traversé le bras du général. La trique se brisa comme du verre sous la force du choc, et Shiels resta un instant secoué par la force du retour, se demandant si les os de son bras n’avaient pas éclaté en même temps que son bâton. Dans le même instant, la prisonnière fit un pas en avant et leva ses bras épais pour passer la chaîne de ses menottes autour de son cou. Aussitôt des arbalètes se braquèrent sur elle. Shiels, la tête rouge et les yeux exorbités par la surprise, compta ses hommes qui tenaient en joue son agresseuse. Seule la moitié avait réagi, où étaient les autres ?&lt;br /&gt;
De nouveau, des bruits d’arbalètes. Le reste de ses hommes avait formé une ligne à l’arrière et se retournait contre eux, forçant ses propres arbalétriers à jeter leurs armes. Parmi eux, deux chevaliers, la tête dissimulée sous un heaume, s’avancèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Nous prenons le contrôle des opérations, capitaine Shiels. Vous êtes relevé de vos fonctions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Capitai- ? S’interloqua Shiels avant de se couper lui-même au moment où les deux hommes retirèrent leur heaume. Il s’agissait de Richard de Walburge et de Val Ardan, deux anciens de ses hommes de l’époque de la conquête de la Perrasie. Le premier avait trahi et déserté, et le second s’était fait passé pour mort. La menace était sérieuse : à y bien regarder, la plupart des hommes derrière eux étaient des vétérans de sa compagnie. Ardan était alors très populaire, et avait une intelligence sociale comme il en avait rarement vue : il le savait très capable de les convaincre d’à peu près n’importe quoi. Malgré la chaîne qui lui pressait sur la trachée, il se força à rire. Il fallait qu’il regagne contrôle de la situation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que vous essayez de faire ? Vous êtes seuls dans ce port, ce n’est qu’une question de secondes avant que l’endroit ne soit noir de gardes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En réalité, aussi tôt le matin, il n’y avait pas grand monde pour venir les seconder. Il y avait même de fortes chances pour que personne n’assiste à l’incident. Il ne cherchait qu’à gagner du temps. Il savait que l’équipage de la caravelle derrière lui armait les harpons du pont pour se préparer à riposter. S’ils ouvraient le feu sur le quai, ce n’est pas la douzaine d’hommes dissidents qui les menaçaient qui pourraient faire quelque chose. Pourtant, De Walburge le regardait droit dans les yeux avec un aplomb déconcertant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  Nous réquisitionnons cette caravelle, capitaine Shiels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Derrière lui, il entendit les fers des prisonniers tomber au sol, défaits. Il eut un horrible pressentiment. Un éclat lumineux attira son attention, en périphérie de sa vision, du haut du phare non loin, perdu dans les brumes, suivit par un sinistre sifflement qui traversait le ciel. Sur la caravelle, l’homme qui ajustait discrètement le lance-harpon de proue s’effondra, la tête percée d’une longue flèche. Immédiatement après, les sifflements se multiplièrent : chaque seconde, c’était une flèche qui s’abattait de nouveau sur le pont, tombant droit depuis le ciel et fauchant autant de tireurs qui tentaient de prendre position. En quelques instants, les prisonniers perrasiens avaient désarmé ses hommes et pris contrôle de l’embarcation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous ne vous en sortirez pas comme ça ! La marine vous retrouvera ! Vous ne rejoindrez jamais la Perrasie sains et saufs, vous entendez ? Vous…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard fit un bref signe de main. Casse-brique tordit le cou de Shiels qui tomba au sol comme une poupée de chiffon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Soldats, la suite va être très simple. Je ne souhaite pas de victime inutile, et je ne cherche que le meilleur pour l’Arthon. Si vous avez servi Shiels pendant aussi longtemps que moi, vous savez  que ce qui vient de se produire est dans l’intérêt de nous tous. Alors ceux qui n’ont rien vu, mise à part une audacieuse attaque de pirates perrasiens, vous pouvez rejoindre vos amis derrière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parmi les hommes qui étaient restés fidèles à Shiels, une bonne moitié recula derrière les arbalétriers qui les tenaient en joue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Pour les autres, j’admire votre loyauté, et déplore que vous ayez choisi de la placer aussi mal. Vos familles seront prévenues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les arbalètes décochèrent en même temps, et les derniers hommes qui se tenaient au milieu du quai s’effondrèrent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Richard fit signe au pont de la caravelle, et les passerelles furent levées pour se préparer à un départ immédiat. L’un des prisonniers perrasiens, qui n’était autre que Demusete, se pencha au-dessus du bastingage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous ne venez pas avec nous, Richard ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’ai encore à faire ici, mon jeune ami ! Nous nous reverrons peut-être, je l’espère ! Passez le bonjour à la comtesse de ma part ! Ne craignez rien, vous êtes entre de bonnes mains ! L’équipage de la Seiche d’argent sont les meilleurs marins que je connaisse ! Ils vous amèneront à bon port à n’en pas douter !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un perrasien lui fit signe depuis le pont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous passerez le bonjour au capitaine Dreemur ! Lui cria Richard en réponse à son geste amical.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi la caravelle quitta le port dans le silence, et Richard et Ardan disparurent dans la brume. Lorsque les gardes arrivèrent enfin, ils trouvèrent les survivants de l’escadron de Shiels traumatisés par une brutale attaque pirate, dont le récit fut corroboré par la sergente Le Goff, décorée de multiples fois pour ses nombreux hauts-faits d’arme, prise dans l’attaque alors qu’elle visitait la ville à l’occasion d’une permission exceptionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Discrètement, l’un des hommes de Shiels, qui avait servi sous ses ordres à l’époque où Richard était encore parmi eux, et qui se faisait une joie de le revoir, demanda à la sergente s’il allait revenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qui sait, soldat, qui sait, tant que sa vadrouille n’est pas encore terminée…&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Sande_de_Lumenor&amp;diff=828</id>
		<title>Sande de Lumenor</title>
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		<updated>2023-04-05T13:55:23Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
[[Category:Personnages]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = [[Fichier:Sande de Lumenor.jpg|vignette|Sande de Lumenor après sa transformation en dryade]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Sande de Lumenor&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Sande de Lumenor&lt;br /&gt;
|Alias = Fille de l&#039;arbre-mère&lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = végétalisée en 1137&lt;br /&gt;
|Activités = Princesse Elfe&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
== Biographie ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sande est la soeur d&#039;[[Elwen de Lumenor]] et fait partie de l&#039;auguste famille des [[Lumenor]] les “porteurs de lumière”, ils représentent l’une des plus grandes et influentes familles de [[Bragorn]], et historiquement gardiens de [[l’Arbre-Mère]], rôle respecté et très honorable. Les Lumenor étant une branche cousine de la branche royale, Sande a officiellement le rang de princesse. Elle quitte la [[Forêt blanche]] suite au raid de son frère et d&#039;autres [[Elfes noirs]] sur Melenoria pour le retrouver et l&#039;amener devant la justice, devenant ainsi l&#039;une des premières [[Nolidrim]] à quitter la forêt depuis l&#039;isolement de la [[Forêt blanche]]. Elle deviendra par la suite émissaire des Nolidrims et jouera un grand rôle dans l&#039;ouverture du pays. Elle se fera assassiner en 1137 à [[Tamendil]] lors des événements du [[cœur de Tamendil]], mais son esprit sera lié à un artefact magique lui permettant de générer un corps végétal. Sous la forme d&#039;une dryade, elle continuera à assurer ses fonctions quelques mois, en participant nottamment à l&#039;expédition de sauvetage du [[Faucon des mers]]. Elle décidera lors de l&#039;[[appel de Kahn-Brava]] d&#039;ouvrir les frontières de la Forêt-blanche aux Elfes noirs, mais sa décision sera sanctionnée par [[Elebor]], roi de la Forêt blanche, en raison de la levée de bouclier de la population, et elle sera alors relevée de ses fonctions. Sande n&#039;a depuis pas quitté la Forêt blanche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Mentions diverses ==&lt;br /&gt;
* [[Enguérôme de Tourmol]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Marshall_W._Bridgework&amp;diff=827</id>
		<title>Marshall W. Bridgework</title>
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		<updated>2023-04-05T13:54:14Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : Page créée avec « Category:Personnages  {{Personnage |Photo =  Marshall lors de l&amp;#039;appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137 |Nom_Personnage = Marshall W. Bridgework |Nom_de_naissance = Marshall W. Bridgework |Alias =  |Naissance = &amp;#039;&amp;#039; Non Communiqué &amp;#039;&amp;#039; |Décès = En vie |Activités = capitaine }} »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:Personnages]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Marshall. W. Bridgework.jpg|vignette|Marshall lors de l&#039;appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Marshall W. Bridgework&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Marshall W. Bridgework&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = capitaine&lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<updated>2023-04-05T13:53:32Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Crédit : la Meredrine&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<title>Gargillon III : Les hérauts de l&#039;orage</title>
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		<updated>2023-04-05T12:50:29Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : /* Boquéron */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Catégorie:Événements]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Événement&lt;br /&gt;
|Nom_Evenement = Gargillon III : Les hérauts de l&#039;orage&lt;br /&gt;
|Photo = [[Fichier:Gargillon 3 taverne.jpg|250px|center]]&lt;br /&gt;
|Legende = La taverne du gobelin enchanté&lt;br /&gt;
|Nature = Jeu de rôle grandeur nature&lt;br /&gt;
|Dates = 25 au 27 juin 2021&lt;br /&gt;
|Organisateurs = Alex, Cyan, Guillaume, Juliette, Matéo, Samuel, Timothée&lt;br /&gt;
|Lieu = Château de Brélidy (Côtes d&#039;Armor, Bretagne)&lt;br /&gt;
|PJ = 65&lt;br /&gt;
|PNJ = 15&lt;br /&gt;
|Cycle = Cycle de Tamendil&lt;br /&gt;
|Precedent = [[Gargillon II : Le cœur de Tamendil]]&lt;br /&gt;
|Suivant = Fin de la trilogie&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;Gargillon III : Les hérauts de l&#039;orage&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; est un événement de jeu de rôle grandeur nature, qui s&#039;est déroulé sur le terrain du château de Brélidy (Côtes d&#039;Armor, Bretagne) du vendredi 25 au dimanche 27 juin 2021.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Résumé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le général Témérion a décidé d&#039;invoquer l&#039;[[appel d&#039;Kahn-Brava]] afin de convier un sommet diplomatique réunissant toutes les factions présentes de l&#039;île du Garg. L&#039;occasion pour lui d&#039;apporter la lumière sur les zones d&#039;ombres qui couvrent les réelles intentions de l&#039;état-major arthonnien. &lt;br /&gt;
Furent représentés au sommet en présence du royaume d&#039;Arthon : l&#039;Empire Nain et la réserve des Hommes-Bêtes, les Terres Sauvages, la fédération de Bragorn et le Boquéron. La Perrasie, annexée par l&#039;Arthon n&#039;est pas représentée. Quelques Perrasiens ayant fui leur région natale ont malgré-tout réussi à être présents, derrière une autre bannière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Note d&#039;intention ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le rire bruyant et gras de ses hommes, devant sa chambre, tira une fois de plus le général Témérion de son sommeil. Perdu dans ses tracas, il n’avait que peu dormi, comme à son habitude. Il se passa la main sur le visage avec force, comme pour tenter d’en arracher la fatigue, avant de se lever en vacillant jusqu’à son bureau, près de la fenêtre. Il attrapa sa pipe et la fourra dans sa bouche, puis mis la main négligemment sur sa blague de cuir. Il grimaça en l’ouvrant. ses herbes séchées avaient été complètement gâtées par la pluie et l’humidité. Il jeta la poche de dépit. Cette nouvelle journée ne s’annonçait pas plus clémente que les autres. Cela faisait bientôt un mois qu’il avait repris cet avant-poste, perdu au beau milieu de la vallée sauvage de Tamendil, auparavant tenu par un certain capitaine Reussler, qui avait disparu, comme tous ses hommes. Lors de son arrivée, le lieu était envahi par des ennemis de la couronne. Des cohortes de nains, des elfes, et des hommes refusant la loi de l’empire. Il avait tout d’abord cru que c’était eux les responsables, qui avaient chassé brutalement Reussler et sa compagnie, signant finalement l’acte de guerre que couvaient les nombreuses tensions entre son peuple et les autres ces dernières années. Mais une chose devint rapidement claire en interrogeant les prisonniers : Reussler n’était déjà plus là lors de l’arrivée de ces présumés ennemis, et ses hommes presques tous morts depuis plusieurs semaines. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’était ni la première étrangeté, ni la dernière à laquelle Témérion avait été confronté depuis sa nomination comme général. Même pour un homme de son grade, de nombreuses mystères lui restaient hors de portée. Les hauts-rangs de la hiérarchie Arthonnienne étaient infiltrés par quelque puissance obscure, il en était désormais persuadé. Trop de décisions, qui venaient sans explication, étaient appliquées sans recul alors qu’elles allaient à l’encontre même de l’intérêt de leur pays. La conquête de la Perrasie avait été fulgurante, mais cela faisait plus d’un an que la situation stagnait, sans qu’aucune volonté de l’améliorer ou de la pérenniser n’ait été engagée. C’était comme si, dans les rouages sombres du pouvoir, cette victoire, vendue comme le noble moyen d’unifier finalement les peuples humains, en guerre depuis trop longtemps, n’était qu’un subterfuge destiné à atteindre un but détourné qui n’allait dans le sens d’aucun Arthonnien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici, dans la vallée, il envoyait chaque jour son rapport à la capitale. La situation était explosive. Les mages de leurs rangs se plaignaient continuellement, souffrant d’horribles maux de têtes alors que les effluves magiques du territoires gagnaient sans cesse en puissance. La cause était la raison même de la présence de tous ces étrangers sur ces terres lors de leur arrivée : Un sanctuaire brisé datant des temps anciens. Témérion n’y connaissait rien, ni en histoire, ni en magie, mais savait reconnaître quelque chose de dangereux. Jour après jour, le temps se détraquait davantage, et même lui, sentait ses poils se hérisser sous la tension magique qui régnait en ses lieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment, cela faisait un mois qu’il n’obtenait pas de réponse. Sa seule conclusion était que ses supérieurs étaient parfaitement au courant, et laissait la situation se dégrader volontairement. Chaque nouvelle mission à laquelle on l’assignait, c’était pareil. Ils n’étaient que les bons soldats chargés de s’assurer que tout se passe mal, comme prévu. L’Arthon courait à sa perte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Témérion était lassé de se laisser faire. Pendant la guerre, il avait vu les rangs de son peuple remplis de braves, d’hommes prêts à mourir parce qu’ils croyaient en la grandeur de leur pays. Et ils avaient raison. Leur pays en valait la peine. Tout ce qu’ils avaient à faire, c’était de trouver ceux qui gangrénaient son système. Il avait longtemps réfléchi à un moyen d’action, et avait finalement abouti à quelque chose de concluant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	- l’Appel de Kahn-Brava, murmura-t-il, en relisant une dernière fois les missives qu’il avait passé les dernières semaines à écrire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit était très complexe, en Arthon comme ailleurs, mais quelques lois avaient été acceptées par tous ceux qui peuplaient l’Île du Garg. L’Appel de Kahn-Brava en était le plus célèbre exemple, bien que l’histoire derrière sa passation ait été perdue. Cet appel pouvait être lancé par quiconque en était habilité, et, en Arthon, être général suffisait à acquérir ce pouvoir. Un appel de Kahn-Brava devait avoir pour objet une menace à l’échelle de l’île entière, et ce sanctuaire étrange en était le parfait prétexte. Il enjoignait tous les peuples à faire trêve et à se rencontrer en zone neutre, pour agir face à cette menace. Un moyen radical, mais efficace, d’ouvrir un dialogue avec les autres peuples là où l’armée Arthonnienne en est normalement interdite, ainsi que de débusquer ces fameux hérauts de malheur, hantant leur pays de l’intérieur, qui devraient à coup sûr se rendre sur place pour s’assurer que la situation ne leur échappe pas, ainsi ouverte au bon sens des autres peuples. Les rangs de l’Arthon seraient purgés, et la grandeur de leur royaume rétablie. Il s’en faisait la promesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un éclair illumina sa lucarne et le fit sortir de sa rêverie. Aujourd’hui encore, la tempête grondait. Une main malhabile frappa à sa porte. C’était Jerald, son jeune coursier, brave et serviable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	- Vous aviez besoin de moi, général ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Témérion apposa son sceau sur la dernière missive, puis la glissa avec les autres, retenues ensemble par des cordelettes, avant de lui tendre le paquet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	- Préviens, les autres, un long voyage vous attend. L’heure est venue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Forces principales en présence ==&lt;br /&gt;
=== Arthon (Royaume d&#039;) ===&lt;br /&gt;
* [[Ara]]&lt;br /&gt;
* [[Baraccus De Vayn]]&lt;br /&gt;
* [[Elyas Messiler]]&lt;br /&gt;
* [[Epithète Ragéclat]]&lt;br /&gt;
* [[Jarril]]&lt;br /&gt;
* [[Orakel Leopardy]]&lt;br /&gt;
* [[Prom Cain]]&lt;br /&gt;
* [[Rios Rigur]]&lt;br /&gt;
* [[Sigveur Dakeyras]]&lt;br /&gt;
* [[Tobias Torlek]]&lt;br /&gt;
* [[Rowena de Rochefort]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Boquéron ===&lt;br /&gt;
* [[Archibald Mac Ivor]]&lt;br /&gt;
* [[Erika Mac Milan]]&lt;br /&gt;
* [[Bethor]]&lt;br /&gt;
* [[Callen]]&lt;br /&gt;
* [[Delria Kortz]]&lt;br /&gt;
* [[Ezoria Avolinor]]&lt;br /&gt;
* [[Gwezderv Kender]]&lt;br /&gt;
* [[Kerys Osbha]]&lt;br /&gt;
* [[Madark Rustrebeer]]&lt;br /&gt;
* [[Morgwen Mac Dolmech]]&lt;br /&gt;
* [[Val Kender]]&lt;br /&gt;
* [[Yorme]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Bragorn (Fédération de) ===&lt;br /&gt;
* [[Argane Mirobêl]]&lt;br /&gt;
* [[Björn Björnsson]]&lt;br /&gt;
* [[Futiil Loriot]]&lt;br /&gt;
* [[Liberté Dreemur]]&lt;br /&gt;
* [[Marshall W. Bridgework]]&lt;br /&gt;
* [[Meredriel d&#039;Astaelin]]&lt;br /&gt;
* [[Morrigan]]&lt;br /&gt;
* [[Murmure des Bois]]&lt;br /&gt;
* [[Richard de Walburge]]&lt;br /&gt;
* [[Salmir Saladjinn]]&lt;br /&gt;
* [[Sande de Lumenor]]&lt;br /&gt;
* [[Taliesin]]&lt;br /&gt;
* [[Teleri Malthenas]]&lt;br /&gt;
* [[Turindo]]&lt;br /&gt;
* [[Yakulu]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Karaxx ===&lt;br /&gt;
* [[Aörachemiya]]&lt;br /&gt;
* [[Asra]]&lt;br /&gt;
* [[Keeriel]]&lt;br /&gt;
* [[Sotec]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Nain (Empire) ===&lt;br /&gt;
La liste inclut la réserve des hommes-bêtes :&lt;br /&gt;
* [[Calune]]&lt;br /&gt;
* [[Elendas]]&lt;br /&gt;
* [[Fafnir et Balkoy]]&lt;br /&gt;
* [[Goldur]]&lt;br /&gt;
* [[Grimmulf Schibog]]&lt;br /&gt;
* [[Hector Lebrac]]&lt;br /&gt;
* [[Magnus]]&lt;br /&gt;
* [[Noks]]&lt;br /&gt;
* [[Pfaff]]&lt;br /&gt;
* [[Simonsoddy Fiergravier]]&lt;br /&gt;
* [[Throïdin Pirajok]]&lt;br /&gt;
* [[Ysmaël le Corbeau]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Terres Sauvages ===&lt;br /&gt;
* [[Akaros]]&lt;br /&gt;
* [[Lagbaff Drash]]&lt;br /&gt;
* [[Olywells Nuss]]&lt;br /&gt;
* [[Terg]]&lt;br /&gt;
* [[Zora]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Autres forces en présence ==&lt;br /&gt;
=== Guilde des Marchands ===&lt;br /&gt;
La guilde, bien qu&#039;ayant subi l&#039;annexion de la Perrasie, continue d&#039;exercer son activité et profite de l&#039;appel de Kahn-Brava pour s&#039;implanter durant le sommet pour y jouer un rôle de médiateur. Elle a été représentée par :&lt;br /&gt;
* [[Compatio Belbeni]], second maître de la guilde,&lt;br /&gt;
* [[Simonin d&#039;Argrantard]], quatre cent trente-deuxième maître de la guilde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La taverne du gobelin enchanté ===&lt;br /&gt;
* [[Nibilis Rockard]]&lt;br /&gt;
* [[Persiffleur le Gobelin]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=VyGYeEfh3lg&amp;amp;ab_channel=Gargillon&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Sigmund_de_Nostraville&amp;diff=824</id>
		<title>Sigmund de Nostraville</title>
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		<updated>2023-04-05T12:48:36Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:Personnages]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Sigmund de Nostraville&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Sigmund de Nostraville&lt;br /&gt;
|Alias = Regor d&#039;Aulan, Archibald Mc Irsund, autres alias inconnus.&lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = Maître espion&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== &#039;&#039;&#039;(Nouvelle)&#039;&#039;&#039; [[contrepartie Ulule 2021]] ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Sigmund de Nostraville est un maître espion au service de la couronne arthonnienne. Durant la guerre de Perrasie, il a causé de nombreux torts à la résistance perrasienne en prenant habilement la place d’un de leurs généraux lors d’un rassemblement. Finalement démasqué, il a dû faire profil bas pendant un temps, mais la couronne a d’autres projets pour lui, et il est désormais temps qu’il reprenne du service.&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Olaf soupesait son sac d’or encore une fois. Les Perrasiens lui avaient confié la tâche de leur ramener le meilleur bois, et c’est bien ce qu’il comptait faire. Il avait traversé tout le Boquéron pour rencontrer le clan Mc Irsund, mais cela valait le coup : cette exploitation familiale était réputée pour fournir ce qu’on trouvait de meilleur de ce côté-ci de la forêt en termes de matériaux de construction navale. Il poussa la porte de la taverne dans laquelle il avait rendez-vous. Le jour déclinant avait plongé la grand-salle dans la pénombre, et seules quelques bougies avaient été allumées. Comme prévu, l’endroit était presque désert, à l’exception du vieux Mc Irsund, assis à une table avec son fils. Rien d’anormal : on lui avait expliqué qu’ils venaient toujours à deux pour signer les gros contrats. Il s’avança et recula une chaise pour s’asseoir face à eux. Il tendit la main, mais le vieux ne lui serra pas. Le visage mangé par une épaisse barbe et assombri d’un grand chapeau, il fumait sa pipe et le dévisageait en silence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Le vieux Mc Irsund ne serre des mains que pour conclure des affaires, expliqua son fils d’une voix sans appel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Olaf ramena sa main vers lui et posa le sac d’or sur la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— voici la moitié du prix convenu, vous pouvez recompter si cela vous chante. Je l’ai amenée en gage de bonne foi, mais vous ne repartirez pas avec ce soir : je la rapporterai demain matin, en même temps que votre chargement. L’autre moitié vous sera délivrée à Erassius, une fois la livraison effectuée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le vieux Mc Irsund ramena la bourse à lui, compta d’une main, pipe à bouche, grogna de satisfaction et la rejeta sur la table.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il est d’accord, traduisit son fils.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Moi, pas encore, répondit Olaf. J’ai besoin de précisions, de garanties : je n’ai pas vu votre cargaison. Vous pouvez m’assurer qu’il s’agisse bien d’un bois de première qualité ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Vous ne trouverez pas mieux ailleurs, s’engagea le fils. Le seul bois qui rivalise avec le nôtre est celui des grands pins de Bragorn, et les elfes ne laissent rien sortir de leur forêt. Si vous avez le moindre problème avec notre bois, nous sommes prêts à vous le rembourser le double. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Olaf acquiesça. Cela concordait avec les informations qu’on lui avait donné. Il tendit de nouveau la main. Le vieux Mc Irsund le laissa en suspens ainsi un instant, souffla une nouvelle bouffée de sa pipe, et consentit finalement à la lui serrer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce soir là, Olaf repartit satisfait et confiant de la petite auberge. Dès que la porte se referma derrière lui, le fils se retourna vers son père.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est bon, j’ai dit ce que vous vouliez que je dise. Vous allez me laisser partir, maintenant ?&lt;br /&gt;
Sigmund abaissa légèrement sa fausse barbe, releva le bord de son chapeau et appuya davantage la pointe de sa dague contre le flanc du fils Mc Irsund.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je te rappelle que la vie de ton père dépend de ta coopération, alors j’attends de toi un peu plus de bonne volonté… Tu vas devoir me supporter encore un peu, je le crains. Il faut bien que nous amenions à bon port le chargement de ce brave homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le fils Mc Irsund déglutit et acquiesça, le teint pâle. Cet homme avait emmené son père il ne savait où, enfermé sans nourriture, et il était contraint de se plier à tous ses ordres s’il voulait espérer le revoir un jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund réprima un sourire en coin. Cette fois encore, il avait eu le nez creux. Si l’Escadron des cendres n’avait pas réussi à mettre la main sur les plans du &#039;&#039;Faucon des mers&#039;&#039;, il comptait bien rattraper leur erreur. Il ne savait pas où ils avaient emporté les plans, mais les Perrasiens allaient avoir besoin de bois s’ils voulaient construire une nouvelle flotte. Il avait comparé toutes les offres du moment et les Mc Irsund proposaient les meilleures, aussi il avait devancé les acheteurs pour s’infiltrer dans la boucle. Maintenant à la tête de la livraison, il avait son laisser-passer pour le chantier naval. Une fois sur place et les employés de la livraison renvoyés chez eux, il n’aurait plus qu’à se débarrasser du fils Mc Irsund pour couvrir ses traces : avec ces lourds chargements de bois, un accident était vite arrivé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le lendemain, à l’aube, sous les ordres du fils Mc Irsund, les employés de l’entreprise familiale acheminaient les troncs d’arbre jusqu’à la côte, où des grandes grues les faisaient descendre la falaise jusqu’à des embarcations en contrebas, qui allaient ensuite remonter la côte jusqu’à Erassius, leur destination. Sigmund, sous son costume, observait les opérations à distance pour éviter d’être reconnu, laissant le jeune Mc Irsund piloter les opérations. Il fronça les sourcils : un peu plus loin, une autre équipe acheminait d’immenses troncs noirs. Même de là où il était, il entendait les contremaîtres hurler des ordres agressivement : l’équipe se montrait désordonnée, laissant échapper ou dévier de leurs rails des troncs, manquant de provoquer un incident d’ampleur à plusieurs reprises : elle irradiait l’amateurisme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelque chose n’était pas normal : les Mc Irsund étaient supposés être seuls sur cette plateforme de chargement aujourd’hui. À leurs devants, il vit Olaf, le responsable de leur commande, qui discutait avec un petit homme bossu. Sigmund s’approcha pour entendre la discussion, et Olaf lui fit signe lorsqu’il le vit. D’ici, il voyait en détails son interlocuteur : ce n’était pas un homme bossu, mais un Gobelin, comme en témoignait sa peau verdâtre et son nez crochu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ah ! Seigneur Mc Irsund, j’allais envoyer vous quérir, il y a eu du changement à nos affaires. Je suis vraiment navré, je sais que nous nous étions engagé, mais ce gentilhomme ici présent m’a proposé une affaire que je ne pouvais pas refuser. Vous pouvez demander à vos hommes de rappeler votre marchandise, nous n’en avons plus besoin. Je suis prêt à vous dédommager pour le désagrément.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund était surpris, mais n’en laissa rien paraître. Il balaya du regard le Gobelin, Olaf, ainsi que les grands troncs noirs traînés maladroitement jusqu’aux flancs de falaise. Qu’est-ce que ce Gobelin au professionnalisme douteux avait bien pu proposer pour damer le pion à la compagnie bûcheronne la plus fiable du Boquéron ? Il saisit le Gobelin par le col pour l’emmener à l’écart et le plaquer contre une caisse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce que ça veut dire ? Tu crois vraiment que tu peux sortir de nulle part et marcher sur les plates-bandes de ma compagnie ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin couina et se confondit en excuses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je suis vraiment navré, mon bon seigneur, mais vous comprenez, j’ai une famille à nourrir, et les affaires sont les affaires… Je vous en prie, ne me faites pas de mal !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça dépendra si tu me dis ce que j’ai envie d’entendre. Mon affaire était en or, quel prix tu lui as proposé pour qu’il retourne sa veste ? C’est impossible de proposer un meilleur tarif que moi pour un bois de qualité similaire, et Olaf n’aurait pas baissé ses exigences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Monseigneur, je vous assure, je respecte la concurrence et…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund le secoua brutalement contre la caisse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Aaah ! Geignit le Gobelin. La première commande est gratuite, le client ne paye que le déplacement, c’est notre politique commerciale et…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il le secoua plus fort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Aaah ! C’est une démarche fidélité du Syndicat des Gobelins, les clients sont des bonnes connaissances et….&lt;br /&gt;
Il le gifla sans ménagement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Aïe ! Pas mon visage ! Mon sourire c’est mon outil de travail, enfin !&lt;br /&gt;
Le revers de la gifle arriva aussitôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Aïe ! D’accord, d’accord, je vais parler, mais lâchez-moi !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund laissa le Gobelin glisser contre la caisse lamentablement et attendit sa réponse sans piper mot.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il faut absolument qu’on se débarrasse de ce chargement, tu vois ? On est allé abattre quelques arbres à Bragorn, on pensait que ça se remarquerait pas, que c’était de l’argent facile, mais les Elfes, ils ont pas apprécié du tout. Le Syndicat commence à peine à être installé, là-bas, on ne peut pas se permettre de se faire dégager. Du coup je dois faire disparaître la marchandise avant qu’ils remontent à nous, tu piges ? Un chargement aussi gros, qui en voudrait à part les Perrasiens ? Ils tombaient à pic, et puis comme ça, si les Elfes ont des questions, ils iront s’adresser à eux !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des pins de Bragorn ! Voilà qui expliquait la couleur noire des troncs et l’enthousiasme d’Olaf. L’essence interdite, solide et légère, gardée farouchement par les Elfes : il faudrait être fou pour en extraire illégalement ! Et pourtant, ce Gobelin l’avait fait et venait en quelques instants de piétiner son plan minutieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Qu’à cela ne tienne, il allait improviser. Il regarda à gauche et à droite, s’assura que personne ne les écoutait, et planta son regard dans celui du Gobelin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Écoute-moi bien. Tu veux te débarrasser de ce chargement, je veux conclure cette affaire à tout prix : on peut s’arranger. J’ai à disposition des hommes plus compétents  que les tiens ainsi qu’une meilleure chaîne logistique : confie-moi ton chargement, et tu pourras garder l’argent de la vente : c’est gagnant-gagnant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin fit mine de réfléchir. L’affaire était arrangeante pour lui, mais il ne voulait en laisser rien paraître : ses bateaux de transport étaient des épaves et leurs équipages constitués de traîne-savates qu’il avait recruté au hasard, acceptant quiconque était prêt à travailler sans acompte.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mmh, vous êtes dur en affaire, vous… Vous me demandez d’ôter le pain de la bouche à mes employés, juste comme ça ? Je suis un patron respectable, monsieur, le Syndicat des Gobelins a une… un… Comment on dit, déjà... déontologie ! Vous voyez..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund lui rendit un regard noir, et le Gobelin changea brusquement de discours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ou alors, on peut faire comme vous dites, oui oui, très bien. C’est d’accord alors, très bien, mais à une seule condition : vous me laissez embarquer avec vous à Erassius, je n’ai aucune envie d’être dans les parages quand les Elfes vont débarquer pour enquêter.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund lâcha le Gobelin et lui tendit la main.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Parfait, faisons comme ça.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin la lui serra et retourna d’un pas vif vers ses employés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Eh ! Vous ! Oui, vous tous ! Vous êtes virés ! Oui, vous m’avez bien entendu, oui, dégagez-moi le plancher ! Si vous avez des réclamations, adressez-les au baron Pouxlard !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Observant la scène, Olaf, qui était resté en retrait pour laisser les deux « patrons » discuter, s’avança vers le Gobelin en même temps que Sigmund, à l’opposé, qui avait repris ses manières de vieil homme, pour s’enquérir de la situation, affolé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Enfin, qu’est-ce que ça signifie ? Je croyais que nous avions un accord ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Nous en avons un, brave homme, ne vous inquiétez pas, nous nous occupons de tout !J’ai simplement décidé de sous-traiter la main d’œuvre non qualifiée à mon concurrent, geste commercial, voyez-vous. Il va sans dire que cela ne change rien à notre affaire, nous tiendrons nos engagements sur les prix, oui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Olaf restait interdit devant la tournure bizarre de l’affaire, mais quelques poignées de main plus tard, l’accord fut passé et les navires chargés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s’agissait, pour Sigmund, de passer le trajet sans que les employés ne le démasquent, aussi avait-il prévu de se porter malade aussitôt à bord, de s’enfermer dans sa cabine et de laisser encore son prétendu fils, toujours sous la menace, s’occuper de donner les ordres. Il avait dû justifier la présence d’un Gobelin sur son embarcation, ainsi que le changement soudain de cargaison, mais rien d’insurmontable : son plan était retourné sur ses rails et rien ne l’empêcherait de mettre son nez dans les affaires de la résistance perrasienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour le moment, c’était bien parti : les trois navires qui transportaient le bois voguaient paisiblement depuis quelques heures déjà et rien n’était venu troubler sa quiétude. Il en avait profité pour écrire un rapport qu’il enverrait dès son arrivée à Erassius.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des voix se levèrent, sur le pont, et il reconnut celle du fils Mc Irsund. Au ton de sa voix, il devait rabrouer l’un de ses employés. Il fronça les sourcils lorsqu’il entendit le bruit d’un objet lourd jeté à l’eau. Il hésita à aller voir : ce n’était pas normal, surtout que la dispute avait cessée avec le bruit. Il n’en eu pas le temps : on frappa agressivement à sa porte. Il eu un mouvement de recul en l’entrebâillant : tout l’équipage était là, brandissant épieux et couteaux dans sa direction, et le Gobelin était à leur devants, le menaçant du doigt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Jormund Mc Irsund, ceci est une mutinerie ! C’est une honte, la façon dont vous traitez vos employés, ils m’ont tout raconté ! Des tortionnaires, voilà ce que vous êtes! Vous avez oublié que ce sont vos hommes qui font la valeur de votre entreprise, vous les avez maltraités et vous vous êtes gavés sur leur dos, eh bien, voilà ! Nous reprenons le contrôle de ce navire : la compagnie Mc Irsund et fils vient d’être rachetée par le Syndicat des Gobelins, et c’est une offre que vous ne pouvez pas refuser ! Quant aux anciens propriétaires, ils ont eu le malheur d’être emportés par une vague scélérate, paix à leur âme, pas vrai, les gars ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’équipage éructa en cœur. Sigmund pâlit. Il ne pensait pas que les Mc Irsund étaient aussi détestés par leurs employés. C’était donc ça, le bruit un peu plus tôt : ils avaient balancé le fils par-dessus bord et s’apprêtaient à faire de même avec lui.Le Gobelin s’approcha de lui pour lui glisser quelques mots.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Sans rancune, hein, les affaires sont les affaires… Trois navires de transport tout équipés et leur main d’œuvre, j’allais pas cracher dessus, non.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce Gobelin était lunatique, il en était désormais convaincu. Non content de voler des arbres à Bragorn, il était prêt à détourner une compagnie entière aussitôt le pied posé en Boquéron, et il fallait que cela tombe sur celle qu’il s’était déjà lui-même soigneusement occupé de détourner.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin lui tendit un papier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Voilà, on a rédigé un testament pour toi, tu as juste à signer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— « Je soussigné Jormund Mc Irsund consent à céder mon entreprise ainsi que ma fortune à Persiffleur du Syndicat des Gobelins en cas de décès. » Et pourquoi devrais-je signer un truc pareil ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Si tu signes pas, mes gars t’ouvrent le bide ici, oui. Si tu signes, on te jette par-dessus bord et tu as une petite chance de t’en sortir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est ridicule : tu veux me faire croire que vous prendriez le risque que je rejoigne la côte et que je vous dénonce tous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin se gratta le menton.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
—  J’avais pas pensé à ça, non… Si tu signes pas, on zigouille ta femme !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— J’aimerais bien vous y voir, elle est restée à Stérus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Alors, on te zigouille toi, oui !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ça ne règle pas le problème : vous avez besoin de ma mort ET de ma signature pour donner une quelconque valeur à ce torchon. Je vois mal mon intérêt à vous aider dans ce processus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’assemblée soupira et le Gobelin tourna la tête vers l’équipage pour chercher leur approbation. Sigmund les entendit parler à voix basse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Qu’est-ce qu’on fait, du coup ? On le torture ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ouais, on le torture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund ne savait pas ce que le Gobelin leur avait promis, mais tout l’équipage semblait prêt à le suivre sans l’ombre d’un doute ou d’un remord. Il jeta un œil par-dessus leur épaule pour tenter d’apercevoir les deux autres navires du convoi : ils étaient trop loin pour qu’il puisse quérir leur aide. Il ne pensait pas en arriver là si vite, mais ils ne lui laissaient pas le choix. C’était un miracle qu’il n’ait pas été démasqué jusqu’ici, mais ce n’était qu’une question de secondes avant que l’équipage ne comprenne qu’il n’était pas le vrai Mc Irsund. Jusqu’ici caché derrière la porte entrouverte, il fit un pas dans la lumière. Il se redressa et cessa d’imiter le grain de la voix d’un vieil homme, et sortit un document de sa veste. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— N’approchez pas, ce n’est pas la peine, ma signature vous serait bien inutile : je ne suis pas celui que vous croyez. Je m’appelle Rufus Bergton, et j’ai été envoyé par la guilde des marchands pour inspecter ce commerce à la demande de Jormund Mc Irsund, qui voulait faire évaluer par un tiers les capacités de son fils à gérer son affaire et ainsi rassurer ses investisseurs quant à sa succession. C’est avec son accord que j’ai pris sa place pour jouer le rôle d’observateur incognito.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le document qu’il brandissait, surmonté du sceau de la guilde des marchands, était bien évidemment un faux qu’il avait préparé au cas où, aussi il le rangea avant que les yeux curieux ne le scrutent avec trop d’attention, attention qu’il détourna vers son visage en retirant sa fausse barbe pour amplifier l’effet théâtral de sa révélation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin avait fait un pas en arrière à la vue du sceau, un air de dégoût et d’horreur au visage comparable à celui de l’enfant à qui l’on aurait proposé des épinards.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je doute que la Guilde des marchands ne laisse ma disparition sans conséquences, il y aura une enquête, surtout au sujet de ce Syndicat des Gobelins qui semble évidemment « tout à fait en règle » avec ses affaires, n’est-ce pas ? Nous ne pouvons que mutuellement nous causer du tort, ici, alors pourquoi ne pas agir en adulte et trouver un compromis ? Je passe l’éponge sur vos machinations, libre à vous de les poursuivre auprès du véritable propriétaire, cela ne me regarde pas. D’un autre côté, vous finissez bien tranquillement cette livraison et vous me déposez à bon port. Qu’en dites vous ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin avait changé de regard. On aurait dit qu’il avait redoublé d’envie de jeter Sigmund par-dessus la balustrade, mais qu’il avait compris que ce n’était pas une bonne idée. &#039;&#039;Alors, il y a des limites à son inconscience&#039;&#039;, nota le maître espion.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il fit signe à l’équipage et l’assemblée se dispersa, déçue. Persiffleur lui tendit la main pour la lui serrer à contrecœur, et repartit sur le pont. Sigmund le suivit des yeux un instant et claqua la porte de sa cabine. Il avait gagné du temps, mais cette couverture ne tiendrait qu’un temps : aussitôt arrivé à Erassius, les officiels de la Guilde des marchands présents sur place allaient le confondre sans peine. Heureusement, les deux autres navires de transport ne savaient rien de ce qui se tramait ici : il avait peut-être une chance de rétablir la situation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le soir venu, le cuisinier ramenait un sac de pommes de terres de la réserve pour préparer le repas. Il fronça les sourcils : le sac était rempli de navets. Il fit demi-tour vers la réserve pour s’assurer s’il s’était trompé de sac ou si l’erreur venait de l’intendance. Sigmund se faufila à sa suite dans la cuisine et dévissa sa bague pour verser dans la grande marmite contenant le le repas du soir la poudre qu’elle contenait, un poison fulgurant composé d’extraits de plantes de Karaxx. La dose de sa bague était assez forte pour tuer cent hommes. Son méfait accompli, il s’éclipsa avant le retour du chef.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La nuit s’abattit, brumeuse, et un silence de mort régnait sur le navire. L’équipage était parti se coucher sans se douter de rien : le poison avait agi dans leur sommeil, et il ne se réveilleraient plus. Sigmund traversa les dortoirs en prenant le pouls de quelques personnes pour s’assurer qu’il ne battait plus. Il vit notamment le Gobelin qui gisait par terre, les yeux révulsés et la langue pendante, et laissa échapper un rictus satisfait. Il fouilla les affaires d’un employé et en sortit en papier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Bingo !&#039;&#039; Jubila-t-il : il s’agissait d’un contrat de travail au nom d’un certain Edmund Millbur. C’était un nouveau : il avait entendu les autres lui demander son nom pendant le repas. Il prenait ainsi peu de risques que ses collègues des autres embarcations le reconnaissent. Il lui subtilisa également des vêtements et se changea : cela allait lui être utile pour la suite, puis il retourna sur le pont, qui était perdu dans les brumes, et se dirigea vers la barre. Il poussa du pied le cadavre du timonier que le poison avait foudroyé en poste, se saisit de la barre et dévia à bâbord : le navire allait ainsi se fracasser contre la côte, et il pourrait faire passer toutes ces morts pour un accident. Ainsi, il n’y aurait plus personne pour remettre sa parole en cause. Tout ce qu’il avait à faire, c’était sauter à l’eau un peu avant le naufrage, nager jusqu’à la côte et se faire passer pour un ouvrier rescapé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il entendit des bruits de pas remonter l’escalier depuis la cale, et se cacha derrière la barre. Le Gobelin en surgit, la main sur l’estomac. &#039;&#039;Impossible, je l’ai pourtant vu mort !&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Ouah ! Je ne sais pas ce qu’il y avait dans cette soupe, mais elle était sacrément lourde !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin s’étira, regarda à gauche et à droite pour s’assurer qu’il n’y avait personne, et trottina vers la barre en se frottant les mains, ayant visiblement une idée derrière la tête. Il s’arrêta brusquement lorsqu’il aperçut Sigmund et le pointa du doigt de stupeur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Toi ! J’aurais dû me douter que la Guilde des marchands chercherait à me barboter mon stock de bois !&lt;br /&gt;
Le Gobelin se précipita sur la barre et se mit à la faire tourner furieusement dans l’autre sens. Le navire pencha et grinça sous le supplice infligé par la manœuvre brutale, et Sigmund attrapa l’une des poignées pour la bloquer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mais qu’est-ce qu’il te prend ? Tu es fou, tu veux qu’on coule ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— C’est mon bois ! Il est à moi ! À moi !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il n’en avait pas l’air, mais le Gobelin avait de la force. Les deux luttèrent un moment pour le contrôle du navire, jusqu’à ce qu’une corne retentisse à travers la nuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le navire à tribord venait de percer la brume et ils voguaient droit sur lui. Le Gobelin horrifié lâcha prise et la barre sous tension tournoya dans l’autre sens à toute vitesse. Le navire vira de bord, mais le mal était fait : dans un fracas épouvantable ils raclèrent coque contre coque avant que leur navire ne s’éloigne. Un bruit de mauvais augure remonta de la cale et la barre leur resta entre les mains : l’axe du gouvernail avait rompu. L’autre navire ne s’en tirait pas à si bon compte, le choc avait ouvert une brèche béante qui le condamnait à couler dans les prochaines minutes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund lâcha la barre désormais inutilisable et se précipita contre la balustrade à bâbord. Comme il le craignait, leur brusque revirement les avaient placé droit dans la trajectoire du troisième navire : ce Gobelin allait réussir à faire couler le convoi entier à lui tout seul.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela ne manqua pas : le dernier navire de transport de la compagnie Mc Irsund et fils n’eut guère le temps de réagir quand l’esquif fou surgit de la nuit toutes voiles dehors et proue en avant pour les percuter. Quelques minutes plus tard, les quelques débris qui flottaient encore à la surface, restes des trois bâtiments, furent balayés par les flots, et la quiétude de la nuit reprit ses droits.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le matin suivant, au port Erassius, le ressac était chargé : depuis plusieurs heures déjà on s’affairait à récupérer les débris, les grumes et les corps que la mer ramenait du large. Une partie de la cargaison avait été sauvée, et les quelques rescapés avaient expliqué l’incident : un malheureux carambolage dû au manque de visibilité ainsi qu’à des problèmes de communication. S’il y avait des responsables, ils étaient morts, alors on ne chercha pas plus loin. Parmi les disparus : les Mc Irsund père et fils ainsi qu’un Gobelin du Syndicat qui avait embarqué à leurs côtés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques semaines plus tard, sur le chantier naval, la construction de bâtiments sur le modèle du &#039;&#039;Faucon des mers&#039;&#039;, conçus pour résister à la haute mer, avait commencé sous la supervision de la Flotte libre de Perrasie. Parmi leurs employés : Edmund Millbur, un charpentier de talent qui avait été récemment embauché par la compagnie Mc Irsund avant qu’elle ne connaisse une fin funeste et prématurée. Rescapé du naufrage et n’ayant nulle part où aller, il avait grossi les rangs de l’équipe de construction qui ne crachait pas sur de la main d’œuvre supplémentaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sigmund sifflotait, tout autant pour rester dans le personnage que pour célébrer sa réussite. D’ici, il avait pu envoyer toutes les informations qu’il voulait. Il avait d’abord pensé saboter la construction des nouveaux navires, mais il avait trouvé un meilleur plan : la &#039;&#039;Seiche d’argent&#039;&#039;, le navire amiral de la flotte perrasienne libre, et le seul actuellement capable de traverser la mer, allait partir en avance pour construire un port sur les îles vierges de l’est, destiné à accueillir les futurs navires de la flotte. La Seiche d’argent allait partir chargée à bloc avec artisans et matériaux, tout ce qu’il fallait pour construire une petite colonie, et il avait réussi à obtenir une place sur le navire. Il y avait repéré une petite trappe dissimulée au fond de la cale qui menait à une ancienne cache de contrebande, et tout ce qu’il avait à faire, c’était d’y percer un trou avant le départ : L’Arthon était prévenu et se préparait à intercepter le navire et à le réquisitionner ainsi que sa cargaison. Navire qui, à ce moment là, serait sens dessus dessous à chercher l’origine de la fuite, observant impuissant l’eau remonter à travers le plancher de la cale. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le jour du départ arriva, et Sigmund avait le champ libre : l’équipage de la Seiche d’argent avait festoyé toute la nuit durant et, au petit matin, tout le monde dormait encore à poings fermés.&lt;br /&gt;
Il se faufila dans le fond de cale pour y percer un trou. Il irait ensuite trafiquer légèrement le gouvernail de sorte à handicaper davantage le navire lorsque la flotte arthonnienne surgirait. Il passa un doigt sur le trou : le filet d’eau était faible et régulier, pile ce qu’il fallait pour la fuite ne soit remarquée que quelques heures après le départ.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il s’apprêtait à remonter lorsque derrière lui, la trappe de la cache s’ouvrit. Une silhouette trapue sauta à l’intérieur avant de la refermer derrière elle et de toquer deux fois dessus. Au-dessus, des bruits de pas et des lourds bruits de frottements indiquèrent que deux complices avaient répondu aux deux coups en faisant glisser sur l’ouverture une lourde caisse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Persiffleur sourit, satisfait. Il était allé de déboires en déboires depuis le naufrage, devant se cacher des Elfes qui cherchaient toujours le responsable du prélèvement sauvage de pins de Bragorn, et avait finalement déniché la cachette idéale pour quitter le continent incognito. Maintenant que ses hommes avaient scellé l’entrée, il était sûr de ne pas se faire découvrir avant destination, au moment où la cargaison serait déchargée. L’enjeu était grand : en arrivant parmi les premiers sur les îles de l’est, il s’assurait la création du premier comptoir commercial en pleine mer et damait ainsi le pion de la Guilde des marchands. Il n’avait plus qu’à attendre patiemment la traversée en subsistant grâce aux réserves d’eau et de viandes séchées qu’il avait prises avec lui. Il se retourna vers le fond de la cache et son regard croisa celui de Sigmund. Les deux restèrent quelques secondes ainsi, tétanisés, accompagnés seulement du bruit régulier de l’eau qui emplissait peu à eu le fond de cale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Toi !&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;Lui !&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
S’en suivit une scène de confusion et de panique où Sigmund incendiait le Gobelin d’avoir ainsi condamné leur seule sortie, où le Gobelin trépignait en retour, sidéré de voir un membre de la Guilde des marchands le suivre jusqu’ici pour creuser des trous dans la sous-cale d’un navire. Contraints de devoir coopérer sous peine de se noyer bêtement, ils parvinrent à boucher la fuite en taillant du liège dans le bouchon de l’une des bouteilles emmenée par le Gobelin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Quelques heures plus tard, la Seiche d’argent avait pris la mer, et, dans le fond de cale, sur le sol encore humide, Sigmund et Persiffleur, assis face à face, se dévisageaient, l’air sombre.&lt;br /&gt;
Sigmund soupira. Il entendait des cris et des coups de canon. La &#039;&#039;Seiche d’argent&#039;&#039; avait rencontré les Arthonniens. Faute d’avoir mieux à faire, il cala sa veste derrière sa nuque et se pencha en arrière pour dormir un peu. Il ne pouvait que prier pour que les siens parviennent à prendre contrôle du navire, mais, sans son sabotage, la &#039;&#039;Seiche d’argent&#039;&#039; était plus rapide que les bâtiments arthonniens, et une fois en pleine mer ils ne pourraient plus la suivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Eh, le Gobelin !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Mmh ? Répondit l’intéressé, bougon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Il y a quelque chose qui me chiffonne depuis notre dernière rencontre. Comment as-tu fait pour retourner tout l’équipage contre moi en si peu de temps ? Même moi, j’avoue que j’aurais douté en avoir été capable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Gobelin ricana avant d’imiter Sigmund et de se tourner sur le côté pour dormir. Au-dessus, sur le pont, les cris et les combats s’intensifiaient. Il daigna toutefois répondre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
— Je leur ai proposé des congés payés.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Regor_d%E2%80%99Aulan&amp;diff=823</id>
		<title>Regor d’Aulan</title>
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		<updated>2023-04-05T12:47:37Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : Page redirigée vers Sigmund de Nostraville&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;#REDIRECT [[Sigmund de Nostraville]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<updated>2023-04-05T12:43:39Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : Ethoriel a téléversé une nouvelle version de Fichier:Argane Mirobêl.jpg&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Crédit : la Meredrine&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
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		<updated>2023-04-05T12:43:00Z</updated>

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		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<title>Argane Mirobêl</title>
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		<updated>2023-04-05T12:42:17Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Argane Mirobêl.jpg|vignette|Argane lors de l&#039;appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Argane Mirobêl&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Argane Mirobêl&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = &lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<title>Fichier:Argane Mirobêl.jpg</title>
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		<updated>2023-04-05T12:41:56Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Crédit : la Meredrine&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
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[[Fichier:Agane.jpg|200px|Argane lors de l&#039;appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137]]&lt;br /&gt;
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&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Agane.jpg|vignette|Argane lors de l&#039;appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137]]&lt;br /&gt;
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&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = [[Fichier:Argane Mirobêl.png|vignette|Argane lors de l&#039;appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137]]&lt;br /&gt;
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : Page créée avec « {{Personnage |Photo =  Argane lors de l&amp;#039;appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137 |Nom_Personnage = Argane Mirobêl |Nom_de_naissance = Argane Mirobêl |Alias =  |Naissance = &amp;#039;&amp;#039; Non Communiqué &amp;#039;&amp;#039; |Décès = En vie |Activités =  }} »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Argane Mirobêl.png|vignette|Argane lors de l&#039;appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137]]&lt;br /&gt;
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		<title>Gargillon III : Les hérauts de l&#039;orage</title>
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		<updated>2023-04-05T12:28:58Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : /* Bragorn (Fédération de) */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Catégorie:Événements]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Événement&lt;br /&gt;
|Nom_Evenement = Gargillon III : Les hérauts de l&#039;orage&lt;br /&gt;
|Photo = [[Fichier:Gargillon 3 taverne.jpg|250px|center]]&lt;br /&gt;
|Legende = La taverne du gobelin enchanté&lt;br /&gt;
|Nature = Jeu de rôle grandeur nature&lt;br /&gt;
|Dates = 25 au 27 juin 2021&lt;br /&gt;
|Organisateurs = Alex, Cyan, Guillaume, Juliette, Matéo, Samuel, Timothée&lt;br /&gt;
|Lieu = Château de Brélidy (Côtes d&#039;Armor, Bretagne)&lt;br /&gt;
|PJ = 65&lt;br /&gt;
|PNJ = 15&lt;br /&gt;
|Cycle = Cycle de Tamendil&lt;br /&gt;
|Precedent = [[Gargillon II : Le cœur de Tamendil]]&lt;br /&gt;
|Suivant = Fin de la trilogie&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;Gargillon III : Les hérauts de l&#039;orage&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; est un événement de jeu de rôle grandeur nature, qui s&#039;est déroulé sur le terrain du château de Brélidy (Côtes d&#039;Armor, Bretagne) du vendredi 25 au dimanche 27 juin 2021.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Résumé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le général Témérion a décidé d&#039;invoquer l&#039;[[appel d&#039;Kahn-Brava]] afin de convier un sommet diplomatique réunissant toutes les factions présentes de l&#039;île du Garg. L&#039;occasion pour lui d&#039;apporter la lumière sur les zones d&#039;ombres qui couvrent les réelles intentions de l&#039;état-major arthonnien. &lt;br /&gt;
Furent représentés au sommet en présence du royaume d&#039;Arthon : l&#039;Empire Nain et la réserve des Hommes-Bêtes, les Terres Sauvages, la fédération de Bragorn et le Boquéron. La Perrasie, annexée par l&#039;Arthon n&#039;est pas représentée. Quelques Perrasiens ayant fui leur région natale ont malgré-tout réussi à être présents, derrière une autre bannière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Note d&#039;intention ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le rire bruyant et gras de ses hommes, devant sa chambre, tira une fois de plus le général Témérion de son sommeil. Perdu dans ses tracas, il n’avait que peu dormi, comme à son habitude. Il se passa la main sur le visage avec force, comme pour tenter d’en arracher la fatigue, avant de se lever en vacillant jusqu’à son bureau, près de la fenêtre. Il attrapa sa pipe et la fourra dans sa bouche, puis mis la main négligemment sur sa blague de cuir. Il grimaça en l’ouvrant. ses herbes séchées avaient été complètement gâtées par la pluie et l’humidité. Il jeta la poche de dépit. Cette nouvelle journée ne s’annonçait pas plus clémente que les autres. Cela faisait bientôt un mois qu’il avait repris cet avant-poste, perdu au beau milieu de la vallée sauvage de Tamendil, auparavant tenu par un certain capitaine Reussler, qui avait disparu, comme tous ses hommes. Lors de son arrivée, le lieu était envahi par des ennemis de la couronne. Des cohortes de nains, des elfes, et des hommes refusant la loi de l’empire. Il avait tout d’abord cru que c’était eux les responsables, qui avaient chassé brutalement Reussler et sa compagnie, signant finalement l’acte de guerre que couvaient les nombreuses tensions entre son peuple et les autres ces dernières années. Mais une chose devint rapidement claire en interrogeant les prisonniers : Reussler n’était déjà plus là lors de l’arrivée de ces présumés ennemis, et ses hommes presques tous morts depuis plusieurs semaines. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’était ni la première étrangeté, ni la dernière à laquelle Témérion avait été confronté depuis sa nomination comme général. Même pour un homme de son grade, de nombreuses mystères lui restaient hors de portée. Les hauts-rangs de la hiérarchie Arthonnienne étaient infiltrés par quelque puissance obscure, il en était désormais persuadé. Trop de décisions, qui venaient sans explication, étaient appliquées sans recul alors qu’elles allaient à l’encontre même de l’intérêt de leur pays. La conquête de la Perrasie avait été fulgurante, mais cela faisait plus d’un an que la situation stagnait, sans qu’aucune volonté de l’améliorer ou de la pérenniser n’ait été engagée. C’était comme si, dans les rouages sombres du pouvoir, cette victoire, vendue comme le noble moyen d’unifier finalement les peuples humains, en guerre depuis trop longtemps, n’était qu’un subterfuge destiné à atteindre un but détourné qui n’allait dans le sens d’aucun Arthonnien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ici, dans la vallée, il envoyait chaque jour son rapport à la capitale. La situation était explosive. Les mages de leurs rangs se plaignaient continuellement, souffrant d’horribles maux de têtes alors que les effluves magiques du territoires gagnaient sans cesse en puissance. La cause était la raison même de la présence de tous ces étrangers sur ces terres lors de leur arrivée : Un sanctuaire brisé datant des temps anciens. Témérion n’y connaissait rien, ni en histoire, ni en magie, mais savait reconnaître quelque chose de dangereux. Jour après jour, le temps se détraquait davantage, et même lui, sentait ses poils se hérisser sous la tension magique qui régnait en ses lieux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment, cela faisait un mois qu’il n’obtenait pas de réponse. Sa seule conclusion était que ses supérieurs étaient parfaitement au courant, et laissait la situation se dégrader volontairement. Chaque nouvelle mission à laquelle on l’assignait, c’était pareil. Ils n’étaient que les bons soldats chargés de s’assurer que tout se passe mal, comme prévu. L’Arthon courait à sa perte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Témérion était lassé de se laisser faire. Pendant la guerre, il avait vu les rangs de son peuple remplis de braves, d’hommes prêts à mourir parce qu’ils croyaient en la grandeur de leur pays. Et ils avaient raison. Leur pays en valait la peine. Tout ce qu’ils avaient à faire, c’était de trouver ceux qui gangrénaient son système. Il avait longtemps réfléchi à un moyen d’action, et avait finalement abouti à quelque chose de concluant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	- l’Appel de Kahn-Brava, murmura-t-il, en relisant une dernière fois les missives qu’il avait passé les dernières semaines à écrire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le droit était très complexe, en Arthon comme ailleurs, mais quelques lois avaient été acceptées par tous ceux qui peuplaient l’Île du Garg. L’Appel de Kahn-Brava en était le plus célèbre exemple, bien que l’histoire derrière sa passation ait été perdue. Cet appel pouvait être lancé par quiconque en était habilité, et, en Arthon, être général suffisait à acquérir ce pouvoir. Un appel de Kahn-Brava devait avoir pour objet une menace à l’échelle de l’île entière, et ce sanctuaire étrange en était le parfait prétexte. Il enjoignait tous les peuples à faire trêve et à se rencontrer en zone neutre, pour agir face à cette menace. Un moyen radical, mais efficace, d’ouvrir un dialogue avec les autres peuples là où l’armée Arthonnienne en est normalement interdite, ainsi que de débusquer ces fameux hérauts de malheur, hantant leur pays de l’intérieur, qui devraient à coup sûr se rendre sur place pour s’assurer que la situation ne leur échappe pas, ainsi ouverte au bon sens des autres peuples. Les rangs de l’Arthon seraient purgés, et la grandeur de leur royaume rétablie. Il s’en faisait la promesse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un éclair illumina sa lucarne et le fit sortir de sa rêverie. Aujourd’hui encore, la tempête grondait. Une main malhabile frappa à sa porte. C’était Jerald, son jeune coursier, brave et serviable.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	- Vous aviez besoin de moi, général ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Témérion apposa son sceau sur la dernière missive, puis la glissa avec les autres, retenues ensemble par des cordelettes, avant de lui tendre le paquet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
	- Préviens, les autres, un long voyage vous attend. L’heure est venue. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Forces principales en présence ==&lt;br /&gt;
=== Arthon (Royaume d&#039;) ===&lt;br /&gt;
* [[Ara]]&lt;br /&gt;
* [[Baraccus De Vayn]]&lt;br /&gt;
* [[Elyas Messiler]]&lt;br /&gt;
* [[Epithète Ragéclat]]&lt;br /&gt;
* [[Jarril]]&lt;br /&gt;
* [[Orakel Leopardy]]&lt;br /&gt;
* [[Prom Cain]]&lt;br /&gt;
* [[Rios Rigur]]&lt;br /&gt;
* [[Sigveur Dakeyras]]&lt;br /&gt;
* [[Tobias Torlek]]&lt;br /&gt;
* [[Rowena de Rochefort]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Boquéron ===&lt;br /&gt;
* [[Archibald Mac Ivor]]&lt;br /&gt;
* [[Erika Mac Milan]]&lt;br /&gt;
* [[Bethor]]&lt;br /&gt;
* [[Callen]]&lt;br /&gt;
* [[Delria Kortz]]&lt;br /&gt;
* [[Ezoria Avolinor]]&lt;br /&gt;
* [[Gwezderv de Kender]]&lt;br /&gt;
* [[Kerys Osbha]]&lt;br /&gt;
* [[Madark Rustrebeer]]&lt;br /&gt;
* [[Morgwen Mac Dolmech]]&lt;br /&gt;
* [[Val Kender]]&lt;br /&gt;
* [[Yorme]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Bragorn (Fédération de) ===&lt;br /&gt;
* [[Argane Mirobêl]]&lt;br /&gt;
* [[Björn Björnsson]]&lt;br /&gt;
* [[Futiil Loriot]]&lt;br /&gt;
* [[Liberté Dreemur]]&lt;br /&gt;
* [[Marshall W. Bridgework]]&lt;br /&gt;
* [[Meredriel d&#039;Astaelin]]&lt;br /&gt;
* [[Morrigan]]&lt;br /&gt;
* [[Murmure des Bois]]&lt;br /&gt;
* [[Richard de Walburge]]&lt;br /&gt;
* [[Salmir Saladjinn]]&lt;br /&gt;
* [[Sande de Lumenor]]&lt;br /&gt;
* [[Taliesin]]&lt;br /&gt;
* [[Teleri Malthenas]]&lt;br /&gt;
* [[Turindo]]&lt;br /&gt;
* [[Yakulu]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Karaxx ===&lt;br /&gt;
* [[Aörachemiya]]&lt;br /&gt;
* [[Asra]]&lt;br /&gt;
* [[Keeriel]]&lt;br /&gt;
* [[Sotec]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Nain (Empire) ===&lt;br /&gt;
La liste inclut la réserve des hommes-bêtes :&lt;br /&gt;
* [[Calune]]&lt;br /&gt;
* [[Elendas]]&lt;br /&gt;
* [[Fafnir et Balkoy]]&lt;br /&gt;
* [[Goldur]]&lt;br /&gt;
* [[Grimmulf Schibog]]&lt;br /&gt;
* [[Hector Lebrac]]&lt;br /&gt;
* [[Magnus]]&lt;br /&gt;
* [[Noks]]&lt;br /&gt;
* [[Pfaff]]&lt;br /&gt;
* [[Simonsoddy Fiergravier]]&lt;br /&gt;
* [[Throïdin Pirajok]]&lt;br /&gt;
* [[Ysmaël le Corbeau]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Terres Sauvages ===&lt;br /&gt;
* [[Akaros]]&lt;br /&gt;
* [[Lagbaff Drash]]&lt;br /&gt;
* [[Olywells Nuss]]&lt;br /&gt;
* [[Terg]]&lt;br /&gt;
* [[Zora]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Autres forces en présence ==&lt;br /&gt;
=== Guilde des Marchands ===&lt;br /&gt;
La guilde, bien qu&#039;ayant subi l&#039;annexion de la Perrasie, continue d&#039;exercer son activité et profite de l&#039;appel de Kahn-Brava pour s&#039;implanter durant le sommet pour y jouer un rôle de médiateur. Elle a été représentée par :&lt;br /&gt;
* [[Compatio Belbeni]], second maître de la guilde,&lt;br /&gt;
* [[Simonin d&#039;Argrantard]], quatre cent trente-deuxième maître de la guilde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La taverne du gobelin enchanté ===&lt;br /&gt;
* [[Nibilis Rockard]]&lt;br /&gt;
* [[Persiffleur le Gobelin]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conséquences ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=VyGYeEfh3lg&amp;amp;ab_channel=Gargillon&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Zalaad&amp;diff=811</id>
		<title>Zalaad</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Zalaad&amp;diff=811"/>
		<updated>2023-04-05T12:23:02Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : Ethoriel a déplacé la page Zalaad vers Zalaad Al Bakr&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;#REDIRECTION [[Zalaad Al Bakr]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Zalaad_Al_Bakr&amp;diff=810</id>
		<title>Zalaad Al Bakr</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Zalaad_Al_Bakr&amp;diff=810"/>
		<updated>2023-04-05T12:23:02Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : Ethoriel a déplacé la page Zalaad vers Zalaad Al Bakr&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:Personnages]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = [[Fichier:zalaad.jpg|200px|center]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Zalaad &lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Zalaad Al’Bark&lt;br /&gt;
|Alias = L’enfant du désert&lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = &#039;&#039; En vie &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Activités = Vagabond&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Zalaad Al’Bakr est originaire du désert de Khaari.&lt;br /&gt;
Mystérieux voyageur, Zalaad est un homme qui a été aperçu errant en Perrasie peu de temps avant le déclenchement de la guerre civile perrasienne puis de sa conquête éclair par l&#039;Arthon. On l&#039;a également aperçu dans la vallée de Tamendil, parmi un groupe de réfugiés fuyant le conflit. Plusieurs témoignages concordent pour affirmer que cet homme existe bel et bien, mais à ce jour, personne ne connait ses objectifs ni ses allégeances.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Gargillon_I_:_Le_conseil_de_Tamendil&amp;diff=809</id>
		<title>Gargillon I : Le conseil de Tamendil</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Gargillon_I_:_Le_conseil_de_Tamendil&amp;diff=809"/>
		<updated>2023-04-05T12:20:48Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : /* Personnes présentes */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Catégorie:Événements]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Événement&lt;br /&gt;
|Nom_Evenement = Gargillon I : Le conseil de Tamendil&lt;br /&gt;
|Photo = [[Fichier:Gargillon 1 image.jpg|250px|center]]&lt;br /&gt;
|Nature = Jeu de rôle grandeur nature&lt;br /&gt;
|Dates = 19 au 21 mai 2018&lt;br /&gt;
|Organisateurs = Cyan, Matéo&lt;br /&gt;
|Lieu = Château de Brélidy (Côtes d&#039;Armor, Bretagne)&lt;br /&gt;
|PJ = 25&lt;br /&gt;
|PNJ = 5&lt;br /&gt;
|Cycle = Cycle de Tamendil&lt;br /&gt;
|Precedent = Début de la trilogie&lt;br /&gt;
|Suivant = [[Gargillon II : Le cœur de Tamendil]]&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;Gargillon I : Le conseil de Tamendil&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; est un événement de jeu de rôle grandeur nature, qui s&#039;est déroulé sur le terrain du château de Brélidy (Côtes d&#039;Armor, Bretagne) du samedi 19 au lundi 21 mai 2018.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Résumé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le conflit fait rage, entre la [[Perrasie]] et l&#039;[[Arthon]], ce dernier ayant organisé une guerre d&#039;annexion. Un petit groupe d&#039;individus, conscients qu&#039;une page est en train de se tourner, se retrouvent sur un territoire neutre : la vallée de Tamendil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Personnes présentes ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* [[Amlin Fraval]]&lt;br /&gt;
* [[Anselmo Estalian]]&lt;br /&gt;
* [[Bélio Nobstor]]&lt;br /&gt;
* [[Elwen de Lumenor]]&lt;br /&gt;
* [[Ethoriel Menilith de Rinnedel]]&lt;br /&gt;
* [[Fandor de Grizban]]&lt;br /&gt;
* [[Giles Ean]]&lt;br /&gt;
* [[Gontran Elmure-Agâce]]&lt;br /&gt;
* [[Gregor von Ludgift]]&lt;br /&gt;
* [[Haku Beruth]]&lt;br /&gt;
* [[Jonas Bjanès]]&lt;br /&gt;
* [[Midas Fraval]]&lt;br /&gt;
* [[Epithète Ragéclat]]&lt;br /&gt;
* [[Marcelin Guistique]]&lt;br /&gt;
* [[Medrick Alaspanes]]&lt;br /&gt;
* [[Mère Ézèle]]&lt;br /&gt;
* [[Mestre Deynor]]&lt;br /&gt;
* [[Olywells Nuss]]&lt;br /&gt;
* [[Pestus Krokenstein]]&lt;br /&gt;
* [[Regor d’Aulan]]&lt;br /&gt;
* [[Rodgar]]&lt;br /&gt;
* [[Salmir Saladjinn]]&lt;br /&gt;
* [[Sande de Lumenor]]&lt;br /&gt;
* [[Soeur Esther Sentier]]&lt;br /&gt;
* [[Teleri Malthenas]]&lt;br /&gt;
* [[Yggar Drannar]]&lt;br /&gt;
* [[Yori Nobstor]]&lt;br /&gt;
* [[Zalaad Al Bakr]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conséquences ==&lt;br /&gt;
A venir&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
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		<title>Ethoriel</title>
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		<updated>2023-04-05T12:20:21Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : Ethoriel a déplacé la page Ethoriel vers Ethoriel Menilith de Rinnedel&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;#REDIRECTION [[Ethoriel Menilith de Rinnedel]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<title>Ethoriel Menilith de Rinnedel</title>
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		<updated>2023-04-05T12:20:21Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : Ethoriel a déplacé la page Ethoriel vers Ethoriel Menilith de Rinnedel&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:Personnages]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ethoriel Menilith de Rinnedel.jpg|vignette|Croquis d&#039;Ethoriel, Tamendil, début 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Ethoriel Menilith de Rinnedel&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Ethoriel&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ethoriel est l’un des elfes les plus respecté de [[Rinnedel]], capitale de Bragorn et ville mère des elfes du sanglier, le clan le plus puissant et le plus étendu de la civilisation [[melidrim]]. &lt;br /&gt;
Agé de plusieurs centaines d’années, il est connu pour son passé de voyageur et d’aventurier fantasque et romantique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Anciennement général en chef des armées de [[Bragorn]], il a disparu lors d&#039;un sommet diplomatique dans la vallée de [[Tamendil]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir survécu seul dans la vallée, il fut retrouvé par une escouade de la fédération de Bragorn mené par le général Esmeo Farlain. La rumeur dit qu&#039;il était en si piteux état qu&#039;il était complètement désorienté et que l&#039;escouade dut prendre le temps de le soigner pour éviter qu&#039;il n&#039;attaque d&#039;autres personnes à vue.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<updated>2023-04-05T12:18:44Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:Personnages]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Ethoriel Menilith de Rinnedel.jpg|vignette|Croquis d&#039;Ethoriel, Tamendil, début 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Ethoriel Menilith de Rinnedel&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Ethoriel&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = &lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ethoriel est l’un des elfes les plus respecté de [[Rinnedel]], capitale de Bragorn et ville mère des elfes du sanglier, le clan le plus puissant et le plus étendu de la civilisation [[melidrim]]. &lt;br /&gt;
Agé de plusieurs centaines d’années, il est connu pour son passé de voyageur et d’aventurier fantasque et romantique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Anciennement général en chef des armées de [[Bragorn]], il a disparu lors d&#039;un sommet diplomatique dans la vallée de [[Tamendil]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Après avoir survécu seul dans la vallée, il fut retrouvé par une escouade de la fédération de Bragorn mené par le général Esmeo Farlain. La rumeur dit qu&#039;il était en si piteux état qu&#039;il était complètement désorienté et que l&#039;escouade dut prendre le temps de le soigner pour éviter qu&#039;il n&#039;attaque d&#039;autres personnes à vue.&lt;/div&gt;</summary>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Crédit : la Meredrine&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<title>Esméo Farlain</title>
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		<updated>2023-04-05T12:16:34Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:Personnages]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Esmeo Farlain.jpg|vignette|Croquis d&#039;Esmeo Farlain, Tamendil, début 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Esméo Farlain&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Non communiqué&lt;br /&gt;
|Alias = Général Maussade&lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = &lt;br /&gt;
|Activités = Général des armées de Bragorn&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Humain parmi les grandes personnalités elfes, Farlain détonne d’autant plus qu’il occupe actuellement le plus haut grade du pays, général des armées. Si ses compétences militaires font de lui un homme respecté par les escouades sur le terrain, même son amitié avec son prédécesseur, [[Ethoriel]] ne parviennent pas à couvrir la grogne populaire, qui se défit de lui, notamment en raison de ses origines. Son caractère taciturne, et son laconisme lui ont valu le surnom de “Général Maussade”. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs rumeurs circulent sur ses origines et les raisons qui auraient poussé un humain à résider et se battre pour les elfes, sûrement largement alimentées par ses détracteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a dirigé une expédition jusqu&#039;à la vallée de Tamendil en juin 1137, et a représenté la fédération de Bragorn (Forêt Blanche et forêt de Bragorn-nord)lors du sommet diplomatique qui a eu lieu trois mois plus tard, au cours duquel lui et la délégation qui l&#039;accompagnaient ont pris part à la coalition déclarant la guerre à l&#039;Arthon. &lt;br /&gt;
Nul ne peut prédire avec certitude les conséquences de cette décision sur sa carrière politique, mais il ne fait aucun doute que ses opposants n&#039;hésiteront pas à s&#039;en servir pour le traîner dans la boue.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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	<entry>
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		<title>Esméo Farlain</title>
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		<updated>2023-04-05T12:16:20Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Category:Personnages]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Esmeo Farlain.jpg|vignette|Croquis d&#039;Esmeo Farlain, Tamendil, 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Esméo Farlain&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Non communiqué&lt;br /&gt;
|Alias = Général Maussade&lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = &lt;br /&gt;
|Activités = Général des armées de Bragorn&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Humain parmi les grandes personnalités elfes, Farlain détonne d’autant plus qu’il occupe actuellement le plus haut grade du pays, général des armées. Si ses compétences militaires font de lui un homme respecté par les escouades sur le terrain, même son amitié avec son prédécesseur, [[Ethoriel]] ne parviennent pas à couvrir la grogne populaire, qui se défit de lui, notamment en raison de ses origines. Son caractère taciturne, et son laconisme lui ont valu le surnom de “Général Maussade”. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plusieurs rumeurs circulent sur ses origines et les raisons qui auraient poussé un humain à résider et se battre pour les elfes, sûrement largement alimentées par ses détracteurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il a dirigé une expédition jusqu&#039;à la vallée de Tamendil en juin 1137, et a représenté la fédération de Bragorn (Forêt Blanche et forêt de Bragorn-nord)lors du sommet diplomatique qui a eu lieu trois mois plus tard, au cours duquel lui et la délégation qui l&#039;accompagnaient ont pris part à la coalition déclarant la guerre à l&#039;Arthon. &lt;br /&gt;
Nul ne peut prédire avec certitude les conséquences de cette décision sur sa carrière politique, mais il ne fait aucun doute que ses opposants n&#039;hésiteront pas à s&#039;en servir pour le traîner dans la boue.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<title>Fichier:Esmeo Farlain.jpg</title>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Crédit : la Meredrine&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Gargillon_II_:_Le_c%C5%93ur_de_Tamendil&amp;diff=800</id>
		<title>Gargillon II : Le cœur de Tamendil</title>
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		<updated>2023-04-05T12:14:36Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : /* Expédition de Bragorn menée par Esméo Farlain */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Catégorie:Événements]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Événement&lt;br /&gt;
|Nom_Evenement = Gargillon II : Le cœur de Tamendil&lt;br /&gt;
|Photo = [[Fichier:Gargillon 2 rencontre.png|250px|center]]&lt;br /&gt;
|Legende = Rencontre entre le prince Nain Jolyor de Vulqat et Esméo Farlain&lt;br /&gt;
|Nature = Jeu de rôle grandeur nature&lt;br /&gt;
|Dates = 07 au 10 juin 2019&lt;br /&gt;
|Organisateurs = Cyan, Matéo, Timothée&lt;br /&gt;
|Lieu = Château de Brélidy (Côtes d&#039;Armor, Bretagne)&lt;br /&gt;
|PJ = 51&lt;br /&gt;
|PNJ = 5&lt;br /&gt;
|Cycle = Cycle de Tamendil&lt;br /&gt;
|Precedent = [[Gargillon I : Le conseil de Tamendil]]&lt;br /&gt;
|Suivant = [[Gargillon III : Les hérauts de l&#039;orage]]&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;Gargillon II : Le cœur de Tamendil&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; est un événement de jeu de rôle grandeur nature, qui s&#039;est déroulé sur le terrain du château de Brélidy (Côtes d&#039;Armor, Bretagne) du vendredi 07 au dimanche 10 juin 2019.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Résumé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux expéditions aux objectifs initiaux différents ont la vallée de Tamendil comme lieu d&#039;arrivée. D&#039;une part, une expédition menée par le prince [[Jolyor de Vulqat]] de l&#039;Empire Nain. D&#039;autre part, une expédition menée par le général [[Esméo Farlain]] de la toute nouvelle [[Fédération de Bragorn]] crée.&lt;br /&gt;
Leur rencontre est inévitable. Et pourtant, un tiers-acteur n&#039;est pas très loin de tout ça...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Forces principales en présence ==&lt;br /&gt;
=== Expédition Naine menée par [[Jolyor de Vulqat]] ===&lt;br /&gt;
* [[Amarok Lenno]]&lt;br /&gt;
* [[Ambramer Lir Framan]]&lt;br /&gt;
* [[Diane Arkall]]&lt;br /&gt;
* [[Dakroma]]&lt;br /&gt;
* [[Dronglik Dwalhik]]&lt;br /&gt;
* [[Idralia]]&lt;br /&gt;
* [[Helkodamasu]]&lt;br /&gt;
* [[Korgrim]]&lt;br /&gt;
* [[Mebael Thanathen]]&lt;br /&gt;
* [[Nebu]]&lt;br /&gt;
* [[Noks]]&lt;br /&gt;
* [[Nunusdrun]]&lt;br /&gt;
* [[Ovarn Forgefeu]]&lt;br /&gt;
* [[Persiffleur]]&lt;br /&gt;
* [[Pouxlard Laingouist]]&lt;br /&gt;
* [[Richard de Walburge]]&lt;br /&gt;
* [[Schibog]]&lt;br /&gt;
* [[Sulfatar Velez]]&lt;br /&gt;
* [[Wizmo Heywood]]&lt;br /&gt;
* [[Ystar Tengrenn]]&lt;br /&gt;
* [[Zaiim Davros]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Expédition de Bragorn menée par [[Esméo Farlain]] ===&lt;br /&gt;
* [[Alexander Edervan]]&lt;br /&gt;
* [[Amlin Fraval]]&lt;br /&gt;
* [[Archibald Mac Ivor]]&lt;br /&gt;
* [[Arthel]]&lt;br /&gt;
* [[Björn Björnsson]]&lt;br /&gt;
* [[Djangoh]]&lt;br /&gt;
* [[Edward Bradshaw]]&lt;br /&gt;
* [[Epithète Ragéclat]]&lt;br /&gt;
* [[Eskar de Sals]]&lt;br /&gt;
* [[Finwë]]&lt;br /&gt;
* [[Futiil Loriot]]&lt;br /&gt;
* [[Imwé]]&lt;br /&gt;
* [[Liberté Dreemur]]&lt;br /&gt;
* [[Meredriel d&#039;Astaelin]]&lt;br /&gt;
* [[Mestre Deynor]]&lt;br /&gt;
* [[Midas Fraval]]&lt;br /&gt;
* [[Morrigan]]&lt;br /&gt;
* [[Murmure des Bois]]&lt;br /&gt;
* [[Nibilis Rockhard]]&lt;br /&gt;
* [[Olywells Nuss]]&lt;br /&gt;
* [[Pestus Krokenstein]]&lt;br /&gt;
* [[Rodgar]]&lt;br /&gt;
* [[Salmir Saladjinn]]&lt;br /&gt;
* [[Sande de Lumenor]]&lt;br /&gt;
* [[Silf Vahanian]]&lt;br /&gt;
* [[Teleri Malthenas]]&lt;br /&gt;
* [[Zora]]&lt;br /&gt;
* [[Zinkian Aejor]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conséquences ==&lt;br /&gt;
Le cœur du Garg a pu être récupéré, mais le sanctuaire libère également son gardien, une création Meldav destinée à dissuader quiconque de s’approcher du Titan. Le gardien, détraqué par la magie d’Ombral qui avait infiltré l’antichambre du sanctuaire et infusé pendant des millénaires de l’énergie du cœur qui était caché à sa proximité, semble à ce moment indestructible, et pousse les expéditions à se replier pour ne pas se faire massacrer. Pour ne rien arranger à la débandade, des renforts Arthonniens font irruption de l’autre côté de la forêt pour attaquer les expéditions qu’ils pensent responsables de la mort de la précédente garnison. Certains expéditionnaires, dont Jolyor, sont arrêtés par les Arthonniens, les autres parviennent à s’enfuir avec le cœur, qui sera ensuite rapporté au Garg, à l’endroit où il était censé reposé avant qu’il ne soit déplacé en Tamendil. Le gardien, une fois l’énergie du sanctuaire dissipée, disparut de lui-même.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Jolyor_de_Vulqat&amp;diff=799</id>
		<title>Jolyor de Vulqat</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Jolyor_de_Vulqat&amp;diff=799"/>
		<updated>2023-04-05T12:14:22Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : Page créée avec « {{Personnage |Photo =  Croquis de Jolyor, Tamendil, début 1137 |Nom_Personnage =  |Nom_de_naissance = |Alias =  |Naissance = &amp;#039;&amp;#039; Non Communiqué &amp;#039;&amp;#039; |Décès = En vie |Activités =  }} »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Jolyor de Vulqat.jpg|vignette|Croquis de Jolyor, Tamendil, début 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = &lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance =&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = &lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Fichier:Jolyor_de_Vulqat.jpg&amp;diff=798</id>
		<title>Fichier:Jolyor de Vulqat.jpg</title>
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		<updated>2023-04-05T12:14:06Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Crédit : la Meredrine&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Gargillon_II_:_Le_c%C5%93ur_de_Tamendil&amp;diff=797</id>
		<title>Gargillon II : Le cœur de Tamendil</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://gargillon.fr/wikigargillon/index.php?title=Gargillon_II_:_Le_c%C5%93ur_de_Tamendil&amp;diff=797"/>
		<updated>2023-04-05T12:13:43Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : /* Expédition Naine menée par Jolyor de Vulqat */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Catégorie:Événements]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Événement&lt;br /&gt;
|Nom_Evenement = Gargillon II : Le cœur de Tamendil&lt;br /&gt;
|Photo = [[Fichier:Gargillon 2 rencontre.png|250px|center]]&lt;br /&gt;
|Legende = Rencontre entre le prince Nain Jolyor de Vulqat et Esméo Farlain&lt;br /&gt;
|Nature = Jeu de rôle grandeur nature&lt;br /&gt;
|Dates = 07 au 10 juin 2019&lt;br /&gt;
|Organisateurs = Cyan, Matéo, Timothée&lt;br /&gt;
|Lieu = Château de Brélidy (Côtes d&#039;Armor, Bretagne)&lt;br /&gt;
|PJ = 51&lt;br /&gt;
|PNJ = 5&lt;br /&gt;
|Cycle = Cycle de Tamendil&lt;br /&gt;
|Precedent = [[Gargillon I : Le conseil de Tamendil]]&lt;br /&gt;
|Suivant = [[Gargillon III : Les hérauts de l&#039;orage]]&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;Gargillon II : Le cœur de Tamendil&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; est un événement de jeu de rôle grandeur nature, qui s&#039;est déroulé sur le terrain du château de Brélidy (Côtes d&#039;Armor, Bretagne) du vendredi 07 au dimanche 10 juin 2019.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Résumé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux expéditions aux objectifs initiaux différents ont la vallée de Tamendil comme lieu d&#039;arrivée. D&#039;une part, une expédition menée par le prince [[Jolyor de Vulqat]] de l&#039;Empire Nain. D&#039;autre part, une expédition menée par le général [[Esméo Farlain]] de la toute nouvelle [[Fédération de Bragorn]] crée.&lt;br /&gt;
Leur rencontre est inévitable. Et pourtant, un tiers-acteur n&#039;est pas très loin de tout ça...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Forces principales en présence ==&lt;br /&gt;
=== Expédition Naine menée par [[Jolyor de Vulqat]] ===&lt;br /&gt;
* [[Amarok Lenno]]&lt;br /&gt;
* [[Ambramer Lir Framan]]&lt;br /&gt;
* [[Diane Arkall]]&lt;br /&gt;
* [[Dakroma]]&lt;br /&gt;
* [[Dronglik Dwalhik]]&lt;br /&gt;
* [[Idralia]]&lt;br /&gt;
* [[Helkodamasu]]&lt;br /&gt;
* [[Korgrim]]&lt;br /&gt;
* [[Mebael Thanathen]]&lt;br /&gt;
* [[Nebu]]&lt;br /&gt;
* [[Noks]]&lt;br /&gt;
* [[Nunusdrun]]&lt;br /&gt;
* [[Ovarn Forgefeu]]&lt;br /&gt;
* [[Persiffleur]]&lt;br /&gt;
* [[Pouxlard Laingouist]]&lt;br /&gt;
* [[Richard de Walburge]]&lt;br /&gt;
* [[Schibog]]&lt;br /&gt;
* [[Sulfatar Velez]]&lt;br /&gt;
* [[Wizmo Heywood]]&lt;br /&gt;
* [[Ystar Tengrenn]]&lt;br /&gt;
* [[Zaiim Davros]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Expédition de Bragorn menée par Esméo Farlain ===&lt;br /&gt;
* [[Alexander Edervan]]&lt;br /&gt;
* [[Amlin Fraval]]&lt;br /&gt;
* [[Archibald Mac Ivor]]&lt;br /&gt;
* [[Arthel]]&lt;br /&gt;
* [[Björn Björnsson]]&lt;br /&gt;
* [[Djangoh]]&lt;br /&gt;
* [[Edward Bradshaw]]&lt;br /&gt;
* [[Epithète Ragéclat]]&lt;br /&gt;
* [[Eskar de Sals]]&lt;br /&gt;
* [[Finwë]]&lt;br /&gt;
* [[Futiil Loriot]]&lt;br /&gt;
* [[Imwé]]&lt;br /&gt;
* [[Liberté Dreemur]]&lt;br /&gt;
* [[Meredriel d&#039;Astaelin]]&lt;br /&gt;
* [[Mestre Deynor]]&lt;br /&gt;
* [[Midas Fraval]]&lt;br /&gt;
* [[Morrigan]]&lt;br /&gt;
* [[Murmure des Bois]]&lt;br /&gt;
* [[Nibilis Rockhard]]&lt;br /&gt;
* [[Olywells Nuss]]&lt;br /&gt;
* [[Pestus Krokenstein]]&lt;br /&gt;
* [[Rodgar]]&lt;br /&gt;
* [[Salmir Saladjinn]]&lt;br /&gt;
* [[Sande de Lumenor]]&lt;br /&gt;
* [[Silf Vahanian]]&lt;br /&gt;
* [[Teleri Malthenas]]&lt;br /&gt;
* [[Zora]]&lt;br /&gt;
* [[Zinkian Aejor]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conséquences ==&lt;br /&gt;
Le cœur du Garg a pu être récupéré, mais le sanctuaire libère également son gardien, une création Meldav destinée à dissuader quiconque de s’approcher du Titan. Le gardien, détraqué par la magie d’Ombral qui avait infiltré l’antichambre du sanctuaire et infusé pendant des millénaires de l’énergie du cœur qui était caché à sa proximité, semble à ce moment indestructible, et pousse les expéditions à se replier pour ne pas se faire massacrer. Pour ne rien arranger à la débandade, des renforts Arthonniens font irruption de l’autre côté de la forêt pour attaquer les expéditions qu’ils pensent responsables de la mort de la précédente garnison. Certains expéditionnaires, dont Jolyor, sont arrêtés par les Arthonniens, les autres parviennent à s’enfuir avec le cœur, qui sera ensuite rapporté au Garg, à l’endroit où il était censé reposé avant qu’il ne soit déplacé en Tamendil. Le gardien, une fois l’énergie du sanctuaire dissipée, disparut de lui-même.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<title>Zora</title>
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		<updated>2023-04-05T12:13:10Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : Page créée avec « {{Personnage |Photo =  Croquis de Zora, Tamendil, début 1137 |Nom_Personnage = Zora |Nom_de_naissance = Zora |Alias =  |Naissance = &amp;#039;&amp;#039; Non Communiqué &amp;#039;&amp;#039; |Décès = En vie |Activités =  }} »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Zora.jpg|vignette|Croquis de Zora, Tamendil, début 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Zora&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Zora&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Crédit : la Meredrine&lt;/div&gt;</summary>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Midas Fraval.jpg|vignette|Croquis de Midas Fraval, Tamendil, début 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Midas Fraval&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Midas Fraval&lt;br /&gt;
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		<updated>2023-04-05T12:11:47Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : Page créée avec « {{Personnage |Photo =  Croquis de Silf Vahanian, Tamendil, début 1137 |Nom_Personnage = Silf Vahanian |Nom_de_naissance = Silf Vahanian |Alias =  |Naissance = &amp;#039;&amp;#039; Non Communiqué &amp;#039;&amp;#039; |Décès = Décedé |Activités =  }} »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Silf Vahanian.jpg|vignette|Croquis de Silf Vahanian, Tamendil, début 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Silf Vahanian&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Silf Vahanian&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = Décedé&lt;br /&gt;
|Activités = &lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
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		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Crédit : la Meredrine&lt;/div&gt;</summary>
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		<title>Gargillon II : Le cœur de Tamendil</title>
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		<updated>2023-04-05T12:10:24Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : /* Expédition de Bragorn menée par Esméo Farlain */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;[[Catégorie:Événements]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
{{Événement&lt;br /&gt;
|Nom_Evenement = Gargillon II : Le cœur de Tamendil&lt;br /&gt;
|Photo = [[Fichier:Gargillon 2 rencontre.png|250px|center]]&lt;br /&gt;
|Legende = Rencontre entre le prince Nain Jolyor de Vulqat et Esméo Farlain&lt;br /&gt;
|Nature = Jeu de rôle grandeur nature&lt;br /&gt;
|Dates = 07 au 10 juin 2019&lt;br /&gt;
|Organisateurs = Cyan, Matéo, Timothée&lt;br /&gt;
|Lieu = Château de Brélidy (Côtes d&#039;Armor, Bretagne)&lt;br /&gt;
|PJ = 51&lt;br /&gt;
|PNJ = 5&lt;br /&gt;
|Cycle = Cycle de Tamendil&lt;br /&gt;
|Precedent = [[Gargillon I : Le conseil de Tamendil]]&lt;br /&gt;
|Suivant = [[Gargillon III : Les hérauts de l&#039;orage]]&lt;br /&gt;
}}&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;&#039;&#039;Gargillon II : Le cœur de Tamendil&#039;&#039;&#039;&#039;&#039; est un événement de jeu de rôle grandeur nature, qui s&#039;est déroulé sur le terrain du château de Brélidy (Côtes d&#039;Armor, Bretagne) du vendredi 07 au dimanche 10 juin 2019.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Résumé ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux expéditions aux objectifs initiaux différents ont la vallée de Tamendil comme lieu d&#039;arrivée. D&#039;une part, une expédition menée par le prince [[Jolyor de Vulqat]] de l&#039;Empire Nain. D&#039;autre part, une expédition menée par le général [[Esméo Farlain]] de la toute nouvelle [[Fédération de Bragorn]] crée.&lt;br /&gt;
Leur rencontre est inévitable. Et pourtant, un tiers-acteur n&#039;est pas très loin de tout ça...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Forces principales en présence ==&lt;br /&gt;
=== Expédition Naine menée par Jolyor de Vulqat ===&lt;br /&gt;
* [[Amarok Lenno]]&lt;br /&gt;
* [[Ambramer Lir Framan]]&lt;br /&gt;
* [[Diane Arkall]]&lt;br /&gt;
* [[Dakroma]]&lt;br /&gt;
* [[Dronglik Dwalhik]]&lt;br /&gt;
* [[Idralia]]&lt;br /&gt;
* [[Helkodamasu]]&lt;br /&gt;
* [[Korgrim]]&lt;br /&gt;
* [[Mebael Thanathen]]&lt;br /&gt;
* [[Nebu]]&lt;br /&gt;
* [[Noks]]&lt;br /&gt;
* [[Nunusdrun]]&lt;br /&gt;
* [[Ovarn Forgefeu]]&lt;br /&gt;
* [[Persiffleur]]&lt;br /&gt;
* [[Pouxlard Laingouist]]&lt;br /&gt;
* [[Richard de Walburge]]&lt;br /&gt;
* [[Schibog]]&lt;br /&gt;
* [[Sulfatar Velez]]&lt;br /&gt;
* [[Wizmo Heywood]]&lt;br /&gt;
* [[Ystar Tengrenn]]&lt;br /&gt;
* [[Zaiim Davros]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Expédition de Bragorn menée par Esméo Farlain ===&lt;br /&gt;
* [[Alexander Edervan]]&lt;br /&gt;
* [[Amlin Fraval]]&lt;br /&gt;
* [[Archibald Mac Ivor]]&lt;br /&gt;
* [[Arthel]]&lt;br /&gt;
* [[Björn Björnsson]]&lt;br /&gt;
* [[Djangoh]]&lt;br /&gt;
* [[Edward Bradshaw]]&lt;br /&gt;
* [[Epithète Ragéclat]]&lt;br /&gt;
* [[Eskar de Sals]]&lt;br /&gt;
* [[Finwë]]&lt;br /&gt;
* [[Futiil Loriot]]&lt;br /&gt;
* [[Imwé]]&lt;br /&gt;
* [[Liberté Dreemur]]&lt;br /&gt;
* [[Meredriel d&#039;Astaelin]]&lt;br /&gt;
* [[Mestre Deynor]]&lt;br /&gt;
* [[Midas Fraval]]&lt;br /&gt;
* [[Morrigan]]&lt;br /&gt;
* [[Murmure des Bois]]&lt;br /&gt;
* [[Nibilis Rockhard]]&lt;br /&gt;
* [[Olywells Nuss]]&lt;br /&gt;
* [[Pestus Krokenstein]]&lt;br /&gt;
* [[Rodgar]]&lt;br /&gt;
* [[Salmir Saladjinn]]&lt;br /&gt;
* [[Sande de Lumenor]]&lt;br /&gt;
* [[Silf Vahanian]]&lt;br /&gt;
* [[Teleri Malthenas]]&lt;br /&gt;
* [[Zora]]&lt;br /&gt;
* [[Zinkian Aejor]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conséquences ==&lt;br /&gt;
Le cœur du Garg a pu être récupéré, mais le sanctuaire libère également son gardien, une création Meldav destinée à dissuader quiconque de s’approcher du Titan. Le gardien, détraqué par la magie d’Ombral qui avait infiltré l’antichambre du sanctuaire et infusé pendant des millénaires de l’énergie du cœur qui était caché à sa proximité, semble à ce moment indestructible, et pousse les expéditions à se replier pour ne pas se faire massacrer. Pour ne rien arranger à la débandade, des renforts Arthonniens font irruption de l’autre côté de la forêt pour attaquer les expéditions qu’ils pensent responsables de la mort de la précédente garnison. Certains expéditionnaires, dont Jolyor, sont arrêtés par les Arthonniens, les autres parviennent à s’enfuir avec le cœur, qui sera ensuite rapporté au Garg, à l’endroit où il était censé reposé avant qu’il ne soit déplacé en Tamendil. Le gardien, une fois l’énergie du sanctuaire dissipée, disparut de lui-même.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
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		<title>Morrigan</title>
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		<updated>2023-04-05T12:09:58Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : Page créée avec « {{Personnage |Photo =  Morrigan en délégation lors de l&amp;#039;Appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137 |Nom_Personnage = Morrigan |Nom_de_naissance = Morrigan |Alias =  |Naissance = &amp;#039;&amp;#039; Non Communiqué &amp;#039;&amp;#039; |Décès = En vie |Activités =  }} »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Morrigan.jpg|vignette|Morrigan en délégation lors de l&#039;Appel de Kahn-Brava, Tamendil, 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Morrigan&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Morrigan&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = &lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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		<updated>2023-04-05T12:09:25Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Crédit : la Meredrine&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
	</entry>
	<entry>
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		<title>Midas Fraval</title>
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		<updated>2023-04-05T12:08:45Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Ethoriel : Page créée avec « {{Personnage |Photo =  Croquis de Midas Fraval, Tamendil, début 1137 |Nom_Personnage = Midas Fraval |Nom_de_naissance = Midas Fraval |Alias =  |Naissance = &amp;#039;&amp;#039; Non Communiqué &amp;#039;&amp;#039; |Décès = En vie |Activités =  }} »&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;{{Personnage&lt;br /&gt;
|Photo = &lt;br /&gt;
[[Fichier:Midas Fraval.jpg|vignette|Croquis de Midas Fraval, Tamendil, début 1137]]&lt;br /&gt;
|Nom_Personnage = Midas Fraval&lt;br /&gt;
|Nom_de_naissance = Midas Fraval&lt;br /&gt;
|Alias = &lt;br /&gt;
|Naissance = &#039;&#039; Non Communiqué &#039;&#039;&lt;br /&gt;
|Décès = En vie&lt;br /&gt;
|Activités = &lt;br /&gt;
}}&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Ethoriel</name></author>
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