« Björn Björnsson » : différence entre les versions
Aucun résumé des modifications |
Aucun résumé des modifications |
||
| Ligne 153 : | Ligne 153 : | ||
— Fe du lomde rila, im rimdim dune lodmir (''Si tu touches à ça, je te perce la gorge.''), menaça-t-elle entre ses dents. | — Fe du lomde rila, im rimdim dune lodmir (''Si tu touches à ça, je te perce la gorge.''), menaça-t-elle entre ses dents. | ||
J’eus alors un soudain élan de sympathie pour cet enfant qui avait pourtant tenté de me tuer et qui continuait de me menacer : ce n’était pas elle que l’Arthon recherchait : c’était cette bague, j’en étais sûr. Elle était, tout comme moi, dévouée à protéger quelque chose, et, dès son jeune âge, elle se trouvait seule contre le monde pour le faire. Elle avait fui si loin, tout cela pour que de l’autre côté de la frontière nous continuions à la traquer comme une bête sauvage. Je n’avais qu’à lui arracher cette bague pour faire plier l’Arthon et négocier la fin de la guerre, j’en étais convaincu, mais je ne pouvais me résoudre à un acte aussi odieux. Je relâchais ma prise. Rinnedel avait les moyens de la protéger, je pouvais convaincre Vardan de la prendre sous son aile, si nous pouvions simplement gagner sa confiance, elle pourrait peut-être nous en apprendre plus sur elle et sur cette bague, et alors nous… | |||
Un choc sourd à l’arrière de mon crâne me fit perdre connaissance avant que je ne puisse dire quoi que ce soit. | Un choc sourd à l’arrière de mon crâne me fit perdre connaissance avant que je ne puisse dire quoi que ce soit. | ||
| Ligne 166 : | Ligne 166 : | ||
— Nous qui avons quoi ? Tu as vu quelque chose ? Tu es le quatrième que l’on trouve évanoui de ce côté. Je ne sais pas quelle est cette créature, mais nous l’avons clairement sous-estimée. Elle s’est jouée de nous en beauté. | — Nous qui avons quoi ? Tu as vu quelque chose ? Tu es le quatrième que l’on trouve évanoui de ce côté. Je ne sais pas quelle est cette créature, mais nous l’avons clairement sous-estimée. Elle s’est jouée de nous en beauté. | ||
— Ne | — Ne sois pas ridicule, Vardan. Aucun d’entre nous n’a pu ne serait-ce que l’apercevoir. Tu crois vraiment que c’est ce gamin qui aurait pu voir quelque chose ? Il n’était même pas au bon endroit du cercle de battue ! S’impatienta Thelsir, que je sentais blessé à l’ego d’avoir subi le même sort que moi. | ||
— C’est… Je… | — C’est… Je… | ||
Version du 26 mars 2023 à 13:02
| Les informations issues de personnages sont recueillies des mémoires, journaux, et interviews auprès de personnes fiables. Ces informations ne peuvent être prises à elles seules comme une réalité historique. |
| Björn Björnsson | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Nom de naissance : Björn Björnsson | |||||
| Alias : - | |||||
| Naissance : Non Communiqué | |||||
| Statut : En vie | |||||
| Activité(s) principale(s) : Guerrier | |||||
Björn Björnsson, est un guerrier originaire du Boquéron.
Histoire de Björn dans la trame des jeux de rôle
Enfance
Björn Björnsson est originaire de Boquéron, non loin de Stérus. Le domaine de sa famille était d'ailleurs voisin de celui des Mc Ivor, et le fils de cette famille, Archibald, était son grand ami et rival, du moins dans ses premières années. Peu après leur passage à l'âge adulte, Björn et Archibald tombent, à la suite d'un défi quelque peu casse-cou, sur une étrange pierre verte, à côté d'un monument à la gloire d'un certain Moldor Goddhart. La pierre était dotée de pouvoirs magiques, et les deux décident d'un commun accord de ne pas l'utiliser, et de l'enterrer.
Mariage des Nobstor
Le mariage des Nobstor est un point de rupture dans l'histoire de Björn. Sur place, alors que les familles Björnsson, Mc Ivor, et Sylufer, entre autres, étaient présents, une troupe tout de noir vêtue massacre la grande majorité des participants, incluant ses parents. L'un d'entre eux portait un hachoir très reconnaissable. Les souvenirs de Björn concernant la fin du mariage sont confus, mais il se souvient d'avoir vu Archibald en possession de la fameuse pierre verte, de l'avoir prise dans ses mains, et de s'être réveillé alors que tous les assaillants étaient morts ou dispersés. Dans l'opération, il semble qu'il aitaussi tué les parents d'Archibald, brisant la pierre par la même occasion, dont l'éclat avait totalement disparu.
Errance et rencontre avec Liberté Dreemur.
Désireux de fuir cet incident et les remords allant avec, Björn part sur les routes en quête d'aventure.C'est là qu'il rencontre Liberté Dreemur, une Perasienne. Ils ne sont jamais devenus très proche, car Björn a longtemps fait mystère sur son passé, mais vivent de nombreuses aventures ensemble.
1137: expédition dans la Vallée de Tamendil
Par la force des choses, Björn s'enrôle dans une expédition pour repousser les Arthoniens dans la Vallée de Tamendil. Il a la surprise d'y retrouver Archibald Mc Ivor, et essaye tant bien que mal de renouer un semblant d'amitié avec lui. Lors du premier assaut, l'expédition trouve les Arthoniens morts, et Björn tombe nez à nez avec une troupe entière de Valdur. Il réussit de justesse à se replier derrière les lignes de Bragorn. Durant l'expédition, Björn commence modestement par se porter volontaire pour les missions d'extraction de ressources. Alors que le général est absent, un orc du nom de Xenderk demande à entrer au camp de Bragorn, et Björn décide de le laisser passer si celui-ci le bat en duel. Il subit une défaite, mais réussit tout de même à gagner le respect de l'orc, qui rejoint les forces de Bragorn. A peine le temps de se remettre de ses émotions, Björn doit gérer un autre problème: son amie,Liberté, est possédée par un esprit. Dans un effort pour essayer de l'en guérir, il entreprend une expédition à Valdur avec quelques autres compagnons.
Sur place, il rencontre le fameux Nunuzdrun, un Troll. Lorsqu'un des membres de la compagnie du Dragon d'Or lui propose de l'affronter dans un combat à mains nues, il n'hésite pas une seule seconde. Le Troll lui fait évidemment mordre la poussière, mais il ne se montre pas ridicule et le combat est, lui rapporte-t-on, très divertissant.De retour de cette expédition, Björn apprend qu'une liste d'assassinats a été retrouvée, portée par des hommes tout vêtus de noir. Il comprend alors que la secte qui est à l'origine de la mort de ses parents et du drame du mariage des Nobstor est dans la vallée. A la suite d'un mauvais coup qu'il ne s'explique pas encore, il tombe inconscient dans les buissons environnant le camp. Lorsqu'il se réveille au matin, Björn se rend compte que cette déconvenue lui a permis de survivre à une invasion de zombies, et que le camp de Bragorn est en grande partie détruit. Plus tard et alors que la reconstruction du camp avance, il participe à une expédition pour attaquer un convoi Arthonien. Le convoi est cependant introuvable, et le château toujours désert, mais rendu inaccessible par la peste.Durant sa quête pour récupérer les ingrédients d'un antidote, il fait la rencontre de Murmure Des Bois, un elfe sylvain, et décide de l'accompagner pour l'aider à récupérer une arme légendaire nécessaire à la récupération du Coeur du Garg, Minalos.
Pour ce faire, il aide Murmure à divertir Lathem, un esprit espiègle et grand amateur de théâtre. Au cours de cet opération, il se lance dans une joute verbale avec Murmure, qui scelle leur amitié. Les deux compagnons réussissent à obtenir l'arme, et passent un marché: Björn maniera la lance jusqu'à ce que la vallée soit sauvée, puis celle-ci reviendra à Murmure.Dès lors, Björn décide de suivre Murmure partout où il ira pour tenter de sauver la vallée, cherchant à se montrer digne de l'arme qu'il manie. Après quelques affrontement avec des Arthoniens, il participe à la bataille finale contre Lune Sanglante, le fameux homme au hachoir. C'est Archibald qui porte l'estocade finale, et Björn lui donne l'accolade. Après cette bataille, Björn assiste à nouveau Murmure dans l'invocation d'un esprit, qui en saurait beaucoup au sujet du Cœur du Garg. Avant qu'il n'ait pu réellement réfléchir à ce qu'il est en train de faire, il se porte à nouveau volontaire et devient, avec Murmure, l'un des 5 Porteurs du Cœur, qui eux seuls peuvent toucher le Cœur du Garg sans en souffrir les conséquences. Lors de la bataille finale pour la vallée, Björn protège Murmure alors que celui-ci récupère le cœur du Garg et s'enfuit vers Valdur. Il en réchappe de justesse, et se promet de mener à bien sa mission de Porteur du Coeur, quoi qu'il lui en coûte.
Histoire de Björn dans la trame des romans
(Nouvelle) Contrepartie Ulule 2021
Cette histoire se déroule dans la ligne temporelle des romans, qui diverge de celle des jeux de rôle et des événements Grandeur Nature. Le Björn de cette histoire n’a pas connu la même course des événements. Outre les quelques différences notables découlant directement de l’asymétrie de la trame, on remarquera également que la pierre trouvée par hasard en compagnie d’Archibald Mc Ivor dans sa jeunesse est ici un artefact depuis longtemps dans sa famille.
Attention : bien que n’étant volontairement pas contextualisée ou datée, cette nouvelle contient des informations qui pourraient divulguer certains éléments de l’intrigue du cycle Chroniques d’une famille de héros, étant donné qu’elle partage la même ligne temporelle.
Mon père enclencha le fermoir délicat de ses doigts calleux, et remonta le long de la cordelette jusqu’à se saisir de la pierre translucide aux doux reflets amande, la laissant glisser doucement au creux de sa main.
— Tu porteras cette pierre, mon fils, comme ton père et ton grand père avant toi. Ainsi va la destinée des Björnsson.
— Tu ne m’as toujours pas expliqué de quoi il s’agissait.
— C’est parce que je n’en sais rien, mon fils.
— Archibald m’a dit qu’elle était magique. Tu ne t’es jamais posée la question, même après toutes ces années à l’avoir autour du cou ?
— Non. Nous sommes une petite famille, mais aussi petite que soit une famille boquéroise, elle se voit toujours honorée d’une mission. La nôtre est simple : faire confiance à nos ancêtres, ceux qui nous ont confiés la garde de cette pierre. Ils nous ont appris qu’en aucun cas nous ne devions tenter ni de l’utiliser, ni de la détruire. Connaître ses pouvoirs est superflu. Cela ne risquerait que d’attirer l’attention sur elle. Tout ce que je sais, c’est que ce genre de pierre se doit de rester caché : N’en parle à personne inutilement.
C’était les derniers mots que j’avais échangés avec mon père. Cette cérémonie avait eu lieu sur la vieille souche du domaine familial, tout ce qui restait du grand érable sacré de notre clan, qui avait été frappé par la foudre il y a maintenant deux décades. La souche n’avait jamais pourri, mystérieusement, et sa surface s’était polie avec le temps. Même après sa mort, l’arbre continuait consciencieusement à jouer son rôle d’autel pour tous les rites familiaux. Cette passation marquait mon passage à l’âge adulte, mais aussi mon départ de la niche parentale. Nous n’étions que trois, dans notre clan : ma mère, mon père et moi. Mon grand-père, Björn, deuxième du nom, était mort il y avait trente ans, comme beaucoup de guerriers boquérois, dans la guerre de Willmar qui avait secoué le nord du pays face aux Perrasiens. Il nous avait passé son nom qui se perpétuait de père en fils. Pourquoi en changer ? Nous étions tous des guerriers, des fils uniques, et notre mission était la même. Je portais fièrement le nom de mes ancêtres tout comme je portais leurs couleurs.
— Hé, le nouveau. Tu comptes défier du regard ta nourriture encore longtemps ou tu vas finir par te décider à manger ?
Je revins à moi et je rangeai la pierre dans ma chemise. En face de moi, le long de la grande table de la caserne, mes compagnons me dévisageaient d’un air impatient : ils avaient tous terminé leur assiette.
Je m’excusai et enfournai la bouillie grumeleuse. Elle n’était pas appétissante au premier regard, mais une fois en bouche, elle était succulente, bien que j’étais toujours incapable d’en déceler le moindre ingrédient. La cuisine des Elfes de Rinnedel avait cela de mystique : elle ne ressemblait à rien, ne goûtait comme rien, et l’on finissait toujours par en redemander.
— C’est incroyable, d’avoir une vie aussi courte et d’être aussi lent ! Souffla Thelsir, l’un des Elfes de ma compagnie, amusé. J’étais l’un des seuls Humains de mon régiment. J’avais eu la chance, avec quelques autres guerriers, d’être désigné par le Conseil des clans pour représenter mon peuple chez nos voisins du sud. C’était un grand pas en avant pour instaurer une paix durable entre nous et les Melidrims de Bragorn.
J’étais arrivé fort de ma fierté toute boquéroise : prêt à jouer les gros bras, je me préparais à répondre aux railleries et aux insultes, le menton haut. La diplomatie s’était apaisée, mais on ne change pas si aisément les mentalités : nombre d’entre nous gardaient encore des rancunes tenaces et ne pouvaient voir un Elfe sans lui cracher aux pieds, alors que dire des Elfes qui ont dix fois notre mémoire !
C’est ce que je pensais, du moins, prêt à faire face, à répondre et à défendre l’honneur des miens en territoire hostile. La réalité se révéla tout autre, et bien plus déstabilisante. Loin de la rivalité séculaire que j’avais anticipée, je ne trouvai qu’une condescendance amusée, presque sympathique. C’était assez honteux, à y repenser. Nous qui dépeignons les Elfes comme nos ennemis héréditaires, terribles et implacables, ils ne nous voyaient en retour que comme des voisins un peu agités, plus bêtes que méchants. J’avais été assigné à une compagnie d’éclaireurs, chargés de patrouiller le long de la frontière pour éviter les incidents entre des chasseurs Elfes un peu trop territoriaux et des clans frontaliers un peu trop prompts à dégainer la hache de guerre. Je n’avais eu de cesse de faire du zèle pour leur prouver qu’un humain valait tout aussi bien qu’eux sur le terrain. J’essayais d’instiller cette rivalité que j’avais prise pour acquise et qui pour moi était synonyme de respect, mais ils prenaient toujours un malin plaisir à me remettre gentiment à ma place. J’avais l’impression humiliante d’être cet enfant qui essaie de se faire passer pour un adulte. Le pire, c’est qu’à leur fournir une preuve du contraire, je ne pouvais que leur donner raison.
Je raclais le fond de ma gamelle. Il était temps : la silhouette imposante de Vardan, notre capitaine, était apparue derrière notre table, les mains jointes dans le dos, et survolait ses troupes de ses yeux d’aigles.
— Préparez vos paquetages. On part vers le nord dans une heure.
Je me levai brusquement.
— On rejoint enfin le front ?
Vardan soupira, tira une chaise et se posa face à moi. Sa lourde fourrure de sanglier portée sur ses épaules renforçait encore sa carrure impressionnante. J’invitais quiconque qui pensait tous les Elfes fins et délicats à rencontrer mon capitaine, qui rivalisait avec les Boquérois les plus bourrus que je connaissais.
— Björn, combien de fois vais-je devoir me répéter ? Je comprends que tu t’inquiètes, mais tu t’es engagé ici, dans ma compagnie. Tant que le Conseil des clans ne te rappelle pas, tu es sous les ordres des Sangliers de Rinnedel, et ce n’est pas notre rôle d’intervenir dans ce conflit.
C’était frustrant. Peu après mon arrivée à Bragorn, l’Arthon avait déclaré la guerre à mon pays natal, et je me retrouvais loin au sud, interdit d’aider les miens. Les Elfes n’avaient pas voulu intervenir, comme ils avaient coutume de le faire chaque fois qu’un conflit éclatait entre les pays humains. Cette fois, cependant, c’était sérieux. L'Arthon avait déjà marché sur la Perrasie et continuait inexorablement vers le sud sans que rien ne semblait pouvoir les arrêter. Là où la plupart des guerres s’étaient enlisées et limitées au contrôle d’une région, comme il y a trente ans, quand la Perrasie avait réclamé les côtes de Willmar aux Boquérois, l’armée Arthonnienne perçait aisément dans toute résistance qu’on leur opposait.
— Je le sais bien capitaine. Puis-je vous demander des nouvelles, toutefois ? Savez-vous si le front s’est stabilisé ?
Son visage fermé n’était pas de bon augure.
— Ils ont presque atteint la frontière sud. Cependant, leur comportement est étrange : Ils tracent tout droit, au plus rapide, en ignorant des points stratégiques importants à l’est du pays. Les forces d’Errassius et de Boissot s’organisent pour tenter de les prendre à revers, mais redoutent le piège : une telle absurdité stratégique ne ressemble pas aux Arthonniens, d’autant plus qu’ils se sont montrés très fins, jusqu’ici. Le Conseil nous a informés de leurs craintes, puisque l’armée semble vouloir arriver à tout prix à nos portes le plus vite possible. Des émissaires sont partis à leur rencontre, mais nous ne pensons pas qu’ils commettraient l’erreur de nous attaquer. Les états-majors de Rinnedel et du Boquéron se sont creusés la tête ensemble pour tenter de comprendre leurs motivations, et nous en sommes venus à des observations surprenantes.
Il déroula une carte sur la table, couverte d’annotations et de tracés de deux couleurs différentes qui se suivaient tout du long, presque superposés.
« En noir, ce sont les déplacements de l’armée arthonnienne, ainsi que leurs haltes. En rouge, ce sont des rapports d’incidents de locaux sur des vols de bétails, des agressions inexpliquées ou de potentielles rumeurs sur la présence d’une bête sauvage non identifiée. Quoi qu’elle soit, une créature précède toujours d’une semaine l’arrivée de l’armée, qui semble la suivre à la trace, aussi bizarre que cela puisse paraître.
— Vous voudriez dire que l’Arthon aurait décidé d’envahir mon pays juste pour traquer un monstre ?
— Cela semble absurde et je suis tout aussi incrédule que toi, mais les preuves s’alignent en ce sens. C’est ici que nous intervenons : la bête en question a passé les frontières de Bragorn depuis une semaine déjà. Elle n’a pas été aperçue, mais du bétail a disparu sur son passage, ce qui nous a permis de définir une zone de recherche. La retrouver nous permettrait de faire la lumière sur cette histoire et de cerner les véritables intentions des Arthonniens.
Je serrai les poings. Je ne pouvais m’empêcher de m’inquiéter pour mes parents, qui habitaient non loin de la frontière, à l’endroit même où l’armée ennemie avait dû établir ses quartiers. Depuis le début du conflit je ne pouvais que ravaler ma frustration, impuissant, mais j’avais finalement l’opportunité de faire quelque chose. Peu importe ce qu’elle était, c’était à moi d’attraper cette créature.
Le voyage vers le nord de Bragorn ne nous prit que quelques jours : nous connaissions la région par cœur à force de la patrouiller. Les Melidrims étaient d’excellents traqueurs, et j’avais beaucoup appris sur leurs tactiques en travaillant avec eux. À la caserne, ils faisaient l’effort de parler dans ma langue pour faciliter la discussion (la plupart des Elfes du nord avaient appris le boquérois à un moment ou un autre de leur longue vie, l’inverse n’était pas forcément vrai : je maîtrisais les rudiments de l’elfique, mais je m’exprimais plus laborieusement) ; ici, sur le terrain, c’était différent. Tous les ordres et les indications transmises d’un éclaireur à un autre étaient en elfique. J’avais mis du temps à m’adapter, mais je pouvais désormais me vanter de maîtriser leur complexe lexique au point d’en venir à le préférer au système boquérois, moins précis et plus rudimentaire (je n’irai jamais leur admettre, cependant).
La tactique était rodée : dispersés, nous avions encerclé la zone où notre proie devait se trouver. Toutes les cinq minutes, suivant un ordre établi, nous criions à nos deux voisins quelques mots clés qui transmettaient tout ce qu’il y avait à savoir de notre position, et ainsi de suite de sorte à ce que tout le cordon, long de plusieurs kilomètres, soit perpétuellement informé de la situation globale, et puisse se réajuster de manière organique sans que nous ayons besoin de nous rassembler.
Je commençais à être inquiet. Thelsir, qui parcourait le vallon voisin, aurait déjà dû me crier son rapport depuis quelques minutes, et je devais l’attendre pour transmettre le mien afin de respecter l’ordre de la chaîne. Ce genre de retard pouvait survenir lorsque l’ensemble du cordon, pour une raison quelconque, se décalait, mais j’avais entendu l’écho de son prédécesseur au loin : j’étais donc sûr qu’il n’était pas, comme moi, à attendre son tour. Quelque chose n’était pas normal. Je pris l’initiative d’annoncer que je décalais la battue sur la gauche, et entrepris de converger vers Thelsir pour m’assurer qu’il allait bien. J’eu une sueur froide lorsque je le vis, immobile et ventre à terre, les yeux fermés. J’accouru pour prendre son pouls : il n’était heureusement qu’inconscient. Sur lui, aucune trace de griffe ou de croc : c’était comme s’il s’était simplement évanoui. Mon regard s’arrêta sur une sorte d’écharde assez longue qui lui dépassait du cou, comme une aiguille de pin. Je l’arrachai pour l’observer : l’aiguille de bois avait été creusée, et l’intérieur, dont les reflets trahissaient l’humidité, indiquait qu’elle avait été emplie d’un liquide. Ce n’est pas une bête que nous chassons, réalisais-je avec effroi. De surcroit, il en fallait beaucoup pour prendre Thelsir par surprise. Nous n’étions pas face à n’importe qui. J’entendis un cri derrière moi, comme pour me répondre. Mon voisin de droite alertait de quelque chose : Il avait repéré du mouvement de son côté. Je me retournai, fébrile. Notre cible m’aurait-elle volontairement attiré ici pour me contourner ? Non, ça n’aurait pas eu de sens, à moins que…
À moins qu’elle cherche à nous isoler.
Je me mordis la lèvre. Mon instinct me disait de tourner les talons et de revenir en courant vers mon ancienne position pour porter secours à mon compagnon. Si mon voisin de droite tombait également, je ne pourrai plus communiquer avec le reste du cordon pendant un certain temps, mais si j’abandonnais cette position, je laissai un trou béant dans la battue. Je choisis de lui répondre pour le prévenir qu’il ne devait pas s’attendre à une bête sauvage, mais bien à une créature intelligente. Une chance que les instructions soient en elfique : il y avait peu de chance qu’elle les comprenne.
J’attendis quelques instants, je n’obtins aucun retour. Je criais de nouveau, m’adressant cette fois à qui pouvait bien m’entendre. De nouveau, aucune réponse. J’eu l’écrasante sensation d’être subitement seul. Je sortis mon épée. Aux aguets, je scrutais les alentours, tentant d’apercevoir le moindre mouvement suspect entre les grands pins noirs et les fougères. Je me déplaçais lentement, pesant chacun de mes pas, tournant sur moi-même avec la désagréable impression que quelque chose était toujours dans mon dos. Je secouai la tête. Il fallait que je me reprenne. En quelques secondes, j’étais passé du chasseur au chassé. Si je commençais à me comporter comme une proie, c’est que j’avais déjà perdu. J’étais seul, soit : cela voulait dire que notre cible avait un boulevard pour s’enfuir de ce côté là du cordon. Si je m’éloignais pour aller prévenir les autres, ce ne serait que pour annoncer que la battue avait échoué. S’il y avait encore une maigre chance de l’attraper, elle était entre mes mains. Il fallait que j’agisse vite. J’essayais de comprendre ce qui venait de se produire : de toute évidence, elle était venue à nous plutôt qu'attendre de se faire encercler pour briser notre cordon de force. Nous repérer n’était pas difficile, puisque nous ne cherchions pas à être discrets. Ce qui était plus surprenant, c’est qu’elle semblait s’adapter à nos manœuvres. Il fallait que je change d’approche. Je retirai mon armure et l’abandonnai à Thelsir, de sorte à gagner en vitesse et en discrétion, et je m’élançais en diagonale vers l’extérieur du cordon, tentant de prévoir la trajectoire de fuite de ma cible.
Je devais réfléchir vite. Quel avantage avais-je ? — La connaissance du terrain. Je connaissais tous les reliefs de la zone, et si ma cible venait du nord, c’était vraisemblablement la première fois qu’elle traversait cette partie de la forêt. Depuis le surplomb sur lequel je me trouvais, je savais que je pouvais continuer sur ma courbe sans descendre de mon arête, et que je pourrai gagner le temps qu’elle allait perdre de son côté à franchir les pentes qu’elle allait se prendre de plein fouet si elle persévérait à s’éloigner en ligne droite. Je courrai tout en m’efforçant de rester le plus discret possible, la main sur mon fourreau pour l’empêcher de claquer contre ma cuisse et de buter contre des racines. J’étais déterminé : je ne savais pas vraiment ce que je pourchassais, si ce n’était la vague idée fantasque que cet être insaisissable pouvait peut-être mettre un terme à la guerre. Bien sûr, l’opportunité d’enfin réussir là où les Elfes de ma compagnie, dont Thelsir, considéré par le capitaine comme l’un de ses meilleurs hommes, avaient échoué, était également plus que motivante. Tous mes sens étaient en alerte, j’étais exalté comme jamais. Cette forêt n’était qu’une arène gigantesque pour moi et mon terrible adversaire.
Une brindille craqua sous mon pied. Je me figeai. Ce n’était pas le premier bruit que je faisais en courant, mais cette fois, c’était différent. Cette fois, je savais que l’on m’avait entendu, même si je ne saurais dire pourquoi. Mon cœur battait fort, d’autant plus que malgré ma course, je refusais de me montrer essoufflé, mue du même instinct qui pousse le prédateur à ne pas s'avouer en situation de faiblesse. Autour de mon cou, ma pierre vibrait légèrement, et je la sentais appuyer contre ma poitrine comme si elle était devenue plus lourde.
La créature était là. Oui : la créature, j’en étais persuadé à ce moment là… Un simple Humain, ou même un Elfe, ne pouvait pas dégager une aura aussi oppressante. Elle maniait des outils, elle avait fait preuve d’intelligence, certes ; je ne sais pas ce qu’elle était, mais j’étais sûr qu’elle ne pouvait pas être l’une des nôtres. J’avais tout fait pour la devancer, lui tendre un piège, mais elle était là. Elle m’attendait quelque part, elle m’entendait, elle me voyait, et je n’avais aucune idée d’où elle se trouvait. Pourquoi avais-je cette impression ? Pourquoi étais-je si fébrile ? Rien ne me laissait pourtant présager de ce que j’avançais, mais rien ne pourrait me faire changer d’avis : elle était là, c’était sûr. Le stress montait chaque fois que je me le répétais. Mes yeux s’affolaient en balayant les environs, désespérés d’y trouver quelque chose.
Là ! Mon sang fit un tour. Je la vis finalement. Un œil perçant, d’un vert profond et animal qui me fixait, dissimulé entre deux fougères. Je dégainais mon épée. Un éclat de lumière perça les broussailles, et une flèche fusa dans ma direction. Je me crispai. Il était trop tard pour réagir. La flèche me passa juste à côté du visage et se planta dans l’arbre derrière moi. Je soufflai. Elle avait raté sa cible.
Non. C’était trop facile. Elle avait touché Thelsir en pleine nuque d’une minuscule aiguille de sarbacane, et s’était sans doute débarrassée d’au moins deux autres éclaireurs toute seule. Elle n’aurait pas raté un tir aussi simple. Elle aurait pu me tuer sur place si elle l’avait voulu, mais elle avait préféré me distraire l’espace d’un instant : elle avait déjà disparu. Elle veut me neutraliser sans que je l’identifie, conclus-je en tournant autour de moi pour essayer de l’apercevoir de nouveau. De nouveau les fougères se crevèrent, et des bolas de pierre se fracassèrent contre mes jambes, me faisant trébucher tête la première. Je me redressais tant bien que mal sur mes avants-bras en surveillant les broussailles. Elle devait être à court de fléchettes empoisonnées : elle ne semblait pas vouloir tuer, alors elle devrait venir au corps au corps si elle voulait m’assommer : je ne comptais pas la laisser faire sans parvenir au moins à l’identifier. Elle était furtive, mais pas invisible, et j’étais au milieu d’une petite clairière. Même immobilisé sur le sol, elle ne pourrait pas m’approcher sans que je la voie.
J’entendis une succession rapide de bruits sourds et d’écorce arrachée, comme si l’on courait sur un tronc d’arbre. Non… Elle ne courait pas, elle grimpait le long d’un tronc à une vitesse folle. Elle voulait me surprendre de la seule direction que je ne pouvais pas surveiller.
En haut !
Je me retournais sur le dos juste à temps. Elle avait sauté d’une branche basse sans hésiter, me fondant dessus comme un oiseau de proie, son couteau à la main manche en avant pour me sonner d’un coup dans la tempe. Ce n’était ni une bête sauvage, ni une créature étrange : c’était une petite fille à la peau sale et aux cheveux roux comme l’automne, longs et emmêlés, grossièrement tressés pour ne pas lui retomber dans le visage. Je croisais de nouveau son regard d’émeraude qui m’avait fait frissonner plus tôt. Il y brûlait une flamme que je ne parvenais pas à identifier pleinement. Ce n’était ni la flamme fière des guerriers, ni celle vibrante de la haine. Elle dégageait une incroyable sauvagerie, mais c’était une sauvagerie froide, féline. Je me saisis du couteau de chasse à ma cuisse et je tranchai d’un coup sec la corde des bolas pour la repousser d’un coup de pied en plein dans sa chute.
D’une roulade arrière, elle était déjà sur pied, penchée en avant, une main sur le sol et l’autre brandissant son petit couteau d’ivoire, me défiant du regard. Je me relevais aussitôt, abandonnant mon épée au profit de mon couteau de chasse : trop longue et encombrante, elle ne me servirait à rien pour me battre ici.
Que venais-je de penser ? Étais-je vraiment en train de considérer sérieusement ce combat, de m’apprêter à me battre à fond contre une enfant qui ne semblait avoir guère plus de dix ans ? Oui, je l’avais considéré sans la moindre hésitation : c’était dire à quel point elle me paraissait dangereuse. L’intuition avait parlée en premier, mais mes principes revenaient au galop. C’était donc ça, l’affrontement épique qui allait me permettre de prouver enfin ma valeur ? Vaincre en combat singulier une enfant sauvage et maigrelette ? Sous le choc, je ne pouvais pas accepter la réalité telle qu’elle se présentait à mes yeux. L’ironie était trop violente : une part de moi me criait que j’avais en face ni plus ni moins que l’adversaire le plus dangereux que j’avais rencontré jusqu’ici, l’autre ne pouvait que constater le profond ridicule d’une telle affirmation. J’étais un noble guerrier Boquérois, taillé pour abattre des colosses, des bêtes monstrueuses et écumantes, toutes de muscles, de crocs, de griffes, et de méchanceté ! À cet instant, j’aurais préféré affronter tous les colosses du monde que cette petite fille...
L’enfant pesta à voix basse :
— Satchi yomben ! Le somusare ayue fatmon, im jiriledo rald le (Ça craint ! Il a vu mon visage, je vais devoir le tuer.)
J’eu un mouvement de recul. J’avais compris l’essentiel de ce qu’elle disait : son accent était étrange, mais cette jeune Humaine parlait bien elfique ! Je comprenais mieux comment elle était parvenue à anticiper nos manœuvres… Je n’eu pas le temps de m’attarder sur cette bizarrerie. Elle ne cherchait plus à m’assommer, aussi, elle n’avait plus aucune raison de venir se risquer au corps-à-corps. Elle avait un arc, pas moi, et je m’étais débarrassé de mon armure et de mon bouclier pour me lancer à sa poursuite. Elle me mit en joue froidement. Mes options défilèrent en un instant dans ma tête. Se cacher ? Esquiver ? Fuir ? Parlementer ? Non. La flèche fusa. Je courus droit vers elle, et j’essayai d’attraper son fût au vol. la flèche glissa entre mes doigts, mais je la dévia suffisamment pour qu’elle se plante dans mon épaule et non entre mes deux yeux. L’adrénaline me fit ignorer la douleur, et je continuai ma charge. Je saisis l’enfant sauvage par le cou et la plaqua contre le sol. Elle avait été surprise par mon action, mais elle ne montrait aucun signe de peur. Elle soutenait mon regard avec un calme terrifiant : immobilisée à terre, elle avait tout de même eu le réflexe de pointer son couteau droit contre ma gorge. Nous restions ainsi à nous dévisager, chacun tenant l’autre en joue.
J’avais cent questions à lui poser. D’où venait-elle, qui était-elle ? Pourquoi les Arthonniens la cherchaient-elle au point d’envahir un pays entier pour la retrouver ?
Son regard bifurqua un instant vers la pierre qui pendait à mon cou avant de se replonger dans mes yeux. Elle semblait intriguée, ce qui attira mon attention sur son propre cou. Elle portait également un cordon que je sentais sous mes doigts, au bout duquel pendait une bague sertie d’une pierre noire qu’elle avait enfilé au travers.
— Fe du lomde rila, im rimdim dune lodmir (Si tu touches à ça, je te perce la gorge.), menaça-t-elle entre ses dents.
J’eus alors un soudain élan de sympathie pour cet enfant qui avait pourtant tenté de me tuer et qui continuait de me menacer : ce n’était pas elle que l’Arthon recherchait : c’était cette bague, j’en étais sûr. Elle était, tout comme moi, dévouée à protéger quelque chose, et, dès son jeune âge, elle se trouvait seule contre le monde pour le faire. Elle avait fui si loin, tout cela pour que de l’autre côté de la frontière nous continuions à la traquer comme une bête sauvage. Je n’avais qu’à lui arracher cette bague pour faire plier l’Arthon et négocier la fin de la guerre, j’en étais convaincu, mais je ne pouvais me résoudre à un acte aussi odieux. Je relâchais ma prise. Rinnedel avait les moyens de la protéger, je pouvais convaincre Vardan de la prendre sous son aile, si nous pouvions simplement gagner sa confiance, elle pourrait peut-être nous en apprendre plus sur elle et sur cette bague, et alors nous… Un choc sourd à l’arrière de mon crâne me fit perdre connaissance avant que je ne puisse dire quoi que ce soit.
— Allez, on se réveille ! Si j’avais aussi peu de temps devant moi, je ne passerai pas ma vie à dormir !
J’aurais reconnu la voix railleuse de Thelsir entre mille. Je me redressai et portai ma main à mon épaule blessée. La flèche ainsi que la plaie avaient disparu, et seul subsistait le trou que le projectile avait fait dans mes vêtements. Autour de moi, le reste de ma compagnie s’était rassemblé et m’observait d’un air amusé. L’enfant sauvage avait disparu sans laisser de trace.
— C’est vous qui avez… ? Demandais-je en montrant l’emplacement de mon ancienne blessure.
Vardan s’avança.
— Nous qui avons quoi ? Tu as vu quelque chose ? Tu es le quatrième que l’on trouve évanoui de ce côté. Je ne sais pas quelle est cette créature, mais nous l’avons clairement sous-estimée. Elle s’est jouée de nous en beauté.
— Ne sois pas ridicule, Vardan. Aucun d’entre nous n’a pu ne serait-ce que l’apercevoir. Tu crois vraiment que c’est ce gamin qui aurait pu voir quelque chose ? Il n’était même pas au bon endroit du cercle de battue ! S’impatienta Thelsir, que je sentais blessé à l’ego d’avoir subi le même sort que moi.
— C’est… Je…
Vardan soutint mon regard, prêt à y soutirer le moindre fragment d’information que j’aurai pu capter, même malgré moi, avant de perdre connaissance. Il fallait que je prenne une décision rapidement. Je portai la main sur la pierre qui pendait toujours à mon cou, et je me mordis les lèvres.
— Non, rien du tout. Je n’ai rien vu du tout.
Cyan Malherbe, 2022
